‹ Six légendes Amércaines identifiées à l'histoire de Moïse et du peuple hébreu par le R. P. E. Petitot, O.M.I., missionaire au Mackenzie: OFrt Good-Hope (Mackenzie River's District), North-West territory, British North America, 21 décembre 1876Chapitre 4 sur 12 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

LÉGENDE DU DIEU-LUNAIRE DES DINDJIÉ OU LOUCHEUX, INDIENS DE L'AMÉRIQUE RUSSE, PRÉSENTEMENT TERRITOIRE D'ALASKA.

$ 1°7 SIÉ-ZSIÉ-DHIDIÉ (L'HABITANT DE LA LUNE). KLAG-DATHA (LA SOURIS JAUNE).

« Une vieille femme trouva au bord de l’eau un tout petit enfant pas plus long que le doigt, Elle l’éléva. Lorsqu'il fut grand, il était très-puissant par la magie de la

bouse de vache musquée dont on l'avait frotié. Toutes les nuits il disparaissait, et le lendemain on trouvait une foule de rennes pris au lacel. Par sa magie il tuait ces rennes et les rendait fort gras.

« Un jour Sié-zjid-dhidié dit à ses parents adoptifs : « Séparez pour moi la graisse des intestins de tous les “ animaux que vous caplurez.» — «Non,» lui répondilon. Alors l'enfant puissant pleura. Il pleura de loge an loge; mais on fut sans pitié. Ce que voyant, il se mit en colère et résolut de punir ces gens-là de leur ingratitude. Plusieurs nuits durant il disparut pour reparaître le matin. Finalementil dit à sa viaille mère adoptive:«Mère, «cettenuitconsolidez et fermez bien votretente, suspendez «le sang de celte martre blanche (siègu) au-dessus de la « porte, dansune vessie, et liez la chienne en dehors de la «maison. » Ce disant, il déchira ses mitasses de peau de marire et les suspendit également au faite de la tente.

« Mère, dit-il encore, cette terre est habitée par des « gens trop mauvais, c’est pourquoi dans un bref délai ils « vont tous périr. Mes parents adoptifs sont trop durs pour «moi. Quant à moi, je m'en vais et je me rends là-haut « dansla lune. C'est là que ceux qui me haïssent, me ver- «ront. Taisez-vous, ajouta-t-il, il n’y a rien là qui puisse « vous porter à vous lamenter. Suivez seulement ces pres- «criptions : Lorsque vous voudrez manger, vous prendrez «une épaule de renne, vous la ferez rôtir, vousla décou- « perez, vous la dépouilleres de toute sa chair. Mais prenez « bien garde d’en jumais rompre les os. Après en avoir « mangé, si vous placez cette épaule pour moi en dehors « de lu tente, comme un tribut et une offrande, vous ne « manquerez jamais de rennes. » Ainsi dit l'Enfant puissant,

« On obéit de point en point à Sié-yjié-dhidié, La nuit venue, on ferma soigneusement la tente avao des cordes;

le sang de l’animal tué fut renfermé dans une vessie et suspendu au-dessus de la porte. On fit rôtir et on découpa l'épaule de renne, sans en rompre les os; on la mangea rôtie. Et sur le seuil, en dehors de la tente, on lia la chienne. Cela fait, on vit s'élever tout à coup du fatte de la tente une colonne de fumée épaisse, la lune pâlit, l'Enfant puissant disparut, et un vent formidable parcourut tout le camp. Alors tous les ennemis furent emporlés à la cime des arbres ou brisés contre les rochers. Leurs cadavres gisaient partout, Tous leurs animaux périrent également.

« Mais l'Enfant lunaire, prenant la vessie de sang, la peau de martre déchirée et la pelite chienne blanche, s’en fut dans la lune, où tout le monde peut le voir. Après son depart, ses parents ne mangérent pas autre chose que l'épaule magique. Ils en découpaient la chair sans en rompre les os, la mangeaient, puis, exposant l’os ainsi dépouillé cn dehors de leur tente, comme une offrande à la lune, le lendemain ils la retrouvaient encore intacte et toute garnie de sa chair. Pendant longtemps ils en agirent ainsi, et toujours l'épaule renai<sait. Mais à force de manger de la viande d'épaule, ils finirent par s’en fatiguer. A la fin, ils brisèrent les os de Pépaule, et n'offrirent plus celle-ci en sacrifice. Ce fut fini, l’épaule de renne ne repoussa plus.

« Toutefois, comme l'habitant de la lune fut toujours bon pour nous, dans le désir de lui plaire et par ce moyen de nous procurer beaucoup de viande, nous célébrons à la nouvelle lune du troisième mais une fête nocturne, appelée Aron tra naxatsètætale (le passage furtif à travers les tentes), Nous prions alors la Sourts-jaune (Klag-datha), car c’est le nom de l'Enfant puissant ; et la souris-jaune nous entend et nous exauce. Puissions-nous refaire encore ce qu’il fit jadis ! pensons-nous, Puisse-t-il lui-même

redescendre sur terre! Alors nous l'imitons, nous obéissons à ses ordres, afin de nous procurer beaucoup de viande.

« Le soir donc, à la nuit tombante, on coupe fort menu de la viande de faon de renne (si), et on en fait des fardeaux. Alors chacun s’élant chargé d’un de ces paquets, on commence à circuler en rampant autour des tentes, à la manière du serpent. Tout à coup on entre furtivement dans une tente ; on la parcourt à la hâte, on mange, en courant, de la viande de ceux qui entrent. Tout le monde en mange. Puis, étant ressortis en se cachant, on entre dans la loge voisine ; et ainsi de suite, par tout le camp. En même temps on heurte des flèches en les croisaut deux par deux ou quatre par quatre. C'est ce que nous appelons : Randja Kkékraw tchitchitandja.Ces flèches sont rouges et on les heurie en chantant: Æl{ag-datha nan Kkatraw ñikkè anarhækray ! Ah! eh! zuh 1 ak! c’està-dire : O souris-jaune, par-dessus terre, passe (ou saute) promptement en forme de croix, aexouha.

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