‹ Six légendes Amércaines identifiées à l'histoire de Moïse et du peuple hébreu par le R. P. E. Petitot, O.M.I., missionaire au Mackenzie: OFrt Good-Hope (Mackenzie River's District), North-West territory, British North America, 21 décembre 1876Chapitre 8 sur 12 · D'APRÈS LE DT D,-G. BRINTON, CITÉ PAR M. LH COMTE DE CHARENCEY · texte numérisé non relu

D'APRÈS LE DT D,-G. BRINTON, CITÉ PAR M. LH COMTE DE CHARENCEY

« À une certaine époque, la terre s’ouvrit du côté de l’ouest, où se trouve sa bouche. Les Cussitaw sortirent de cette bouche et s’êtablirent dans les environs, Mais la terre s’étant mise en colère dévorait ses eufants. Aussi une partie d’entre eux s’en alla-t-elle plus loin vers l’ouest ; cependant quelques-uns revinrent ensuite sur leurs pas et se fixèrent de nouveau aux lieux qu’ils avaient quittés. Le grand nombre toutefois resta en arrière, pensant que cela valait mieux ainsi.

« Leurs enfants néanmoins continuaient à être dévorés par laterre; aussi, pleins de dépit, se dirigèrent-ils du côté de l’orient.

« Ils arrivèrent à une rivière très-large et bourbense, campèrent, se repasèrent et passèrent la nuit,

« Le jour suivant ils reprirent leur marche et arrivèrent en un seul jour à une rivière rouge, dont les eaux étaient du sang.

« Ils vécurent près de cette rivière, dont les poissons fournissaient à leur subsistance, pendant deux ans. Mais il se trouvait là de petites cataractes quileur rendaient ce séjour peu agréable. Ils se transporièrent donc à l'extrémité de cette rivière et entendirent un bruit pareil à celui du tonnerre.

« Ils approchèrent pour voir d'où venait ce tapage et ils aperçurent une fumée rouge et ensuite une montagne qui faisait un prodigieux vacarme. Du sommet de la montagne, partait un son semblable à un chant. Ils montèrent

pour voir d'où il provenait. Il y avait là un grand feu qui flambait au sommet et c'était lui qui produisait ce son. La montagne en question reçut le nom de Reine des montagnes. Elle continue à tonner jusqu’à ce jour et cause beaucoup d’effroi à ceux qui l'entendent.

« C'est là qu'ils rencontrèrent un peuple formé de trois différentes nations. Les Cussitaw avaïent pris et conservé un peu de feu de la montagne. C'est là qu’ils furent instruits dans la connaissance des herbes et dans beaucoup d’autres sciences.

« De l’est leur vint un feu blanc dont ils ne voulurent point se servir. Du sud, un feu bleu dont ils ne voulurent point faire usage. De l’ouest, apparut un feu noir qu’ils refusèrent également d'employer. Enfin arriva du nord un feu rouge et jaune. Ils le mélérent à celui qu'ils avaient apporté de la montagne. C’est là le feu qu'ils emploient encore aujourd'hui et parfois on l'entend chanter.

« Sgr la montagne il y avait un poteau qui se mouvait et faisait grand tapage. On ne savait comment le réduire au silence. Enfin les hommes prirent un enfant orphelin de mère, l’attachèrent au poteau et l’égorgèrent. Ensuite ils arrachèrent le poteau, et ils le portent avec eux lorsqu’ils vont à ln guerre. 11 était semblable à ces tomahawks en bois dont on se sert aujourd'hui encore, et fait du même bois. C’est là aussi que l'on découvrit quatre racines ou gerbes qui firent par leur chant connaître leurs vertus. C'étaient le pasaw ou racine du serpent à sonnettes, le mikowéanotchato ou racine rouge, le sowatchka ou racine amère à fleur bleue, et le ousséloupveke ou petit tabac. Ces herbes, spécialement la première et la troisième, sont employées comme la meilleure des médecines pour les purifications du Æusk ou fête de la danse du maïs vert.

« À cette fôte qu'on célèbre tous les ans, les Creaks

joûnent et font des offrandes des prémices de leurs récoltes.

« Depais que la vertu de ces plantes leur a été révélée, leurs femmes, à cerlaines époques de l’année, ont un feu séparé, et elles quittent la compagnie des hommes pendant cinq, six et sept jours, pour se purifier. Si elles négligeaient cette pratique, les herbes perdraient leur pouvoir et les femmes tomberaient malades.

« Vers ce temps surgit une dispute. Il s'agissait de savoir quelle des quatre nations était la principale, c'està-dire la plus ancienne, et devait commander. L'on tomba d'accord que pour chacune des quatre tribus on élèverait un mât, rougi avec de l'argile ; car l'argile, qui d'abord est jaune, rougitpar la cuisson. On devait aller à la guerre, et celle des nations qui parviendrait à couvrir la première son mât, depuis le sol jusqu'au faite, de scalps pris sur l'ennemi, passerait pour la plus vieille et la principale. Les Cussiaw les premiers parvinrent à couvrir leur mât de trophées de guerre, et le firent disparaître sous les chevelures de leurs ennemis. His furent déclarés les plus anciens. Puis vint le mât des C'Atkassaw, ensuite celui des A/ÿbamons ou Atilama. Enfin, sur celui des Obikaw, les scalps ne s’élevaient pas plus haut que le genou.

« Alors il y avait un oiseau bleu d'une taille gigantesque, plus rapide qu’un aigle, qui venait, tous les sept jours, tuer et dévorer les Chaktaw. L'on fit donc une image de femme, que l'on déposa sur le sentier par où passait l'oisean. Le volatile l’emporta, la garda longtemps, puis la remit à sa place. On la conserva soigneusement, dans l'espérance qu'il en sortirait quelque chose. Longtemps après, il en sortit un raf rouge, que l'on regarda comme le fils de l'oiseau bleu.

« Les Chektaw tinrent conseil avec le rat rouge, pour savoir comment parvenir à tner le grand oïseau bleu. Ce-

lui-ci possédait un arc et des flèches. La corde de l'arc fut rougée par le rat, de sorte que l'oiseau, ne pouvant plus se défendre, fut mis à mort par les guerriers. De là cette vénération qu'iuspire l'aigle, considéré comme un grand monarque. Les Indiens se parent de ses plumes lorsqu'ils vont traiter de la guerre ou de la paix. Teintes en rouge, elles signifient guerre. Teintes en blanc, elles marquent la paix.

« Ensuite ils quittèrent cette localité et arrivèrent à un sentier blanc. Tout, aux alentours, était de couleur blanche, même l'herbe, et ils remarquèrent en ce lieu les vesliges du séjour d'une tiibu. Ayant traversé le sentier, ils campèrent, puis revinrent sur leurs pas pour savoir ce qu’était ce sentier, quel peuple avait séjourné là, et s’il ne vaudrait pas mieux pour eux continuer la route qu’ils avaient prise. Cette route les conduisit à une baie rocailleuse et enfumée.

« Ils traversèrent la baie rocailleuse en se dirigeant vers l'orient, et arrivèrent chez le peuple cussaw, près d’une cité du même nom. Ils y séjournèrent quatre ans.

« Les Cussaw se plaignaient des ravages d’un monstre, appelé Mangeur d'hommes, qui vivait dans une caverne, Les Cussitaw s'engagèrent à les délivrer de cet ennemi. Aceleffet, ils creusèrent une fosse et la couvrirentd'unfilet en fil d'écorce de hickory. Ils y superposèrent des branches d'arbre en forme de croix. Ensuite, se rendant à l’antre du monstre, ils l’attirèrent en agitant une crécelle, L'animal sortit en fureur et les poursuivit à travers les branches disposées en croix. Les Cussitaw pensèrent alors qu'il valait mieux laisser mourir un seul homme que toute la nalion, Ils prirent doncun enfant orphelin de mère, et le livrèrent au monstre, dès qu’il se fut approché de la fosse. L'animal se laissa choir, et les Indiens le tuèrent facilement, au moyen d’échardes de pin enflammées.

L'on garda ses os jusqu'à ce jour. Ils sont pein{s en rouge d’un côté, et en blanc de l’autre.

« C'était d’ordinaire chaque septième jour que le mangeur d'hommes exerçait ses ravages. Aussi, après s’en être défaits, les Cussitaw demeurèrent-ils dans le pays pendant sept jours. En souvenir du monstre, lorsqu'ils se préparent à faire la guerre, ils observent un jeùne de six jours, et se mettent en marche le septième. S’ils ont soin d'emporter les os du monstre avec eux, ils se tiennent sûrs du succès,

« Au bout de quatre ans, les Cussitaw, ayant quitté le peuple cussaw, arrivèrent à une rivière, sur les bords de laquelle ils s’arrétèrentideux ans, vivant de racines et de poisson, faute de maïs ; ils s’y fabriquèrent des arcs, armèérent leurs flèches de dents de castor et de pointes de silex. Ils se servaient de roseaux fendus en guise de couteaux.

« Etant partis de là, ils se rendirent à la baie Bruyante, ainsi nommée à cause des cris qu'y poussaient les grues, que l’on rencontra en ce lieu en quantité. Les Cussilaw y passèrent une nuit. De là, ils atteignirent une rivière où se trouvait une chute d’eau, qu’ils nommèrent Owatonka.

« Le jour suivant, ils rencontrèrent un autre cours d'eau, qu’ils appelèrent Rivière de l'arbre décortiqué. Ils la traversèrent le lendemain et parvinrent à une haute montagne, où vivait le peuple constructeur du chemin blanc qu’ils avaient rencontré d’abord.

« Les Cussitaw lancèrent vers le peuple de la montagne des fièches blanches, en signe de paix, afin de reconnaître ses dispositions. Mais ce peuple, ramassant les flèches blanches, les teignit en rouge et les leur renvoya, eu signe de guerre. Le chef cussitaw jugea qu'il était prudent de s'arrêter. Cependant quelques guerriers ne

craignirent point de pousser jusqu'aux cabanes de ce euple, qu'ils trouvèrent désertes,

« Ayant aperçu alors, au milieu du fleuve, un herceau que l’on ne pouvait voir de la rive opposée, ils en cunclurent que la tribu ennemie avait cherohé une retraite au sein des eaux, et qu’elle n'avait point l'intention d'en sortir,

“ À cet endroit, ils trouvèrent une autre montagne, nommée Moferell, qui faisait un bruit semblable à celui du tambour que l'on frapperait; et c’est là qu'ils supposèrent être la résidence de ce peuple mystérieux. Lorsqu’ils partent pour la guerre, les Cussitaw entendent ce bruit retentir de toutes parts.

« Étant partis de là ils, côtoyèrent la rivière jusqu’à une chute d’eau, où ils aperçurent de grands rachers, Sur ces rochers se trouvaient placés des arcs, et ils supposèrent que là encore résidait le peuple constructeur du chemin blanc.

a Les Cussitaw se servaient, dans leur marche, de deux éclaireurs, qui précédaient le corps d'armée, Ces éclaireurs montérent au sommet d'une haute montagne, et aperçurent une ville, dans la direction de laquelle ils lancèrent des flèches blanches ; maïs les habitants les renvoyérent rouges.

« Alors les Cussitaw entrèrent en colère, et résolurent d'attaquer la ville et de prendre une des maisons qui la composaient pour chacun de leurs guerriers. Ils jaitèrent donc des pierres dans le lit de Ja rivière, de façon à la pouvoir traverser, s’emparèrent de la cité, habitée par des Têtes-Plates, et tuèrent tout, à l'excaption de deux personnes. S’étant mis à leur poursuite, ils trouvèrent un chien blanc, qu'ils mirent également à mort,

« Alors ils aperçurent une fumée qui s'échappait d'une autre ville. Ils jugèrent qu’elle devait être ocoupée par

le peuple constructeur du chemin blanc, et qu’ils cher. chaient depuis si longtemps. C'était la ville et le pays des Palachucolas.

« Les Cussitaw s'avancèrent vers ces derniers, animés des intentions les plus hostiles; mais les Palachucolas leur donnèrent à boire, en signe de paix, d’un breuvage noir, ajoutant : « Nos cœurs sont blancs ; que les vôtres « soient blancs aussi. Déposez donc les casse-tête et « montrez vos corps, comme preuve qu'ils sont blancs.» Les Cussitaw voulurent garder leurs massues, mais les Palacbucolas les persuadèrent tellement, qu'ils finirent par les ensevelir sous leurs lits. En retour, leurs nouveaux alliés leur donnèrent des plumes blanches, et demandèrent à n'avoir qu’un chef en commun. Depuis ce tempslà les deux nations ont toujours vécu ensemble.

« Une partie d'entre elles se fixa d’un côté de la rivière aux Roches-peintes, et l’autre du côté opposé. La première fraction s'appelle les Cussitaw, et l’autre les Cowétaw. Is ne font qu'uu peuple, celui des C'reeks supérieurs et inférieurs, Néanmoins, comme les Cussitaw aperçurent les premiers la fumée rouge et le fau rouge, et qu'ils rougirent les cités dans le sang, ils ne peuvent pas quitter leurs cœurs rouges, Jesquels, après tout, sont blancs d’un côté ei rouges de l'autre. Mais ils reconnaissent que le chemin blanc est le meilleur de tous, et qu'ils auraient dû le suivre. »

Nous regrettons de n'avoir pu nous procurer, dans les États-Unis, le travail explicatif du docteur D.-G. Brinton sur cêtte intéressante légende ; il ne peut être que fort eurieux et instructif. Mais, l'édition de son ÂVational Le. gend of the Chakta-Muskokes étant épuisée, nous allons

essayer d’en donner un commentaire de notre cru, lequel, nous osons l’espérer, vu notre pratique du génie des langues indiennes et nos études antécédentes des légendes et des mythes des Peaux-Rouges, sera de nature à satisfaire nos lecteurs.

Avec cette justesse d'appréciation qui caractérise ses études américaines, M. le comte de Charencey compare la légende des Chaktas à celle des Guatémaliens, et leur trouve une origine identique. Nous partageons entièrement son sentiment et allons faire ressortir, de plus, les nombreux points de ressemblance qui rapprochent cetie même légende de celle d’Ofsinéresh, de Kotsidatréh et d’E'tsiégé. Dans celles-ci comme dans celle-là nous ne pouvons nous empêcher de reconnattre le récit des pérégrinations du peuple hébreu, depuis sa sortie de la Chaldée jusqu’à son entrée dans la terre promise. Si, comme le rappelle le noble écrivain, «les types primitifs, conservés chez les sauvages de la Floride, semblent être précisément ceux que les Tzendales ont mis en oubli », nous pouvons dire aussi que plusieurs de ces traits complètent le recit des légendes dèné, dindjié et pieds-noirs. La tradition des Creeks sert comme de trait d'union naturel entre les narrations des Peaux-Rouges septentrionaux et celles des Indiens du sud de l'Amérique septentrionale, Le lecteur impartial en jugera.

Toutefois, dans la présente légende, ainsi que dans celles qui l’ont précédée, nous éliminons jusqu’à la penaée que les événements qu'elle relate aient eu pour scène l'Amérique elle-même, ou bien qu'ils aient trait à l’arrivée de la nation des Creeks sur ce continent, Nous allons voir, en effet, les mêmes faits appliqués, par les Chaktas, aux plages de la Floride, et, par les Dènè et les Dindijié, aux steppes qui bordent l'océan Glacial. Plus tard, dans un autre chapitre, nous verrons encore Guatémaliens et

Yucatèques transporter dans la Nouvelle-Espagne le théâtre d'événements absolument identiques. Or, tous ces faits étant calqués sur ceux relatés dans le Pentateuque, spécialement dans les livres de l’Æzxode et du Deutéronome, il devient évident que ces traditions américaines n’ont rapport à autre chose qu’à l’histoire des Hébreux, sous la conduite de Moïse.

À une certaine époque, dit la tradition des Creeks, la terre s’ouvrit vers l’ouest, où se trouve sa bouche. — Les Cussitaaw en sortirent et s’établirent dans les environs ; mais, comme cette terre dévorait ses habitants, ils s’en alièrent plus loin, vers l’ouest, pour revenir ensuite vers l'est. — Les Dènè-dindjié rapportent que, dans un passé très-éloigné, le grand génie « qui voit en avant et en arrière » (EAna-gu-hini) ouvrit la terre dans l'Ouest, pour en fuire sortir {eur ancêtre, le « voyageur sans feu ni lieu » (Æpon-édin). Il s'établit dans les environs, puis descendit vers la mer, dans le Sud-Ouest, à la recherche de sa femme, qui lui avait été ravie; puis, enfa, il revint vers lorient. — Or le Pentateuque nous dit qu'Abram Hédir, c’est-à-dire le Voyageur, tiré par Dieu de la Chaldée, se dirigea vers le sud-ouest, vers l'Égypte, pour retourner ensuite au pays de Chanaan, duquel les espions, envoyés par Moïse longtemps après, rendirent le témoignage que c'était une terre qui dévorait ses habitants.

Le nom de l'Arabie et de la Cbaldée est Câus, que l'historien Flavius Josèphe écrit Cusk. Les Cussilaw ne lireraient-ils pas de là jeur nom?

Les Chaktas placent dans l'Ouest la bouche de la terre. — C'est aussi dans l'Ouest que les Dènè-dindjié mettent l’antre immense d’où leur vient le dieu du tonnerre et par lequel s'en retournentles mânes de leurs morts. Ces mêmes Indiens disent être venus de l'ouest sur le continent américain, — C’est l’ouest que les Mexicains dési-

gnent par le signe zodiacal symbolique de la Maison (Caltli), en tzendale et en kollouche (Vu), d'où le nom de Nahoa (peuple de l'Ouest), donné aux Toltèques, et de Nahanné, que porte une des tribus, la plus occidentale, des Dènè-dindjié.

Les Cussitaw, continuant à être dévorés par cette terre, se dirigent définitivement vers le Levant. Îls arrivent à one rivière boueuse, puis à un fleuve de sang, où ils demeurent pendant dix ans, se nourrissant de poisson. — Les Hébreux (c'est-à-dire les voyageurs sans patrie, d’après leur nom même), ne pouvant demeurer longtemps dans la terre de Chanaan, à cause de la famine qui en dévorait les habitants, se décident à passer en Égypte, sous le gouvernement de Joseph. Ils viennent habiter pendant deux cents ans sur les bords du Nil, que la sainte Écriture nomme le fleuve bourbeux : « à fluvio turbido qui irrigat Egyptum » (Josué, zut, v. 3), et dont les eaux furent, par Moïse, converties en sang.

C’est de poisson que les Cussitaw se nourrissent, sur le fleuve bourbeux ; c'est anssi de poisson que le Moïse des Dènè-dindjié (Ftsiégé-Niottsintané) nourrit son peuple. — Moïse noutrit les lsraélites de la manne. Comme ils sortaient tous alors de la mer Rouge, il n’est pas étonnant que la tradition, dénaturant les faits, ait appelé cette blanche nourriture du poisson.

Les Cussitaw se transportent à l'embouchure du fleuve de sang, et de là à une montagne embrasée et fumante, qui faisait un prodigieux vacarme. La fumée et le feu en étaient rouges. —Les Hébreux, ayant quitté le Nil aux eaux converties èn sang et traversé la mer Rouge (observez qu'Homère lui-même donne quelquefois à la mer le nom de fleuve), parvinrent au pied du Sinaï, où Moïse étant monté, cette montagne leur apparut toute en feu. Une nués épaisse la couvrit; il en sortait un grand feu et

679 — uns fumée rouge comme d’une fournaise, et le son de la trompette y devenait de plus en plus éclatant et perçant (Æzxode, 1x, v. 16:20 ; idem, xx, v. 18). — Kisiégé, le Moïse des Dindjié ou Loucheux, ayant gravi uñe haute montagne, s’en fait précipiter dans son char, et celui-ci, en roulant sur les pentes escarpées, y produit le bruit de cent tonnerres, — Ofsiniresh, le héros dènè, monte avec son frère sur la montagne, au milieu de la foudre et des tonnerres. Les Cussitaw gravissent également la montagne tonnante et embrasée.

Du sommet de cette reine des montagnes partait un son semblable à un chant, dit la légende fioridienne, et qui provenait du feu qui y brülait. — Du sommet du Sinai partit la voix même de Jéhovah, proclamant le Décalogue. Les vibrations harmonieuses de la trompette y annoncèrent aux Hébreux que Dieu y était descendu. De plus, c'était encore Dieu, résidant dans la colonne de feu du tabernacle, qui rendait des oracles et dirigeait la marche d'Israël.

Les Cussitaw conservèrent du feu de la montagne. — C'ést au sommet du Sin: que les Hébreux reçurent les ordonnances relatives au culte de Jéhovah et à Pentretien perpétuel du feu sacré. Un grand nombre de nations peaux-rouges ont conservé pendant longtemps un feu sacré.

Au pied de la montagne fumante et tonnante, les Cussitaw furent instruits dans la connaissance dés herbes et dans plusieurs sciences. — Ce fut au pied du Sinaï que les Hébreux reçurent la loi mosaïque, les prescriptions relatives aux purifications légales, et qu'ils apprirent différentes sciences et exercèrent différents arts, tels que ceux d'orfèvre, de brodeur, de joaillier, de tisseur, de fondeur de métaux, de charpentier, ete.

Les plantes connues des Cussitaw servaient à leurs puri-

fications. —- Moïse apprit aux Israélites à se purifier avec l'hysope.

Au pied de la montagne, les Cussitaw rencontrèrent un peuple formé de trois autres nations. — Dans le désert de Sinaï, le peuple hébreu fit la rencontre de trois peuples, ses frères : les Iduméens, fils d’isaac, les Moabites et les Ammoniles, fils de Loth. À cause de l'étroite parenté qui les unissait à ces descendants d'Abraham, leur père commun, Dieu défendit aux Israélites de les combattre. — Parmi les Israélites sortis d'Égypte se trouvaient aussi, dit l'Exode, des Egyptiens et des Chananéens, qui avaient uni leur sort à celui du peuple de Dieu.

De l'est, les Cussitaw virent arriver un feu blanc, du sud un feu bleu, de l’ouest un feu noir, et du nord un feu rouge et jaune. Ils rejetèrent les trois premiers et adoptèrent le quatrième. Serait-il impossible de reconnaître, sous ces expressions figurées, les relations historiques du peuple hébreu avec les races diverses et de couleurs différentes qui l'entouraient géographiquement? Et, alors même que les couleurs et l’orientation indiquées par la légende ne concorderaient pas parfaitement avec les couleurs et l'orientation indiquées par la géographie et l'histoire, faudrait-il renoncer à cette supposition d’ailleurs assez probable?

Sur la montagne, les Cussitaw trouvèrent un poteau qui était en mouvement et faisait grand tapage. On ne put le réduire au silence qu'en y attachant et en y égorgeant un enfant orphelin de mère. — Nous avons là un double souvenir et du mont Moriah, sur lequel Isaac allait être sacrifié, et du mont du Calvaire, qui reçut le sacrifice de Jésus-Christ. La croix semble être ce poteau qui faisait si grand tapage. Elle en a fait et elle en fera encore longtemps dans le monde, et surtout parmi les descendants d'Israël, puisque c'est du Calvaire et du crucifie-

ment de Jésus que date leur dispersion par tout l'univers. Isaac pouvait passer pour orphelin de mère, tant Sara était vieille ; et Jésus, qui, en tant qu’homme, n'avail pas de père, n’avait point de mère, en tant que Dieu, avant son incarnation. — Les Dènè-dindjié, eux aussi, conservent un bien vif souvenir d'une montagne du bois, qu'ils appellent de tous leurs vœux, les uns à chaque renouvellement de la lune, les autres à chaque éclipse de lune, lors de la fête de leur Moïse lunaire. Ils invoquent alors cette montagne, en la priant d'arriver au plus tôt et de les arracher de l'affreux pays où ils se trouvent. — Les Pieds- Noirs ont également leur poteau sacré.

Les Cussitaw célèbrent une fête du maïs vert, nommée Busk. Ce mot se rapproche du Pascha des Israélites, Nous avous vu chez les Dènè et les Pieds-Noirs une fête analogue. Le mot Phase ou Pascha signifie saut, passage ; etla fête des Dènè-dindjié s'appelle fête du Passage de l'ange de la mort au travers des tentes. Lors de cette fête, ils supplient leur dieu lunaire, la Souris jaune, de passer par-dessus terre, en forme de croix, afin de les sauver et de les délivrer de leurs ennemis. La croix, qui fut un signe néfaste chez les anciens, fut un signe de bénédiction chez les Israélites, dans la bénédiction de Jacob mourant, sur les fils de Joseph, dans l'érection du serpent d’airain en croix, dans les offrandes des sacrificateurs, elc. Elle a

. le même caractère au Mexique, chez les Dènè-dindjié et chez les Chaktas.

Les femmes cussitaw observent les mêmes purifications légales que les femmes israélites. Il y a longtemps que nous avons signalé les mêmes coutumes cher les Dènè-dindjié et parmi les Algonquins,

Il surgit une dispute parmi les Chaktas, relativement à la priorité de leurs quatre tribus. Il s'éleva également

une dispute parmi les quatre familles de la maison de T. XY. 4

Lévi par rapport au sacerdoce, Coré prétendant que sa famille l’emportait en ancienneté sur celle d’Aaron. Les Chaktas jugèrent le différend au moyen de mâts qu'il s'agissait da couvrir de chevelures ennemies. Moïse vida le différend des Lévités au moyen des verges de chaque famille qu'il déposa dans le tabernacle. La tribu dont la verge devait fleurir et se couvrir de végétation, devait être réputée la plus ancienne et la première. Et ce fut la verge d'Aaroo qui fleurit (Nombres, ch. xvut).

Un aigle bleu gigantesque venait tuer et dévorer les Chakias tous Jes sept jours. Il fut attiré par uu simulacre de femme déposé sur le chemin, et celle-ci mit au monde un rat rouge, qui fut regardé, quoique probablement à tort, pour le fils de l'aigle bleu, Ce rat rouge causa le trépas de l’oiseau en rongeant la corde de son arc, dans lequel résidait sa force, Les traditions dènè-dindjié sont identiques sur ce point. Elles nous parlent d’un aigle blanc immense qui dévorait les Indiens, d’un géant qui avait déjà détruit sepf personnes, d'un monstre qui se tenait sur le sentier et déchirait les passants. Dans l’antiquité, nous retrouvons des mythes analogues dans la Chimère, dans le Minotaure qui, tous les ans, exigeait sept victimes, dans le Sphinx, elc. Chez les Cussaw, nous verrons un monstre qui, lui aussi, faisait des victimes tous les sept jours. On ne saurait nier qu'il y a unité d'idée dans ces divers apologues, tant en Amérique qu'en Asie et en Europe, et ce nombre sept ne 86 rencontre pas ici fortuitement.

Bien que l’on puisse voir dans le Minotaure, avec M. de Cbarencey et d’autres auteurs, is dieu Moloch ou Baal des Phéniciens, auquel on immolait des victimes huœmaiues daus un taureau d’airain que l'on embrasait, on peui dgalement, et avec autant de raison, y voir le symhole d’un des quaire grands empires omentaux, qui s'op-

posèrent le plus à l'accroissement età l'existence du peuple de Dieu, savoir : l'Egypte, figurée si souvent dans ler saints livres par le crocodile et le lion ; l’Assyrie, qui, par son nom d'Ashour ou Astour, qui signifie bœuf, a pu fort bien être symbolisée par le Minotaure. D'ailleurs son emblème, qui se rencontre si fréquemment dans les palais et sur les murailles ruinées de Khorsabad, était le bœuf à tête humaine ou chérub. La Babylonie était la troisième empire; la Babylonie avait son dieu AWisrock, homme à tête d'aigle, dont le Rouach-£'lohim ou Rouach- El (Esprit de Dieu) des Hébreux a pu donner l'idée, comme il a servi de thème, dit du Rocher, à la fable d'Héraclès, l'Hercule des Grecs. Enfin venait la Syro- Phénicie, qui adorait également la même divinité, sous le nom d'Illus.

Mais dans l'apologue présent il me paraîtrait qu'il s'agit de l'Egypte; car dans ce Rat rouge qui passa chez les Cussitaw pour fils de l'aigle bleu et de la femme trouvée sur le sentier, le lecteur a déjà dû reconnaitre le rat rouge des sables ou musaraigne des Dènè Peauxde-lièvre, le rat jaune du Dindjié ou Loucheux, c’est-àdire la figure du héros lunaire des Dènè-dindjié, vainqueur aussi du peuple à téferasée, qui les opprimait, et duns lequel nous avons reconnu Moïse vainqueur des Egyptiens; de même que le rat rouge des Cussitaw les aida à 8e rendre matires el à détruire le monstrueux volatile qui les opprimait. En effet, Guérin du Rocher, dont on dédaigne peut-être trop les curieux paralièles, ne nous apprend-il pas que Moïse fut appelé par les Kgyptiens Rat rouge, Taupe ou Musaraigne (Siphnus), tant à cause de son nom égyptien, Osar-Siph, que de son passage à travers les eaux de la mer Rouge (Supk), ainsi que nous l'avons dit ailleurs? L'identité de ce symbole chez les Creeks, les Dènè, les Dindjié, les Egyptienn ot même

chez les Hindous, comme nous le disions plus loin, est donc de la dernière évidence, et doit être pour le lecteur une forte preuve de la réalité de nos identifications.

De la contrée habitée par l’aigle gigantesque, les Cussitaw passèrent dans un pays dont le sol, le sentier et jusqu’à l'herbe étaient de couleur blanche. Après avoir quitté l'Egypte, les Hébreux, sortis de Cush ou pays de Chanaan, vécurent dans le désert de la manne qui blanchissait la terre tous les matins. Les Dènè racontent la même merveille sans aucune espèce d’apologue. (Voir, pour ce fait, notre monographie des Dènè-dindjié. Paris, E. Leroux, éditeur, 1876.) D'ailleurs, la Palestine, dont le nom signifie {eu couvert de cendres, n'est-elle pas bordée par la chaîne du Liban, dont le nom hébreu sigaifie blanc, candide ?

De ce lieu les Cussitaw parvinrent à une baie pierreuse et enfumée. Les Dènè disent, sans aucun détour, qu'à leur sortie du pays où ils vivaient sous la servitude du peuple à tête rasée, ils vécurent de longues années dans un désert pierreux et, pour un temps, au milieu de ténèbres fort épaisses. Les Israélites, sortis de l'Egypte, traversent le désert rocailleux de Sin, et vivent quarante ans sous la nuée protectrice.

De la baie pierreuse etténébreuse les Cussitaw se dirigèrent vers l'Orient et arrivèrent à la ville des C'ussato.— Les Israélites parvinrent du désert vers la ville d'Hésébon qui appartenait aux Amorrhéens, fils de CAus ou Cusk, d’où est probablement aussi dérivé le nom de Cussaw, comme celui de C'ussitato.

Les Cussaw se plaignaient des ravages d’on monstre mangeur d'hommes qui vivait dans une caverne, etdévorait leurs enfants tous les sept joure. Les Cussitaw tuent le monstre en le faisant choir dans une fosse sur laquelle étaient disposés des bois en croix, non pas toutefois

avant qu'ils lui eussent abandonné un enfant orphelin. Etsiégé, le Moïse des Dindjié, délivra son peuple du serpent de la mort, qui vivait aussi dans un antre, et l’attira en plaçant un signe sur un poteau, devant son repaire. Moise délivra Israël des serpents de feu en élevant en croix le serpent d’airain, figure du Christ mort en croix pour toute l'humanité, — Si le lecteur doutait que le fait rapporté dans cet apologue eût trait au sacrifice du Calvaire, combiné et confondu avec l'érection du serpent d’airain par Moïse, il nous suffirait de relever l’expression des Cussitaw à propos de la mort de l’enfant livré au monstre : « qu'ils crurent qu'il valait mieux laisser mourir un seul homme que toute la nation; » car ces paroles sont exactement celles qui furent prononcées par l’inique grand prêtre Caïphe devant le Sanhédrin, à l’occasion de la capture et de la mort préméditée du Christ. Quelque étrange qu'il soit d’entendre cet écho d’une voix déicide au fond des déserts de l'Amérique, qui pourrait en révoquer en doute la fidélité ?

Maintenant, que les monstrueux quadrupèdes ou volatiles dont il est si souvent fait mention dans la présente tradition, comme dans toutes celles des Peaux-Rouges, puissent être considérés comme des emblèmes orientaux des grandes nalions qui furent jadis et sur un autre continent les ennemis de ces Indiens, c’est ce qui nous semble fort plausible, puisque Chaktas, Dènè et Dindjié ne parlent de ces monstres qu'à propos de combats qu'ils eurent à soutenir contre des ennemis bien plus forts qu'eux. Ils pénètrent chez ces nations, et aussitôt l'histoire tournant à l'apologue, qu’y voient-ils? un aigle immense, un lion, un monstre affreux qui leur barre le chemin et qu'il leur faut combattre afin de passer au delà. Il devient par là évident que le souvenir de ces monstres chimériques est demeuré dans leur esprit comme les

symboles des nations qu’ils représentèrent d'abord, Or telle était justement la coutume des prophètes d'Israël. Les livres inspirés ne dépeignent les grandes nations et les grands monarques qui s'opposèrent au peuple de Dieu, que suus la figure de monstres et de bêtes féroces. Ainsi furent représentés les Égyptiens, les Phéniciens, les Babyloniens, les Assyriens, les Perses, les Grecs et les Romuins. C'est ainsi que le prophète Ezéchiel dit de l'Égypte: « Je viens à vous, Pharaon, roi d'Égypte, grand dragon qui vous couchez au milieu de vos fleuves. (crocodile}» (Ezéchiel, chap. xxix, v. 3); et ailleurs : « Vous avez été semblable au lion des nations et au dragon qui est dans la mer (crocodile). » Juda lui-même, la souche des rois de la Judée, ne fut-il pas comparé au lion par son père Jacob, bénissant ses enfants, et Ezéchiel ne continue-t-il pas cette comparaisoncontre Joachim dans le chapitre x1rx de ses prophéties : « … Et il marcha parmi les lions, et il devint un lion cruel; il s'instruisit àprendre sa proie et à dévorer les hommes.» Voilà donc un des mangeurs d'hommes de nos Peaux-Rouges. « Alors les peuples de toutes les provinces voisines s’assemblèrent contre Jui, ils jetèrent sur lui leurs filets et ils le prirent (chap. x1x, v. 8). » Le même prophète compare les Babyloniens à l'aigle, ainsi que les Egyptiens. « Un aïgle puissant, qui avait de grandes ailes et un long corps couvert de plumes de couleurs variées, vint sur le mont Liban... et un autre aigle parut ensuite... Ne savez-vous pas ce que cette énigme signifie? Le roi de Babylone, figuré par le premier aigle, vient à Jérusalem figurée par le Liban... et le roi d'Egypte, figuré par le deuxième aïgle.… etc. » (Ezëchiel, chap. vir, v. 3-15.)

À son tour le prophète Daniel nous représente la monarchie des Perses sous la forme d’un ours, celle des Babyloniens comme un monstre ayant un corps de lionne,

des ailes d'aigle et des pieds humains ; le royaume des Macédoniens comme un féopard & quatre têtes et muni de quatre ailes ; enfin la république romaine sous ta forme d'un autre monstre à dents de fer et à dix cornes. Le royaume des Mèdes est comparé par Jui au bélier et celui des Grecs à nn êoue monstrueux (Daniel, chap. vit, v. 3-8; chap. vit, v. 3).

Ces animaux, auxquels les prophètes israélites comparèrent les nations ennemies de l'Église et du peuple de Dieu, sont ce que l’on appelle animaux chérubiques. Ts sont d'ordinaire au nombre de quatre : l'aigle, le Aion, le taureau et l’homme. Dans la mystique des Hébreux, des Chaldéens et des Égyptiens, on voit paraître fréquemment ces figures d'animaux, qui primitivement furent les emblèmes dela divinité elle-méme et que les voyants d'Israël apercevaient sans cesse présents devant le trône et sous les pieds de l'Éternel.

Les Assyriens avaient pour emblèmes de leur pays le chérub, composé du bœuf, de l'aigle et de l'homme : c'était Schour ou Tour, taureau ailé 4 tête humaine portant la tiare royale. Ce symbole était justifié par le nom véritable de l’Assyrie, qui était Æaschour on Astour (1), d’où sont dérivés les noms des Asturies, patrie des Ibères, et du Turquestan ou Tour-estân, c'est-à-dire pays des Turks ou Scythes.

C’est sans doute l'Assyrie que les traditions dènèdindjié dépeignent comme un ruminant gigantesque qui les conviait à la fornication ; et c'est sans doute la Babylonie ou l'Egypte que ces Peaux Rouges, ainsi que les Creeks, représentent comme un aigle gigantesque, ennemi de cestribuset qui les détruisait, Qu’on se rappelle que le dieu-aigle, Misr ou Nisroch, des Babyloniens, n'é-

(1) Découverte des ruines de Ninive, par Botta et Layard.

tait autre que le Mithra des Perses, dieu de la guerre et de la mort. Comme preuve que nos Dènè-dindjié, et par analogie les Creeks eux-mêmes ont tiré ces images et ces emblèmes de la Chaldée, que le lecteur consulte mon « Rapport sur la Géologie du Mackenzie » ; l'appendice relatif aux armes de pierre de nos Indiens prouve que les armes de pierre des Dènè-dindjié sont en tout semblables à celles des peuples primitifs des Asturies, d’Erivan dans le Caucase, de la Russie et du Danemark. Or les Ibères qui peuplèrent les Asturies furent une colonne de Chaldéens, et les Scythes, qui en dérivent également, furent les premiers habitants du Caucase et de la Russie, l’ancienne Scythie. Quart au Danemark, nous avons de fortes probabilités qu’il fut peuplé par des Danites, comme nous le dirons dans le chapitre suivant. Aussi trouve-t-on dans cette contrée plusieurs des mythes en honneur dans la Chaldée, dans la Tartarie et jusque chez nos Peaux-Rouges d'Amérique.

Les mêmes Assyriens qui avaient aussi pour chérub symbolique le griffon, animal fantastique composé de l'aigle et du lion, représentaient leur grand dieu C'ronus, l'Elloim ou El des Hébreux, l’{llus des Phéniciens, sous la figure d'un homme ailé semblable aux chérubins de l’arche et à ceux que vit Ezéchiel, Il avait quatre ailes, deux au repos et deux en activité, quatre yeux par devant et quatre par derrière, pour marquer, dit Sanchoniathon, sa toute-puissance et son omniscience. Or comment nos Dénè-dindjié appellent-ils leur grand Dieu? £hna gu-hini (celui qui voit par devant et par derrière), Æ£hta-odu-hini (celui qui a des yeux devant et derrière), EAna ta-eftini (même signification). Comment donc nier que nous avons ici une divinité identique à £lloïm, 4 Îllus et à Cronus, surtout lorsque les traditions des Dénè et des Dindjié, qui se rapportent à ce Dieu, rappelient trait pour trait les

relations d'Abraham avec l'ange du Seigneur, le combat de Jacob avec l’ange, etc.?

Si la nation assyrienne avait pour emblème Chérub, le Taureau, à cause de son nom Schour, le peuple hébreu avait pour emblème le chérub à figure d'homme, c’est-à-dire l’ange de Dieu, qui donna à Jacob le nom de Sara El ou Israël, c’est-à-dire Fort contre Dieu. Nous voyons, en effet, dans tout le cours de l'histoire des Israélites, l'ange du Seigneur protéger et secourir visiblement cette nation, qui tirait sou nom de Dieu lui-même, El, C'est l’archange Micha El, la F\ rce de Dieu, qui est leur guide dans le désert, et qui leur ordonne d’exterminer les sept nations chananéennes, abominables aux yeux d'Adonaï, à cause de leurs crimes {Deutéronome, chap. vu, v. 1; Josué, chap. mi, v. 40; chap. 1x, v. 3; chap. xir, v. 8). Comment les nations païennes, qui environnaient les Israélites, qui étaient les témoins et les objets maudits de toutes les merveilles que l’ange du Seigneur opérait contre elles, comment ces nations n’auraient-elles pas fait du Chérub, protecteur d'Israël et vengeur des crimes des sept nations vouées à l’anathème, les prototypes des monstres mangeurs d’homues tous les sept jours ou tous les sept ans, dont l’antiquité, soit phénicienne, soit grecque, nous a transmis le souvenir ? Et quoi d'étonnant que des peuplades qui descendaient des Chaldéens, des Egyptiens, des Israélites rebelles ou des Phéniciens, aient apporté avec elles des souvenirs jusqu’en Amérique ? De là le géant des Dènè Peaux-de-lièvre, destructeur de sept personnes, comme le Minotaure des Crétois; de là les lions et les aigles des Chaktas et des Dènè, qui, tous les sept ans ou tous les sept jours, venaient promener leurs ravages parmi les Indiens.

Qui pourrait voir, dans des rapprochements si con-

stants et si identiques, une pure fortuité d’idées et de mythes ? — Mais continuons nos identifications.

Les Cussitaw pratiquaient le jeûne ainsi que le font les Pieds-Noirs, les Dènè-dindjié et les Israélites.

Ns connaissaient comme eux la période de sept jours.

Etant partis de nouveau, les Gussitaw arrivèrent en un lieu nommé {a bate Bruyante, à cause de la multitude de gibier et de grues qu'ils y rencontrèrent. Ils n'y passèrent qu’une nuit.—Les Dènè, en marche dans le désert, se nourrissent d’ortolans des neiges et de gélinottes blanches. — Les Hébreux, dans ! : désert, furent nourris de cailles ou, comme le disent les1abbins Salomon et Kimchi, d'oiseaux fort gras, car le genre et l'espèce de ces oiseaux n'étaient pas mentionnés dans l'hébreu, et la version de Septante en fait des ortolans, ainsi que le disent nos Dènèé.

Les Cussitaw demeurèrent quatre ans dans le pays des Cussaw, allant et venant sans cesse, combattant le monstre el se servant d’armes de silex. — Les Israélites paseërent quarante ans dans le désert des enfants de Cush, voyageant sans cesse et combattant les Amalécites et les Amorrhéens, figurés par le monstre mangeur d'hommes.

Après avoir traversé deux cours d’eau, les Cussitaw arrivent à une montagne sur laquelle était situé une ville habitée par le peuple du sentier blanc. Ils parlementent pour avoir le droit de passer outre, et ce peuple leur répond par une déclaration de guerre. — Après avoir passé les torrents de Zared et d’Arnon, les Israélites arrivèrent au pied du mont Hermon et sous les murs d'Hésébon. Moïse fait demander au roi des Amorrhéens la permission de traverser pacifiquement son territoire, mais Sehon répond par une déclaration de guerre. Le mont Hermon fait partie de la chaine du Liban, dont le nom signitie blanc, ainsi que nous l'avons dit plus haut. La Sainte Écriture emploie souvent le nom du Liban pour si-

gnifier toute la terre sainte (Ézéchiel, chap. vnr, v. 3-18).

Les Cussitaw aperçoivent un berceau sur les eanx d’or fleuve. — La lacune ayant rapport à la manière dont fut trouvé Moïse enfant est ici en partie comblée. Toutefois, le fait est loin d’y être aussi explicite que dans les traditions déènè-dindjié.

Les Cussitaw virent ensuite une montagne, nommée Moterell, qui faisait un grand vacarme. il y a ici un anachronisme et une répétition, chose fréquente dans les légendes américaines. Il s’agit de nouveau de la montagne embrasée et tonnante dont il a été parlé plus haut. Le docteur Brinton observe que le nom Moterell n’est pas creek. Ne serait-ce pas un vague et fugitif souvenir de Mosera ou Mosroth, au pied du mont Ibor, lieu où mourut Aaron? (Deutéronome, chap. x, v. 5.)

Les Cussitaw, ayant côtoyé un cours d’eau, arrivent à de grands rochers, sur lesquels ils aperçoivent des arcs. Jugeant que la nation du sentier blanc occupe les bhauteurs, ils y envoient porter des paroles de paix, mais on leur répond par des déclarations de guerre. — Geci est encore une répétition de ce qui a été dit plus haut. — Le peuple du blanc sentier représente sans doute les babitants de la Palestine et du Liban, c'est-à-dire du pays blanc, candide, contrée élevée et montagneuse, comme celle dont il est ici question.

Les Cussitaw avaient toujours dans leur marche deux éclaireurs ou espions qui précédaient le corps d'armée. — Les Israélites envoient des ambassadeurs aux Amorrhéens, avant de les attaquer (Deutéronome, chap. m1, v. 26). Moïse envoie Caleb et Josué visiter la terre promise ; Josué envoie vers Jéricho deux espions, qui logèrent chez Rahab.

Les Cussitaw régolurent d'attaquer la ville rebelle et de prendre une maison pour chacun de leurs guerriers,

après avoir exterminé tous les hubitants. — C'est ainsi que les Israélites en usèrent à l'égard des Amorrhéens, des hubitants de Jéricho et des autres peuples de la Palestine (Deutéron., chap. ur). Les Dindjié rapportent la même chose dans leurs traditions d'Ætsiégé. Le seul souvenir de ces villes parmi des peuplades sauvages et nomades, n'est-il pas lui-méme une très-forte preuve que les événements qu'elles racontent se sont passés sous nn autre climat et dans une autre contrée, où leur genre de vie était autre qu'il n’est ici ?

Les ennemis des Cussitaw étaient des Têtes plates, ceux des Dènè-dindjié des Têtes pelées ou Têles rouges (c'est ce que siguifie à la fois leur nom Æfwi dé téllè). Nous avons reconnu dans ces derniers des Égyptiens et peulêtre aussi des Phéniciens.

Pour parvenir à la ville qu'ils veulent ruiner, les Cussitaw traversent un fleuve à gué, en y jetant des pierres. Arrivés dans la cité, ils en massacrent tous les habitants, à l'exception de deux .— Pour parvenir à Jéricho, que Dieu leur a livrée, les Israélites traversent le fleuve du Jourdain à pied sec, et, après en avoir tiré douze pierres, ils placent au milieu de son lit douze autres pierres, comme un monument commémoratif de leur passage, Ils firent le sac de Jéricho, mais ils épargnèrent Rahab et sa famille (Josué, chap. 1v, v. 9).

Après le sac de la ville des Cussaw, les Cussitiw reneontrent un chiea blanc qu'ils mettent aussi à morl. — Après la conquête de Jéricho, les Israélites mirent à mort, en le lapidant comme un chien, Achan, Israélite, qui fut trouvé prévaricateur (1).

(4) Nous en demandons pardon à notre cher confrère; il ne nous paraîit pas possible que de si nombreux et si menus détails de l’histoire de la nation juive aient passé et se soient fidèlement transmis d'âge en Âge dans la mémoire d'un peuple, sous forme de fables si peu consistantes et

Les Cussitaw découvrent enfin le peuple habitant du pays blanc, et veulent également le détruire; mais celui-ci parvint à les fléchir tellement, qu’ils contractèrent alliance avec lui, et demeurèrent depuis lors avec ce peuple sur le pied de l'amitié et de l'égalité. — Les Dènèdindjié disent aussi qu'ils vécurent très-longtemps parmi leurs ennemis les Têtes rasées ou Hommes-Chiens, qui finirent par épouser leurs filles. — Ainsi les Israélites, après avoir pénétré et s'être établis dans la terre promise, dont ils avaient reçu mission de détruire les habitants primitifs, les sept nations chananéennes, s’en laissèrent fléchir, el, émus de pitié, leur permirent de vivre au milieu d’eux ; ils en épousèrent même les filles, ce qui fut l’occasion el la cause de leur perte.

Cette dernière particularité nous autorise donc à voir, dans la nation des Creeks, le mélange de deux éléments : tsraélite et chananéen ou phénicien ; c'est-à-dire des mémes éléments dont nous avons constaté l’existence parmi les Dènè-dindjié, et qui, par le fait, se trouvaient réunis ensemble, dans la nation israélite elle-même, lors des deux captivités, sous Salmanuzar et sous Nabuchodonosor. Les Cussitaw seraient donc des Israélites mélangés peut-être d'Égyptiens, et les Cowétas, ce peuple du pays blanc, des descendants des Palesiins ou des Chananéens.

mêlés à tant d'aberrations ridicules. Quand l'ignorance et l'imagination se donnent libre carrière à ce point, il nous paraît difficile qu’une tradition orsle soit reconnaissable, daus ces menus détails, à cinquante ans ou à cinquante lieues de distance; peut-être même ne trouverait-on pas deux hommes dans une tribu qui la rapportent d'une façon identique. S'il en est ainsi, quelle conséquence peut-on tirer, dans cette eategorie de faits secondaires, de la coïncidence de la fable avec l'histoire, après un laps de temps si considérable ? Si la thèse de l’auteur est vraie — et nous voulous le craire — nous pensons qu'il ne faut demander à la tradition que ce qu'elle peut donner, le souvenir plus ou moins aitéré des plus notables événements. (Nots de la Rédaction.)

Nous n'ignorons pas que certains lecteurs vont lever les épaules à cette conclusion et la caractériseront de téméraire. Que ces personnes, suspendant un jugement si hâtif, veuillent prendre connaissance du compte rendu du congrès des Américains, 1"° année, 1875. Elles y verront des preuves convaincantes que des débris des nations chananéennes, et probablement aussi du peuple israélite, abordèrent jadis en Amérique, comme il conste par les monuments et les pierres gravées en caracières phéaiciens qui ont été découverts dans les États-Unis, ces dernières années.

Passons maintenant à la tradition des Guatémaliens, telle que nous la trouvons dans le Mythe de Votan, par M. le comte de Charencey. Nous y retrouverons les mémes phénomènes ethnologiques que dans les précédentes.

La légende de Votan ou Wotan nous a été transmise par l’évêque de Chiapas, don Francesco Nunez de la Vega, qui la recueillit chez les peuples d'Oxaca. Elle fait partie de la magnifique Bibliothèque américaine du savant abbé Brasseur de Bourbourg, que nous pouvons considérer, parmi nos compatriotes, et en dépit de certaines idées qu’on lui reproche justement, comme le premier des américanistes modernes. Nombre d'écrivains espagnols, mexicains ou péruviens, cités dans l’ouvrage, sont les sources auxquelles s’est inspiré l’auteur du Mythe de Votan. La plupart de ces écrivains appartiennent au corps du clergé régulier, missionnaires de la Nouvelle- Espagne ; tels sont : l’évêque don Diego de Landa, les RR. PP. Torquemada, Grégoire Garcia, Clavigero, Burgoa, don F.Piwentel, Lopez de Cogolludo ; quelques autres sont des laïques savants, tels que le docteur Juan Diego de Tscudi, Ordotiez, Sahagun, Cabrera, Maria Ed. de Rivero, etc.

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