CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES
Le lecteur de bonne foi se sera peut-être posé trois questions relativement à trois points obscurs que présentent ces traditions des Dènè et des Dindjié : 4° Pourquoi ces légendes ne conticnnent-elles aucun enchainement chronoloziqu: duns les faits? 2° Pourquoi dans chacune des tribus Dènè-dindjié la même tradition revêt-elle deux formes et se présente-t-elle sous deux aspects? Pourquoi dans l'une le héros lunaire est-il représenté à l’état d’enfance et comme si cette enfance eût persévéré toute sa vie ; et dans l’auire, à l’état d'homme fait? 3° Que sont done les Dènè-Dindié el à quelle nation de l'antiquité devons-nous les rattacher ?
Nous allons essayer de répondre en peu de mots à ces trois questions :
4° Pourquoi lee légendes des Dènè-Dindjié sont-elles dénuées d’enchaîinement cbronologique dans les faits?
Tout d'abord, on ne saurait dire qu’il n'existe absolument aucun lien naturel et logique dans les épisodes racontés par ces traditions. Ils appartiennent tous au même personnage, qui est reconnu unanimement pour le même par toutes les tribus, Seulement, ces faits, n'ayant jamais été confiés au papier, ne peuvent qu'être un peu diffus,
Tels qu'ils sont présentés, on a lieu de s'étonner qu'ils aient pu traverser les âges sans être autrement défigurés ou traveslis. Ces traditions se complètent l’une l’autre, de telle sorte qu’il n’y a qu'à les rapprocher et à les lier ensemble pour obtenir un enchaînement satisfaisant. Il nous semble qu’on ne saurait étre moins indulgent pour des sauvages qu'envers des nations civilisées ; or, nous doutons qu’un peuple civilisé ait le talent de conserver d’une manière aussi fidète une histoire quelconque, sans le secours de l'écriture, pendant un laps de cinq ou six siècles seulement.
Le manque d'ordre chronologique que présentent les traditions déné-dindjié peut être dû également à la dépression qu'ont subie les facultés intellectuelles de ces Peaux-Rouges, dans cet état forcé et violent qu’on appelle sauvagerie. Leur mémoire étant plus en jeu que leur raison, elle est demeurée, comme chez l'enfant, la scule faculté à laquelle ils fassent appel. Il en résulte que chaque Indien ne transmettant que les faits dont il se souvient, peu à peu l’enchaînement se perd et des lacunes interviennent, surtout s'ils n'ont pas, au préalable, fixé la suile de leurs idées, en assignant conventionnellement certaines localités où ils se trouvent, comme ayant été le théâtre supposé des exploits de leurs héros.
2 Pourquoi dans chaque tribu, la tradition du Moïse des Dénè-dindjié est-elle racontée de deux maxières différentes, et revêt-elle deux aspects différents ?
Ceci peut tenir à différentes causes. D'abord, on a dû remarquer que, dans chaque tribu ou peuplade, l’une des deux traditions est présentée sous forme d’apologue, tandis qu'il ne manque que fort peu de chose à la seconde pour être un récit parfaitement conforme au récit biblique. Cette marche, qui semble avoir été suivie constamment dans toutes les traditions de nos Indiens, estla
même qui fut adoptée par les prophètes israélites ainsi que par les auteurs des livres sapientiaux.
Secondement, nous ferons remarquer, avec l'auteur du Mythe de Votan, que les anciens en agirent de la même manière que les Déné-dindjié. Ils faisaient confusion parmi les dieux, ils invoquaient le même dieu sous des noms différents et avec différentes attributions. L'ouvrage intitulé : les Dieux de l'Égypte, le prouve amplement, pour ce qui est dela théogonie égyptienne. Enfin les mythologies grecque et hindoue nous offrent les mêmes particularités et les mêmes confusions.
Ici, au contraire, on ne saurait dire qu’il y ait confusion. La première tradition représente Moise à l’état d'enfance, tel qu’il fut trouvé sur les bords du Nil et élevé par Thermuthès. La seconde nous le montre comme libérateur. Il n’y a en cela rien de plus extraordinaire que lorsque nous représentons le Christ tantôt sous les traits d'un enfant, et tantôt sous ceux d’un homme fait. Sans aucun doute, aux yeux du sauvage qui a besoin de tout localiser, et de tout personnifier, il n‘y a pas plus de contradiction dans un cas que dans l’autre. Et en nommant leur héros l'Enfant magicien dans tout le cours de l’une des traditions, ils sont loin de prétendre qu’il soit demeuré enfant toute sa vie.
Enfin une quairième raison que nous pouvons assigner à ce dualisme, c’est que, d'après les nombreux points contradictoires que renferme la tradition de Moïse, sauveur, législateur, père, héros et dieu lunaire des Dènédindjié, nous sommes fondé à croire qu’il y aeu du mélange dans leur théogonie, ce qui explique cette union d'une excellente tradition judaïque avec le sabéisme des Chaldéens et des Egyptiens, et l’ophiolâtrie égyptienne et asiatique. Que ce peuple soit mixte et composé de deux
éléments hétérogènes, jadis ennemis l’un de l’autre, mais T. XV. és
fusionnés ensemble, el que ces éléments divers aient uni en une seule croyance leur contingent de souvenirs, de vérités et de superstilions, c’est ce dont il est impossible de douter. La division des Dindjié en hommes blancs ou de la droite et en hommes noirs ou de la gauche {division en tout semblable à celle que Castrén trouva chez les Samoyedes et les Tartares septentrionaux) ; la distinction que font les Peaux-de-lièvre et les Chippewayans des hommes proprement diis et des hommes vulgaires; la répudiation générale de la tribu des Flanes-de-chien par les autres peuplades, à cause de son origine prétendue canine, sont autant de preuves de notre assertion. Ce qui va suivre pourra le prouver encore. Nous arrivons donc à la troisième question.
3° Que sont les Dénè-dindjié, et à quelle nation de l’antiquité ou de l’Asie devons-nous les ratlacher ?
La réponse ne nous semble pas difficile, et toutefois répondre d'une manière absolue sur ce point, paraitrait compromettant à beaucoup de gens. Des convictions individuelles ne suffisent pas pour décider de l'opinion publique ; et, de nos jours, l'opinion publique — et par elle nous entendons l'opinion du monde savant — est plus que jamais hostile à tout ce qui de loin ou de près touche à la tradition et surtout à l'Écriture sainte. Il serait pourtant logique de la part des savants, d'admettre au moins l'autorité des livres saints, à titre d'archives historiques. Nous laissons donc de côté la révélation, qu'ils n’admettent pas, et ne réclamons ici que le droit incontestable d'invoquer la Bible comme le monument le plus ancien et le plus véridique que nous a légué l'antiquité. Ceux qui nous refuseraient ce droit, feraient preuve de mauvaise foi, ce que nous ne saurions jamais admettre chez nos lecteurs. Maintenant donc nous en appelons à leur propre jugement, sur ce chapitre.
Puisque le souvenir iraditionnel de Moïse s'est con. servé sous une forme plus archaïque au milieu des peuplades hyperboréennes et américaines des Dénè-dindjis, que parmi les nations policées qui furent jadis en contact avec les Israélites ; puisqu'ils prétendent que leur héros, dans lequel nous avons reconnu tous les traits qui conviennent à Moïse, fut leur Jibérateur, leur législateur, leur père, comme il est encore leur bienfaileur et leur dieu ; puisque à ces excellentes traditions les Déné-dindjié joignent la circoncision, le jeûne, la confession uuriçulaire faite à leurs voyants on magiciens, les prascriplions Judaïques relatives aux femmes, à l'usage du song et des mets, aux animaux purs et impurs, la prière adressée à leur Moïse lunaire, la fête dn Passage dans lequel nous reconnaissons la Pâque, des pratiques mystérieuses appelées le Passage sous les eaux et le Jeune Homme magique bondissant, dans lesquelles nous avons vu un souvenir du passage de la mer Rouge et de l’Ange exterminateur, pratiques et fêtes qui corroborent leurs traditions et qui s’en élayent, il nous semble qu'il n’y a plus de doute possible. Nous avons dans les Déné-dindjié quelques-uns des restes perdus d'Israël, maintenant convertis au catholicisme. Seulement, nous le répétons, ces restes, détigurés, dégradés, souillés par le fétichisme du chamanisme, ces restes qui ont perdu juequ’è leur nom, leur langue et leur nationalité ; ces restes sont mélangés avec d’auires éléments évidemment asiatiques, qu'ils soient chinois, tariares, hindous ou chaldéens; peut-être mâme pourrailon y trouver quelques traces du peuple égyplien, C'est ce qui expliquerait comment, à la foi en leur Moïse, ils joignent le culte idolâtrique da la lune, celui du génie ou ange de la mort, l'opbiolâtrie, etc,
Mais ici les savants hostiles à lu Bible nous altendent, Votre héros dènè-dindjié n'est antre que Bouddha, nous
diront-ils, la neuvième incarnation de Wichnou: car, de même que la bouse de vache est considérée dans Plade comme un talisman et un signe de la caste sacerdotale, de même le héros dindjié est-il appelé Zouse, parce qu'il en fut frotté afin d'acquérir la vertu magique, qui en fit le plus grand des magiciens, 2 Votre héros s’incarne daus le bœuf musqué comme Wichnou s’incarne dans le bœuf-zébu, et c'est pourquoi les déjections de cet animal sont considérées, sur les bords du Gange aussi bien que sur les rives glacées du Mackenzie, comme possédant la vertu magique. Mais on attribue autant de pouvoir aux déjections du Bouddha vivant, que les lamas distribuent, d'après Bernier, comme des reliques. Et comme le mot bouse dérive du grec (bous : bœuf}, quisait si le nom de Bouddha, dont le culte se lie si intimement à la vénération pour l'espèce bovine, ne vient pas également du nom de cet animal? La seule différence entre lenom Bouse, nom du héros dindjié, et le nom de Bouddha, ne consiste-t-elle pas dans la seule prononciation de l'S, qui, accentuée en blésant, prend le son doux du th anglais? 3° Bouse, Mousse, Wo-dan ou Sa- Wéta, sont aussi appelés par les Déné-dindjié Souris-jaune, Grand-Père jaune, puis enfin rat rouge, Rouges sont les flèches que l’on heurte dans la fête nocturne du Passage; de saule rouge (Watap) est la baguette ou verge de Sa-Wéta; c'est du sang que l'on suspend au dessus de la loge de l'Enfant-lunaire, c'est du sang qu'il répand sur le sentier et sur le gâteau offert à la lune; c’est de vermillon que se saupoudre la veuve, sœur du héros, etc. Or, le jaune et le rouge sont les couleurs chéries du bouddhisme, parce quelles furent celles de Bouddha. Le jaune est la couleur de l'’idole de Bouddha et de la caste sacerdotale des iamas; elle est aussi celle des Hoang-si-fan du Thibet, des Tartares Kalkas
de la Mongolie. Le rouge est la couleur du dalai-lama ou Bouddha vivant du Thibet; c’est avec une bagueite de bois rouge doré qu'il distribue ses bénédiclions. Done, le prétendu Moise des Déné-dindjié n'est antre que Bouddha lui-même. 4° Votre héros et législateur, après avoir habité notre planète, est allé prendre possession de la lune; mais à Ceylan l’on montre encore l’empreinte que le pied de Bouddha, montant au ciel, laissa sur le pic d'Adam; mais chez les Hindous, Bouddha, « fils du dieu lunaire Tcandra (1), est père de la dynastie lunaire qui fitfleurirla civilisation aryenne au sud de l'Himalaya. » 5° Votre Bouse eut des rapports avec le serpent et il pénétra dans le pays des Serpents; mais Bouddha reçut d’un serpent la charité d’un verre d’eau froide et pour l'en récompenser lui promit :es honneurs divins. L'ophiolâtrie fut éminemment liée avec le bouddhisme chez les peuples de la race jaune, et on trouve sur les montagnes de l’Himalaya une nalion de serpents (2). 6° Si vos Dènè et vos Esquimaux portent la tonsure, si leurs ennemis se rasent la tête, les bonzes et les lamas, prêtres de Bouddha, sont dans la même coutume. 7° Les Dènè-dindjié et jusqu'aux Esquimaux, nomment leurs ennemis : nation des Femmes. Mais les missionnaires bouddhistes qui découvrirentet colonisèrent le Fou-sang, l'an 499 de J.-C., racontent, dit M. Emile Guimet, qu’à 4000 lis à l'est de cette contrée ils trouvèrent le pays des Femmes. Votre tradition est donc une tradition purement bouddhique. 8° Les ennemis de vos Dènè-dindjié faisaient leurs délices de la chair de chien; mais les Chinois mangent également cet animal, 9% Enfin, si les Dènè-dindjièi croient à la métempsycose et aux incarnations successives, vous devez
(1) Mythe de Votan, p. 95.
(8) Mythe de Votan, p. 116.
vous rappeler que c’est là justement le dogme capital du bouddhisme comme du brahtmanisme, son aîné.
Par conséquent, va-l-on conclure avec une grande apparence de raison, la légende américaine de votre prétendu Moïse est le fait des bouddhistes chinois, colonisateuts du Fou-sang, au cinquième siècle: ou bien une preuve que les conqüérants tartares de la Chine, au treizième siècle, sous Koublay-Khan ou Chan, le C'hang-ti des Chinois, firent pénétrer le bouddhisme jusqu'en Amétique après l'avoir introduit au Thibet.
Nous avouons que ces objections sont fortes et mérilent considération ; aussi allons-nous les examiner ct les ré soudre, s'il est possible.
Nous répondons que, bien loin de laisser en défant nos identifications, ces points de ressemblance de la tradition des Dèné et des Dindjié avec lescroyances bouddhiques ne servent qu'à les confier :
4° Parce qu'il est admis par les savants que le dieu lunaire Bouddha est d'origine égyptienne (1) et que si son culle parvint dans l’Hindoustan, il laissa aussi des racines profondes en Grèce, où ln même divinité était connue et adorée sous lès noms de Boudo, Bouta, Boudia, Boudios, Bato, Bodès et Boto (2). Comme Bouddha et Molse, c'était uné divinité pacifique et libératrice de l'humanité, Si done, on ne veut reconnaitre que le mythe bouddhique dans notre tradition du Moïse dènè-dindjié, on doit admettre forcément qu'avant de parvenir en Amérique par Ja Chine et l'Hindoustan, ce même mythe exista tout d'abord en Egypte, théâtre des merveilles opèrées par le Moïse des Hébreux ; et que nous avons donc en notre faveur dne très-forte probabilité que Moïse fut réellement le béros célébré par les traditions bouddhiques.
(4) Mythe de Votan, p. 97.
(2) Idem.
20 Sile nom de Bouse, donné par les Dindjié à leur héros lunaire, paratt être an jeu de mots se rapportant au nom de Bouddha plus qu'à celui de Moïse, je réponds que ce jeu de mots n'est pas le seul ; que la connaissance du même mythe et la profession du même culte en Grèce et dans les contrées occidentales habitées par les tribus pélasgiennes, celtiques, scandinaves et teutones, ont fourni d’autres jeux de mots significatifs et expressifs du nom de Moise plus que de celui de Bouddha. Ainsi nous trouvons la signification du nom de rat et de souris que les Dèné-Dindjié donnent à leur héros lunaire et les Hindous à leur dieu de la mort, dans sa traduction en latin, mus (prononcez à l'italienne mous), et en anglosaxon, mouse, mots qui peuvent passer pour le symbole cabalistique de mousa, nom syrien de Moïse. Ce même mot raf se dit en grec uuv (moun) et il devient alors le nom du dieu sidéral égyptien amoun aussi bien que celui de la lune elle-même (moon), en anglo-saxon. Or, le dieu lunaire des Scandinaves s'appelait Ména, dérivé du mona des Grecs. Ne nous est-il pas permis de voir dans cette divinité le Mouni ou Bouddha, dieu lunaire des Hindous, et Mana, même divinité chez les Pieds-Noirs d'Amérique ? Guérin du Rocher n'a-t-il pas trouvé un jeu de mots semblable entre le nom de la taupe ou rat ronge, siphneus, celui de la mer Rouge, suph, et le nom de Moïse, en égyptien Osar-siph ?
Donc, sans repousser ct en admettant, au contraire, les traits de ressemblance que l’on pourra trouver entre notre héros lunaireaméricain et Bonddha, on voit que nousreportons notre conclusion plus loin etque les considérations qui précèdent tendraient à faire de Bonddha lni-même une image primitive défigurée de Moïse, D'ailleurs les lettres B et M sont eorrélatives et affines entre elles, Dans les dialectes dèné-dindjié, elles sont très-souvent transmutées
d’une tribu à l’autre, ainsi qu'avec les consonnes P,VetF et même W. Ainsi ban, pan, mon et fon signifient tous également mère; oban, opan, kovén, komon et kowina signifient tous autour; bé, pé, væ et mé veulent dire lui, elle; etc. Ainsi donc le mot louse peut aussi bien être l'emblème cabalistique du nom de mousa ou Moïse que de celui de Bouddha. D’ailleurs le même héros qui chez les uns est appelé Bouse, est nommé Mousse dans d’autres tribus ; ce qui confirme notre dire.
3° Nous n’éprouvons donc nulle difficulté à admettre que les titres de souris jaune, de grand-père jaune, de rat rouge, caractéristiques du Bouddha et du Yama ou dieu de Ia mort hindous, aient été tirés de l'Asie et proviennent de l’Inde ou du Thibet. Il est tout naturel de croire que le mythe a acquis plus d’un accroissement dans les localités qu'il a traversées avant d'arriver en Amérique (4).
Mais si la théogonie égyptienne était mieux connue, peut-être retrouverions-nous la même divinité dans le personnage peint en jaune, qui se montre fréquemment dans les peintures provenant de l'Egypte. De même, par similitude, on pourrait aussi retrouver dans cette antique contrée l’usage de se raser la tête, propre aux prêtres de Bouddha.
4° Le héros des Dènè-dindjié reçut l'apothéose et est devenu depuis lors un dieu lunaire, tel que l'était Bouddha ou Moulni, que le sont Ména, Mana, Manco, Sa-Mana, So- Mona et tant d'autres divinités identiques; tandis que nous ne voyons nullement que Moise soit parti pour la lune ou qu'il ait été identifié par les Israélites avec cet astre. La difficulté en serait une si nous pouvions savoir ce que les Israélites répandus en Chaldée et en Egypte
(1) N'est-ce pas au Thibet qu'il s'est assimilé la grande variôté de
cérémonies et de dogmes catholiques, enseignés par les ‘missionnaires chrétiens à la cour de Genghis-Kban ?
ont cru et pensé de Moïse. Quoi qu'il en soit, comme le culte de la lune ou Astaroth était généralement répandu parmi les peuples idolâtres de la Palestine, de la Chaldée et de l'Egypte, au milieu desquels vécurent les Ieraélites; comme les livres saints font foi que les Israélites étaient très-enclins à l'idolâtrie et qu'ils péchèrent maintes fois contre le vrai Dieu, pour se livrer au culte de Baal (le s0leil) et d’Astaroth, à l'exemple des nations qui les entouraient; comme ils en allièrent les pratiques à leur antique vénération pour leur grand législateur ; comme ce fut Moïse qui leur enseigna l'usage du calendrier et qui leur prescrivit les Néoménies ou fêtes de la lune : les savants verront sans doute avec nous toute espèce de raisons pour admettre que les Israélites purent aisément identifier Moïse avec cet astre ainsi qu'avec le soleil. La disparition de son corps après sa mort put leur donner à croire qu’il était, en effet, parli pour l’empyrée ; de même que sa mort sur le sommet de la montagne fut le principe de la fable de Bouddha montant au ciel du sommet du pic d'Adam. Si donc le héros des Dènè-dindjié n’est autre chose que Bouddha, en lantque divinité lunaire,nous pouvons admettre que ce mythe s’est allié au culte idolâtrique de Moïse et qu'il a passé, après cette union, en Asie et en Amérique.
8° Quant au serpent charitable qui procure de l’eau à Bouddha mourant de soif, il nous paraît avoir une grande parenté avec la verge de Moïse et d’Aaron, si souvent mélamorphosée en serpent, et qui procura, par deux fois, au peuple israélite mourant de soif dans le désert, de l’eau en abondance. Bouddha promit l’apothéose au serpent, en récompense de sa charité. N’aurions-nous pas ici un apologue de l'érection dans le désert du serpent d’airain, qui guérit les blessures des Israélites ? Si l'ophiolâtrie s’allia de bonne heure au culte de Bouddha en Asie, on peut
en dire autant par rapport aux Israélites; car nous lisons dans le quatrième livre des Rois (1) qu'Ezéchias « fit mettre en pièces le serpent d'airain que Moïse avait fait, parce que les enfants d'Israël lui avaient brûlé de l'encens jusqu'alors (c’est-à-dire l'avaient adoré); et it l'appela Nohestan », c'est-à-dire ce n’est qu’un peu d'airain. Les Juifs durent donc aisément identifier Moïse avec le serpent; et ceci nous explique pourquoi le législateur Mouse ou Bouse des Dènè-dindjié, dieu lunaire sous le nom de Rat-Rouge, comme le Usar-Siph des Egyptiens, ét de Sourts-Jaune, comme le Fama des Hindous, est aussi appelé le génie ou le dieu de la mort et de la vie, sous la figure du serpent (Näh).
6° S'il est vrai que Thibétains et Chinois s'accordent avec les Dènè-dindjié pour placer leur pays et leur nation des Femmes, ainsi que leur peuple d'Hommes-Chiens, les uns à l'occident, les autres à l'orient de leur patrie respective, cela tient à une tradition très-antique, non-seulement commune à ces {rois peuples, mais encore aux Tartares, aux Arabes, aux Abyssiniens, aux Egyptiens, aux Finnois et méme aux Scandinaves, car les mêmes fables ont cours même en Danemark (2). L'union de ces deux singulières traditions se rencontre donc chez tous les peuples primitifs qui adorent ou qui ont adoré le dieu lunaire Moïse sous différents noms. Et puisqu'il nons a été aisé de reconnaître le peuple égyptien dans les Hommes-Chiens et la nation des Femmes, des légendes Dènè-dindjié, nous sommes autorisé à voir le même peaple dans les légendes identiques des Tartares, des Chinois, des Finlandais et des Danois. Nous le reverrons encore dans les 7séquils du Guatémala, ennemis des Tzendales, adorateurs du héros ophidien Wotan, dieu as-
(4) Chap. xvm, vers. 4.
(2) Voyez Marco-Paulo; Life in Abyssinia ; Reuue d'Edimbourg.
tronomique. Il n’y a pas jusqu'aux Esquimaux qui ne connaissent aussi une nation de femmes. Tout nous porte donc à croire que cette singulière légende à pris naissance en Egypte, ainsi que le culte du dieu lunaire Bouddha; mais qu'elle émane d'un autre peuple que le peuple égyptien; très-probablement des Israélites ou de leurs frères les Ismaélités on Arabes, ainsi que le suppose un auteur anglais (1).
7° Enfin, si la métempsycose est le dogme capital du bouddhisme, il l'est également du brabmanisme:; il Fut celui de la Grèce, des druides, des Scandinaves: il est répandu en Afrique, et émane avant tout de la vieille Egypte, à laquelle les Juifs eux-mêmes lempruntèrent ; car les Pharisens en furent entachés.
Comme on le voit, les apparences d’objection qui s’élevaient contre notre thèse ne servent, au contraire, qu’à en manifester la force, puisqu'elles militent en sa faveur. D'ailleurs, ces vestiges du culte bouddhique et asiatique ne peuvent porter atteinte aux preuves qui ressorlent : 1° de la coïncidence frappante entre la tradition du héros lunaire déné-dindjié et l’histoire de Moïse; 2° des coutumes purement judaïques en honneur parmi les Dénè-dindjié ; 8° enfin de la corrélation singulière existant entre plusieurs termes de leur langue et les mêmes mots eu hébreu, Tout au plus pourrait-on en tirer pour conclusion que le dogme des Hébreux se trouve uaï,chez nos Déné dindjié, avec la persuasion des bouddbhistes hindous et égyptiens ; conclusion que nous admettons aisément, d'autant plus que nous sommes convaincu qu'après mûr examen de la question on finira par reconnaitre que le personnage mythique de Bouddha n'est autre que le héros historique Moïse ou Mousa.
(3) Sir Mansfeld Parkins.
Nos conclusions demeurant intactes, il ne nous reste plus qu'à les défendre et à les étayer par d’autres documents, que nous fournira encore l'Amérique. Nous allons examiner et commenter successivement les traditions du dieu solaire des Pieds-Noirs, ÂVatus ou Napi ; celle des Creeks de lu Floride, et enfin la légende du dieu-serpent astronomique des Guatémaliens, Watan. Elles seront l’objet d’autant de chapitres distincts.
Contentons-nous de dire que la transition entre la croyance des boudhistes asiatiques et celle des Dèné-dind- Jté américains, nous est ménagée par le dogme du dieu lunaire des Esquimaux, T'atkrens-Jnnok ; de même qu’entre la famille déné et la famille des Iroquois-Sioux, à laquelle appartiennent les Pieds-Noirs et les Creeks, la lacune est comblée par la famille algique, qui reconnait également un héros lunaire dans Mustaté- A wasis ou l'Enfant-bison. Sa légende est en tout calquée sur celle du Sa- Wéta des Dènè ; à l'exception du bison qui, chez les premiers, remplace le bœuf musqué des Dènè, le bœufzébu des Hindous et le bœuf Apis des Egyptiens.