‹ Six mois à MadagascarChapitre 5 sur 10 · I. -•-„:'', ^^.> ^r^f.iTit5 rpsieiii · texte numérisé non relu

I. -•-„:'', ^^.> ^r^f.iTit5 rpsieiii

. il t^ .Wi

ie rurail'.es. les enfants restent

•■ . .o.L- .-. ■•.•.>:c*:<.' ;us^y.:'à oirg ou six ans. Aussi, * s . ■;. ; . ^ V >ci: veii .Le ccsî'JS. de boiteux, de

, .> .Uiûc5 ;:^^:rs en: une réputation . :•.,'<: va^ u>-j:ree : li beauté phy-

. .i i .^v..:;î z::rà:e es- l'apanage du

^-..^ '^^ créoles

., -'-'vi ::aîriô.

,.-- ----z-entici

...^ i..- B»:>iroon -^^-^ju=::i'£ût

.^ .;> :.-::icacia-

SIX MOIS A MADAaASCAR. 199

i flûtée, enfantine, usitée sous le Directoire, is rintimité, on parle le créole ; c'est un patois éde français, d'expressions maritimes, de mots labars, cafres et malgaches, ''oicî quelques exemples : Prendre, arrêter, se *

souquer ; monter, verbe actif, se transforme haUr ; voir, en guetter ; s'en aller, en démarr . Beaucoup d'expressions ont un certain pittojue ; ainsi Ton dit quouque^ pour « ce que ; 3» . t'Aère pour maintenant ; espérer^ pour attendre ; fytj pour ils ; salam^ pour bonjour. Cette langne )loie beaucoup de métaphores. Les verbes sont jugués selon le bon plaisir de chacun. Vu se Qonce toujours i ; le cA, le c, le ^, se pronon- . b 0, Certaines exclamations, telles que heu ! heu I

sont intraduisibles en français. Puis vient le nême^ vocable approbatif au suprême degré, e comme ça même^ qui répond à tout, comme t tarte à la crème » du marquis de Molière, -.es maisons créoles sont généralement cousîtes en bois et couvertes en bardeaux ; on emie dans leur construction de préférence le bois natte à grandes feuilles.

SUes s'élèvent au milieu de grands jardins ceints murs, sous Tombre de tamariniers au sombre illage, du flamboyant, qui se couvre en été ne toison de fleurs écarlates, du manguier et

du cocotier, dont les colonnes polies lui font une avenue monumentale. Cuisine, communs, buanderie, dépendances de toutes sortes sont relégués au fond du jardin.

La pièce importante d'une maison, c'est la varangue, qui se nomme dans Tlnde vérandah ; c'est une sorte de vestibule, un portique ouvert sur le jardin et soutenu, soit par des colonnes de pierre, soit par des poteaux sculptés.

Les créoles passent leur vie dans la varangue. Les dames, vêtues d'une robe de toile taillée en forme de blouse, sont assises dans d'immenses fauteuils en rotin, qui viennent de Tlnde. C'est là que, le soir, on reçoit les intimes, les gens avec lesquels on ne se gêne pas.

Les créoles ont l'amour de la vie de fanaille. Brus, gendres, beaux-frères et belles-sœurs, père, mère, neveux et nièces, habitent souvent la même maison.

Aussi les domestiques sont-ils si nombreux que leur nomenclature eflFraierait nos ménagères de France.

Pour tenir une maison sur un pied convenable, il faut : un cuisinier, un blanchisseur, un ou deux jardiniers, un valet de chambre pour chaque maître, une femme de chambre pour chaque dame, une bonne pour chaque enfant, un petit noir pour

îaire les courses, un cocher et quelques palefre- ^^s, valets de pied, etc.

Tout ce qui n*a pas d'occupation déterminée ftst désigné sous le titre de péon.

Mais si Ton donne beaucoup aux apparences, la vie intime des créoles est fort sobre. Leur cuisine est peu compliquée.

Le mets favori est le fameux carry indien, sauce de haut goût dans laquelle entrent quarante-deux espèces d'aromates, où dominent le safran, le girofle et le piment. On fait du carry avec de la volaille, du poisson et des léchiques^ poissons microscopiques à tête noire et d'une saveur médiocre.

Les rougayes^ autre mets indien, sont en très grande faveur.

On les fait avec des légumes, des fruits, du raifort, des tomates ou des mangues vertes; dans ce dernier cas, ils prennent le nom de ^ambaiyiQnn&ûX ensuite les achars, qui sont des conserves, au vinaigre ou à Thuile, de toutes sortes de légumes indiens.

Le meilleur produit culinaire de la colonie est le chou-palmiste. Malheureusement, pour avoir ce chou, qui est le cœur, tendre et blanc, du feuillage du palmier, il faut abattre Tarbre. Il se mange en sauce, en salade, en friture, en purée, absolument

2t\2 SIX MOIS A MADAGASCAR.

comme notre pomme de terre. Son gt)ût est extrêmement délicat.

Les cuisiniers malabars excellent dans la préparation des entremets sucrés : omelettes aux bananes, crèmes au tapioca, à Tarrow-root, au sagou, au cacao, à la vanille, au girofle; compotes de fruits, mousse indienne, sorte de gelée rose qu'ils parfument à outrance.

Saint-Denis ressemble à un vaste jardin, coupé par des allées bordées de murailles. •

Les rues sont tirées au cordeau ; comme la ville est bâtie sur une langue de terre formant presqu'île, elles aboutissent pour la plupart, à la mer. Les carrés formés par les rues sont subdivisés en lots de forme rectangulaire, plantés de fleurs et d'arbres magnifiques. La maison s'élève au milieu du jardin, et la varangue s'ouvre devant une grille qui donne sur la rue et qui se nomme barreau. Généralement, chaque maison est escortée d'un ou deux petits pavillons.

Devant le barreau on plante d'habitude deux arbres pour l'orner ; ici, ce sont des flamboyants, arbres immenses dont le tronc se subdivise en une infinité de racines bizarrement contournées qui rampent à fleur de terre ; là, des palmistes élèvent dans le ciel leur tronc svelte surmonté d'un bouquet de feuilles luisantes ; plus loin, l'arbre à pain

secovie sur la terre ses larges feuilles semblables a celles du figuier, î^es murailles sont couronnées des tiges épineuses du cactus dont les fleurs, admirables calices de rubis dans lesquels ruissellent des flots de fil d'argent^ contrastent, par leur couleur de pourpre, avec le vert sombre de la plante.

Les ombelles dentelées du latanier, les branches verdâtres de l'eucalyptus, les rosiers aux fleurs de toutes nuances, le vacoa au tronc infonne, bossue, au feuillage pointu, se mêlent aux masr sife de jamrosa, de lauriers-roses et d'orangers, dont les parfums imprègnent Tair d'un parfum en même temps acre et suave.

Puis ce sont des avenues de filaos, des groupes de cocotiers, des bosquets de bois noir, des quinconces de mimosas et de tamariniers, des gerbes de bambous, qui varient, dans un harmonieux désordre, les teintes diverses de leur feuillage.

Des entrelacements de lianes grimpent autour de ces arbres et suspendent leurs tiges entortillées, chargées de fleurs bleues, roses, blanches, violettes, de feuilles tigrées de vert glauque sur un fond noir. Ces guirlandes, tressées par la main du Créateur, serpentent sur les toits, ombragent les portails^ s'unissent au marbre des colonnades et

r 4 -::X M'.:> A MADAGASCAR.

^cziblen: comme un trait d'union entre Tœuvre ie Dieu et celle des hommes.

Ce::e ville, ainsi transformée en jardin, offre à cLa-:jue heure iu jour un aspect nouveau.

Le Laatin • les brumes légères de la nuit couvre-: encore dun voile diaphane cette végétation

A ci: il .e soleii jette sur le paysage une lumière trlleîiient intense qu'elle offense la vue.

Ces: vers cinq heures du soir que le spectacle est le plus beau. Alors tout s'éveille dans la namre e: sort de cette somnolence où l'avait plongée l'ardeur des rayons solaires. Le ciel est d'un bleu sombre que répètent les vagues de la mer. Tous les détails du paysage apparaissent dans une limpide neîteté; les hauts sommets des montagnes re\;o:ven: encore un reflet de Tastre que Ton voit à l'horizon se plonger dans les flots, qui bouillonnent et s'irisent des mille nuances de Tarc-enciei.

Le palais du gouvernement, assez laid à l'extérieur, est une grande bâtisse que le moindre bourgeois se soucierait peu d'habiter.

La cathédrale, ornée d'un assez beau péristyle et fort bien décorée à l'intérieur, domine une place entourée d'une magnifique rangée de palmiers.

Quatre autres églises desservent Saint-Denis :

r Assomption, Saint- Jacques le Majeur, Notre- Dame de la Délivrance et Saint -Thomas des Indiens.

Au sommet de la rue de Paris, qui du Barachois au Jardin du Roi traverse la ville dans toute sa longneur, une place circulaire, plantée de gros tamariniers, sert de vestibule au Jardin du Roi, qui termine la perspective et où donnent accès^ trois grilles peu monumentales.

Ce Jardin du Roi, que Ton appelle depuis 1852 Jardin de l'Etat, se divise en deux parties. D'un côté, une triple allée de grands arbres, limitée par une pépinière, conduit aux bâtiments du Muséum ; de l'autre, c'est un parc dessiné à l'anglaise, qui tient à la fois du Jardin des Plantes et du Jardin d'acclimatation.

Il faudrait un volume pour cataloguer toutes les richesses botaniques et zoologiques renfermées dans Tenceinte de ce jardin. Le Muséum contient de belles collections d'entomologie, de conchyliologie, de zoologie, d'ornithologie et d'ichtyologie. La faune et la flore des îles et des côtes de la mer des Indes ont été mises à contribution, et le Muséum de Saint-Dénis peut rivaliser avec les plus riches cabinets européens d'histoire naturelle.

La rue Dauphine conduit en dix minutes à la

Hottentotie, la côte de Mozambique, le Congo et la Cimbébasie.

Les Cafres sont, en général, moins intelligents que les Asiatiques. En revanche, ils sont d'une force herculéenne. La civilisation adoucit leur caractère, mais elle ne peut leur faire perdre leur naïveté.

Le Cafre est aussi voleur, mais il déguise ce vice et se contente, au lieu de prendre purement et simplement Targent dans votre poche, de bénéficier sur les achats que son maître lui fait faire. Il pratique ranae du panier. Il s'attache facilement, il est fidèle, reconnaissant^ affectueux. Le Cafre a plus de rudesse, plus de rusticité apparente que le Malabar ; il s'exprime en moins bons termes, il est moins respectueux ; mais il a bon cœur, s'attendrit facilement. Il connaît ce mal terrible, la nostalgie.

J'ai connu un vieux Cafre affranchi qui, depuis trente ans au moins, avait quitté son pays, et qui chantait encore, chaque matin, le chant de guerre Je sa tribu.

Beaucoup se tatouent le visage, en plissant leur peau sur leur nez et le front, ce qui forme des <r grains de mahi > ou maïs.

Les mulâtres, chacun le sait, naissent de l'union d'un blanc et d'une femme noirs. Leurs traits

sont un singulier mélange de deux types absolument dissemblables. Suivant leur degré, on les divisait jadis en mulâtres, métis, quarterons, griflfes, etc. ; aujourd'hui on les appelle respectueusement « hommes libres de couleur. >

Ils sont généralement beaux^ intelligents, aptes au travail, mais leur orgueil, leur vanité, leur fierté n'ont pas de bornes. Leurs instincts naturels sont rarement bons. Ils prennent des deux races dont ils viennent les vices et les travers particuliers à chacune d'elles.

Les mulâtres forment aux colonies uQ.e classe à part, que Ton tient à honneur de ne pas fréquenter. Certaines familles, dans lesquelles une alliance noire a eu lieu depuis cinq ou six générations déjà, sont considérées comme étant « de couleur, » bien qu'aux yeux des étrangers les membres de ces familles ne diffèrent nullement des véritables blancs. Les mulâtres ont beau être riches, jouir de positions sociales élevées, on ne les voit pas, on les exclut sans pitié. Un blanc qui épouserait la fille d'un mulâtre, ce mulâtre fùt-il magistrat, officier supérieur, fonctionnaire public, serait frappé de la même réprobation.

Les premiers habitants de la colonie furent des colons de Madagascar, échappés au massacre de Fort-Dauphin. Les créoles sont d'une beauté de

constitution qui tient à l'usage, encore en vigueur, de ne point gêner les mouvements de l'enfance. Dès qu'un nourrisson a la force de soutenir sa tête, ses bras, ses jambes, on le débarrasse de ses langes, et, vêtu d'une simple chemise, on le laisse s'ébattre à son aise sur le tapis de la varangue. Dans beaucoup de familles, les enfants restent nu-pieds et nu-tête jusqu'à cinq ou six ans. Aussi, à Bourbon, voit-on peu de bossus, de boiteux, de rachitiques. Les dames créoles ont une réputation de beauté qui n'est pas usurpée : la beauté physique unie à la dignité morale est Tapanage du plus grand nombre.

Fiers, braves, francs, hospitaliers, les créoles ont aussi quelques travers. Ils n'aiment guère les Européens, quoique dévoués à la mère patrie.

« Les Européens, disait l'un d'eux, viennent ici pour ravir nos femmes et nos piastres. >

Les mariages entre créoles et Européens sont, en effet, très fréquents. Les habitants de Bourbon sont intelligents, spirituels, mai^ généralement peu instruits. Us lisent peu et mal.

Ils parlent un français très pur. Leur prononciation n'est point zézayante comme celle des Antilles : elle est seulement un peu langoureuse ; on grasseyé beaucoup, à tel point que les r disparaissent complètement, comme dans la prononcia-

SIX MOIS A MADAaASCAR. 199

tion flûtée, enfantine, usitée sous le Directoire. Dans rititimité, on parle le créole ; c'est un patois mêlé de français, d'expressions maritimes, de mots malabars, cafres et malgaches.

Voici quelques exemples : Prendre, arrêter, se dit souquer ; monter, verbe actif, se transforme en haler ; voir, en guetter ; s'en aller, en démarr rer. Beaucoup d'expressions ont un certain pittOr resque ; ainsi Ton dit quouque, pour « ce que ; » ^ c'fhère pour maintenant ; espérer^ pour attendre ; i^*aut, pour ils ; salam., pour bonjour. Cette langue emploie beaucoup de métaphores. Les verbes sont conjugués selon le bon plaisir de chacun. 1/u se prononce toujours i ; le cJi^ le c, le ^, se prononcent z. Certaines exclamations, telles que heu ! heu t enl sont intraduisibles en français. Puis vient le ça même^ vocable approbatif au suprême degré, et le comme ça même, qui répond à tout, comme le « tarte à la crème » du marquis de Molière.

Les maisons créoles sont généralement construites en bois et couvertes en bardeaux ; on emploie dans leur construction de préférence le bois de natte à grandes feuilles.

Elles s'élèvent au milieu de grands jardins ceints de murs, sous Tombre de tamariniers au sombre feuillage, du flamboyant, qui se couvre en été d'une toison de fleurs écarlates, du manguier et

du cocotier, dont les colonnes polies lui font une avenue monumentale. Cuisine, communs, buanderie, dépendances de toutes sortes sont relégués au fond du jardin.

La pièce importante d'une maison, c'est la varangue, qui se nomme dans Tlnde vérandah ; c'est une sorte de vestibule, un portique ouvert sur le jardin et soutenu, soit par des colonnes de pierre, soit par des poteaux sculptés.

Les créoles passent leur vie dans la varangue. Les dames, vêtues d'une robe de toile taillée en forme de blouse, sont assises dans d'immenses fauteuils en rotin, qui viennent de l'Inde. C'est là que, le soir, on reçoit les intimes, les gens avec lesquels on ne se gêne pas.

Les créoles ont l'amour de la vie de fanaille. Brus, gendres, beaux-frères et belles-sœurs, père, mère, neveux et nièces, habitent souvent la même maison.

Aussi les domestiques sont-ils si nombreux que leur nomenclature effraierait nos ménagères de France.

Pour tenir une maison sur un pied convenable, il faut : un cuisinier, un blanchisseur, un ou deux jardiniers, un valet de chambre pour chaque maître, une femme de chambre pour chaque dame, une bonne pour chaque enfant, un petit noir pour

faire les courses, un cocher et quelques palefreniers, valets de pied, etc.

Tout ce qui n'a pas d'occupation déterminée est désigné sous le titre de péon.

Mais si Ton donne beaucoup aux apparences, la vie intime des créoles est fort sobre. Leur cuisine est peu compliquée.

Le mets favori est le fameux carry indien, sauce de haut goût dans laquelle entrent quarante-deux espèces d'aromates, où dominent le safran, le girofle et le piment. On fait du carry avec de la volaille, du poisson et des hécMques^ poissons microscopiques à tête noire et d'une saveur médiocre.

Les Tougayes^ autre mets indien, sont en très grande faveur.

On les fait avec des légumes, des fruits, du raifort, des tomates ou des mangues vertes; dans ce dernier cas, ils prennent le nom de zambal y iQmi&at ensuite les achars, qui sont des conserves, au vinaigre ou à l'huile, de toutes sortes de légumes indiens.

Le meilleur produit culinaire de la colonie est le chou-palmiste. Malheureusement, pour avoir ce chou, qui est le cœur, tendre et blanc, du feuillage du palmier, il faut abattre l'arbre. Il se mange en sauce, en salade, en friture, en purée, absolument

comme notre pomme de terre. Son goût est extrêmement délicat.

Les cuisiniers malabars excellent dans la préparation des entremets sucrés : omelettes aux bananes, crèmes au tapioca, à Tarrow-root, au sagou, au cacao, à la vanille, au girofle; compotes de fruits, mousse indienne, sorte de gelée rose qu'ils parfument à outrance.

Saint-Denis ressemble à un vaste jardin, coupé par des allées bordées de murailles. •

Les rues sont tirées au cordeau ; comme la ville est bâtie sur une langue de terre formant presqu'île, elles aboutissent pour la plupart, à la mer. Les carrés formés par les rues sont subdivisés en lots de forme rectangulaire, plantés de fleurs et d'arbres magnifiques. La maison s'élève au milieu du jardin, et la varangue s'ouvre devant une grille qui donne sur la rue et qui se nomme barreau. Généralement, chaque maison est escortée d'un ou deux petits pavillons.

Devant le barreau on plante d'habitude deux arbres pour l'orner; ici, ce sont des flamboyants, arbres immenses dont le tronc se subdivise en une infinité de racines bizarrement contournées qui rampent à fleur de terre ; là, des palmistes élèvent dans le ciel leur tronc svelte surmonté d'un bouquet de feuilles luisantes; plus loin, l'arbre à pain .

secoue sur la terre ses larges feuilles semblables à celles du figuier.

Les murailles sont couronnées des tiges épineuses du cactus dont les fleurs, admirables calices de rubis dans lesquels ruissellent des flots de fil d'argent, contrastent, par leur couleur de pourpre, avec le vert sombre de la plante.

Les ombelles dentelées du latanier, les branches verdâtres de l'eucalyptus, les rosiers aux fleurs de toutes nuances, le vacoa au tronc informe, bossue, au feuillage pointu, se mêlent aux masr sifs de jamrosa, de lauriers-roses et d'orangers, dont les parfums imprègnent Tair d'un parfum en même temps acre et suave*

Puis ce sont des avenues de filaos, des groupes de cocotiers, des bosquets de bois noir, des quinconces de mimosas et de tamariniers, des gerbes de bambous, qui varient, dans un harmonieux désordre, les teintes diverses de leur feuillage.

Des entrelacements de lianes grimpent autour de ces arbres et suspendent leurs tiges entortillées, chargées de fleurs bleues, roses, blanches, violettes, de feuilles tigrées de vert glauque sur un fond noir. Ces guirlandes, tressées par la main du Créateur, serpentent sur les toits, ombragent les portails, s'unissent au marbre des colonnades et

204 SIX iMOIS A MADAGASCAR.

semblent comme un trait d'union entre Tœuvre de Dieu et celle des hommes.

Cette ville, ainsi transformée en jardin, offre à chaque heure du jour un aspect nouveau.

Le matin , les brumes légères de la nuit couvrent encore d*un voile diaphane cette végétation luxuriante.

A midi le soleil jette sur le paysage une lumière tellement intense qu'elle offense la vue.

C'est vers cinq heures du soir que le spectacle est le plus beau. Alors tout s'éveille dans la nature et sort de cette somnolence où l'avait plongée l'ardeur des rayons solaires. Le ciel est d'un bleu sombre que reflètent les vagues de la mer. Tous les détails du paysage apparaissent dans une limpide netteté; les hauts sommets des montagnes reçoivent encore un reflet de l'astre que l'on voit à l'horizon se plonger dans les flots, qui bouillonnent et s'irisent des mille nuances de Tarc-enciel.

Le palais du gouvernement, assez laid à l'extérieur, est une grande bâtisse que le moindre bourgeois se soucierait peu d'habiter.

La cathédrale, ornée d'un assez beau péristyle

et fort bien décorée à l'intérieur, domine une place

entourée d'une magnifique rangée de palmiers.

Quatre autres églises desservent Saint-Denis :

l'Assomption, Saint- Jacques le Majeur, Notre-- Dame de la Délivrance et Saint -Thomas des Indiens.

Au sommet de la rue de Paris, qui du Barachois au Jardin du Roi traverse la ville dans toute sa longueur, une place circulaire, plantée de gros tamariniers, sert de vestibule au Jardin du Roi, qui termine la perspective et où donnent accès trois grilles peu monumentales.

Ce Jardin du Roi, que Ton appelle depuis 1852 Jardin de l'Etat, se divise en deux parties. D'un côté, une triple allée de grands arbres, limitée par une pépinière, conduit aux bâtiments du Muséum ; de l'autre, c'est un parc dessiné à l'anglaise, qui tient à la fois du Jardin des Plantes et du Jardin d'acclimatation.

Il faudrait un volume pour cataloguer toutes les richesses botaniques et zoologiques renfermées dans Tenceinte do ce jardin. Le Muséum contie-nt de belles collections d'entomologie, de conchyliologie, de zoologie, d'ornithologie et d'ichtyologie. La faune et la flore des îles et des côtes de la mer des Indes ont été mises à contribution, et le Muséum de Saint-Denis peut rivaliser avec les plus riches cabinets européens d'histoire naturelle.

La rue Dauphine conduit en dix minutes à la

Rivière des Noirs, que Ton traverse sur Tunique pont de pierre que possède la colonie. C*est à la Rivière des Noirs que les Malabars vont le matin puiser de Teau pour toute la journée. Le pont franchi, on se trouve sur un petit chemin ombragé, qui mène directement à la Providence.

La Providence était une école professionnelle dirigée, ainsi que le Pénitencier voisin etTHospice de la vieillesse, par les missionnaires du Saint- Esprit.

Cet établissement a été supprimé.

Un grand et beau jardin s'étend devant les immenses bâtiments de Técole. Un second jardin en terrasse, auquel on monte par un perron de douze marches, le domine. Ce jardin-terrasse est entouré de bâtiments; au centre, une admirable statue de Marie Immaculée, taillée dans un bloc de marbre blanc par un jeune frère du Saint-Esprit, se dresse sur un piédestal de calcaire. A gauche, une église gothique, construite par les Pères. Au fond, se dresse Timmense bâtiment qui renfermait les dortoirs, les classes, les réfectoires, où deux cents créoles, orphelins ou pauvres, apprenaient à devenir bons ouvriers et bons chrétiens.

Partout la croix apparaissait comme un symbole de travail et de régénération.

Derrière le bâtiment principal se trouvaient les

ateliers : fonderie, serrurerie, ateliers de mécanique, de menuiserie, d'ébénisterie, de cordonnerie, dirigés autrefois par d'habiles maîtres revêtus de l'humble livrée du missionnaire.

Lés Bas-de-Saint-Denis sont encaissés entre deux hauteurs. A gauche, c'est la terrasse sur laquelle est bâtie la ville, terrasse très haute vers la rue de l'Arsenal et qui descend en pente rapide jusqu'à la mer. Les constructions de Thôpital militaire surplombent le vidé; la rue de la Bourdonnais se termine à l'escalier aux mille marches qui serpente sur le flanc de la hauteur, et à travers une échancrure pratiquée dans le feuillage, on aperçoit les dernières maisons de la rue de la Compagnie et le beffroi de Thôtel de ville.

A droite, c'est la redoute, vaste champ de Mars coupé dans leflanc de la montagne Saint-Bernard, au sommet de laquelle se dessinent sur le ciel bleu les mâts pavoises de la Vigie.

On monte au sommet de la montagne Saint- Bernard par une rampe en lacets. Sur le versant opposé, lorsqu'on a cheminé pendant une heure, se présente au regard un site ravissant.

Au bord du chemin, une belle église et son clocher; en contre-bas, une maisonnette en bois qui est le presbytère, puis au bas d'un ravin transformé en parc, d'immenses bâtisses, en-

tourées de palissades. C'est l'asile des lépreux.

Lorsque la maladrerie fut construite, il fallut cherclier des servantes pour panser les plaies infectes de ces malheureux. Il y avait bien une congrégation religieuse des Filles de Marie, fondée récemment par deux dames créoles ; mais on n'osait point exposer ces saintes femmes à la contagion de cette horrible maladie qui chasse du sein de la société ceux qu'elle dévore. On hasarda timidement une demande, irfallait sept infirmières ; au bout d'un certain temps, elles devaient inévitablement succomber; le mal est incurable, il se communique facilement. Pour accepter une tâche aussi rebutante, il faut un dévouement surhumain. Je le répète, on fit un appel timide; on demanda sept martyres de bonne volonté :

soixante religieuses se présentèrent.

Tels sont les détails qu'un trop court séjour me permit de recueillir sur notre belle colonie.

Après quelques semaines de repos, il fallut reprendre la mer sur l'aviso le Vésuve^ où je retrouvai avec plaisir un officier de YÉrymanthe^ M. de Douvaine, et le père Moiroud, jésuite, qui avaient fait avec moi la traversée depuis Marseille.

ARRIVEE A MADAGASCAR — TAMATAVE — UN INTERIEUR MALGACHE — UN MOSOSA — l'idole RARLA-HAVALY — LE BAZAR — MARCHÉ d'esclaves — POULPOINTE ET SAINTE-MARIE — MADAGASCAR A VOL

d'oiseau.

€ Quel admirable pays que Madagascar ! écri- « vait en 1771 Commerson, le compagnon de Bou- « gainville; c'est là que la nature semble s'être m retirée comme dans un sanctuaire particulier <r pour y travailler sur d'autres modèles que ceux € où elle s'est asservie ailleurs; les formes les « plus insolites, les plus merveilleuses, s'y ren- « contrent à chaque pas. j>

En effet, les plantes comme les animaux y présentent des aspects bizarres et tout particuliers; le naturaliste obtient dans la flore et la faune des espèces ou des types caractérisés qu'il ne retrouve en aucune autre contrée.

Au point de vue ethnologique, l'île n'est pas

moins curieuse à observer. Il suffit de se rappeler les excursions de M. Grandidier chez les Antandrouis et chez les Antanosses émigrés, pour comprendre quelle variété de races, de mœurs et d'usages singuliers, ce royaume africain présente à Texploration.

Ce fut environ trois mois après mon départ de Marseille que je débarquai à Tamatave, village qui est, pour ainsi dire, le port européen de Madagascar.

Le mouillage de Tamatave est une rade protégée par quelques récifs. Le village est bâti sur une langue de sable de trois à quatre cents mètres de largeur, couverte de buissons et semée de quelques grands cocotiers. Les seules maisons de quelque importance sont celles des résidents étrangers et des officiers hovas; les autres ne sont que des paillotes en mauvais état. La population est de trois à quatre mille âmes.

Tamatave est donc bâti sur le sable, ce qui ne donne pas une grande idée de son antiquité, et ne lui promet pas la vieillesse des antiques cités des bords du Nil.

Il se divise en deux parties : le village malgache et européen, sur le bord de la mer, et le village hova placé derrière le fort. Chaque case, bâtie en bois et en feuilles de ravenala et couverte

de même, est entourée d'une palissade de pieux.

La maison principale est celle du grand juge ; elle est tout en bois, et renferme plusieurs appartements et un étage : c'était la résidence de Jean Bené, roi de Tamatave et frère de sang de Badftma. C'est la seule entourée de pieux équarris de dix pieds de haut, comme le palais de Banavalo.

Il y a à Tamatave une vingtaine de traitants, créoles, français, anglais, vivant en assez mauvaise intelligence entre eux et avec les naturels du pays.

Ces traitants font le commerce avec des produits qui leur viennent de la Béunion, de Maurice, de France et d'Amérique. Les navires américains y apportent chaque année pour sept à huit cent mille francs de toiles.

Ils échangent leurs marchandises contre des bœufs, des cochons, des volailles, du riz, des rabannes (1), du caoutchouc, etc., qu'ils expédient à Bourbon et à Maurice; mais à part quelques exceptions, les Hovas seuls commercent avec les blancs.

Le bâtiment de la douane, construction indigène, est une espèce de hangar dont les murs

(1) Nattes en tissu fabriqué avec le filament de TagaTe.

sont formés de poteaux enfoncés en terre à distances inégales et reliés entre eux par les longues et fortes tiges du ravenala^ plus célèbre sous le nom à* arbre des voyageurs. Des feuilles du même arbre forment la toiture, et Técorce sert de parquet. Des bancs sont autour de la salle à l'intérieur. Les murs sont tendus de nattes fines de roffia. La pièce est occupée par des sacs de riz et des provisions, des nattes et des matériaux propres à en fabriquer.

C'est, avec la résidence du grand juge et une ou ' deux maisons à l'européenne, tout ce qu'il y a de mieux à Tamatave.

Ayant rempli les formalités de douane, qui sont aussi vexatoires à Madagascar que dans tel ou tel État civilisé, je me hâtai, selon mon habitude, de parcourir le village en tous sens.

Je rencontrai d'abord deux ou trois brillants seigneurs, vêtus du lamba^ rayé de larges bandes rose, jaune, rouge et violet, coiffés de bonnets en paille tressée ou de casquettes parisiennes à galons d'or, lesquels, entourés de serviteurs moins élégamment vêtus, et surtout moins vêtus, échangeaient des politesses avec les officiers du Vésuve qui m'amenait.

J'entrai familièrement dans une case malgache qui occupait le centre d'un bel enclos, bien cul-

tivé en potager, mais encombré de fleurs multicolores, dont les rayons ardents du soleil tropical distillaient les parfums subtils.

Cette maison me parut fort propre, tendue et tapissée de nattes très fines, meublée d'une couchette sur quatre pieds, garnie aussi de nattes, de sièges tressés en rotin ou en osier, de bancs et d'étagères en bois rouge. Sur la table, couverte d'une nappe, était servi le repas.

Dans la chambre voisine, sorte de dépense aux provisions, des sacs en feuilles • de vacoa et de vastes paniers couverts, en paille de coco, renfermaient du riz, du café, du sucre.

Cet intérieur indigène était certainement plus gai à la vue qu'une ferme beauceronne ou une métairie bretonne.

En sortant de chez le seigneur malgache, qui m'accueillit fort bien et voulut absolument me faire boire, avec lui, un verre d'une liqueur inconnue, au goût très acre, je vis, debout, près d'une idole grossièrement sculptée dans un gros bloc de bois, une bien étrange figure.

C'était un noir de haute taille, robuste, appuyé sur une longue sagaye, et tenant à la main gauche une sorte d'écran. Il n'avait pour tout costume qu'un langouti de grossière toile bise, avec des bracelets de fourrure aux bras et aux jambes.

iU SIX MOIS A MADAGASCAR.

Autour de Tidole, posée à terre devant un épais massif de bambous, des armes diverses étaient jetées dans un pittoresque pêle-mêle.

Le lieutenant du Vésuve, M. de Dou vaine, auprès de qui je m'informai, me dit que ce noir individu n'était autre qu'un mososa^ c'est-à-dire un sorcier, espèce de prêtre du démon que les Hovas nomment Eamahavaly.

Quant à Tidole, elle pouvait être une des quatre qu'on adore dans la province d'Émime.

Sous le règne de Eanavalona, elles étaient fort honorées, et lorsqu'elles étaient portées dans le cortège royal, le peuple devait faire entendre le Miholy ou chant de joie.

Chemin faisant, mon aimable compagnon me donna quelques détails sur le pays, où. il était déjà venu pour le couronnement de Radamall, en 1862.

A cette époque, il y avait à Tamatave ou dans l'île environ soixante résidents ou traitants qui vivaient en assez mauvaise intelligence entre eux et avec les autorités du pays. La population à Tamatave est en relation directe avec eux, et voici à peu près comment s'opère le commerce.

Dès qu'un navire chargé de marchandises arrive en rade, les douaniers malgaches se rendent à bord, et opèrent leur visite, beaucoup moins stricte au surplus que celle des nations policées.

Le capitaine du navire et le subrécargue, pour se rendre favorable le chef de la douane, conimencentpar lui faire des présents, vêtements ou bagatelles d'Europe, arack, verroteries.

Celui-ci, après avoir au préalable fait acquitter les droits dévolus à la reine, déclare que les opérations de commerce peuvent commencer, puis il se retire.

Dès qu'il est parti, une foule d'embarcations montées par des Malgaches, hommes et femmes, se rendent à bord, et là commence l'opération .

Des échanges se font entre le subrécargue et led naturels; les matelots, qui ont toujours quelque velléité commerciale, vendent des articles de verroterie ou de quincaillerie, et reçoivent en paiement des volailles, des tortues, des bœufs, des cochons.

Rien n*est bizarre à voir comme le chargement d'un navire à destination de Madagascar. De vieilles serrures, des épées ou des sabres rouilles, de vieux pistolets d'arçon, des fleurets démodés, des fusils à pierre ou à piston ancien modèle, des étoffes à grands ramages, des chapeaux, des casquettes, des souliers dépareillés, de la toile, des ciseaux, des instruments de musique, de Thorlogerie, tous objets disparates et sans valeur, voilà les articles contre lesquels les créoles ou les Euro-

péens reçoivent des ballotins de riz, des bestiaux, des volailles, etc.

Dans les endroits tels que Tamatave, Mahéla, et autres lieux où il y a des traitants, ce sont eux qui approvisionnent les navires et font directement tous les achats, toutes les ventes, d'où leur vient le nom de traitants. Quelques-uns d'entre eux sont consignataires et associés de plusieurs fortes maisons de la Kéunion et de Maurice.

Il n'est pas inutile de dire que le traité qui règle les questions de commerce est celui qui fut passé entre le roi Radama et M. Lambert, en 1863, et dont les clauses sont empruntées en grande partie à nos conventions antérieures avec le roi de Siam et Timan de Mascate. Ce traité oflfre de grands avantages, et depuis son exécution il a ouvert un champ libre au commerce et à l'industrie des Français et des autres Européens. Il est en pleine vigueur aujourd'hui, et l'on peut espérer que par la suite il amènera des avantages sérieux et réels.

Je voulais voir de près le marché de Tamatave et je comptais sur un spectacle pittoresque. Le jeune officier du Vésuve, M. de Douvaine, qui me servait obligeamment de guide, m'y conduisit aussitôt. Mon attente ne fut nullement trompée.

Cet étrange bazar présente aux yeux de l'Euro-

péen qui le parcourt pour la première fois plus d'une curiosité.

Ce ne s'ont pas seulement tous les produits du pays, riz, manioc, patates, figues, bananes, cire, miel vert, écailles, orseille, sandal, poisson de mer et poisson d'eau douce, etc. , mais c'est Tarrangement ou plutôt le pêle-mêle des spécialités du commerce et de l'industrie de tous les pays, prenant sans façon leur place au soleil, qui font de ce marché un spectacle unique.

Ainsi^ à côté d'un grand magasin dont la toiture de feuillage atteint la cime du grand cocotier qui le domine presque, et où un riche Indien otfre aux amateurs de soyeux tissus et de superbes cachemires, je vis une énorme dame de la halle malgache, qui a étalé en même temps des écrevisses, des joujoux, des colifichets et tout un assortiment de costumés.

C'est là que les femmes élégantes viendront chercher, sous les deux nattes de jonc qui les recouvrent, des crinolines de quinze ans au moins. Là aussi certains grands honneurs du pays viendront acheter, pour les jours de parade, une livrée de groom, une culotte de panne rouge, un vieux bicorne à plumes et des défroques de théâtre.

Aussi, devant l'heureuse commère, j'admirai de

218 SIX HOl^ A MADAGA-SCAB.

bon cœur la variété des types, des physienoxaiee et des démarches.

Les voilà bien devenus civilisés, ces dBux Crésus malgaches, se prélassant avec des fracs de rebut ; ce gamin qui, pour la première fois, jouit du bonheur d'essayer le large pantalon garance d'un zouave; ce jeune dandy, à peu près .nu, mais chaussé d'une luisante paire de bottes !

Auprès de chaque marchand en gros ou en détail, on voit rindispensable balança qui sert h peser r^-rgent coupé par morceaux jusqu'en fractions infiniment petites. Si Von veut acheter, il faut •s'armer de patience, car il faudra consentir à changer et à rechanger les plateaux avec tous ces petits poids de fer ou de pierre.

Encore quelques pas et nous voici au marché des chats et des chiens de toute race. C'est là que les gens de l'intérieur viennent se fournir de ce» animaux si convoités.

Mais, hélas 1 surprise qui éteignit ma gaieté, je me trouvai soudain en face d'un marché de chair humaine.

De pauvres esclaves volés par les Sakalaveg, de tout petits enfants abandonnés à des créanciers impitoyables par des parents grevés de dette», paifois la femme d'un esclave que le maître aura séparée de sou mari pour satisfaire l'usurier hova,

quand celui-ci pefugeçie prêter à moins de cent pour ceut.

Un peu plus loin, il faut traverser un espace de terrain, où d'éuormes bœufs abattus jonchent le gol çusauglanté. A côté de ces éuormes monceaux de viaqde, les potiposcAena^ c'est-à-dire les infiniment petits de l'espèce, gisent sur la paare détrempée ie sable et de sang et vous obligent h vous boucher les narines,

M. de Dou vaine se mit à rirç et me dit ;

— Garder- vous bien, si vous restez h Ta,u^^^ tave, de V(ius aventurer dans ces quartiers pendant les trois jours de jeûne qui précèdent la fête du Bain de la Beine ou le premier jour de Tan malgache, époques où il est défendu aux bpuçhers de tuer. Sans parler des diverses nuances du youg'e violet au bleu verdâtre où les vers fourmillent, quelle odeur ! Mais les Malgaches ne sour*cillent point pour si peu. Ils achèteront Cette viande exposée depuis plusieurs jours au soleil et s'en feront un festin (1).

Ce tableau de mœurs ne me fit pas oublier qu'il était convenable, même à Tamatave, de satisfaire aux exigences du dieu Gaster. Et tout en déjeunant en compagnie d^ M, de Douvaine, dans une

(l) Ai^um malgache, ^9 Musions catholiques»

espèce d'hôtellerie a VinUar de Paris, je poursuivis mes questions sur le pays avec Tâpreté d'un néophyte pressé de tout savoir.

Il y avait là, précisément, à une table voisine, un négociant de Foulpointe, et un lieutenaat d'infanterie en résidence à Tîle Sainte-Marie.

Mahavelona ou Foulpointe est un village de la côte, à 75 ou 80 kilomètres au nord de TamataTe. C'est un des premiers établissements que la France ait eus à Madagascar. L'aspect de la plaine où il est situé est des plus riants, et, sous le rappurt du site et de l'étendue, Foulpointe est bien supérieur à Tamatave.

Au midi, des maisons et des enclos; une avenue de magnifiques manguiers donne aux habitations voisines un aspect de résidence seigneuriale.

Les maisons du village, qui dififèrent peu de celles de Tamatave, bordent la côte sud-est de la baie. La plaine, large de plus de deux milles, est coupée par un ou deux cours d*eau.

Foulpointe est un des ports par lesquels Radama P', après l'abolition du commerce des esclaves, s'efforça de relier le commerce étranger avec sa capitale; il y envoya dans ce but, à. l'instigation des Anglais en 1823, deux mille de ses sujets pour y fonder un établissement militaire, et commercial, sous l'administration du chef Bafala-*

hary, La population y est d'environ cinq mille âmes, dont quelques traitants et plusieurs négo-. ciants créoles ou français.

Sainte-Marie a environ douze lieues de long sur deux ou trois de large ; son périmètre est d'environ vingt-cinq lieues et sa superficie est évaluée à 90,975 hectares.

La principale baie de l'île est le port Louis, au milieu duquel est un îlot appelé Ilot-Madame par les Français et Lonquez par les naturels. Cet îlot est défendu par quelques fortifications et armé de batteries; il renferme les casernes, les magasins de Tartillerie et de la marine, ainsi que les chantiers du gouvernement.

C'est le seul point de Madagascar où il y ait un détachement de soldats français, qu'on relève chaque année.

La population de Sainte-Marie était de 5,743 habitants en 1856 ; aujourd'hui elle peut être de près de sept mille âmes.

Nous pouvons maintenant jeter un coup d'œii sur la carte, encore informe, de Madagascar et la décrire à vol d'oiseau.

Combien de Français ignorent qu'il existe, au delà de l'équateur, une île presque aussi grande que la France, aussi fertile et possédant plus de richesses naturelles, que nous appelons Madagas-

22t SIX Mois a Madagascar.

cîar, et qtle ses enfants âppelleût, par excellence, « Tantii-Bé », la Grande ferre.

Madagascar est située entré l2* 12' et 35* 45^ de latitude sud, et entre 4P 20f et 48* 50' de lôûgitudé est de Paris. Elle mesure 132 myriamètrêâ du notd au sud, et 54 de Teât à l^ouest dans âa plus grande largeur. Ses côtes offrent uù développement de 345 myriamètreâ. Sa superficie est d'en- \aron 4,000 myriamètres carrés.

Sa population atteint six tnilliôîiâ et dèïiii d'hâbitants divisés éii plusietirâ peuplades i

La partie nord est très montagneuse; la partie sud est relativement plate.

M. Alfred Grandidier, — qui est jiisqu'iôirexplôrateur le plus Compétent de la grande île africaine, — y a reconnu Tèxiâtence de cinq ctaînes dé montagnes, dont les trois premières, séparées les unes des autres par des plaines sablonneuses ou par des plateaux arides coupés de ravins peu profonds, appartiennent à la formation secondaire. Les deux autres à l'ouest, de 43** 20^ de longitude ouest, ne forment plus qu'une masse immense de montagnes granitiques, qui semblent dues à deux soulèvements différents : l'un aurait donné naissance à la grande chaîne qui, de la presqu^île d'Anourôut-Sangane, s*étend jusqu'au 22* de latitude, meâurànt une largeur moyenne de plus de cent

milles et une altitude de mille à douze cents mètres; l'autre, à la chaîne qui coupe Tîle du nord au sud, dans toute sa longueur, de Vouhémar au Fort-Dauphin.

Sur la côte est, la rivière la plus remarquable edt le Mangourou, qui prend sa source dans les EûOtitagiies qui séparent le plateau d'Ankaye de la vallée d'Antsihianake.

Sur la côte ouest, plusieurs rivières sont navi- . gables à trente et quarante milles de la côte : le Tsidoubon ouMénabé, que les pirogues remontent jusqu'au pied du grand massif granitique central ; le Betsibouka, qui se jette dans la mer à Mâdzanga et que l'on peut remonter jusqu'à Maevatane; son affluent, l'Ikoupa; enfin le Mang:ouka ou Saint-Vincent, qui est navigable pendant une grande journée.

Les autres rivières ou cours d'eau sont le Mattdfëré, le Mananbouvou, le Ménarandra, le Saint- Augustin, le Fihérénane, le Manoumbe, le Kintombou, le Maïtampak, le Mounroundava et TAndranoumène.

Le système hydrographique de Madagascar est complété par les lacs d'Antsinianake, de Tasy, de Ràtioumène, par les lacs salés de Manampetsoute, chez les Mahafales, et d'Héoutri, et enfin par une ôèfie de lagunes.

Les voies fluviales peuvent être d uue gpraude ressource pour communiquer de Tananarive à Bombetok, qui est le point le plus commerçant de la côte occidentale.

Au centre de Tîle on compte cinq provinces placées assez exactement Tune à la suite de l'autre, en descendant du nord au sud. Ce sont : YAntsianaka; VAnkova; le Betsiléo^ couvert de grandes forêts et peu cultivé; le Voumirou qXIq Machikora^ provinces encore inexplorées.

VAnkova^ habité par les Hovas, est formé par un immense plateau que la chaîne médiane des montagnes entoure presque complètement. Sa partie centrale est très peuplée ; la campagne est parsemée de villages.

C'est dans cette province que s'élève la capitale de Madagascar: Tananarive, ou < la ville aux mille villages. »

Les autres centres de population sont, d'après M. Alfred Grandidier, Ampalaze au nord de la pointe Barlow; Halavé, Salz, Andoulahé et Tulléar, dans la baie de Saint-Augustin, et enfin un grand nombre de hameaux, dont la population varie de cinquante à quatre cents âmes.

Tel est ce vaste royaume, dont l'Angleterre convoite la possession, et qui, d'après les traditions de son histoire et surtout par ses propres aspirations,

appartient plus justement au protectorat français.

Lorsqu'on jette un regard sur la carte de la mer des Indes, on y voit partout et sur tous les points le drapeau anglais marquer les possessions immenses, multipliées, de nos voisina d'Outre-Manche.

Si la Hollande perdait ce qui lui reste de ses anciennes conquêtes, si la France abandonnait sa minuscule colonie de Bourbon, isolée comme un point imperceptible au milieu de l'Océan, l'Angleterre serait la suzeraine de ces vastes régions, de la moitié du monde pour ainsi dire, puisque toutes les nations de l'extrême Orient deviendraient ses tributaires.

Les colonies du Cap et de Port-Natal , au sud du continent africain; Périm et Aden, à Tentrée delà mer Rouge; Tlnde, Ceylan, Arakan, Rangoon, l'île de Pulo-Pinang, Hong-Dong, presque tout le continent austral, tels sont les membres épars de cet empire, qu'il suffirait d'un coup d'audace pour relier entre eux, en dispersant les débris de puissance qui restent à la Hollande, à la France, à l'Espagne et au Portugal.

La Hollande possède encore Java, Sumatra et Bornéo; TEspagne a les Philippines; le Portugal, Mozambique et Goa ; la France occupe Bourbon et deux ou trois autres villes du littoral indien ; Chandernagor, Pondichéry et Karikal.

s» SIX Mois A MAÏ)AG^AScAR.

Qu'est-ce dohc que cîes établissemeûtâ isolés, êûtréteUuâ à grand*peitie, souvent oubliés, si dû les cotnpai^ aux florissantes colonies qui font la richesse anglaise?

En descendant la côte de Zanguebar, on trouve Mômbaza, où les Anglais ont de magnifiques factoreries et uû beau port.

Plus bas, après la capitainerie de Mozambique, la belle colonie de tort-Natal, puiâ la colonie du cap de Bonne-Espérance, qui occupé toute la pointe méridionale de TAMque, âU-déâsous de la Câfrerie.

A peu de distance de la côte de Zan^uébaf , au nord de Madagascar, les Anglais possèdent l*arcbipeldes Seychelles, qui, aitiSiqueTtle tiodrigUé, les Chagos et les Amirautés, dépend de Maurice, notre ancienne île de France.

Les établissements anglais out pria I5ù Asie Un tel développement qu'ils pourraient constituer à eux seuls un vaste empiré.

~ On voit aisément de quelle importance setâit pour la France la possession dé Cette tle, qUe UOus allons parcourir ensemble, de ïamataVé â ïànanarive, et ce Voyage de dix à doU2é jours â tfâvers un pays incoUûu sera, sans douté, bien merveilleux et plein d'intérêt pour mes aimables lecteurs.

DE TAMATAVE A TANANARIVE - MOYENS DE TRANSPORT — HOSPITA- LîtÉ — ANDBVORANTB — UN OUB SUR LTVONDROU -^ LA F0r4t D'aMALAZOATRA — LA VILLE AUX MILLE VILLAGES. — LE PALAIS ROYAL — SOUANIËRaKb — LE PALAIS D'ARGENT — ANÎ)0HAL0 — LA ROCHE TARPKIENNE.

Après quelques jours de repos à Tatnatave, je iil*eiiquis des moyens de franchir la distance d'environ cent lieues qui me séparait de la capitale de Madagascar.

M. de Douvaine, — avec lequel je m* étais lié de plus en plus, reconnaissant en lui un charmant gentilhomme, courageux et spirituel, comme un vrai Savoyard qu'il était, — m'apprit qu'il profiterait d'un congé de trois mois, à lui accordé, . pour m'accompagner à Tananarive, où il désirait escorter un missionnaire de son pays, le père Moiroud, qui s'y rendait pour la première fois.

Il faut environ vingt jours pour faire ce voyage, qui n'est pas sans difficultés.

Malgré leur contact fréquent avec les Européens, les Malgaches n'ont pas encore adopté les usages qui facilitent les communications d'un lieu à un autre.

Ils n'ont ni chemins ni sentiers tracés à travers leur pays montagneux, couvert de bois et coupé de rivières sans ponts.

Un Européen ne pourrait y voyager en piéton ; aussi le service des transports se fait-il à dos d'homme, et voici comment. Le voyageur s'assied sur une espèce de fauteuil soutenu par deux brancards; quatre porteurs, deux en avant, deux en arrière, placent sur leurs épaules les extrémités des brancards et emportent au petit trot le voyageur, auquel il incombe de garder l'équilibre, de se préserver du roulis et du tangage aux montées et aux descentes, et d'écarter les branches qui fouetteraient sa figure dans les forêts.

Les porteurs n'ont souci que d'avancer et s'en acquittent assez bien, ayant toujours une équipe de quatre noirs pour les relayer.

Le véhicule n'est parfois autre chose qu'un panier long d'un mètre et profond de trente à quarante centimètres; c'est celui que les femmes préfèrent. On y étend un petit matelas sur lequel on se blottit tant bien que mal. Les avantages du

.ii."..*

panier sont compensés par un grand inconvénient; s'il pleut, le matelas boit l'eau et fait éponge. On obtient alors l'agrément de voyager dans un bain, d'une fraîcheur agréable sous ce climat torride.

Pour les bagages et les provisions de bouche, on a d'autres porteurs appelés marmUes» Ils partagent les colis en paquets égaux autant que possible, adaptent un paquet à chaque extrémité d'un bambou, mettent le bâton sur leurs épaules, et partent d'un pied léger. Sans trop de fatigue, ils font de dix à douze lieues paf jour, avec un fardeau de quarante kilogrammes.

Porteurs et marmites ne sont pas trop exigeants pour le salaire; la vie matérielle coûte si peu à Madagascar, où l'on peut, avec dix centimes, se procurer un bon morceau de bœuf.

Nous étions trois, il nous fallut vingt-quatre porteurs, autant de marmites^ ce qui constituait une caravane d'environ cinquante individus, sans compter quelques chiens et divers autres animaux d'une utilité démontrée.

Restait à prévoir les haltes, car nous n'avions ni les uns ni les autres un matériel de campement, et coucher à la belle étoile est plus poétique certainement que confortable. On ne trouve sur la route de Tananarive ni auberge ni taverne.

fî^.

230 SIX MOIS A MADA&ASCAR.

On peut, néanmoins, s*abriter, car ThÔtellerie, ce lieu de refuge que nos plus petits hameaux s'enorgueillissent de posséder avec l'ornement d*une enseigne plus ou moins cocasse, est remplacée, dans les principaux villages, par Une case royale destinée aux voyageurs indigènes Ou étrangers.

La qualification de la case indiquerait que c'est â la munificence royale qu*on doit ces utiles abris; en réalité, il n'y a de royal que la bonne intention.

Il ne s'agit pas de palais, en effet, ni thème de chaumière, mais tout simplement d'une baraque aux parois et à la toiture en chaume, et d^ailleurs absolument dépourvue de chaises, de lit^, de table, comme de croisée et de cheminée; la fumée s'en va par la porte, si par hasard on fait du feu. Les premiers arrivants s'installent et font de la place aux autres, tant que l'espace le permet. Ordinairement on offre une natte au blabc assez imbu de préjugés pour éprouver quelque répugnance à se servir, en guise de siège, d'un tas d*immondices.

Chacun pourvoit à son repas comme il l'entend; si l'on a commis l'imprudence de s'aventurer sans provisions, il est parfois facile de se procurer à bon marché du riz, du bcêuf, de la volaille et des

SIX Mois A MADAÔASCAft. S3l

ôeufë} apf ès qtioi oti endosâe, tout au tîldns par rimagination, le tablier de Vatel et le dofdoti bleu de Carême, et Ton s'élève sôi-niêtné à la di»gnîté de cuisinier et de maîti'e d'hôtel.

Mais si Ton ne rencontre pas de < (îase royale > ÔU si la casé royale est rétnplie de pèlerins, et qu'on Ue sache pai* conséquent où s héberger, oii fait, comtnë les patriarches du déêert, et l'on rêôourt sans ombfé de timidité à l'hospitalité malgache.

Ceux qui pôftent ud voyageur entrent dans la ptemièté case indigène qui se présente à leur vue', âî elle ne leur convient pas, ils en choisissent UUô autfe. Les pi^opriétaires comprennent ce que Cette visite signifie ; à Tinstant, ils emportent lès listênsilès dont ils ont besoin, livreUt sans défiance àUx Nouveaux venus leur logement et leur mobilier, et vont tranquillemeût loger chez leurs Voisins.

Souvent même ils apportent des cadeaUi à l'étranger qui leur fait l'honneur de s* emparer dé leur logis, et ce, saUs aucun calcul ni espoir de récompense.

Entre eux, les Malgaches agissent avec une simplicité plus fraternelle encore. Un indigène arrive-t-il au moment où la famille prend ses repas : sans préambule, sans formalité il se cons-

titue commensal, et le voilà attablé, c'est-à-dire assis par terre et se régalant de riz. Ce sans-façon est réputé politesse (1).

M. de Douvaine, M. Moiroud et moi, nous partîmes donc de Tamatave le lundi 16 novembre dans Taprès-midi, escortés de nos deux douzaines de porteurs de fauteuils-palanquins, et de deux autres douzaines de Malgaches, légèrement vêtus, mais chargés de bannes, de paniers, de couffes et autres ustensiles.

Le coup d'œil de ce cortège ne laissait pas que d'être pittoresque; j'avais un superbe parapluie rouge pour m'abriter des rayons du soleil ; nos compagnons se gaudissaient sous de larges ombrelles japonaises; nos nègres étalaient un fouillis d'étoffes multicolores et de lambas ^à peu près blancs, et nous trônions avec une,certaine majesté sur le dos de nos brancardiers.

Nous avions d'abord à descendre pendant trois jours vers le sud, longeant la côte entre des lacs marécageux et la mer.

Cette zone intermédiaire se compose d'assez bons pâturages parsemés d'ombrages et de bouquets d'arbres qui lui donnent un aspect des plus gracieux.

(1) Relation du voyage de Mgr Delannoy, évftque de Saint- Denis [Les Jélasiont catholiques)»

Nous quittâmes enfin les plaines sablonneuses, semées de bouquets de grands arbres morts dépouillés de leur écorce, et n'ayant pour verdure que les orchidées et d'autres plantes parasites, poussées au hasard dans les fissures de leurs troncs, ainsi que les étangs et les marécages qui font de cette région le quartier général de la fièvre.

La caravane avait suivi le littoral pendant une certaine distance avant de prendre la direction de l'ouest. Elle arriva enfin au gros village d*Andevorante, sur les bords de l'Hivondro ou Yvondrou, large rivière dont le cours présente une succession d'admirables paysages.

La rivière d'Yvondrou oflfre à l'œil du voyageur toutes les merveilles d'une végétation puissante.

Des bois gigantesques en suivent le cours, et, enlacés aux flexibles rameaux des palmiers, forment des bouquets aussi impénétrables aux rayons du soleil qu'à l'homme. Leurs branches, qui souvent fléchissent sous le poids de fruits savoureux, venaient se plonger dans les eaux en passant pardessus nos têtes, et nous cachaient la rive opposée. Des lianes indigènes, admirables par leur délicatesse, par les formes de leurs feuilles et les vives couleurs de leurs fleurs, s'étendaient d'arbre en arbre comme un Vaste réseau de soie verte.

Mais ces ombrages attrayants sont la retraite de terribles caïmans et de sangliers non moins redoutables.

Notre marche était lente, et souvent arrêtée par des troncs d'arbres que Tâge ou la tempête avaient abattus, et qui, couchés sur Te Au et dans les endroits où elle est peu profonde^ retenaient une masse considérable de végétaux que le courant y accumulait sans cesse.

Les oiseaux qui peuplent ces forêts attiraient surtout mon attention.

Tantôt j'admirais le plumage brillant du colibri, tantôt j'écoutais le. chant mélancolique de la veuve et le caqu étage des perruches noires qui se balançaient sur les branches les plus élevées des arbres voisins.

Les perroquets noirs, le ramier vert, le pigeon bleu ou hollandais^ et une foule d'autres oiseaux annonçaient aussi leur présence, le premier par un cri âpre et perçant, les autres par de doux ^ucoulements ou des sifflements prolongés. Les aigrettes seules restaient silencieuses et immobiles au bord de Teau, et elles guettaient les petits poissons pour les harponner de leur long bec.

Mon guide me fît remarquer aussi Sur utie feuille de songe le vouroun-safanom^ cet àmi et protecteur des hommes, qui leur annonce toujOUfâ

la présence du caïman et que tous les bons Malgaches véûèrent.

Après avoir passé l'Yvondrou k gué, nous eûtfles la surprise de voir venir à nous un officier envoyé d'Andevorante pour veiller à ce que rien ne nous manquât sur la route.

Les officiers indigènes ne sont point nécessairement des gens portant Uniforme et revêtus d*Uû ^ade dans l'armée ; ce sont des employés dcôupaût une place plus ou moins élevée dans le service de rÉtat, service civil aussi bien que militâiïe.

tt La plupart du temps, dit M. EUis, je n'aurais jamais su que j'avais affaire à des officiers, si les gens de la maison, et autres individus chargés de les introduire, n'avaient pas annoncé leur approché par la formule : «Voici les Mananhoninahitfa (c'êst-à-dire les « ayant rang >) qui viennent .>

A partir d'Andevorante, l'itinéraire pour Tananarive change complètement de direction et d'aspect : C'est une ascension de huit à dix jours on ligne droite, vers l'ouest, à travers un amphithéâtre non interrompu de montagnes ou de mamelonià, entrecoupés de rivières torrentueuses, toujours sans pont, à moins qu'elles ne soient infestées par des caïmans.

Quand Ces courô d'eau sont trop profonds ou

grossis par les pluies, il faut les passer eu piro gués, c'est-à-dire dans d'étroites embarcations faites d*un seul tronc d'arbre, et où la moindre distraction peut faire perdre l'équilibre et chavirer.

Tananarive forme le point central et culminant de l'entassement de monticules et de plates-formes dont je viens de parler.

Qu'on se figure des sentiers impraticables et faits , ce semble , pour dérouter les voyageurs plutôt que pour les conduire : ici, des escarpements et des précipices, là, des trous et des fondrières qui deviennent des lacs de boue à la moindre pluie : telle est la route royale qui mène à la capitale des Ho vas.

Le plus souvent, ce n'est qu'un étroit sentier, sur lequel se pressent une multitude de piétons à moitié nus et armés de la zagaie; ils montent ou ils descendent avec de lourds fardeaux pour Tananarive, ou pour Tamatave, car tous les transports se font à dos d'homme et à force de bras.

Quelquefois encore des files interminables de bœufs, qui se rendent à la côte pour l'embarquement et auxquels il faut disputer le passage, com- ))liquent l'embarras.

Mais la partie la plus fatigante et la plus péril-

leuse de ce voyage, c'est la traversée de la forêt de TAlamazactra, qui dure trois jours.

La forêt d'Amalazaotra, qui est une des plus vastes de l'île, est large d'environ quinze lieues, et fait partie de la vaste ceinture de grands boirf qui traverse les principales provinces de Madagascar.

Elle est parsemée de précipices, de ravifis, de profondes déchirures. On y rencontre une immense variété d'arbres, parmi lesquels de véritables colosses végétaux.

€ La route esticieftayante, écrit M. EUis dans sa relation ; le sol est une argile ferme, avec des trous profonds, pleins de boue et d'eau. Notre chemin était parfois couvert d'eau , mais le plus souvent il ne présentait qu'une succession de ravins glissants, exigeant de nombreux détours, à cause des arbres gigantesques qui étaient tombés en travers de la voie. Les flancs, à la fois argileux et rocailleux de ces ravins, étaient quelquefois si raides, qu'allongé comme je l'étais dans mon palanquin, mon corps prenait la position verticale, et qu'il fallait alors dix ou douze hommes pour me porter.

€ Dans ces difficiles passages, je compris toute la valeur de ce mot de Radama, qui disait avoir à son service deux généraux, le général Hazo (forèi)

et le général TdZQ (fièvre), sur Isjsquels il se reposait parfaitement pour arrêter toute armée d'iavd^ aiou. 11 serait, en effet, impossible ^ une ftrméade traverser un pays comme celui-ci. »

C'est dans cette forêt de TAlamazia-otra, qîi noug eûmes à essuyer un terrible orage, que nous pjirais apprécier la force et la vaillance de nos chevaux bipèdes.

Il faut avouer que ces porteurs soqt d'uiia força et d'une agilité incomparable», Avec un voyageur sur les épaules, ils marchent, courent, siffleot et chantent, cinq ou six heures couséQutives, sans s'arrêtçr un seul instant. Tl est à croire que de pareils hommes, s'ils étaient discipliués et formés aux exercices militaires, feraient de remarquableia soldats.

Le lundi 23 novembre, ïioup pénétrâmes daus la province de TÉmirne, dont le spl rougeâtre et les collines déboisées sont d'un aspect sévère.

C'est de cette province que vient le titre da duc d'Émirne, octroyé naguère à M. Lambert par le roi Badama IL

Le lendemain nous approchions de Mantasoa, localité justement célèbre, à huit lieues de Tanfrr narive.

C'était autrefois une ville ouvrière, une Borte de grand atelier national élevé par le génie d'ua

SIX MOIS A MADAGASCAIi. ?39

seul homme, M, Laborde, consul de France, qui y avait improvisé, comme par enchantement, Tapplication des principales inventions et industries modernes, jusqu'à la verrerie et à la fonderie des canons,

Un acte du plus aveugle vandalisme, inspiré h Ranavalo I^ par sa terreur excessive de l'étranger, replongea tout à coup dans le néant une si ma* gnifique création. Aujourd'hui il n'y à plus que des ruines.

Je passe les incidents du voyage, qui furent ce qu'ils sont h l'ordinaire, quand on s'aventure en de pareilles expéditions*

Après plusieurs jours de marche, sans trop de fatigue^ nous ne tardâmes pas à découvrir, au loin, assise comme un nid d'aigle au sommet de ses collines, Tananarive la Grande, cette ville mystérieuse qui, semblable aux majestés ombrageuses et jalouses de l'Orient, dont tout le génie politique consiste h se rendre invisibles, avait voulu jusqu'ici rester inaccessible et pour ainsi dire inconnue à l'Europe.

Bâtie de tous côtés en amphithéâtre, avec deux palais principaux qui la couronnent, celui de la reine et celui du premier ministre, elle présente, à la distance de trois ou quatre lieues, un aspeet imposant.

240 Six MOiS A AIADAGA8CAR.

La magnifique rivière de Tlkoupa, qui, par son confluent avec le Betsibonka, porte ses eaux jusqu'au canal de Mozambique, se déroule à ses pieds comme une riche ceinture ; et les rizières qui l'entourent fournissent un large tribut à son alimentation.

Il y avait de cinq à six heures que nos coureurs nous emportaient à toute vitesse sous un soleil de feu, et nous venions de franchir la dernière butte qui nous séparait de Tananarive, pour descendre dans la vallée de Tlkoupa.

Tout à coup, de ces hauteurs, nous distinguons dans le lointain, sur les bords de la rivière, des groupes de Malgaches de tous rang-s et de toutes conditions, qui, informés de notre arrivée par la rumeur publique, se portaient à notre rencontre. »

Nous n'étions encore arrivés qu'aux deux énormes pierres qui indiquent l'entrée de Tananarive, et nous commencions seulement à gravir ses premières rampes.

En cet endroit les rues étaient bordées d'une foule de plus en plus compacte, et les terrasses et les murailles se couvraient de curieux. Un grand nombre faisaient entendre, à notre vue^ le miûsetra^ petit bruit des lèvres qui indique, chez les Malgaches, le plus haut point de la satisfaction.

V\Vf**- ^

Tananarive, la cité aux mille villages {tanan, villages; harriva^ mille), est la résidence de lu reine des Hovas et le chef-lieu de son gouvernement.

C'est une ville d'un aspect des plus pittoresques. Elle couvre en partie une colline qui s'étend, dans sa plus grande longueur, du sud-est au nord-ouest, en se ramifiant à ses extrémités. Vue de loin, elle ressemble à une pyramide tronquée, dont le sommet est couronné du palais de la reine.

Autour du palais et sur les flancs escarpés de hi colline, s'échelonnent d'innombrables cases malgaches, généralement couvertes en joncs du pays {zororo)^^ l'exception de plusieurs bâtiments dont la toiture est de tuile ou de bois.

Les rues sont étroites, pauvres, mal tenues, ou plutôt ce sont des sentiers qui ne méritent point le nom de rue, sauf celle qui conduit au palais.

Le point culminant de la ville domine de plus de deux cents mètres au-dessus du niveau de la mer.

A Tananarive, comme dans toute la province d'Imérina ou Émirne, le climat est parfaitement sain, et les fièvres y sont à peu près inconnues. En hiver, c'est-à-dire aux mois de juin et de juil-

let, le thermomètre reste constamment à 25® o^ntigrades au-dessus dé zéro.

Les murs de clôture forment terrasse ; les mai sons en bois ou en pisé, dont quelques-unes h plusieurs étages, sont ornées de belles varang'ues; les palais de Soaniérana, celui de Maudjak^- Miandana, de Tsabafaratra, de Banayalo, les jardins et le tombeau de Radama I" , le champ de Mars où peuvent manœuvrer à Taise de 15 à 20,000 hommes ; au nord, le réservoir des eaux servant de moteur à la fabrique de poudre; sur le point culroinaQt de cette partie de la ville, le tombeau de Rainiharo, dont Tarchiteçture rappelle le style des monuments d'Egypte; des arcades ornementées ; des villas eutourée^ tle bosquets ; tes traces de ce gigantesque travail que Radama poussait avec tant d'activité lorsque la jnort vint le surprendre, travail qui ne visait à rien moins qu'à raser une montagne pour y installer un faubpu rg de la cité, tout cela est de nature à captive?" Tobservateur.

Du sommet de la montagne sur laquelle la ville est assise, le regard s'étend sur les immenses plai* nés arrosées par la rivière de Tlkoupa.

Des rizières, distribuées avec uae yraia intel* ligence d'irrigation , sont traversées en tous jgfei^ pur des canaux encaissés entre de fortes digues

âW lesquelles sotit bâtis, ici dés maisons isolées, là des villages entiers.

Tantôt ces habitations desèiiient à Tœil les siiltlôsités dés chaussées, tantôt elles pai*âissent flôttet au milieu des eaui (1).

L'eûtïée principale du palais du roi fait face au nôt^d ; un perron eU pente très douce conduit à un portail carré, massif, en pierre de taille, oi*née d'une glace encadrée dans uù médaillon. Le tout éât surmonté du Dôufounndhérè (oiseau royal) posé sur son globe, qui, arec les sept poiutés de zagàiè, forment l*emblème de la puissance

hôVô.

A gauche de resplanade sur laquelle est située cette entrée, on voit le tombeau dé Ëadaffia ï*'^ construction informé et sâtis caractère, mais l'usage veut que l'on s*y arrête et que l'on salue toutes les fois qUe Ton passé.

Le tombeau tîéUt au Palais d'afgent, ainsi nommé pâfce que l*ôn a cloué avec des pointes d'argent les bardeaux qui le recouvrent.

Ce palais est à peu près carré et d*une vîngtamé de mètres de côté ; il a deux étages ayant de sei^e à vingt mètres de hauteur; il est entouré par de fortes colonnes en bois, et un pilier central

(1) Album malgache, lèk MÙHôni càthôH^UéS,

soutient la charpente ; chaque étage se compose d'un grand salon carré, ouvert surTouest, et percé d'une porte et de deux grandes fenêtres. Une toiture aiguë et élancée, portant au centre Toiseau royal, abrite la varande (ou varangue), et s'appuie sur la. colonnade. En un mot, c'est pour le pays un monument hardi et presque imposant.

Celui de Ranavalo est construit sur le même style, mais il est beaucoup plus grandiose et plus vaste. Les deux édifices se touchent presque par leurs angles nord-est et sud-ouest. Il a un étage de plus que l'ancien, et le vourounnahéré gigantesque qui le domine déploie fièrement ses ailes à plus de quarante-cinq mètres de hauteur.

Depuis la mort de Ranavalo ce palais est resté fermé, on ne Ta rouvert que pour le couronnement du roi. C'est du balcon du premier étage que la reine recevait les rares étrangers qui venaient à Tananarive et qui étaient admis à lui présenter ses nommages.

Le palais de la reine est plus petit, quoique d'assez belles dimensions. Il se compose d'un salon carré ouvert à l'ouest comme les autres, de trois petites pièces au nord et au sud, et d'une large varande qui en fait le tour. C'est là que la souveraine donne ses audiences.

Souaniérane est bâti sur un très beau plateau, au haut d'un coteau au sud-ouest de la ville. L'esplanade circulaire est entourée d'une triple rangée d'arbres, ce qui est une rareté pour ce pays déboisé.

Ce singulier édifice est composé de trois longs bâtiments juxtaposés : celui du centre est débordé par les doux latéraux, qui forment ainsi quatre grands pavillons aux angles. Le large balcon qui en fait le tour a plus de trois cents mètres de développement.

Au rez-de-chaussée deux corps de logis forment d'immenses salons richement parquetés; le troisième est divisé en plusieurs chambres. Le premier étage sert de logement ; il est peu visité par les Européens ou créoles qui sont admis à cet honneur.

C'est un charpentier français nommé Legros qui en avait entrepris la construction, mais la mort surprit Radama P' avant que les travaux fussent achevés. Le roi en était fier, mais Ranavalo Ta laissé tel qu'il était.

L'architecture religieuse est complètement inconnue à Madagascar, et les grossières idoles des naturels sont gardées dans de misérables hangars de paille ou de terre.

En somme, Tananarive est bien nommée « la

i4ô si* MOIS A MAbAG^AfeCAk.

ville atix mille villages, » cai* elle réSâetiible à une vaste agglotnération de villageà plutôt qu'à une grande ville, malgré âôti étendue et âa population, qui varie, selon les uns, de 60 à 70,OÔÔ habitants.

La capitale de Madagascar est dônô titté téritable ville, d*un aspect à la fois singuliéi* et cbètmant, surtout au coucher ou au lever dU sôlôil, qui colore de son ardente lumière lés terrains rougeâtres, lès cascades de roches grises, violettes ou rosées.

Une cité âuêsi popuîeûâe, où la propreté des rues est chose à peU près inconnue, où rien ti*ëât ménagé pour l'écoulement des immondices, serait nécessairement fort malsaine si la nature ne Véûâlt en aide à TincUrie des hommes.

Des pluies torrentielles, très fréquentes èû été, emportent les détritus dans leur cours impétueux, entraînent, en slnfiltrant, tous les sels et les gaz qui se forment à la surface du sol, et donnent naissance à des sources dont l*eaU n*est pas potable.

La population s'est condensée dans les plaines les plus étendues et aux environs de la capitale, où les fermes et les villages sont innombrables. En s'en éloignant, les lieux habités devîentieût plus rares, et Ton finit par ne plus rencontrer que

StX MÔÎ9 À MADAG^A&CÀft. Ht

des tombeaux ou des villages en î*uines. Triâte effet de longues guerres de rivalité etitre leô HôVàa et les Sakalaves !

Lés tnaisonà dé TatianariVè sont presque entiè^ rëitlétit construites en boiâ, avec des toits élevés et éti*oits, couverts eh joncs, en herbes sèches, en feuilles de vèicoa, et ornées aux extrémités de longs ckevronsi qui ressortent au-dessus deâpignottâ.

Léâ maisons qui long'ent les flancs de là Colline âdnt bâties sur des terrasses nivelées artificielle*nient et ayant de vingt à ^quarante pîeds^ de lafgëUr. Elles sObt généralement entourées d'un mur de bbue ou de pierreë peu élevé qui forme une espèce de cour. Elles sont petites et n'ont qu*Utte ou deux pièces.

C'est sur la place d'Àndolialo que se trouVé la pierre sacrée où la reine est couronnée, et où, àu retour de ses voyages, escortée de son armée, de son peuple et de toute la noblesse, elle s'arrête soUS le grand parasol rouge, insigne par excellence de la dignité l-oyale, pour haranguer la multitude.

Cette place est aussi réservée aux grands A^barS (assemblée).

. — C'est ici, nous dit le père Moiroud, — qui nous accompagnait dans cette promenade à travers la ville, — c'est ici que, au mois d'avril 1857, la reine Ranavàlo î"*, déjà souillée du sang de

plus de cent mille de ses sujets, fit tenir un nouveau conseil de mort, pour achever, disait-elle, de purifier son peuple. Elle avait fait publier auparavant dans ses États qu'elle accorderait une grâce générale à tous ceux qui avaient commis quelque faute , s'ils s'en reconnaissaient coupables en présence des juges, et qu'ils seraient au contraire passibles des châtiments les plus sévères, s'ils étaient convaincus sans s'être révélés eux-mêmes. Bientôt des listes nombreuses d'accusés, qui figuraient souvent pour des crimes imaginaires, avaient été dressées de gré ou de force ; l'on comptait d'ailleurs sur une amnistie complète. Mais, au jour où devait se conférer sur cette place fameuse l'indulgence plénière de cet étrange jubilé, 1,237 individus, de 1,44& qui s'étaient accusés eux-mêmes , furent chargés de fer par groupes de cinq ou sept, attachés ensemble, et leurs femmes et leurs enfants, au nombre de plus de 5,000, réduits en esclavage. 79 autres prévenus, qui avaient été dénoncés, furent exécutés le même jour par différents supplices, aux abords de cette place, qui ne doit être souillée elle-même par la présence d'aucun cadavre.

Le missionnaire, en achevant ce récit, nous indiquait, à côté de l'église, l'atelier où avaient été forgés tant de fers inhumains.

En face, près d'un grand lac, il nous montrait l'endroit où ceux qu'on accusait de sorcellerie avaient été condamnés à périr sous des flots d'eau bouillante versée par leurs femmes et leurs enfants.

A gauche, c'était le lieu réservé aux supplices de la lapidation et de la strangulation.

Non loin du palais, se dressait la roche tarpéienne , escarpement de deux cents mètres, d'où les malheureux , condamnés à se précipiter, n'apercevaient au bas pour les recevoir que la pointe du sabre ou de la zagaie.

Une autre place célèbre de Tananarive est celle de Maha-Masina, vaste carré situé à l'ouest, au bas des rampes de la ville, et qui n'a pas moins d'un kilomètre de côté. Ily a sur cette place, comme sur celle d'Andohalo, une pierre sacrée, sorte d'ambon circulaire où la reine paraît le lendemain de son couronnement.

t?TUDES o'ETHNOLQGIE — HOYAS ET S^I^ALAyES — RAC^S pfVERSBS

Page 1