‹ Six mois à MadagascarChapitre 6 sur 10 · LES HONNEURS — NOBLESSE MALGACHE — LES CLASSES SOCIALES · texte numérisé non relu

LES HONNEURS — NOBLESSE MALGACHE — LES CLASSES SOCIALES

— î.'g8lDLAV40P — J^ÉfllSLATION DES HOVAS — LA ZA6AIB d' ARGENT

— l'Épreuve du tanghin — supplices — corvée — le mariage

et la polygamie — CÉRÉMONIES DE LA NAISSANCE — ENFANTS ABANpON.>')^S OU EXPOSÉS.

Les peupladçs qui habitent Madagascar se partdgeot ea plusieurs r^ces, dont les principales sQDt le3 Hovas et les Sakalaves.

Les Sakalaves sont les plus doux de tous les peuples madécasses, -et ceux qui ont le plus de twdance à la vie civilisée ; ils ont toujours été favorables aux Français, à Topposé des Hovas.

C'est un peuple pasteur et nomade, cultivant la terre avec moins de paresse que les autres tribus •

Les Hovas, fort improprement désignés sous ce nom, ne s'en donnent pas d'autres que celui de Maldgasses, dont on a fait Malgaches.

Le mot Ho va signifie c bourgeois », celui qui n'est ni libre ni esclave;

Les hommes libres «jui sont tombés en servitude

comme débiteurs insolvables» ou par suite d'une

condamnation selon les lois du pays, s'appellent

Zaza-Horad petit de Hova ,. on bien encore Hofta-

Vérij € HoTa perda » .

Il est certain (^ae Banavalo considérait comme injarienx le titre c de reine des Hovas ». En 1837, eUe renvoya avec indignation à un capitaine de navire de commerce français une lettre qui portait cette snscription. La lettre fut déchirée devant lui par les envoyés de la reine, qui lui déclarèrent qu'on le chasserait du pays s'il se permettait une nouvelle insolence de ce g^nre.

Les Hovas, selon la tradition, sont de race malaise. Leurs traits se rapprochent singulièrement du type européen ; ils ont, en général, la peau oUvâtre plus ou moins foncée.

Leur taille est d'ordinaire au-dessous de la moyenne ; ils ont les épaules élevées et carrées ; leur physionomie n'a rien du nègre. Les cheveux sont plats, rudes et épais; le nez légèrement arqué, les yeux écartés de la racine du nez et un peu élevés vers l'angle extérieur ; les pommettes saillantes.

Ils fondèrent douze souverainetés, gouvernées par des nobles constamment en guerre ; mais à la tiu du siècle dernier Audrianampouinénérive, l'un

d'eux, soumit et pacifia tout le pays, qu'il assujettit à sa puissance, et bâtit Tananarive.

Dès lors la puissance des Sakalaves fut à jamais perdue^ Comme les Gaulois sous la domination romaine, ils subirent le joug, non sans se révolter souvent, mais ce fut en vain, et le sceptre du pays resta tout entier aux Hovas.

Parmi les autres peuplades qui habitent Madagascar, il faut citer les Betsiléos, au centre; les Bezaounzaoun, à Test ; les Betsimirakas , les Antaïmoures et les Antalastres, au sud. Ces derniers sont aujourd'hui presque entièrement dispersés. Enfin les Malattes, dont quelques voyageurs ont parlé, proviennent d'unions contractées entre les blancs et les filles des chefs de la côte Est et sont devenus, de par leurs mères, les chefs de la contrée.

Les Antalastres descendent d'Arabes venus de la côte orientale d'Afrique et de femmes sakalaves. Ils formaient autrefois une caste à part, avec sa religion, ses lois et ses coutumes distinctes. Détruits par Radama I", ils se sont réfugiés à Zanzibar et aux Comores, et leurs descendants absorbent aujourd'hui tout le commerce du Ménabé et du Bouéni, en faisant cause commune avec les Arabes, dont ils ont d'ailleurs gardé la religion et les habitudes.

Les Antaïmoures proviennent, dît-on, d* Arabes naufragés sur la côte Est. Ils sont considérés par les autres tribus de l'île comme des savants, car la lecture et l'écriture sont très répandues chez eux. Ils portent le costume des populations voisines, dont ils partagent les mœurs et les croyances, mais ils regardent le porc comme impur et ne mangent que la chair des animaux qu'ils ont tués eux-mêmes.

Les Sakalaves sont les plus doux de toutes les tribus madécasses, et ceux qui ont le plus de tendance à la vie civilisée; ils ont toujours été favorables aux Français, à l'opposé des Hovas, et se convertissent facilement au christianisme.

Les Betsimirakas ont tous les vices de la civilisation, sans en avoir les qualités. Cinquante Hovas suffiraient pour les mettre en fuite, tant ils sont paresseux et lâches, assure M. Alfred Grandidier.

Menteur par habitude et rampant par intérêt, le Betsimiraka se prosterne aux pieds du premier blanc qui possède une bouteille d'arack ou une aune de toile de coton, et lui prodigue les épithêtes les plus adulatrices: il l'appelle son maître, son roi, son Dieu, et promet de le servir jusqu'à la mort; mais à peine a-t-il obtenu les objets de sa convoitise qu'il va rire avec ses camarades

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de la sotte érédulîté de celui qui vient de céder à ses prières et à ses protestations de dévouement.

Ils aiment à pérorer et sont plus habiles à manier la parole que le javelot [national ; ils n'aiment dans la guerre que ces kaBars solennels, où les. orateurs déploient, en de longues harangues, les richesses de leur imagination et celles d'une langue parfaitement harmonieuse.

La noblesse est assez fortement constituée che^ les Hovas. Autrefois elle était remuante , dans nû état de guerre et d'anarchie permanent, mais elle paraît aujourd'hui entièrement soumise depuis lès règnes de Radama I" et de Ranavalo. Les fîèfs ou terres nobles se nomment Ména-iCéli (terre petite), par opposition aux terres du domaine royal : Tanânarive, Ambouhimanga , Souatsimanampiouvàne, qu*on désigne sous le nom de Ména-Bé (grande terre). Les familles établies sur les Ména^Kéli paient la dîme, qui se partage entre le roi et les seigneurs du pays.

Les nobles n'ont pas le droit de rendre la justice sur leurs fiefs ; ils n'interviennent que [comme conciliateurs. Hors de leurs^ seigneuries, ils n*ont droit qu'à certains honneurs selon leur rang; ils ne prennent part aux affaires publiques qu'en raison de leurs fonctions à la cour, et sont mêlés aux

roturiers^ qui partag-ent avec eux les principales chai^^s.

n Y a divers degrés dans la noblesse : ceux dont le titre se traduit par celui de prince ou de duc peuvent seuls s'habiUer de rouge. Au degré intermédiaire, ils sont exempts de monter la garde quand ils sont simples soldats, et c'est à eux que revient l'honneur de garder le drapeau. Ils ont droit au tadikéna^ — à la queue du bœuf, — toutes les fois qu*on en tue un sur leurs terres, et même ail* leurs, lorsque l'animal est tué pour la consommation. Le vadiAéna revient de droit au roi, ou à ses représentants, dans tous les autres cas.

La noblesse inférieure a le privilège de ne pouvoir être ni enchaînée, ni mise aux fers; elle est exempte de la corvée ; mais elle y coiiduit ses vas- . saux quand ceux-ci sont mis en réquisition.

Simples soldats, les nobles de ce rang sont tenus de monter la garde ; cependant ils reçoivent le premier salut du roturier le plus élevé en grade* La formule du salut adressé aux nobles diffère de celle employée pour les roturiers ; aux premiers l'on dit :€ Portez-vous bien >; aux autres :€ C!om« ment vous portez-vous?... >

Le roi, la reine et leurs en&nts peuvent seuls porter du corail sur la tête ; les nobles ont le droit d'en avoir aux pieds; tout le monde, même

les esclaves, peut en mettre au cou et aux bras. Les femmes nobles se font véhiculer en filanzane en toute circonstance, et ne sortent guère à pied ; les roturières n'ont ce privilège que lorsqu'elles sont malades ou suivent un enterrement.

L'homme noble peut choisir sa femme dans quelque condition libre que ce soit ; mais les enfants suivent la condition de leur mère.Quant aux femmes nobles qui épousent des roturiers, elles perdent leur rang, sont déshéritées et répudiées par leurs familles, qui ne leur accordent même plus de place dans le tombeau commun.

Les grades se nomment voumnaAitra^ littéralement : ^eur d'herbe^ et se distinguent par leurs numéros. Les étrangers, on ne sait pourquoi, ont traduit ce mot par celui d* honneur.

Badama avait institué douze grades, y compris celui de soldat, qui était premier vouninahitra^ — premier honneur. Ranavalo en a ajouté deux et Badama II a avancé tout le monde de deux grades à son avènement. Les princes de la famille royale sont généralement c quinzièmes honneurs. >

Les roturiers occupent, depuis le règne de Ranavalo, beaucoup des plus hautes charges de rÉtat; mais la bourgeoisie en corps n'a ni pouvoir, ni influence.

On ne peut pas anoblir un roturier^ bien que

des souverains absolus aient quelquefois violé cette interdiction.

Quoiqu'il n'y ait pas de classes dans les rangs de la bourgeoisie, il y a cependant des familles privilégiées, qui jouissent de fonctions ou de droits transmis par héritage; il y en a d'autres dont les membres ne peuvent être condamnés à mort, mais qu'on peut exiler dans les lieux les plus malsaius de rîle.

Les esclaves se partagent en deux grandes classes : les esclaves du roi et ceux des particuliers. Les premiers se divisent en Malgaches et en noirs; les Malgaches ont les fonctions d'écuyerc^, de pages, de valets de chambre, et peuvent épouser des femmes libres ; les noirs servent dans la garda ou dans Tarmée ; il y en a qui sont officier» du palais, d'autres occupent des emplois civils» Us ne peuvent se marier qu'entre eux ou avec des esclaves de particuliers,

Les esclaves des particuliers sont classés suivant leur origine : les Hovas tombés en esclavage comme débiteurs insolvables ou condamnés, les Malgaches et les Africains. Mais Tesclavage est très doux h Madagascar, car la paresse y est innée, et il ne vient pas à la pensée des maîtres d'exiger plus de travail qu'ils n'en pourraient faire eux-mêmes. Lorsqu'ils se rachètent ou sont affranchis.

les esclaves rentrent dans la condition à laquelle ils appartenaient auparavant.

Chez les Hovas ce ne sont pas seulement les captifs de guerre ou les tribus soumises par la force qui sont condamnés à l'esclavage. Il n*est pas rare de voir des familles hovas elles-mêmes devenues esclaves, parce qu'un de leurs membres a été accusé d'une faute ; la même chose peut arriver h un village, à une caste, à une population entière pour un seul individu condamné à tort ou à raison.

Un homme avait volé un bœuf; tous ceux qui en avaient mangé, sans savoir môme qu'il avait été volé, ont été réduits en servitude, c'est-à-dire tout un village , à l'exception des enfants encore à la mamelle.

A la suite de la confession publique du 12 mars 1858 — (on trouvera plus loin cette pratique de confession publique), — plus de cinq mille femmes et enfants de ceux qui s'étaient accusés ont été vendus comme esclaves.

En 1856, il y avait à Tananarive un enterrement auquel, selon l'usage, devaient assister quatre personnes d'une caste noble, dont le titre répond chez nous à celui de baron. Ces personnages n'ayant point paru à la cérémonie, tous les barons de Tananarive furent vendus par ordre de

la reine, avec leurs familles, au nombre de cent vingt-six personnes (1).

La législation des Hovas, confuse et obscure, rappelle les vieilles lois franques. L'absence de code, et par conséquent de droit civil, laisse une part énorme à l'arbitraire des juges, ce qui est dangereux chez un peuple aussi cupide.

La justice est rendue au nom du souverain par les Andriamiavents nommés par lui ; seulement, dans les cas graves, les jugements doivent être sanctionnés par le roi.

Toutes les transactions ou marchés se font en présence de ces magistrats, et deviennent obligatoires quand on a offert au roi ou au magistrat le hasina ou pièce d'argent, que Ton se hâte de donner pour ne pas laisser à son adveirsaire le temps de revenir sur le marché ou d'attaquer la sentence.

Lorsqu'un Hova a quelque contestation avec un autre, ou bien quelque crime à dénoncer, il demande au juge la zd^geÎQ stitia lenga (qui n'aime pas le mensonge). C'est une zagaie en argent qui ne se déplace qu'avec l'autorisation du souverain ou du premier ministre. Trois personnes vont la chercher, et, à son arrivée devant la porte de

(1) Annales des Missions,

l'accusé, le principal des trois porteurs fait connaître à celui-ci le jour où il aura à se présenter devant les juges si le délit est simple; si l'accusation est grave, on le garrotte et on l'emmène surle-champ.

Les jugements se rendent en plein air, devant tout le monde.

Autrefois, on pratiquait Tépreuve du tanghin, correspondant à ce que l'on nommait au moyen âge le jugement de Dieu.

Pour reconnaître la culpabilité de l'accusé ou son innocence, les juges lui faisaient boire l'extrait de Tamande du fruit de l'arbre appelé tanghin (tanguina veneni^ûra)^ poison violent dont les effets sont très rapides.

Le tanghin, d*après M. Lacaille, appartient à la famille des apocynées, et ressemble à s'y méprendre, par son port, son écorce et sa couleur, SLufrangipanier; sa tige et ses branches collatérales renferment un suc laiteux d'une abondance extraordinaire, épais et caustique, qui tache et brûle ce qu'il touche. Le fruit est de la grosseur et de la forme d'une poire.

€ Qu'un Malgache en veuille à un autre, dit M. Barbier du Bocage, il le flétrit aussitôt du nom de sorcier, et le malheureux est traduit devant le juge ou bourreau. Pour prouver qu'il n'est pas sor-

cier, il est forcé de boire la terrible liqueur. Si son eetomao rejette le poison, il est déclaré innocent, et en est quitte pour de violentes coliques, dont une grave maladie ou rimbécillité sont la suite presque inévitable. Dans le cas contraire, il est déclaré coupable et on le laisse périr misérablement. On peut surtout se faire une idée de cette épouvantable justice, et des désastres qui en sont la suite, lorsqu'on sait que la dose de poison que doit avaler le patient est entièrement à la discrétion du juge, et que ce dernier partage avec le gouvernement hova les biens de la vic« time si elle est reconnue coupable, e'est-à-dire si elle meurt. »

On s'explique alors ces paroles de Badama, sollicité par les Européens d'abolir ce terrible fléau : € Trouvez-moi un impôt qui, comme celui-ci , remplisse mes coffres et fournisse aux besoins de mon armée. »

M. de Lastelle estime que le tangbiû a tué à Madagascar, de 1823 à 1844, plus de 150,000 personnes.

Au dire de madame Ida Pfeiffer, les empoisonnements, les corvées et les guerres faisaient périr tous les ans de vingt à trente mille personnes.

On faisait d'abord sur un chien ou sur une poule l'épreuve du tanghin. Si l'animal échappait

au poison, Taccusé était réputé innocent; dans le cas contraire, il subissait lui-même l'épteuve, et, pour être acquitté, il devait rendre trois morceaux de la peau d'une poule qu'on lui avait fait avaler avec le poison; si un seul des morceaux restait dans son estomac, la culpabilité était démontrée, et l'accusé subissait la peine quand le tangliin ne l'avait pas tué. Comme l'issue de l'épreuve dépendait beaucoup du sikidi qui préparait le poison, et que celui-ci obéissait aux jugeô, l'acquittement de l'accusé ou le gain du procèô s'achetait <^ presque toujours. L'épreuve du tanghin fut abolie parRàdama II à son avènement.

Un grand nombre de supplices sont en vigueur chez les Hovas,

Parfois le patient est enteî'ré vif jusqu'au Cou, et condamné à rester en cet état jusqu'à ce qu'une mort lente vienne terminer cette épouvantable torture.

D'autres fois on creuse un trou profond dans la terre. Le condamné y est précipité, le» mains attachées derrière le dos, et on verse sur sa tête des chaudières d'eau bouillante, jusqu'à ce qu'il expire. Ce supplice est accompagné d'un raffinement de barbarie que le génie du mal a pu seul inventer; il doit être préparé et exécuté pa^ la famille même de la victime; de sorte que c'est le

père et la mère, le fils et la fille, le frère et la sœur, qui allument le feu, font chauffer Teau et la versent sur la tête de leur parent.

Le supplice du bûcher est ordinairement réservé aux soldats.

La lapidation s'exerce d'une façon ingénieuse î la victime est cousue dans une natte ; • on l'attache ensuite à un poteau bifurqué à sa partie supérieure; la tète est prise entre deux branches du poteau, et le patient reçoit une grêle de pierres qui ne tardent. pas à mettre fin à ses souffrances et à sa vie.

De toutes les tortures, celle des fers est peutêtre la plus barbare.

Un témoin oculaire raconte ainsi l'opération du ferrement des condamnés.

« Avec le fer de vieilles pioches on fabrique d'énormes colliers en forme de fer à cheval. On prend le patient, on le couche et on engage son cou par l'échancrure d'un de ces colliers. Alors, un des exécuteurs, armé d'un gros et lourd marteau, frappe de toutes ses forces [sur l'une des extrémités, tandis que l'autre est retenue entre des pierres. Avant que les deux extrémités se rejoi- *gnent, il faut des coups sans nombre. Plusieurs hommes s'y fatiguent. Figurez-vous ce marteau levé sur la tête d'un homme et retombant avec

toute la force de son énorme poids augmentée de celle que lui a imprimée un bras vigoureux; il doit frapper à quelques lignes de la figure, et s'il est mal dirigé, la tête ou la poitrine seront écrasées. Lorsque le collier est fermé, on en passe aux pieds deux de même grosseur. Pour soutenir le poids de leurs fers, ces malheureux sont obligés de rester assis ou couchés.

« Le collier pèse vingt-cinq livres. Les condamnés aux fers sont groupés par bandes de six, sept ou huit individus, réunis entre eux par une longue barre de métal. Un membre du groupe vient-il à mourir, on lui tranche la tète et on dégage le cadavre, mais le poids des chaînes reste tout entier à la charge de ses plus proches voisins, et si, sur les huit hommes dont se compose le groupe, sept viennent à succomber, le huitième survivant devra supporter les chaînes de ses sept compagnons d*infortune. »

Mais il faut se détourner de ces horribles tableaux et revenir à l'étude plus calme de l'état social qui rappelle nos temps féodaux.

Ainsi la corvée existait à Madagascar.

Lorsque Banavalo avait besoin de bras pour un travail difficile, comme le transport de marchandises de la côte à Tananarive, ou le transport et la mise en œuvre de matériaux de construction pour

Mo SIX MOIS A MADAGASCAR.

son palaiSf on faisait une réquisition, et les malheureux astreints à cette besogne pénible n'étaient ni payés, ni nourris.

Les grands en agissaient de même à Tananarive, et, hors de la capitale, les petits chefs faisaient subir ces exactions aux habitants de la campagne. Ces corvées furent abolies par Radama.

Le recrutement pour le service militaire était aussi tout à fait arbitraire. Il tombait sur les pauvres villages, et les soldats ne recevaiônt ni solde, ni nourriture.

La polygamie est permise, dit le commandant Dupré, mais elle est assez rare, elle a peu de raison d'être, au reste, dans un pays où les liens du mariage sont peu respectés, et où les jeunes filles sont absolument libres de leurs corps. La pudeur et la jalousie sont deux sentiments fort peu développés chez les Malgaches de tout sexe et de tout rang ; ils poussent fort loin la licence des mœurs, mais naïvement, et sans avoir, eu quelque sorte, la conscience des. devoirs qu'ils violent en se livrant à tous leurs instincts. -

Le mariage se fait très simplement : l'homme et la femme, accompagnés de leurs parents, se rendent chez le juge, ou chez le chef du village, auquel ils déclarent leur intention ; ils lui remettent le Aasinaet le mariage est conclu; Le divorce

est facultatif pour le mari seulement. Pour le faire prononcer, celui-ci se présente chez le magistrat qui Ta marié, en déclarant qu'il bannit sa femme ou qu'il lui rend la liberté, et il paie une seconde fois le hasina. D*après l'usage du pays, il a douze jours pour revenir sur sa détermination. Si, dans les douze jours qui suivent, il ne reprend pas sa femme , celle-ci est libre de se remarier.

Lorsqu'il y a plusieurs femmes, Tépouse principale porte le nom de Vadi-Bé (femme grande) ; elle a sa case et des privilèges particuliers ; toutes les autres vivent sans distinctions entre elles, et se désignent sous le nom de Vadi-Kéli (femme petite).

Le caractère doux et sociable des Malgaches et l'absence de jalousie, qui est un de leurs traits distinctifs, résistent à toutes les causes qui tendent à relâcher les liens de la famille ; ils vivent généralement unis dans leur intérieur ; ils ont le plus grand soin de leurs enfants en bas âge, et leur témoignent une tendresse que ceux-ci leur rendent plus tard en déférence.

D'après une coutume touchante, très répandue à Madagascar, les enfants adultes doivent, dans les principales circonstances de leur vie, offrir à leur mère une pièce de monnaie en souvenir du

temps où elle les portait sur son dos sans jamais s'en séparer; c'est le foufoim daTnoî^i^ c souvenir du dos. >

c Dans tout Madagascar, écrit madame Pfeiffer, mais surtout à la cour, on est habitué, pour les affaires les plus importantes comme les plus insignifiantes, à consulter le sikidi (l'oracle) • Cela se fait de la manière suivante, qui est extrêmement simple : on mêle une certaine quantité de fèves et de cailloux ensemble, et, d'après les figures qui se forment, les personnes douées de ce talent (les ampisikidis) prédisent une bonne ou mauvaise fortune...

c II y a peu d'années encore qu'on consultait le sikidi à la naissance d'un enfant, pour savoir s'il était venu au monde dans un moment favorable. Quand la réponse était négative, on plaçait le pauvre enfant au milieu d'un des chemins suivis par les grands troupeaux de bœufs. Si les bêtes passaient avec circonspection près de l'enfant sans le blesser, le charme était rompu et l'enfant rapporté en triomphe à la maison paternelle. Il n'y avait naturellement que peu d'enfants assez heureux pour sortir sains et saufs de cette dangereuse épreuve : la plupart y perdaient la vie. >

Les parents, peu soucieux de soumettre leurs enfants à cette épreuve, se contentaient de les

exposer, surtout quand c'étaient des filles, sans plus s'en inquiéter.

« A Madagascar, dit M. Leguével de Lacombe, la naissance des filles ne donne lieu à aucune réjouissance; cet événement paraît produire au contraire un sentiment pénible sur tous les membres de la famille.

« Si c'est un garçon, l'allégresse est générale, après toutefois que les parents ont consulté Vom- Hache, astrologue et médecin qui décide s'il doit vivre ou mourir ; car s'il était né dans une heure ou un jour réputés malheureux, il serait ou précipité dans une rivière, ou exposé dans une forêt, ou enterré vivant. Malheureusement pour les Malgaches, leurs astrologues reconnaissent un très grand nombre d'heures et de jours malheureux. Le père du nouveau-né, entouré de ses proches et amis, et aidé par un ombiache, plante en terre sa plus belle sagaie ornée de guirlandes de feuillage à la tête de la natte où l'enfant repose; Vombiache s'en approche avec son mampila, tire l'horoscope, et la famille attend avec anxiété le résultat de ses calculs cabalistiques.

< Le mampila est une planchette avec des bords peu élevés, divisée en quatre compartiments de diverses couleurs, par des lignes qui vont d'un angle à l'autre; elle est couverte d'une légère

couche de sable fin, sur laquelle Vomiiache trace des caractères arabes en murmurant des paroles mystiques, parmi lesquelles revient souvent le mot zan^ enfant. Cependant on suspend au cou du nouveau-né des fanfoudis pour le préserver des moucAanes que les agents du mauvais génie devaient répandre autour de sa natte. Si l'arrêt de VombiacAe est favorable, tous les assistants sont invités h un banquet, que terminent des danses guerrières ou mitava. »

Cette coutume, qui faisait périr chaque année un grand nombre d'enfants, a fini par être interdite par la reine Banavalo.

C'est peut-être la seule loi philanthropique qu'ait établie cette cruelle princesse.

L'exposition des enfants a lieu de la manièi-e suivante : on porte la petite créature sur la plage, au moment oîi le flot va monter et on l'abandonne à la vague; ou bien on l'expose au bord d'un fleuve pour être la pâture dea^ caïmans, si communs à Madagascar; ou enfin on la couche dans une^osse ouverte.

Ce crime, dont la superstition fait un devoir aux mères elles-mêmes, est de tous les jours sur la grande île africaine. Et quoique cette loi cruelle, dont on a peine à croire l'existence dans nos contrées civilisées j varie selon les différentes tribus,

partout les parents sont condamnés, dans certains cas, à détruire leurs propres enfants.

Il y a des jours néfastes pour les naissances (sur la côte ouest, c'est le mardi et le vendredi). Les enfants nés ces jours-là doivent être exposés.

En outre, s'ils ont quelque difformité corporelle, ou même si leur naissance n'a pas lieu dans certaines conditions, c'est un enfant qui porterait malheur h la famille ou au village, et qu'il faut abandonner.

Si le père ou la mère tombe malade, si on redoute quelque calamité pour la famille et pour le village, et si le devin déclare que c'est tel nouveau-né ou tel enfant, fùt-il âgé de quatre ou cinq ans, qui porte malheur, on sacrifie le petit innocent.

Hélas! c'est par centaines que chaque jour, dans ce vaste pays, les enfants périssent victimes d'une superstition cruelle (1).

En plusieurs endroits, une femme vient-elle à succomber à la suite de ses couches, le nouveauné est attaché sur le sein glacé de sa mère, et enterré tout vivant avec elle, parce qu'il est censé avoir causé sa mort.

(I) Les Missions catholiçiuest

MŒURS, USAGES ET COUTTMES — SYSTEME MONÉTAIRE — LES MAR- CHÉS DO YENDREDI — COSTUMES: LE LAMBAj LE SIM'BOU — COIF- FURE — BIJOUX — COSTUME EUROPÉEN — MASCARADE OFFICIELLE — LK COMPLOT DE BATAHIRY — COMBATS DE COQS — CUISINE MAL- GACHE — LA FÊTE DU BAIN ROYAL — LE BAIN — LE HASINA — LE ZIHÉ — LA DANSE — LE TABAC — LE SERMENT DU SANG.

Pour tout Malgache, un blanc est un être supérieur, auquel rien n'est impossible, et cette supériorité excite chez les Hovas, qui ne peuvent la nier, un sentiment d'envie et même de haine quj ne cède qu'à la cupidité.

iPour satisfaire leur avidité, ils font taire tous les scrupules. Ils sont très avares et aiment l'or et l'argent, qu'ils enfouissent au milieu des champs ou autour de leurs habitations. La circulation monétaire est réduite au plus strict nécessaire.

Les seules monnaies admises à Madagascar sont la piastre d'argent espagnole et l'écu, ou pièce française de cinq francs.

Pour payer les petites dépenses de chaque jour avec cette unique monnaie, d'une valeur relativement forte, on s'est avisé d'un procédé aussi ingénieux que primitif et qui permet de tirer d'un seul étalon monétaire toutes les subdivisions possibles. On coupe la pièce de cinq francs en morceaux, et^ en échange de la chose achetée, on donne le poids d'argent convenu. A cet eflfet, les indigènes portent toujours avec eux une petite balance, pour peser les fragments de monnaie, car les Malgaches, et surtout les Hovas^ sont très défiants en affaires.

Les marchés du vendredi impriment à la capitale une activité et un mouvement remarquables.

Tout se trouve dans un bazar situé dans un faubourg de l'Ouest : étoffes du pays, cotonnades anglaises et américaines, indiennes, bétail, volailles, œufs, riz, ferblanterie et quincaillerie indigènes, nattes, paniers, citrons, oranges, ananas, pistaches, maïs, manioc.

Toutes ces marchandises sont pêle-mêle étalées par terre : la viande est posée sur des feuilles de bananier ou des nattes, à côté des chapeaux de paille, des couteaux, des bêches, du tabac, du rhum, de Tarack.

Les changeurs se tiennent sur le seuil des portes^ où on les voit occupés à couper les dollars et les

piastres qu'ils partagent avec un gros couteau et un marteau.

Depuis le lever jusqu'au coucher du soleil, c'est une procession continuelle dans la grande rue qui traverse la ville : les uns portent les objets qu'ils vont vendre, les autres reviennent avec leurs acquisitions.

Au bazar c'est une cohue impénétrable , où cependant l'on voit rarement des disputes ou des rixes.

Le vêtement des Malgaches est, pour les hommes, le laniba ou sim'hou : c'est une pièce d'étoffe généralement blanche, d'environ quatre aunes de long sur trois de large. Ils s'en drapent assez gracieusement à la manière des Grecs et des Romains, ou le portent roulé en ceinture autour du seidick ou sadik^ pièce de toile large d'une demi-aune et longue d'une aune, négligemment attachée autour des reins, dont les deux bouts sont ramenés entre les jambes> et qu'ils laissent pendre l'un en avant, l'autre en arrière, après les ^voir fixés dans les plis de la ceinture, mais saûs dépasser le genou.

Les femmes portent également le seidick et le sim'bou. Mais elles se revêtent d'une espèce de corsage étroit ou canezou, dont les manches descendent jusqu'aux poignets. Le !^m*iou se porte comme iin châle.

Les cheveux des femmes sont nattés en grand Qombre de petites tresses, vingt-cinq à trente environ, et les tresses, roulées en paquets qui, de loin, ressemblent à des nattes. Elles les enduisent de graisse ou d'huile de coco^ qui leur fait exhaler une odeur nauséabonde.

Beaucoup portent le saiouk, coiflfure commune aux deux sexes et ressemblant à un bonnet d'avocat.

Ce sont des toques en jonc plus larges que la tête, et dont on ne se coiflFe guère que pour se préserver du soleil.

Les riches et les élégantes portent aux oreilles de grands anneaux d'or et des colliers en cheveux qui viennent de Bourbon et de Maurice, et des iokhs ou broches en or de la dimension d'un écu, qu'on place sur le devant du canezou et sur une ligne verticale.

Le costume national tend à disparaître de jour en jour. La plupart des femmes d'un certain rang ne sortent plus qu'habillées ou plutôt déguisées à l'européenne.

C'est un spectacle grotesque que de les voir, avec une coquetterie ridicule, porter des crinolines, encore en faveur aujourd'hui, ou des cages. Peu leur importe que leur peau passe entre la jupe et le corsage.

Les hommes , de leur côté , veulent endosser le costume européen ; mais ils ont Tair de mannequins, tandis qu'ils auraient assez bon air sous le lamba.

Les uns ont un pantalon et pas d'habit, d'autres une veste, un habit, sans pantalon. Ceux qui ont les deux ne savent pas les porter, et les officiers même, avec leurs costumes bariolés et chamarrés de broderies d'or et d'argent, ressemblent à des saltimbanques.

Le peuple et les esclaves seuls conservent le costume national. Mais beaucoup même portent aujourd'hui des chapeaux de paille, des coiffures de fantaisie ou des casquettes, voire des képis.

A la cour de Madagascar, depuis 1874, toutes les personnes qui approchent de la reine doivent s'habiller à la Damka (à l'européenne).

c Que les Anglais, ministres le dimanche, et, le lundi, colporteurs de bibles, de porter, de gin, de cognac et d'étoffes de toutes sortes, aient conseillé la chose, nul ici n'oserait le nier, écrit un missionnaire. Quoi qu'il en soit, la cour et les grands lehiié nous offrent la plus jolie mascarade du monde. Figurez-vous de vieilles princesses noires, ridées et à cheveux blancs, avec une défroque de jeune comédienne, petit chapeau blanc, orné d'une rose , perché sur une tête énorme et

crépue; un quatorzième ou quinzième honûêtir, en costume réformé de suisse de village, etc.. >

c La reine et toute la cour, écrit un autre mis. sionnaire, se trouvaient à Ambohimanga, le Ver* sailles de Tananarive, lorsque fut donné Tordre de porter des habits européens. Mais il manquait des ressorts en acier pour faire des crinolines. Qu*à« t-on fait pour les remplacer, en attendant qu'il en vînt d'Andafy ? Tout simplement on est allé à 1« forêt voisine chercher des branches fleidbles et légères. >

€ A la cour, écrit en juin 1874, le P. Bregêfe, on semble n'avoir qu'une préoccupation pour le moment, s'habiller à Teuropéenne.

« Cependant on parle à demi-voix d'une cons^piration ourdie pour renverser la relue et le premier ministre ; le prince Ratahiry serait le mannequin qui servirait de roi. Mais Batahiry, refusant cet honneur précaire et pernicieux, aurait dénoncé un des fauteurs principatix, un c treizième honneur, s qu'on aurait mis aux fers. Ce dernier point est cercaui»

c Haiahiry m'a fait ici l'honneur de deux tisiteâ pendant cette semaine. La première était pouf ses ancêtres, dont les corps reposent ati centre dé Naméhana.

« Elle s'est faite avec solennité, en cortège

SIX MOIS A MADAaASCAR. 879

nombreux et muBÎqua eu tête, C^ jour^^, je n'ai eu qu'un coup de bonnet, — car il portait un bon» net grec pour toute coiffure, ~ mais un coup de bonnet sympathique et empressé. C'était le lundi. Le samedi, il tombait chez moi comme une bombe, se jetait nonchalamment sur un siège, répondait à mes questions par oui et non, et repartait ppur aller s'amuser dans une de ses propriétés située à cent pas de là.

€ Il est passionné pour les combats de coqs. Il paie un coq cinq, si^, sept francs mâzoe (prix inouïs à Madagascar), pour le faire battre quelques instants ; puis, il l'abandonne pour en acheter un autre le samedi suivant. Les esclaves spé'culent sur sa passion et lui attrapent facilement cinq ou six francs chaque fois qu'il vient ici. Il est, dit-on, le plus riche propriétaire de Madagascar. »

L'homme civilisé dîne, a dit un célèbre physiologue, l'homme sauvage ne fait que manger. Et un autre ajoutait : c Dis-moi ce que tu manges, je te dirai qui tu es I »

A Madagascar^ la base de la nourriture est le riz, dont on consomme d'énormes quantités.

Les Malgaches mangent avec de petites cuillers en corne de bœuf, ou des coupes et des cuillers faites en feuille de ravenal. Ils boivent énormément de liqueurs fiertés.

Quand l'heure du repas est arrivée, c'est-à-dire à midi et après le coucher du soleil, le riz en paille est retiré de la fosse où on le conserve et mis dans le mortier (Jaona) pour être pilé ou dépouillé de son écorce. Le /anoso ou pilon est un gros bâton.

C'est aux femmes qu'incombe la tâche de piler le riz. Cette opération étant fort laborieuse, elles serrent leur lamba un peu au-dessous des aisselles.

Lorsque le riz est pilé jusqu'au blanc pour les grands personnages, jusqu'au rouge pour le commun des Malgaches, il est examiné avec soin et débarrassé de petites pierres, puis il est mis dans une marmite (vilany) en terre et placée sur un trépied formé de trois pierres. Ce trépied (toAo) est quelquefois en fer. Généralement, le feu est alimenté au moyen d'herbes sèches {dizaha). A défaut d'herbes, on emploie de la paille. Les riches seuls font usage du bois [hazo).

La cuisine se fait dans la case même. Il n'existe pas de cheminée. La fumée sort par la porte ou par la fenêtre. Assez souvent la case malgache est divisée en deux compartiments, l'un au nord, l'autre au midi. Dans ce cas, c'est le compartiment du midi qui sert de cuisine.

Les Malgaches aiment le bœuf avec passion et

le dévorent avec gloutonnerie. Ils mangent de la viande avec la peau, qu'ils font rissoler, quand ils ne la font pas frire à part. Mais le morceau de choix, celui auquel il est interdit de toucher sous des peines sévères, à moins d'être prince, noble ou chef représentant l'autorité royale, c'est la partie de la croupe qui avoisine la queue, et que dans le pays on sn^çellela, queue du bœuf.

La vieille loi du pays porte que :

« Une amende de dix piastres sera frappée sur ceux qui mangent la queue du bœuf sans y avoir droit. »

Ailleurs elle dit :

c Si un noble placé sur une terre du domaine royal, où sont les tombeaux de ses ancêtres, y use des privilèges d'un seigneur dans sa seigneurie... s'il se fait servir la queue des bœufs tués, etc..., il sera chassé de là et ne pourra plus y demeurer ; néanmoins , il y aura sa sépulture, parce que les tombeaux de sa famille sont là. »

Les Malgaches arrosent leurs repas d'une liqueur faite avec du jus de canne fermenté et dont le nom est hetsa-betsa.

L'usage de l'écriture était peu répandu chez les^ Malgaches il y a une vingtaine d'années à peine^ il existait pourtant, et la Bibliothèque national

MŒURS, USAGES ET COUTUMES — SYSTEME MONETAIRE —• LES MAR- CHÉS DU VENDREDI — COSTUMES: LE LAMBA^ LE SIM'bOU — COIF- FURE — BIJOUX — COSTUME EUROPÉEN — MASCARADE OFFICIELLE — LE COMPLOT DE RATAHIRY — COMBATS DE COQS — CUISINE MAL- GACHE — LA FÊTE DU BAIN ROYAL — LE BAIN — LE HASINA — LE ZIHÉ — LA DANSE — LE TABAC — LE SERMENT DU SANG.

Pour tout Malgache, un blanc est un être supérieur, auquel rien n'est impossible, et cette supériorité excite chez les Hovas, qui ne peuvent la nier, un sentiment d'envie et même de haine quj ne cède qu'à la cupidité.

Pour satisfaire leur avidité, ils font taire tous les scrupules. Ils sont très avares et aiment l'or et l'argent, qu'ils enfouissent au milieu des champs ou autour de leurs habitations. La circulation monétaire est réduite au plus strict nécessaire.

Les seules monnaies admises à Madagascar sont la piastre d'argent espagnole et l'écu, ou pièce française de cinq francs.

c Vivez heureux ; que Dieu vous bénisse, vous c et tous vos pères. Puisse ce projet que nous € avons formé s'effectuer pour délivrer ce peuple c malheureux. Voilà ce que je dis. >

Le 24 juin est, dans le calendrier madécasse, le premier jour de l'année. Ce jour se passe à peu près comme notre V janvier : les indigènes se font entre eux' des visites et des cadeaux, et les subordonnés vont présenter leurs hommages à leurs supérieurs.

En outre, le bain est ce jour-là de rigueur, et le soir des feux sont allumés partout devant les habitations.

Cette fête s'appelle Fête du bain royal.

A cette occasion, raconte madame Ida Pfeiffer, Ranavalo avait coutume de réunir dans une grande salle de son palais tous les hauts personnages de la cour. Placée derrière un rideau, elle se déshabillait et se faisait couvrir d'eau. Une fois rhabillée, elle s'avançait, tenant à la main une corne de bœuf contenant un peu de l'eau qu'on avait jetée sur elle ; elle en répandait une partie sur ses nobles invités; puis, se rendant dans la galerie qui domine la cour du palais, elle versait le reste de Teau sur les soldats rangés dans cette cour.

Au 5 janvier a lieu le fandroana^ c'est-à-dire la fête du peuple; on égorge beaucoup de bœufs, et on les mange en souvenir d'un si beau jour.

A Toccasion du fandroana^ les Européens ont, selon l'usage , l'honneur de présenter le hasina à la reine, c'est-à-dire de lui faire hommage d'une pièce de cinq francs pour attester leur soumission à son pouvoir. La reine accueille ce cadeau par un : C'est bien ! assez sec. Elle est sur son trône, vêtue d'une robe de soie jaune et drapée dans un lamba blanc. Sa cour l'entoure, et le premier ministre se tient debout à sa gauche.

M. Alfred Grandidier conte une autre fête qui est assez pittoresque :

Un soir, dit-il, une alerte troubla notre sommeil, et nous fûmes réveillés en sursaut par les sons rauques d'une antsive qui tout d'un coup retentissait auprès de nous.

L'antsive est une grosse conque marine dont les lois somptuâires de Madagascar réservent l'usage exclusif aux rois sous peine de mort, et qui sert à appeler les soldats aux armes.

Les sons de Y antsive se rapprochaient; à la clarté de la lune, je ne tardai pas à me convaincre

que nous avions eu bien tort de nous alarmer

ifft

ainsi. C'étaient les jeunes gens du village d'A- , ^^ voundrou qui, suivant une coutume locale, ve-

j^ SIX MOIS A MADAGASCAR.

naient faire le ziM 9ur les îleg de sable de TAuoulahine.

Le ^i^^ est le jeu favori des Sakalaves. Les jeunes hommes et les jeunes femmes forment deux groupes séparés, qui se livrent h des courses folles , se croisant et se poursuivant tout en improvisant des chants de circonstance.

Le commandant Dupré décrit ainsi ces danses :

 partir de Maraoumhé, dans la plupart des endroits où nous nous arrêtions pour déjeuner ou pour passer la nuit, les jeunes filles se réunissaient pour danser le radoui^.

Le chœur se rassemble le long d'un bambou soutenii par deux enfants à ses extrémités ; chaque chanteuse est munie de deu::^ baguettes ; le chant commence, chant traînant, monotone et lent; toutes les baguettes frappent en cadence sur le bambou retentissant. Après bien des hésitations, une danseuse sort des rangs du chœur pour venir se placer devant le bambou. Elle débute par une promenade cadencée, un balancement du torse; puis elle étend les bras en agitant les doigts, imitant Toisêau qui plane dans les airs. Le pas se précipite «t se change en un trépignement rapide, correspondant à un mouvement analogue des hanches ; c'est d'après la manière dont ce mouvemeQt s'exécute que Von juge du mérite de la

danseuse, qui reprend ensuite sa marche cadencée et ses lentes évolutions.

Cette danse est monotone comme le chant qui l'accompagne, mais ni Tun ni l'autre ne manque d'un certain charme; on prétend qu'elle a été inspirée par le vol des oiseaux, quoiqu'il ne soit pas facile de saisir le rapport qu'il peut y avoir entre le vol de l'oiseau et ce trépignement, ce mouvement de reins qui caractérise évidemment ]a danse malgache.

« Nous l'avons vue exécutée par des hommes dont c'était l'emploi, ajoute M. Dupré; car il paraît que, dans beaucoup de villages, les femmes entretiennent à leurs frais un ou deux grands fainéants qui servent de coryphées, et mettent la danse en train quand elles ont de la peine à s^y décider. Mais toutes les hésitations cessent comme pat enchantement si l'on vient à leur oflEiir du betsa-tetsa pour rafraîchir les danseuses et le chœur. »

Les Malgaches aiment le tabac, mais ils ne l6 prisent ni ne le fument, et voici comment j ail dire du révérend EUis, ils satisfont leur goût pour une substance qui ressemble à du tabac à priser, composition indigène dans laquelle^ outre la feuille

28i< SIX MOIî^ A MADAGASCAR.

du tabac pulvérisée, il entre d'autres ingrédients, tels que du sel et les cendres d'une herbe du pays. Ce mélange se vend régulièrement sur les marchés (1).

€ La suite de chaque chef ou ojficîerde quelque rang comprend un individu spécialement chargé de porter ce que nous pourrions appeler la « tabatière » du maître. Ceux des officiers qui sont attachés au service d'un supérieur ou qui ne sont pas accompagnés de leurs esclaves, portent ce petit meuble dans une partie de leur vêtement, souvent accroché à la ceinture et caché sous les plis de leur lamha; et plus d'une fois il nous arriva de rencontrer un voyageur presque complètement nu, ayant sa tabatière pendue au cou. Lors de notre première entrevue avec le chef chez lequel nous étions en ce moment, chaque fois qu'il désirait user de Tagréable stimulant, l'esclave, qui se tenait ordinairement accroupi derrière lui, présentait un petit bambou creux de dix à douze pouces de long et de moins d'un pouce de diamètre, parfaitement poli et orné d'anneaux. Au bout de ce tube était ajusté un morceau circulaire de canne ou de bois attaché à un long gland de soie. Quand

1) l\ porte le nom de houtchouo.

l'esclave avait ôté ce bouchon ou couvercle, le chef prenait le tube, se versait une légère quantité de poudre, environ une demi- cuillerée à café, dans la paume de la main; puis, par un mouvement rapide et plein d'adresse, il faisait passer le tabac sur sa langue, sans que ni la main ni son contenu effleurassent seulement ses lèvres. Je ne me rappelle pas avoir jamais vu d'indigène fumer; mais ce mode que je viens de décrire d'employer le tabac est général ; et, bien que certaines personnes aient une manière différente de se le mettre dans la bouche, l'habitude est de se le lancer sur la langue comme je viens de l'expliquer. 3>

A côté de révoltantes coutumes, il en est une qui fait honneur aux Madécasses, et qui rappelle la fraternité d'armes des anciens chevaliers : c'est le serment du sang.

Au moyen de cette formalité, dit M. L. Caroyon, « deux individus qui se conviennent cherchent à resserrer encore les liens d'amitié qui les unissent. La cérémonie se célèbre en présence des notables de l'endroit, et consiste à se tirer un peu de sang de part et d'autre, à le recevoir sur un morceau de gingembre, à en faire l'échange et à l'avaler en prononçant des imprécations terribles contre celui qui viendrait à manquer à cet engagement solennel. Alors leur sort est lié, ils sont

frères et se doivent assistance dans toutes les occasions de la vie. Cette alliance servait particulièrement à ceux qui,voulant faire le commerce dans Tintérieur de l'île, avaient besoin de se créer des amis dévoués dans les pays qu'ils devaient traverser, afin d'assurer à leur négoce une protection qui n'existe pas légalement, >

M. Légué vel de Lacombe a, d^ns le cours de ses voyages, contracté très souvent le serment du sang.

Voici en quels termes il raconte une de ces cérémonies : — la scène se passait dans un village de la province de Bétaniména, sur la côte orientale de l'île :

€ Un vieillard presque septuagénaire, ancien ministre du chef d'Andevorante , remplissait les fonctions de prêtre et de magistrat. Il prit dans son seidiA un rasoir et deux petits morceaux de sakarivo (gingembre), une balle, une pierre à fusil et du riz en herbe, puis il mêla à tous ces objets quelques grains de poudre qu'il prit dans sa corne de chasse. Après avoir déposé sur la natte qui couvrait le plancher le rasoir et le gingembre, il mit le reste dans ua bassin d'eau limpide qu'un esclave venait d'apporter. Prenant ensuite deux zagaies des mains d'un officier du chef, il plongea la plus grande dans le bassin ,

et Tappuya au fond du vase. Il se servit de l'autre zagaie pour frapper sur le fer de la première, comme les nègres sur un tam-tam, en prononçant la formule du germent. Il me demanda plusieurs fois, ainsi qu'à mon futur parent, si je promettais de remplir tous les engagements que ce serment m'imposait. Sur notre réponse affirmative, il nous prévint que les plus grands malheurs retomberaient sur nous, si nous venions à y manquer. Puis il prononça les conjurations les plus terribles en évoquant Angatet^ le mauvais génie. Ses yeux s'animèrent par degré et prirent une expression • surnaturelle lorsqu'il nous dit d'une voix sonore et fortement accentuée : « Que le caïman vous € dévore la langue » — (alela-vouaif) imprécation très commune dans la langue des Malgaches; ils la font suivre ordinairement du mot Aafiri (juron qui paraît avoir été importé par les Arabes) ; — € que vos enfants soient déchirés par les chiens des <i forêts; que toutes les* sources se tarissent pour « vous, et que vos corps, abandonnés aux vou^ € roundoules (effraies), soient privés de sépulture, « si vous vous parjurez. »

€ Cette première partie de la cérémonie terminée, le vieillard fit à chacun de nous une petite incision au-dessus du creux de l'estomac, imbiba les deux morceaux de gingembre du sang qui en cou-

lait, et donna à avaler à chacun de nous celui qui contenait le sang de son frère. Il nous fit boire aussitôt après, dans une feuille de ravenala, une petite quantité de l'eau' qu'il avait préparée. En sortant pour nous rendre à un banquet de rigueur, servi sur le gazon, nous reçûmes les félicitations de la foule qui nous entourait. »

C'est par le serment du sang que notre compatriote M. Lambert était devenu frère du roi Radama II.

ES BELIGIONS DE MADAGASCAR — FETICHISME — LE CULTE DE LA PIERRE — SACRIFICES — LES DÉMONS ET LES MÉCHANTS ESPRITS — LES SORCIERS — MOSOSAS ET OMBIASSES — FADI — - UN LIEU PADI •— SUPERSTITIONS — CONFESSION PUBLIQUE — LA MORT CHEZ LES MALGACHES — GRAND DEUIL ET PETIT DEUIL — SÉPULTURES.

Grâce à M. de Douvaine, devenu mon hôte et mon commensal, il me fut facile d'étudier d'assez près les mœurs malgaches, et je pus en particulier réunir quelques notes sur leurs croyances.

On a écrit que les Malgaches étaient idolâtrer; mais leur religion semble plutôt un fétichisme qu'un polythéisme proprement dit. Les fanfaody^ les aoly^ les sikidy^ qui correspondent aux grisgris des nègres de l'Afrique centrale, appellent leur dieu unique Zanahary, celui qui a créé. Ils le nomment aussi Andriana-Nahary, le seigneur qui a eu la puissance de créer, ou Andriamanitra, le souverain maître des parfums.

2d4 SIX MOIS A MADAGASCAR.

Ils admettent qu'il est tout-puissant, au-dessus de toutes choses, souverainement indépendant, et ne savent s*il a une origfine.

Ils prient Zanahary et lui oflfrent, tantôt un bœuf blanc, présenté sans être immolé, tantôt une victime, bœuf ou poule, tantôt une mesure de riz; mais ils ne prient que lorsqu'ils ont quelque chose à demander.

Notre ami, le père Moiroud, disait un jour à un Malgache :

— Viens prier.

— Prier quoiï répondit celui-ci. C'est-à-dire : « Je n*ai rien à demander maintenant, je n'ai besoin de rien, d

Il n'y a ni prêtres, ni sacrificateurs chez les Malgaches, ce sont les chefs de la tribu ou de la famille qui remplissent ces fonctions.

J'ai eu la curiosité d'assister à un sacrifice à Zanahary.

Le chef de la tribu, ou ampanjanAat ifnmola un bœuf sur une natte en présence de toute la population groupée autour de lui ; les femmes étaient exclues de la réunion.

Deux cassolettes remplies d'encens fumaient devant la victime, tandis qu'un orateur modulait un récitatif à voix basse. Les spectateurs se cou* vrirent le visage pour exprimer le recueillement.

Puis on dépeça le bœuf et chacun en emporta sa part.

La simple offrande des poules et du riz cuit est beaucoup plus fréquente, et se fait pour obtenir la guérison d'un malade, le succès d'une expédition, une faveur quelconque.

Un missionnaire de Madagascar, le père Abinal, a publié dans Y Univers un très curieux feuilleton sur le culte de la pierre. En voici les principaux passages.

« Le Malgache, en faisant de la pierre un objet de son culte, ne l'a jamais divinisée en ce sens qu'il la crût Dieu. 11 n'a jamais pensé qu'elle pût être la maison ou la prison de quelque divinité, mais il Ta honorée comme une puissance oU vertu, ayant une action physique et morale sur l'homme, ainsi que sur les autres créatures.

< Cette vertu, incluse dans la pierre par le Créateur de*qui elle émane, y réside avec liberté d'évolution ; elle est sa propriété inaliénable ; elle peut être activée, car elle est à la disposition de la pierre, à peu près comme est dans l'homme la faculté d'agir. Elle est dans toute la pierre, sans être tout entière nulle part. Tailler la pierre serait donc en amoindrir la vertu dans la proportion des parcelles détachées.

« Aussi les pierres idolâtriques sont-elles ici

Sfî S3 ic::;5 a icai»a3am:ar-

Tfrrg<=s il cisioui 1 . fsar la raison bien simple •l^i le icii css p?\éférabLe à la partie, à moins pec;-ét:>e >:^i:e le Malgache, pea on point versé autrerois dans l*an de la scolptnie, n'ait forcément ccsservé le rvj« mdimentaire des temps primitif, empnmiê an Béthel patriarcal.

€ La pierre représente de sa nature la force^ la durée, la stabilité, la permanence, l'immutabilité et autres attributs de celui qui de toute éternité est par lui-même et possède toute vertu. A ce titre et de par son antagonisme, le démon devait s'en faire une arme contre Dieu, contre son Christ qu*elle représentait, et contre les hommes qu'elle consolait durant Tattente du libérateur promis.

c Ce culte a ici trop d'affinité et de ressemblance avec celui de Tantique paganisme pour ne pas en dériver. Il n'a point germé spontanément dans Tîle malgache, mais il y est arrivé du pays qui lui envoya ses colons. Si Madagascar avait une histoire et des monuments, peut-être trouverait-on quelque trace d'origine ; mais son peuple n'a que quelques lambeaux d'obscure tradition ; en voici la substance.

« Dans les temps reculés, les ancêtres, ignorant

(1) Les pierres taillées sont toutes d'origine récente. Elles sont les témoins d*un fait, ou bien* elles appartiennent au culte des morts.

l'écriture (1), songèrent aux moyens de conserver au moins l'histoire de la famille, en la confiant à des pierres, qui par leur dureté pouvaient lutter contre l'opiniâtre démolisseur appelé le temps, et, à travers les âges, attendre les derniers neveux pour leur dire l'histoire de leurs ancêtres.

« Lors donc qu'un événement était jugé digne d'être transmis à la postérité, ou que la nécessité l'exigeait, la famille dressait un témoin qui lui servît de titre devant les générations présentes et à venir. Elle invitait les familles des villages voisins à la plantation d'une pierre témoin.

€ Au jour indiqué, le peuple étant réuni, la famille dressait son titre devant l'assemblée témoin. Le chef se levait et dressait le procèsverbal ; ce qui consistait dans le récit historique du fait déjà connu de l'assistance. Ensuite, apostrophant l'assemblée, il disait : Est-ce vrai î Sur la réponse ajBSrmative, il ajoutait : Vous en êtes témoins î Après un Oui général, l'assemblée était conviée à un repas final.

€ Ainsi se conservait l'histoire de la famille, et par là celle du pays. Dans ces temps, toute pierre

(1) L*écriture n'a été introduite ilans la province <i'Imerina qu'ea 1820.

208 SIX MOIS A MADAG^ASGAR.

représentant un- souvenir recevait une onction; ces titres eurent la leur.

c Ainsi se sont transmis les contrats, les pactes, les droits de conquête, les prises de possession, les conclusions d'un jugement, les gains de procès, en un mot tous les souvenirs que les nations civilisées confiaient au parchemin de leurs archives.

« Ces pierres eurent leur histoire rapportant le motif et le fait de leur plantation; c'était la légende. La légende et la pierre se transmirent de père en fils ; car elles étaient la propriété de la famille, qui les conservait avec soin, et «avait au besoin faire usage de son titre et lui donner la parole. Les passants en demandaient Thistoire et la racontaient à leurs compagnons. Les fils et les petits-fils continuèrent les onctions et les offrandes de leurs pères à la pierre de famille ; à leur tour ils plantèrent d'autres pierres et leur donnèrent une légende à transmettre : usage qui se conserve encore de nos jours.

« Le premier roi hova fut, dit-on, acclamé sur une pierre ; ce fut Tinvestiture, le sacre et le couronnement. Le Franc en recevait autant sur le pavois. Son fils, héritant à sa mort, devint roi par le choix de son père ou du peuple, et prit possession de ses Etats en montant sur la pierre de son

père ; ses fils et petits-fils l'imitèrent ; ils furent souverains par la grâce de la pierre.

€ Chaque roi qui se déclarait indépendant, ou se fondait une petite monarchie quelconque, se hâtait de trouver une pierre pour y poser ses pieds et se faire proclamer en forme.

€ Les pierres à intronisation se multiplièrent, et par elles les rois reçurent le sceau de leur souveraineté. C'est là aussi qu'ils recevaient tous le premier acte du sujet à son souverain, qui ici consiste dans le salut et l'acclamation du peuple réuni. Ils léguèrent la pierre et l'Etat à leurs successeurs, qui devenaient rois par la pierre, et avaient la pierre pour premier trône.

€ Ces pierres sont saintes et sacrées, elles sont l'héritage du souverain, elles donnent le droit au trône à celui des princes que le roi ou la reine y élève de son vivant. Elles sont comme la base du trône et du royaume et, d'après l'opinion reçue, communiquent par Tintronisation force et grandeur AU souverain ainsi qu'à son peuple et à l'Etat.

€ L'hommage royal ne pouvait guère atteindre plus haut ; celui du peuple lui fut subordonné ; car, voyant son souverain faire acte de vassalité envers la pierre, lui qu'il tient pour un ciel incarné, il crut la pierre toute-puissante, et capable

de subvenir à tous ses besoins, à toutes ses nécessités terrestres, les seules qu'il connût et cherchât à satisfaire alors.

€ A douze kilomètres environ au sud de Tananarive, gît un gros bloc de pierre de forme ovale, renflée vers le milieu et déprimée à ses deux extrémités comme la navette des tisserands. Elle est connue sous le nom de Pierre enceinte^ non qu'elle porte postérité, mais chances de vie, de force, de santé ; c'est ce qu'on lui demande avec la fécondité. Je puis affirmer que les onctions ne lui ont pas manqué!

€ On honore sous le nom de Pierre marchante celle qui, n'étant plus équilibrée sur sa base, se détache et roule, cherchant la place que lui indiquent les lois de la gravité, comme celle qui, violant ces mêmes lois, gUsse en remontant, ou se meut dans la plaine sous l'action d'un moteur invisible, lequel ne saurait être que le démon.

< A Madagascar, le démoto, sans s'être fait architecte ou maçon, n'a pas manqué d'égarer les esprits en se faisant moteur de masses inertes; cela lui suffisait pour attirer le peuple dans le piège. Dans ce cas, on recourt à l'onction ou au sacrifice; car ces mouvements désordonnés sont pour le peuple de sinistre augure.

€ On consulte aussi la Pierre à écAoj et c'est un oracle, ainsi que la pierre gloussante et caquetante.

« Les vieillards assurent qu'autrefois il y avait des pierres qui répondaient en gloussant. Le ton du gloussement et l'articulation servaient à l'interprétation. Un ton sec, brusque ou saccadé, annonçait le refus ou la colère. Le calme et la douceur de la voix présageaient que la demande serait accordée.

€ Il est plusieurs pierres qui^ au siècle où nous vivons, ont reçu les honneurs du sacrifice et des supplications publiques ; car elles avaient parlé et fait entendre des mots inconnus, ce qui annonçait des malheurs pour le peuple et pour le royaume : il fallait donc les conjurer.

< Les ancêtres plantèrent des pierres -6 ornes de leurs propriétés. Ces bornes sont des témoins séculaires, qui ont. au moins le mérite d'avoir gardé et protégé le champ de la famille. Les petits-fils leur demandent de vouloir encore continuer leur office, et d'y ajouter la fécondité du champ gardé, les fruits de la terre, une bonne récolte de riz, de patates et de manioc. La tradition du pays place l'origine dès dieux-bornes à côté de celle des dieux -titres; on pourrait les unir sans préjudice pour l'histoire.

< Ils n'étaient pas rares, il y a quinze ans à peine, les vieux Malgaches qui faisaient des vœux à des pierres traînées et dressées par leurs propres mains.

€ Au commencement de ce siècle, temps de guerres civiles, les Malgaches avaient entouré leur village d'un fossé profond, dont ils fermaient l'entrée au moyen d'épaisses et longues pierres fichées en terre. C'étaient les poteaux entre lesquels on faisait rouler une immense pierre plate et ronde servant de fermeture et de rempart.

C'est à ces pierres protectrices qu'ils adressaient leurs supplications et leurs vœux.

« Quand ils sortaient du village pour se rendre au bazar, ils s'approchaient respectueusement de la porte du fossé, et accostaient une des pierres, à laquelle ils disaient doucement :

— «Voici une petite onction (et en même temps « ils oignaient le bord de la pierre avec l'index) ; « donne-moi bon profit, et ce soir, à mon retour, « je t'oindrai plus largement. »

« Si, grâce à la pierre^ lesafi^aires étaient bonnes, fidèles à leur promesse, ils payaient la réussite d'une onction faite avec la main, qu'ils se passaient ensuite, en s'inclinant, dans les cheveux et sur la cuisse, pour, se communiquer la bonne vertu et sa constance.

€ Si la pierre avait été sourde h leurs prières, ils la buttaient du pied à leur retour, lui tournaient le dos et la payaient d'un petit sifflement strident, ce qui est insultant d'après les usages du pays, afin de lui apprendre à être à l'avenir plus favorable à leurs vœux.

€ On trouve sur le bord des chemins force pierres plantées, d'autres gisant dans leur position naturelle ; le sommet des unes et le dos des autres sont couverts de petits cailloux : ce sont des diseuses de bonne aventure. Elles ne parlent point, et cependant elles répondent; c'est au passant de les tirer de leur mutisme et d'interpréter ce qu'elles lui annonceront. '

< Qu'il se munisse à cet effet de trois, cinq, sept ou neuf petits cailloux, qu'il les lance successive» ment sur le sommet de la devineresse; s'il en reste quelqu'un, l'affaire pour laquelle il a quitté sa maison réussira ; si c'est un voyage qu'il entreprend, il sera heureux. Si le nombre est pair, tout ira à merveille; la chance sera simplement bonne s'il est impair ; mais qu'il se hâte de rentrer si tous ses palets retombent à terre, car le sort lui serait funeste s'il voulait lutter contre la chance qui se déclare.

€ Il est certaines de ces diseuses de bonne aventure que l'on interroge les yeux fermés et un

bâton à la main, comme les bambins qui s'amusent à casser Tœuf. Après trois ou quatre pas, on donne le coup de bâton; s'il a touché la prophétesse, la réponse est bonne ; sinon, non.

« Je sais pas expérience que ce sont là des puérilités fort sérieuses. Le premier jour d'un voyage de Tananarive à Tamatave, il y eut consultation générale de mes douze porteurs, qui s'adressèrent à une pierre carrée debout tout près du chemin et fort graisseuse, La «consultation se fit au bâton : elle était facile; cependant quatre y échouèrent.

« Novice encore dans la connaissance de leurs mœurs, je crus à un jeu et laissai faire en riant ce qu'ils faisaient fort sérieusement; ils me le prouvèrent, car un quart d'heure après tous les quatre m'avaient abandonné.

« Tout rocher, toute pierre est propre au culte de l'homme, et apte, par cela même qu'elle est pierre, à recevoir ses prières et ses suppliques, sans que cependant toutes puissent avoir une égale vertu. Certaines ont toute force et tout pouvoir, d'autres au contraire n'ont qu'une seule propriété, plusieurs en ont deux ou trois : de là les spécialités.

« L'une est la pierre aux vertiges, l'autre donne l'aplomb. Pourquoi? On ne le sait pas.

on le dit, parce qu'on Ta entendu dire, et on le croit. Cependant la raison en est naturelle ; je la donne de visu.

€ Pour oindre Tune, il faut faire quatre pas fort périlleux sur un filet de ladite pierre très lisse qui domine le précipice.

« Arrivé au bout, le dévot peut facilement sentir sa tête tourner, car il est perché sur l'abîme; le moindre écart peut l'y faire rouler; tandis que, pour oindre la seconde, il est nécessaire de s'accroupir sur ses talons, attendu qu'elle affleure à peine le sol. Dans les deux cas, la grâce est sûre, puisqu'on la ressent tout en la demandant.

« Il est des pierres auprès desquelles se passa ou fut annoncé un événement heureux ou malheureux ; on le reporta à la pierre, qui depuis lors a la réputation de bonne ou mauvaise chance. On prie la bonne pour soi et ses amis ; on demande malheur à l'autre contre ses ennemis.

€ Parmi les pierres à vertu universelle, la célébrité donne le premier rang à celle de Tananarive même, qui est connue sous le nom de Pierre-à'CUfons. C'est le type des pierres brutes et informes. Elle n'est qu'un fragment détaché par le temps des grands rochers sur lesquels est assise une partie de la ville. Sous le rapport de la

Tertu« elle ne saurait être oomparée à toute la rocbe de la montagne qui porte la capitale sur sa croupe.

t De toutes les forces et vertus que la pierre peut porter en ses flancs, aucune ne lui manque. Elle peut communiquer fécondité aux diamps et aux hommes, gruérir les infirmités de corps et d'esprit, donner chance et prospérité , bœufe et argent, vaincre le^ ennemis à cent lieues de distance et servir de rempart k une armée en campagne.

c 11 serait certes plus £Eu;ile de compter les^ grains de poussière provenant des brimborions qui ont jadis décoré ses flancs, que d'énumérer ses vertus!!!

€ La transmission de ses grâces s'opère par l'attouchement surtout, quoiqu'elle entende à distance et exauce de loin. Jadis le client allait, à la faveur des ténèbres, s'asseoir sept fois sur le sommet de cette pierre durant sept nuits consécutives. Ce mode de supplication était réputé comme efficace et infaillible.

« Au bloc informe sont suspendus des chiffons de tout ce qui en peut fournir : chiffons de toile, de drap, de rabanne, de feutre, de nattes et de mille autres choses. Des cheveux de première coupe, prémices de la chevelure d'un enfant qu'on

lui attribue ; des grains de ri2, prémices ou demandes de cette graine ; des plumes, des parcelles de coques d'œuf , des poils de toute sorte , des feuilles, du chaume, etc.

« La graisse sert de colle pour la suspension de tous ces ex-voto bizarres et bizarrement suspendus. Le premier soleil, comme la première pluie, délivre le bloc de tous ces ornements, qui tombent à terre et vont pourrir réunis en fatras confus; mais la superstition infatigable Tattife aussitôt de nouvelles décorations, aussi nombreuses, aussi dégoûtantes que les premières, et qui iront bientôt rejoindre la poussière des anciennes.

< Non loin des bords du Mady, on voit, à côté du chemin, une série de grosses roches surmontées de pierres de toutes dimensions, amoncelées et disposées en tas. Ces pierres, dit la chronique, viennent de loin et ont été déposées là par un seul homme.

« Un soldat ayant perdu son fusil se trouvait par là même condamné à la peine de moii; ; il se voua à ces roches. L'accomplissement de ce vœu lui coûta plus d*un an de sueur.

€ Sur les bords des chemins fréquentés, se trouvent des tas de petites pierres amoncelées par les voyageurs qui en augmentent le nombre en passant. Ce sont tout autant de prières ou de

vœux ; car en lançant la pierre le passant formule sa demande.

« Ailleurs, sur les sommets des montagnes, dans les bosquets et d'autres endroits solitaires, il n'est pas rare de trouver encore, sur quelque pierre, les pieds et la tête d'un coq ou d'un mouton, qui ont été immolés à la suite d'un vœu fait à cette pierre.

« Il y a un peu partout des pierres ointes, au village comme à la campagne, sur les bords des rivières, aux avenues des marchés; leur place indique assez de quel genre de grâces elles sont dépositaires, et ce qu'il faut leur demander. D'ailleurs elles sont débonnaires et écoutent même les coquins.

« Le Hova mourant hors de Tlmérina tient à être transporté après sa mort au tombeau de ses ancêtres, dans la terre sainte de sa province.

a Or en temps de guerre bien des corps sont perdus, et les restes ne remontent point au pays natal. Alors la parenté dresse une pierre commémorative représentant le mort. Certaiùris de ces pierres sont devenues des talismans de la famille qui les graisse et les prie.

« Chacune de ces pierres graisseuses a une histoire plus ou moins authentique, quelquefois merveilleuse, toujours embellie par la crédulité

des générations passées. Souvent c'est Thistoire d'un accident sans aucun rapport avec la pierre, plus souvent encore une fable mêlée de surnaturel diabolique et qui ne peut se distinguer du vrai.

€ Ici c'est une pierre qui , ayant parcouru quatre kilomètres dans la plaine, monta sur le dos de cette grosse masse, et celle-ci, après quelques pourparlers, consentit à lui servir de base. Là, une autre, portant malheur et mauvais destin dans ses dures entrailles, se fendit en deux pour le laisser passer.

€ Ailleurs, une troisième pierre, roulant du haut de la montagne, hurlait en se plaignant comme un chien cousu dans un sac. Là-bas, une colline se démena tant et si bien qu'elle rejeta ce quartier qui gît à son pied ; car elle ne pouvait souffrir son destin de sorcier.

< En passant au pied de cette montagne, dont le pic granitique domine toute la forêt, le Malgache, chose merveilleuse, met un frein à sa langue et se tait : c'est pour honorer la reine des roches qui réside là. Elle exige le silence aux environs de son palais, et envoie la foudre, la pluie et la grêle à quiconque ne le garde pas.

« Pour vous, blanc incrédule, parlez et riez; vos porteurs scandalisés ne vous écouteront pas.

et diront à la roche qu'ils sont innocents de votre témérité. A la limite du terrain respecté, ils aivont pouah en crachant; c'est pour vous renvoyer toute la culpabilité et les effets de la faute.

€ Les vœux et les promesses faits à n'importe quelle pierre sont religieusement acquittés; car la croyance populaire tient pour sûr que la pierre se venge toujours par l'envoi d'un malheur ou d'up.e maladie.

« L'infidèle et le parjure sont infaillihIemeDt atteints; l'exécution de la promesise et Tacooiuplissèment du vœu seuls peuvent les délivrer du niai qui a fondu sur eux.

« Les faits appuyant cette croyance ne sont p^s tellement rares qu'on ne pût en donner une série; ce qui n'est nullement surprenant^ attendu que, dans un pays où le diable régna en ms^tre, il dut^ avec la permission de Dieu, punir souvent l'infiidélité de ses serviteurs. »

J'ai trouvé à Madagascar chez les peuplades de la côte la croyance au démon.

Les loloratze (mânes pervers), les angadr^tzi (méchants esprits), sont pour eux des espèces de vampires, des revenants cherchant à nuire aux vivants. Il existe une classe d'hommes qu'on croit doués d'un pouvoir surnaturel : ee soi^t les mûso$as ou sorciers, qui sont en rapport avec le démon }

les Hovas appellent ce dernier Ramahavaly ou Hambololo.

Les mososas ont des amulettes et des talismans qui préservent des accidents ou rendent invulnérable à la guerre; ils font le commerce de fanfaody et d'ao/y, remèdes et amulettes que Ton porte au cou dans un petit sachet de cuir .

C'est tantôt une balle enchantée, tantôt une tête de petit caïman soutenue par un chapelet de perles, ou bien une figure grossièrement taillée. Tous les Malgaches idolâtres en portent une collection.

Les Malgaches sont d'ailleurs bieu plutôt disposés à rendre hommage au^ êtres qu'ils supposent pouvoir leur nuire qu'à ceux dont ils n'attendent que des bienfaits. Ils croient à certaii^s jours heureux ou néfastes. Les augures sont chez eux en grande faveur; les devins qui exploitent cette industrie sont désignés sous le nom à^ambiasses et d!ampisiMda.

La manière de consulter l'oracle est extrêmement simple : on uiêle une certaine quantité de fèves et de cailloux ensemble, et, d'après les figures qui se forment, on prédit la boiine ou la mauvaise fortune.

Il existe aussi à Madagascar ui; usage qui rappelle le tabou océanien.

312 SIX xMOlS A MADAGASCAR.

Le chef d'un village déclare fadA un objet, qui devient alors sacré ou interdit. Le travail est /â^i pendant la durée des funérailles d'un chef. Quand un arbre est déclaré faài^ on ne peut en arracher une feuille sans commettre un crime.

Il existe à Madagascar une coutume assez singulière , c'est celle delà confession publique. C'est une institution en vertu de laquelle, de temps en temps, tout individu coupable de quelque méfait est obligé de se dénoncer lui-même. On lui promet que, s'il se confesse au juge, sa punition n'ira pas jusqu'à la mort; mais s'il est accusé par d'autres, il subira la peine capitale.

Chacun doit dénoncer les coupables, fussentils de sa propre famille, même ses plus proches parents. C'est une prime d'encouragement accordée aux plus mauvaises passions.

Les cérémonies funèbres auxquelles j'ai assisté sont empreintes d'un caractère étrange et grandiose.

Les Hovas ne se servent pas de cercueils; ils enveloppent les morts dans des pièces de soie écrue du pays, dont le nombre varie selon la fortune, et les placent dans cet état sur des tables de pierre disposées dans les caveaux. Il n'y a que les membres de la famille royale qui soient renfermés dans des cercueils.

Les cheveux en désordre et des vêtements négligés, tel est, pour les Malgaches, le costume de grand deuil.

Quand la mort vient frapper à la porte d'une grande famille, à l'instant, parents et esclaves dénouent les tresses de leur énorme chevelure.

C'est un spectacle saisissant que la vue de tous ces gens les che\>eux épars, accroupis dans la maison ou dans la cour du défunt.

Avant ou après l'enterrement, la famille est visitée par tous les parents et par tous les amis.

Un jour, chez un cinquième honneur, on me fit offrir à la veuve, selon l'usage, un morceau d'argent : c'est ce qu'on ajpipellefaO'dranomaso (essuielarmes).

La durée du grand deuil varie selon le degré de parenté et selon le degré d'affection des survivants.

Un mois de profonde tristesse paraît suffisant pour pleurer un père, une mère, une épouse ou un fils. Il n'y a pas de couleur particulière affectée aux vêtements de deuil.

Lorsque touche à safin l'époque du grand deuil, les cheveux sont réunis en un faisceau qui descend jusqu'au milieu des épaules. C'est le petit

deuil. On peut, dans cet état, se présenter paris

tU SX MOÎS A lUDAOASCAR.

TooT, tandi* qn'one personne en grand deuil n'osemii sortir de sa case.

En Tabsen^e de la reine, les enterrements solennels et le grand deuil sont défendus. Sa Majesté peut intimer les mêmes prohibitions pour des mon& qui loi sont connus.

Pour les sé'pkUuris communes^ le corps est mis dans une fbs^, au-dessus de laquelle on élève un amas de pierres ou de terre; ou bien on dispose autour de la fosse des pierres plates, l'on marque la place de la tête par une pierre plus haute.

Avec le corps, on enterre un peu de riz et un morceau d'ai^nt, qui rappelle celui que les anciens païens mettaient dans la bouche de leurs morts, pour payer à Caron le passage du fleuve.

Les cimetières sont appelés tonîiMnafez, cphamp du firoid ».

Ceux de Nossi-Bé et de Baly, que j'ai pu visiter, ont des caractères particuliers.

Le cimetière de Nossî-Bé s'étend au nûlieu de palétuviers. Les monuments ne sont ni en pierre ni en terre ; ce sont des bûches de bois, non écorcées et superposées en forme de maisonnette,, de cuve, de table, etc.

A Baly, les corps ne sont pas enterrés. Les cercueils sont placés sur le sable de la plage, de

manière à ne pencher ni d'un côté ni d'un autre. Le cercueil est fait de deux troncs d'arbres creusés, dont Tun sert de couvercle ; la jointure est bouchée avec de la résine.

Quant aux tombeaux isolés, ceux surtout qui sont placés sur les bords des chemins^ une note d'infamie pèse sur eux.

Combien de fois, passant avec mes gens près d'une de ces tombes, ne les ai-je pas vus se mettre derrière moi, par honte, saisir une pierre ou une motte de terre el; la jeter, sans se retourner^ afin d'empêcher le mauvais génie de les suivre I

Les Malgaches croient aux revenants; ils s'imaginent que l'âme revit sous forme d'ombre.

Quelquefois l'ombre va feire des excursions plus ou moins lointaines; elle apparaît, surtout dans le sommeil, et presque toujours pour apporter au voyant une maladie ou quelque autre malheur. Il y a, il est vrai, plusieurs tombeaux i^oumasy^ de mouasy^ à!olomasy^ c'est-à-dire de saints, qui, dit*on, préservent de certains maux si on les invoque.

On invoque aussi les parents défunts, on leur fait des sacrifices ; on leur offi*e principalement du ria cuit qu'on porte sur leur tombe, où l'on trouve souvent des bols, des plats ébréchés et fendus. Ces rebuts sont bons pour les morts.

.'-î' >^ M..«ÎS A HADAGASCAR.

P:irr roo;ui>?r le mauTais génie, on fait aussi jef 5;tir-:5>e<.<fe lui offre un coq. du nz cuit, etc. 1^ r.r, 5err: sur une feuille d'arbre, est placé au >?t::.1 5t It TiCïTie* au boni ou au milieu du cheit^i.. Le iLaTini? g>ênie s'arrête au riz et ne va

L'catrire pccrrait encore devenir maîtresse de la iDjûscoî ôaas laquelle est arrivée la mort. Il faut S.tiîr^ A'^issà^T le deniier soupir rendu, abandonner ?î ûfrmtr? ybabitation.

Ai:<s:. ç-ar.'! 1:1: er^fant ou s.n père est dan- ^rfîTipCî^îMc:'; isklaàe* on va dans la forêt; avec : XK^crofs rîrtz>ries» «a fabrique un taudis où la nlxî* « > frcûà pèDèïrent, et, afin de pouvoir ^rc^^r ja ::a2^^ oc t porte îe moribond.

Ooi^ ^? iLJÙaif^. :jxQ auraient pu être guéris, ;ïtT ^:^ ro?s pfcr ^e* i2sa£re inhumain !

T. T a T.Tîi^ iT'bîïKTfctioîn inîéressante à relater sur •i^ r/intwrMiS ôts Ir.ii%hoî^vfiië ■jwtit-fils de Tor)

\ Si 723C»rî^ je priDoe saialave devient demi- .iiî^r, , ^'^^ ^:''n[*5^ <^ expi^sè deux mois dans un -•itr.r rc^Tvarf Jf-i iw*- On brûle constamment de >îv>^7^ ^^^ J^ î^^*^ ^'^^ -' repose. Le peuple sakaijiX'^ arr.v^. iî* tccn iO:n même, pour faire ses

.1*^ ^^ «^MÀT e:^«îiou , Côsi ainsi qu'on ap-

pelle les villages où se trouve la sépulture de quelque famille de Zafimbolamena.

Quand on parle du dernier roi mort, on l'appelle toujours le <r saint » {Ny-Mazin). On lui donne un nouveau nom qui invariablement commence par « seigneur 2> [Andrian) et finit par « mille » {Harrivo), Ainsi Rabouky, un prince que j'ai connu à Baly, étant venu à mourir, fut nommé le « seigneur fort dans mille adversités », c'est-à-dire Andrianahatantiharrivo (1).

Les ombres des morts exercent un grand empire sur l'imagination des Malgaches.

Sur la côte occidentale, les revenants habitent leurs sépulcres et les environs. Où les qualifie de « mauvais jd. Aussi les vivants redoutent-ils le voisinage des tombeaux. Les cimetières sont relégués loin des villages, et l'on ne s'en approche que par nécessité et après force conjurations.

Dans la province de TÉmirne, cette crainte superstitieuse du Sakalave et du Betsimitsara pour les trépassés n'existe plus.

Les habitations des morts sont mêlées à celles des vivants, ou, tout au moins, se trouvent dans les lieux les plus fréquentés. Tananarive, aussi bien que les autres villes et bourgades, en ren-

(1) Alliiim nialgacho, le.^ Missions catholiqi(es,

318 SIX MOIS A IIADAaASCAE.

Sarme beaucoup. Les riches les pincent au milieu de leurs villas, conune Timmeuble dont ils se glor rifient le plus. En un mot, le Hova aime à yiyre en &miUe aTec ses défunts.

Ici, ce ne sont plus des fosses ou des cercueils qui ne contiennent chacun qu*un seul cadavre ; ce sont des caveaux de fSEunille où se trouvent les ancêtres.

Aussi, la défisnse d'ensevelir un coupable dans le caveau de la &mille est^Ue considérée eomme la peine la plus forte.

Par contre, quand le souverain, après avoir pun| le criminel de Ja peine capitale, donne aux parents l'autorisation de le porter dans leur caveau, ce qui s*accorde rarement, on peut dire qu'il y a remise de la moitié de la peine.

Le corps des défunts hovas est entoura d'un plus ou moins grand nombre de lamioi les plus précieux que la famille puisse fournir.

Au-dessus du caveau est le monument extérieur. C*est un rectangle dont les murs sont en petites pierres plates, entremêlées de pierres un peu plus grandes, plantées debout et formant des dessins. L'intérieur est rempli de terre; un petit trottoir entoure le tout.

Je ne saurais passer sous silence la cérémonie du tnaniadika. Elle consiste à retourner le cadavre,

SIX MOIS A liADAOASGAR. 310

Gomme on retournerait sur son lit un malade fati? gué, et à Tenvelopper de nouveau de plusieurs toiles précieuses.

Cette cérémonie est une fête. La fieimille, parée de ses plus beaux habits, va au topibeau, mu» sique en tête, et, tout en manipulant Iqs morts, on rit, en chante, on fait beaucoup de démonâ«> trations pour marquer la joie de visiter les défunts et de leur porter quelques soulagements.

Les Hovas appellent aussi le saint \e roi qui vient de c tourner le dos ^. C'est l'expression consacrée, car un roi ne meurt pasi Son nom n'est pas changé comme celui des « petits-fils de Tor >.

On lui fait un tombeau pour lui seul, dans la cour du palais de Tananarive ou dans celle d*Ambohimanga. Avec le corps on enterre les meubles et autres objets les plus précieux. Ses successeurs ne se serviront pas de ses reliques comme talisman, ainsi que font les rois sakalaves.

Mais on pratique un usage analogue dans les circonstances critiques où le roi veut s'assurer de la fidéUté de ses ministres et de ses principaux personnages.

Il fait prendre de la poussière des tombeaux de ses prédécesseurs que l'on mêle dans une certaine quantité d'eau. Cette boisson, qu'on leur donne en leur faisant prêter serment de fidélité,

doit, s'ils deviennent félons, attirer sur eux les vengeances célestes.

Les princes sont enterrés dans le caveau de famille, au centre du chef-lieu de leur seigneurie. Ils ont le privilège d'élever sur le monument extérieur, comme marque distinctive de leur noblesse, une petite case nommée « la maison sainte >.

La case des nobles, qui suit immédiatement celle des princes, diffère de celle-là en ce que la maisonnette est plus petite et plus commune; elle s'appelle la «: maison froide ».

RICHESSES MINERALOGIQUES DE MADAGASCAR — LE FER — METAUX — PRODUITS NATURELS — VÉGÉTAUX — BÉTAIL — TEMPÉRATURE ORAGES — CLIMAT — LES FIÈVRES PALUDÉENNES — COMMERCE — LES BŒUFS — INDUSTRIE — ORNITHOLOGIE — CHASJ3ES — LE VOU- ROUNMAHÉRÉ — LÉGENDE MALGACHE.

Madagascar possède des richesses de toutes sortes que la civilisation saura exploiter par un travail intelligent et qui sont encore imparfaitement connues.

Le fer y est tellement abondant qu'on peut dire, sans exagération, qu'il est répandu dans toute Tîle. On a reconnu l'existence de plusieurs mines de plomb et de cuivre dans le pays des Hovas. On y soupçonne la présence de l'argent et même de l'or qui, selon quelques voyageurs, pourraient être facilement exploités.

J'ai recueilli au bord de la mer de la houille de très bonne qualité; mais, faute de moyens suffisants, il m'a été impossible de constater Timpor-

des pieds vigoureux comme de véritables arbustes sortir des raurs des tnaisoas.

Les cultures les plus communes sont le riz, le manioc, les patates, les voëmes, les embériques (deux espèces de pois d'un goût assez fin)^ les pommes de terre, différentes espèces de haricots.

Tous les légumes et fruits d'Europe poussent facilement. Ils ont été importés par M. Laborde. Les pêchers sont très communs. Toutes les céréales de France sont accUmatées dans les régions hautes de Tîle.

La plupart des fruits des pays tropicaux, Tananas, la mangue, la banane^ la gouyave, mûrissent à point et sont excellents.

Depuis plusieurs années déjà, on a essayé de développer à Madagascar la culture de la vigne ; mais le plateau central de Tlmérina, choisi pour ces essais, offre des conditions de terrain et de climat par trop défavorables. La plus grande partie du sol de rimérina consiste en terres argileuses extrêmement compactes et presque imperméables. Pour les disposer à recevoir la vigne, il faudrait beaucoup de travail, et une quantité considérable de chaux, dont le pays est presque dépourvu.

De plus, sur ce plateau. Ton passe régulièrement chaque année six ou sept mois sans pluie, sous un soleil encore ardent. Une telle sécheresse

SIX MOIS A MADAGASCAR. 31fâ

et de grès blanc et gris dont les stratifications se détachent en blocs aplatis et réguliers. Employé par les Hovas pour la construction de leurs tombeaux^ ce grès est très riche en mica et a la dureté du ciment lorsqu'on le fait sécher après l'avoir détrempé.

A Bourbon, les habitants l'emploient pour construire des terrasses, des murs, des maisons et surtout pour fabriquer leur poterie, que Ton a trouvée plus fine et plus belle que celle qui vient d'Europe.

L'aspect géologique de Madagascar est loin de confirmer une opinion assez accréditée, et d'après laquelle cette île aurait été formée par des soulèvements peu postérieurs à Tépoque de la formation de la chaîne de l'Afrique orientale.

L'action ignée a laissé à Madagascar des traces marquées par des volcans éteints et de nombreux rocs basaltiques, tandis que la présence fréquente du quartz et des couches stratiformes dénote l'action aqueuse.

Cette île appartiendrait donc aux terrains de formation mixte ou pluto-neptuniennCi

Quoique les forêts aient été détruites sur de vastes espaces^ elles sont encore étendues et renferment les essences les plus variée». On y compte quatre-vingt-seize espèces de bois différents, pro-

près à la construction, à l'ébénisterie ou au chauffage.

On y remarque surtout : le bois de fer, le takamaaka, le bois de teck, le natte, le bois de rose, le baobab, ce géant indien, Taréquier, le gommier, le tan.

Ces forêts, bien exploitées, fourniraient du caoutchouc, de la gomme copal, de la résine, de la cire, et peut-être d'autres produits inconnus.

Mais il faut bien l'avouer, le principal obstacle que rencontre l'agriculture à Madagascar, c'est le déboisement. On connaît le dicton populaire de nos vieux ancêtres : « Les bois gardent Teau ; — Teau fait le pré; — le pré, le troupeau; — le troupeau, Tengrais, — et l'engrais, le blé. > — Nulle part peut-être l'application de ces sages maximes n'est plus opportune qu'à Madagascar.

Si le déboisement continue, si les grandes forêts deviennent comme par le passé la proie des flammes, on verra disparaître les précieux et immenses réservoirs des sources qui fécondent les rizières, les pluies deviendront irrégulières, les inondations seront à craindre, et la famine se montrera avec tout son cortège de misères.

Grâce au reboisement, on ferait reverdir d'immenses montagnes arides, pelées, ne produisant absolument rien ; et qui ne voit combien de

SIX MOIS A iMADAGASCAR. 325

richesses il y aurait là pour le pays ? Les sources, qui descendraient de nouveau, et Thumidité, qui, des pentes, irait jusqu'aux bas-fonds, permettraient et faciliteraient la culture de bien des productions^ comme le blé, les céréales de plusieurs sortes, les pommes de terre, une foule de plantes potagères, de nombreux fourrages pour l'élevage des bestiaux.

Outre le bois de chauffage, qui devient d'un prix excessif et qui pourrait être si abondant, que de précieuses ressources pour le commerce d'exploitation et pour l'industrie locale, dès que, sur tous ces terrains perdus, on pourrait récolter, sur une vaste échelle, café, coton, chanvre et autres produits qui servent à Thabillement du peuple !

Parmi Ls produits textiles existant à Mada* gascar, citons : le chanvre, le coton et la soie ; le coton y donne deux récoltes par an à Tétat sauvage, et on obtiendrait des résultats satisfaisants si on en propageait la culture.

Le cotonnier a besoin d'une terre profonde, perméable, substantielle, plus faible que forte. Il croît bien dans les terrains argilo- calcaires, et les terrains sableux de la côte de Madagascar paraissent éminemment propres à sa culture, tandis que le plateau central ne lui convient pas. Le coton de l'espèce appelée Géorgia longue soie {sed Island)

donnerait d'excellents résultats, à proximité de la mer, car les terrains salés lui sont favorables.

Le cotonnier se cultive au moyen de labours profonds, dans un sol purgé de toute mauvaise herbe.

La manière ordinaire de semer le coton consiste à tracer des lignes parallèles dans une direction, puis des lignes transversales qui couperont les premières en quinconces. C'est à la rencontre des deux lignes que Ton place les graines, car il est bon d*en mettre plusieurs, sauf à arracher plus tard les plantes inutiles. On les enterre comme on fait pour les maïs ou les haricots. On peut aussi les planter sur une seule ligne. L'espacement doit être calculé sur la fertilité du sol et sur le développement présumé des plants : car il faut que l'air et les rayons du soleil puissent visiter librement leur surface. L'espacement d'un mètre environ est la mesure ordinaire ; mais il serait insuffisant dans les terrains à fond frais et marécageux, où les cotonniers prennent un développement considérable.

L'époque des semailles est subordonnée à la température. On peut du reste consulter la nature, et choisir pour ensemencer le moment où les arbres à feuilles caduques recommencent à germer. Le meilleur pronostic est toujours lexpérience.

SU y avait séclieresse, surtout au moment de la première pousse, il faut arroser les plantes. De même, si Ton sème dans des terres compactes, sujettes à durcir sous l'action des pluies, il est utile d'environner la graine d'un peu de sable terreauté, qui contribue à hâter la croissance des semis.

La graine venue dans de bonnes conditions conserve sa vertu germinative pendant trois ans ; mais il vaut mieux semer les graines de la récolte précédente. Avant de les mettre en terre, on doit les faire tremper dans Teau pendant un ou deux jours, afin d'en bâter la germination.

Les semis faits dans de bonnes conditions mettent de six à huit jours à sortir de terre.

Cinq ou six mois après commence la maturité, prenant plus ou moins de temps, suivant la quantité de chaleur fournie par la température locale* Les capsules mûrissent successivement, et la r.écoltepeut durer jusqu'à trois mois.

On ne doit opérer la cueillette du coton que lorsque les capsules sont complètement ouvertes. On prend la capsule de la main gauche, et avec les doigts de la main droite on saisit en une seule fois tous les filaments et les graines qui y sont contenues. Au fur et à mesure qu'on le récolte, le coton est étendu sur des nattes, ou mieux sur

des claies de roseau, dans un endroit bien sec et bien aéré.

On ne doit point mettre le coton en tas avant que la graine soit complètement sèche: sans cela, il fermenterait et perdrait la plus grande partie de ses qualités.

Quand la récolte est finie, on procède à Végrenage qui se fait avec une très simple machine, que chacun peut se confectionner ; elle consiste en deux cylindres légèrement crénelés, tournant en sens inverse, comme les cylindres d'un moulin à canne, assez rapprochés pour ne pas laisser passer la graine.

Dans cette opération, Ton doit viser à dépouiller le coton de toutes les matières étrangères, et cependant ménager le plus possible les filaments.

Lors de Tégrenage, on •fait choix des graines pour la récolte suivante.

On les prend de préférence dans les branches qui ont un plus grand nombre de capsules, et, parmi ces capsules, celles qui ont les filaments plus longs, plus fins et plus soyeux.

Il ne reste plus ensuite qu'à mettre le produit en balles, pour le livrer à Texportation..

Après Tégrenage on procède au nettoyage, opération qui se fait à la carde, mais mieux en étendant le coton sur une claie.

Une personne ou deux, placées de face et armées d'une baguette bien lisse (les habiles en ont une à chaque main et battent en cadence), battent pour débrouiller les pelotons et en faire tomber les immondices.

Dans cet état, il est livré à la fileuse, qui, avec sa quenouille et son fuseau, le file comme on fait dans le pays pour le lin, la laine ou même la soie.

Nous n'avons pas craint de nous étendre un peu sur la culture du coton, parce qu'elle aurait, croyons-nous, une grande importance à Madagascar, si elle y était entreprise d'une manière intelligente.

Qu'un industriel y établisse une usine de filature et de tissage, et les avantages d'un pareil établissement seront immenses, vu la facilité de se procurer la matière première et le bas prix de la main-d'œuvre. L'écoulement des tissus sur les lieux mêmes défierait, en outre, toute concurrence du dehors ( 1 ) .

Le pays fournit diverses espèces de vers à soie ; le plus rustique est celui qui se nourrit de feuilles

(1) Ces détails sur la culture du coton sont empruntés à V Agriculture à Madagascar^ par le P.. X..,, missionnaire Rêvue du iifonde catholique , juin 1S83).

irambrevades ou ambrovattes, sorte d'arbustes de la famille des légumineuses, dont les pois se mïtn^ g^nt et servent de fourrage.

C*est avec ses cocons que se fabriquent les étoffes de soie grise nommées landy si répandues dans le pays et réputées inaltérables.

Les moutons à laine sont très rares ; mais tout porte à croire que leur acclimatation y serait facile, et que les vastes pâturages qui sont à l'ouest de la province d'Émirne produiraient des quantités considérables de laine.

La chenille qui produit cette soie a six centimètres de long ; elle est de couleur marron et brun foncé ; à la limite de la face dorsale et de l'abdomen, h la naissance des pattes, elle est bordée d'une raie rougeâtre ; elle est formée de douze segments et a huit paires de pattes :

celle de devant est rouge comme le ventre ; elle, est parsemée de piquants noirs et porte sur le dos, près de la tête, quatre épis dont le tour est d*un jaune fauve et le centre d'un bleu d'acier. Ces piquants se hérissent quand l'insecte est irrité.

Cette chenille vit sur l'ambrevatte et sur le goyavier ; mais sa soie est plus abondante et plus forte lorsqu'elle est nourrie avec la première de ces plantes. Le cocon est d'un jaune grisâtre.

ovale et long de cinq centimètres sur huit de circonférence ; la chrysalide est grosse, de couleur marron et se mange à Madagascar.

On peut ranger le papillon qui en sort dans la classe des bombyx. Les Hovas ne dévident pas le cocon,- ils le cardent et le filent, après l'avoir fait bouillir pour enlever tous les poils dont la chenille, en se dépouillant, hérisse son linceul. La soie est d'un gris clair, mais on la teint souvent ; le rocou et le natte donnent le rouge ; le safran, le jaune ; Tindigo, le bleu ; le safran et Tindigo, le vert ; pour obtenir le brun, on enfouit la soie dans les marais, et la vase lui donne sa couleur.

L'industrie de la teinture est assez avancée, et les matières tinctoriales sont abondantes, surtout Tindigo et Torseille, qui croissent à Tétat sauvage.

On n*a pas encore entrepris la culture des graines oléagineuses.

Les cocotiers sont un peu rares, mais il y en a beaucoup à Mayotte et à Nossi-Bé, et ils réussiraient également sur toutes les côtes septentrior nales de l'île.

L'arachide et la sésame y viendraient fort bien. La canne à sucre et le café y poussent à merveille. Le tabac croît aussi à l'état sauvage ; on en voit

des pieds Tigoureux comme de véritables arbustes sortir des murs des maisons.

Les cultures les plus communes sont le riz, le suzùoc, les patates, les voëmes, les embériques ^deux espèces de pois d*un goût assez fin), les rammes de terre, di£Eërentes espèces de haricots.

Tous les légumes et fruits d'Europe poussent àieileiiieQi. Ils ont été importés par M. Laborde. Les pikhers sont très communs. Toutes les céràil^ de France sont acclimatées dans les régions hautes de Tile.

La plupart des fruits des pays tropicaux, Ta- ^Mtiias. la mangue,, la banane, la gouyave, mûrissiMit à point et sont excellents.

IVpuis plusieurs années déjà, on a essayé de àèxvw<0(^r à Madagascar la culture de la vigne ; nfM^ le plateau central de Tlmérina, choisi pour c^ eE§$ai$% offire des conditions de terrain et de oUm^t par uv^p dè&vorables. La plus grande parlie du ;skC de rimèrina consiste en terres argileuses e\tr\^;uement compactes et presque imperméables. IVur îes disposer à recevoir la vigne, il faudrait ^eAUCvHlp de travail, et une quantité considérable de oKaax% dont le pays est presque dépourvu.

IV )^us« sur ce plateau. Ion passe régulière- WMiil chaque année six ou sept mois sans pluie, «v^i;» un ^Ueil encore ardent. Une telle sécheresse

est funeste à la vigne. Les pluies des autres mois viennent à contre- temps, et enlèvent au raisin ses bonnes qualités, quand elles ne le pourrissent pas. Cet obstacle serait bien plus grave que celui du sol même. On ne voit pas trop comment on pourrait l'éviter.

€ Ajoutez à cela une chaleur continuelle, qui ne permet pas à la sève de se reposer. Nous avons vu, non seulement des grappes mûres et de petites grappes vertes sur le même cep, mais dans la même grappe des grains tout à fait mûrs, et d'autres encore tout petits et tout verts. Cette chaleur n'est pas assez forte cependant pour faire produire à la vigne deux récolles par an, comme dans les pays les plus chauds. Mais néanmoins il y a si peu d'hiver dans l'Imérina, que la vigne est en végétation presque toute l'année. Aussi, lorsque arrive le printemps, non seulement elle est lente à repousser, mais ses pousses sont maigres, les fruits peu nombreux, souvent chétifs, parfois avortés. C'est alors, au printemps, que la pluie serait nécessaire; et il n'y en a point.

« Quels sont les résultats obtenus jusqu'ici, en dépit de ces multiples inconvénients? M. Laborde, qui a tant fait pour développer Tagriculture et l'industrie à Madagascar, a jadis cultivé des plants de vigne de diverses espèces. Il put, à cette

époque, grâce à la faveur de la reine Ranavalona I'^, choisir un terrain et une exposition favorable ; aussi fit-il bientôt goûter à ses amis des muscats d'un fort bon goût, et quelques bouteilles de vin, qui fut assez apprécié, même en Europe. Malheureusement, ses plants furent envahis par l'oïdium Tannée même où ce fléau fit son apparition en France : dès lors ils commencèrent à dépérir.

« Lorsque M. Laborde dut se retirer, des Malgaches, alléchés par le prix exorbitant qu'ils avaient parfois tiré de quelques grappes de raisin, se mirent à cultiver chez eux la vigne ; mais, faute de soins intelligents, ces essais ne donnèrent généralement que d'assez minces résultats. D'ailleurs, les Malgaches, pressés de jouir de leurs produits de peur d'être volés, et peu délicats en fait de fruits, cueilhient d'ordinaire et vendaient le raisin longtemps avant sa maturité.

€ Les missionnaires français ont aussi essayé de cultiver quelques plants de vignes importés d'Europe: il s'agissait pour eux d'un point capital, d'avoir du vin véritable pour le saint sacrifice. Mais ils ne pouvaient guère choisir le terrain ni l'exposition qu'il eût fallu à la vigne. Néanmoins plusieurs d'entre eux ont adossé une treille à leur logis, ou planté quelques ceps devant leur porte.

Une petite campagne, dans un terrain extrêmement aride, leur a aussi permis de cultiver un petit carré de vigne. C'est là que, en dépit des conditions défavorables et de Toïdium, quelques-uns d'entre eux ont pu récolter de bons raisins de table et quelques bouteilles d'un vin assez médiocre, suffisant toutefois pour dire la sainte messe en toute assurance.

K Plusieurs Malgaches, qui pouvaient disposer de meilleurs terrains, et à qui les missionnaires ont fourni les plants et enseigné la manière de les cultiver et de les tailler, ont obtenu d'assez bons résultats. Mais ils se bornent au raisin de table ; encore le cueillent-ils presque vert. Les plants qui ont le mieux réussi sont les plants américains.

a Vu ces faits et les obstacles énumérés ci-dessus, il paraît difficile que le plateau de l'Imérina puisse devenir un pays vignoble. Mais il semble que l'on pourrait, sans trop de difficulté?, surtout si l'on avait la faculté de choisir des terrains appropriés à cette culture, se procurer du raisin de table, et fabriquer du vin dont la provenance du moins serait sûre.

« Ce résultat serait peut-être encore plus facile à atteindre, si, comme on l'assure, on trouve à à Madagascar, surtout dans l'ouest, une vigne

qui croît spontanément dans les forêts, et qui aurait la plus grande analogie avec la vigne américaine. Ce serait un plant à essayer.

« On nous dit que, cette année même, 1882, on a obtenu à Tamatave du vin excellent avec du raisin récolté sur les lieux et provenant de plants bordelais. Ce serait une preuve de plus que d'autres points de Madagascar seraient plus favorables à cette culture que le plateau de Tlmérina (1). »

Le missionnaire auquel nous avons emprunté les détails que nous venons de donner sur la culture du coton et celle de la vigne, met en garde les émigrants européens à Madagascar contre les illusions qu'on est trop porté à se faire quand il s'agit de ces lointaines contrées.

Qu'il nous soit permis de citer encore une page de son article publié par Texcellente Revue du Monde catholique.

Elle pourra être utile à plus d'un de nos lecteurs.

€ Lorsqu'un homme intelligent et laborieux, avec des ressources convenables, va implanter son industrie dans un pays nouveau, il est rare que ses essais ne parviennent pas à de bons résultats.

(1) Revue du Monde catholique^ article cité.

Enthousiasmés par cet exemple heureux, ils ne sont pas en petit nombre ceux qui se persuadent qu'il n'y a qu'à venir dans ce pays fortuné pour acquérir une fortune rapide. Ils pourraient être dans le vrai, s'ils s'établissaient dans les mêmes conditions de ressource et de savoir-faire.

€ Cette opinion, si grosse dlllusions, est généralement répandue parmi les créoles de la Réunion et de Maurice, et les relations des voyageurs touristes sont propres à l'accréditer. Madagascar à leurs yeux est un pays de cocagne, où les riches productions s'étalent avec abondance, où le colon n'a qu'à récolter sans avoir la peine de semer. Malgré les nombreuses déceptions de tous les jours, 'on persiste à se bercer de ces douces illusions; l'émigrant s'embarque sans marchandises, sans argent, sans industrie, et, à son arrivée, il se trouve en face de la misère, de la maladie, et souvent de la mort.

a Certainement le sol de Madagascar, terrain à peu près neuf, offre à l'activité du travailleur de vastes champs à exploiter, une terre généralement fertile et susceptible de cultures très variées. Je dirai même que, grâce aux nombreux cours d'eau, aux vallées profondes, aux influences les plus graduées de la température, il se prête à toutes les productions des divers climats. Mais à Madagas-

car, comme en tout pays, il faut un travail intelligent et persévérant. Si notre parole avait quelque autorité, nous dirions aux nouveaux venus : Pénétrez-vous bien de cette vérité, qu'en agriculture les résultats sont toujours en proportion des peines, des soins et des sacrifices que Ton s'impose pour les obtenir. N'entreprenez point au delà de vos moyens. Vous avez du temps à courir avant de jouir. Si vous m'en croyez, à moins de grandes avances qui vous permettent d'attendre le résultat de la culture principale, vous ne négligerez point les plantes alimentaires, les céréales de facile venue. Si vous n'en retirez pas un profit trèâ lucratif, vous y trouverez certainement de quoi vous aider à supporter les premiers frais d'installation.

« Nous appelons l'attention des planteurs sur les assolements^ très négligés dans les îles nouvellement exploitées. Une même espèce, sur le même terrain, se nuit à elle-même, et devient une cause d'épuisement tel, que le sol finit par se montrer infertile pour cette même espèce. Les engrais, sans doute, peuvent retarder cet épuisement; mais ils ne suffisent pas pour réparer à la longue toutes les pertes éprouvées par le sol. Ce manque de substance nutritive est, à n'en pas douter, la cause naturelle de ces maladies organiques qui fi-

SIX MOIS A MADAGASCAË. 339

nissent par envahir les végétaux soumis à une culture abusive. N'est-ce pas là le principe de la maladie de la canne et des caféiers, ou du moins de leur dépérissement ?

« Ce qui a lieu à la Réunion et à Maurice, pour la canne à sucre, avertit les colons de Madagascar de ne pas donner dans les mêmes errements, de ne pas se laisser abuser par l'appât de bénéfices à courte échéance qu'ils attendent des plantes coloniales, sans penser aux embarras, peut-être à la ruine qu'ils se préparent pour l'avenir. Ces considérations, que nous ne faisons qu'effleurer, mériteraient de plus amples développements. On est aujourd'hui, à Madagascar, dans la période des essais; les premiers jets font apparaître l'avenir sous des couleurs riantes ; mais cette fertilité des premiers temps se continuera- 1 -elle? Nous sommes en droit d'en douter par ce qui arrive aux caféiers, qui après un certain temps dépérissent. Que le succès des plantes actuelles ne fasse donc pas négliger la culture d'autres plantes qui ont un avenir non moins prospère. Tout en servant d'assolement, elles assureront au planteur un revenu que lui refuse l'épuisement des premières plantations. »

Comme à l'île Bourbon, où ils viennent. presque tous de Batavia, les chevaux sont encore très

rares à Madagascar, mais leur élève serait très facile.

Il y a beaucoup de bétail, mais les vaches sont mauvaises laitières; les moutons, les porcs s*y vendent à vil prix, ainsi que la volaille, qui est très abondante. Un bœuf se paie cinq piastres, un mouton deux schellings (2 fr. 50), un porc quatre schellings. On a six dindes ou oies pour la piastre; dix canards, douze ou quinze volailles pour le même prix.

Le poisson est de médiocre qualité et en petite quantité.

Il y a peu de gibier et ou a essayé vainement d'acclimater le lièvre et le lapin, qui ont disparu à peine mis en liberté. On attribue leur destruction aux chats-tigres et aux chats sauvages qui pullulent dans Tîle.

La température moyenne des mois d'avril et de septembre est de quinze à dix-huit degrés. Elle augmente insensiblement et atteint pendant rhivernage trente-huit à quarante-cinq degrés. Alors la chaleur est intense et tropicale.

Le temps est sec et beau jusqu'au mois de novembre; mais le veut, qui est trop fort, soulève des tourbillons d'une poussière fine qui s'introduit partout, et qui est, avec les mouches et les moustiques, un des fléaux du pays.

Les orages commencent en octobre ; ils sont plus fréquents en novembre et deviennent quotidiens en décembre, janvier et février. Malgré les pluies torrentielles qui les accompagnent, la température est très élevée ; c'est alors que la végétation se développe avec une merveilleuse rapidité, que les pâturages reverdissent et que mûrissent les fruits de la zone torride.

Il résulte de ces conditions atmosphériques que le climat est favorable aux Européens dans Tintérieur; les fièvres paludéennes, si communes sur les côtes de Madagascar, sont inconnues dans le pays des Hovas, qui y sont aussi sujets que les blancs lorsqu'ils descendent des pays de Tintérieur.

Les indigènes ont Tesprit de commerce fort développé, et les vendeurs ont une persévérance à proposer leurs articles qui, parfois, devient plaisante ou même fatigante, et on leur achète pour se débarrasser d'eux.

Le principal article du commerce consiste dans Télève des bœufs, des porcs et de la volaille qu'on exporte en quantités prodi^ieu-es.

Madagascar fournit de la viande de boucherie à la Réunion et à Maurice, et on y ravitaille tous les navires qui viennent sur la côte.

L'embarquement des bœufs à bord des navires

aménagés spécialement pour leur transport est une opération assez bizarre, et qui, par le gros temps, ne se fait pas sans péril.

Quand la mer le permet, les bâtiments approchent le plus près possible de la côte. Sur Je rivage, deux larges canots sont amarrés de bord à bord par de fortes barres de bois, dont les extrémités dépassent les embarcations à droite et à gauche. A ces barres on attache par les cornes une douzaine de bœufs, et, au moyen d'un câble, les hommes du navire tirentà eux la vivante cargaison, qui est ensuite hissée à bord au moyen d'une forte toile passée sous le ventre de chaque animal.

J'ai vu souvent, pendant ces longues opérations, des familles entières de requins énormes rôder autour du bâtiment.

Le déchargement n'est pas moins original : on descend tout simplement à la mer les pauvres bêtes, qui regagnent le rivage à la nage entre deux lignes d'esparres, et s'échappent tout eflParées.

Le bœuf est l'élément principal du commence des Malgaches. Le nord, le centre et la partie occidentale de l'île en possèdent des quantités prodigieuses.

C'était autrefois une source de richesses pour les habitants, et on estimait à trente mille têtes r exportation qui en était faite annuellement.

Maïs, depuis que les Hovas ont établi des postes de traite sur le littoral, ils se sont attribué le monopole de tout le commerce avec les étrangers; leur intervention exclusive et les entraves fiscales qui Tout suivie, ont réagi sur le prix du bétail, qui s'est élevé dans une proportion notable ; ils ont, par suite, presque anéanti cette branche importante d'échange sur tous les points soumis à leur autorité.

Outre le bœuf domestique, on trouve aussi à Madagascar le bœuf sauvage ou bison ; on y voit également le bœuf à cornes pendantes et le bouri ou bœuf sans cornes, ainsi que le mouton à grosse queue du Cap.

On exporte également beaucoup de riz de Madagascar. Ce riz, connu à Bourbon et ^à Maurice sous le nom de riz blanc ou riz malgache, est très bon et fort estimé, quoique moins nutritif que celui de l'Inde.

Les autres articles de commerce consistent en rabannes, nattes, haricots, voëmes, embériques, et en tortues ; ces amphibies sont très communs dans le pays.

Depuis quelques années on expédie également à Bourbon, et de là en Europe, d'énormes quantités de catouchouc brut et de gomme.

L'industrie n'est pas encore très répandue à Madagascar.

Les Malgaches tissent la soie sur des métiers primitifs composés de quatre piquets plantés en terre et soutenant des baguettes transversales, simple et fragile appareil avec lequel pourtant ils font des lamias élégants et de riches couleurs.

Deux ou trois sucreries et guildives, sur le modèle de celles de la Réunion, avec toutes les machines et les ustensiles nécessaires, fonctionnent à Mahéla et Ambanourou.

Madagascar est extrêmement riche en plantes médicinales, et les indigènes usent largement de quelques-unes d'entre elles; mais toute leur pharmacopée est impuissante contre les fièvres qui, à certaines saisons de Tannée, désolent le pays, surtout près des côtes, et qui enlèvent aussi bien les habitants de l'île que les étrangers.

La cause de ces fièvres est rextrême déboisement dont Madagascar a été le théâtre, et la présence des nombreuses rizières qui occupent le fond de toutes les vallées des provinces intérieures.

Une seule nuit passée à terre suffit pour mettre le blanc ou le Hova des hauts pays aux prises avec cette maladie, qui n*est pas dangereuse, mais dont la continuité finit par assoupir l'activité morale et physique.

L'hivernage, ou saison des pluies, des orages et des plus grandes chaleurs, dure depuis décem-

bre jusqu'en mai ; février et mars sont les mois où les Européens sont le plus exposés à la malignité du climat.

A mesure qu'on quitte les régions basses et malsaines de Madagascar, on rencontre en abondance ce magnifique et précieux végétal, le ravenal^ mieux nommé l'arbre du voyageur.

Lorsqu'il sort de terre, sa tige est' épaisse comme celle du bananier. De son centre partent de longues et larges feuilles superposées sur deux rangs, de manière h former un vaste éventail; chacune d'elles est pourvue d'une longue tige rigide, au bas de laquelle et dans l'angle qu'elle forme en s'écartant du tronc s'accumule l'eau des pluies ; cette eau s'y conserve [si merveilleusement, que, pendant la sécheresse, l'arbre est un réservoir cù le voyageur trouve à étancher sa soif.

Mais, à Madagascar, on pourrait tout aussi bien l'appeler « l'arbre du constructeur », car il entre presque seul dans la construction de toutes les maisons de la côte occidentale de l'île. Ses feuilles servent à la toiture; avec leurs longues tiges on fait les cloisons et même les murs extérieurs ; enfin l'écorce battue du tronc sert de parquet. En outre, la partie verte de la feuille remplace le papier d'emballage pour les paquets, et les indigènes

l'emploient encore en guise de nappe, de plats, d'assiettes, etc.

Cet arbre aux mérites si variés a, du reste, de puissants rivaux dans les immenses forêts vierges qui sillonnent la grande île africaine.

Les bois sont une des plus riches productions de Madagascar. Les essences en sont extrêmement nombreuses. On en compte plus de cent cinquante depuis le colossal baobab, ce géant des tropiques, jusqu'au délié chrysopia, qui s'élance tout droit et d*un seul jet jusqu'à vingt mètres du sol, et peut servir à mater les plus grands vaisseaux.

M. Albrand, dans son Mémoire sur Anossi et le Fort-Dauphin, énumère quantité de ces arbres précieux : le hazingue^ propre par sa hauteur à mater les vaisseaux, et qui donne par incision une gomme qu'on peut substituer avec avantage au goudron;— Vendrangnendra^ bois incorruptible, d'une excessive dureté; — Varandraniou^ d'où découle une gomme que Flacourt prétend être le succin ; — Vacafrata^ magnifique bois très veiné, qu'on emploie en ébénisterie, ainsi que le natte; — enfin, iQToupack^ le cJiocoua^ lemera^ dont les écorces, bouillies avec le fil de coton, le teignent en rouge d'une manière ineffaçable.

Les forêts de Madagascar sont habitées par un

grand nombre d'oiseaux, encore peu connus de nos naturalistes, et parmi lesquels il faut citer : lepapango {circus Maillardi)^ très commun à Tananarive, oiseau de proie, de couleur brun fauve et ressemblant au vautour ; — le perroquet noir ; — le cocceyrus ceruleus^ bel oiseau d'un bleu magnifique, nuancé de violet; — le coucal [ceniropus pldlippinensis) \ — TeAFraie, oiseau de nuit commun à Tananarive ; — la colombe ou pigeon bleu ; — Toie bronzée ou cadouha des Malgaches, nommée aussi oie sauvage de Madagascar ; — plusieurs espèces de sarcelles ; — le jacana marron à nuque blanche ; — le plongeon du lac de la Eeine ; — la mouette d'Hartlaub ; — le souimanga ; plusieurshérons ou aigrettes; — Tibis huppé; — plusieurs espèces de martins-pêcheurs ; — un figuier de nouvelle espèce pris dans la forêt d'Alamazaotra ; — une petite fringille noire, dont le bec est violet en dessous.

« On ne peut guère parler de Thistoire naturelle de Madagascar, dit M. Lacaille, sans dire un mot de cet oiseau qui a laissé ses oeufs, trouvés, il y a quelques années, dans certaines localités des provinces du Sud, et qui a reçu dans la science le nom à^epiornis maximus.

Voici ce qu'en dit Flacourt, à la page 165 de son ouvrage {Oiseauso qui hdbiteni les iois) :

S4d SIX MOIS A UADAOASCAR.

c Vourounpatra , c'est un grand oiseau qui c hante les Ampatres et fait des œufs comme l'an- € t ruche ; c'est une espèce d'autruche. Ceux desc dits lieux ne peuvent les prendre ; il cherche < les lieux les plus déserts. »

Il est donc à présumer que Tépiomis vivait encore du temps de Flacourt, et que les renseignements que celui-ci nous a laissés lui ont été fournis par des individus qui avaient aperçu cet oiseau si curieux, et dont l'existence constitue un des prohlèmes de l'ornithologie : était -il réellement terrestre, ou, selon l'opinion de quelques savants, était-ce un oiseau dans le genre des pingouins?

M. Alfred Grandidier raconte une très amusante chasse qu'il fit au pays des Antandrouïs, et dans laquelle il découvrit plusieurs espèces zoologiques nouvelles.

II tua, entre autres, un de ces curieux oiseaux, spéciaux à la faune de la grande île africaine^ qui sont connus dans la science sous le nom générique de coua ; c'est une espèce particulière de coucou de la grosseur d'une petite tourterelle, à queue plus longue que le corps. Ils vont, sautant avec grâce de branche en branche, à la recherche des insectes et des mollusques terrestres dont ils sont très friands. Leurs yeux sont entourés d'une large

peau nue qui, dans l'oiseau vivant, est teinte des plus vives couleurs.

Je passai plusieurs jours à cliasser; si, dans mes excursions, j'ai rencontré peu d'animauxy je n'ai pas du moins eu à m'en plaindre quant à leur intérêt scientifique.

Outre le coua, j'ai découvert une espèce nouvelle de bec-fin, et le seul mammifère que j'aie vu dans toutes mes courses au travers du pays Antandrouï, est un quadrumane inconnu à la science, le propil/ièque^ animal d'une blancheur immaculée, àface nue d'un beau noir, et à calotte marron.

Il appartient à Tordre des lémuriens, cette classe dont on pourrait presque faire une série parallèle à celle des autres animaux, comme on l'a fait puur les marsupiaux d'Australie.

Cette maque est respectée chez les Antandrouïs, et je faillis avoir une querelle sérieuse avec les habitants du village royal pour avoir dépouillé le beau spécimen que j'avais eu le bonheur de tuer.

Il fallut, pour apaiser leur colère, enterrer en grande pompe le corps que j'avais retiré de la peau et faire planter, entre les pierres dont j'avais recouvert cette tombe, quelques feuilles charnues de nopal.

•^L j'ajoute, à ces trois animaux inconnus jusqii*^alors à la science, quelques oiseaux fort rares

dans les musées et quelques reptiles de genres très curieux, j'aurai énuméré tout le butin zoologique que j'ai rapporté du pays Antandrouï, encore moins habité par les bêtes que par les hommes.

Quelques rares lépidoptères aux brillantes couleurs, parmi lesquels je citerai mon Anthocaris Zoéy dont les ailes supérieures ont une teinte d'un beau pourpre violacé , égayaient cependant la tristesse du paysage.

J'oubliais de mentionner la caille, le Mbou des Malgaches dont la familiarité s'explique par la superstition des naturels.

Les Antandrouïs et les Mahafales épargnent par reconnaissance la vie de ce charmant petit oiseau.

On m'a conté, à ce propos, une très curieuse anecdote, que voici :

Deux jeunes femmes étaient allées puiser de Teau loin de leurs habitations; deux ziziks (voleurs de bétail et d'enfants), cachés près de la source, S3 précipitèrent sur les deux Mahafales dont les cris ne pouvaient être entendus du village, et les emmenèrent captives.

A quelque distance, il leur fallut traverser u» petit bois; plusieurs cailles, en s'envolant presque sous leurs pieJs, firent grand bruit.

Les ziziks, eflFrayés, ciureiit à une surprise,

et, lâchant leur proie, cherchèrent leur salut dans la fuite.

A cette heureuse nouvelle, le chef de famille, rendant grâces à Dieu, à la patrie et aux ancêtres (la triple invocation malgache), fit solennellement le vœu que lui, ses enfants et ses petitsenfants nés et à naître respecteraient Toiseau qui avait sauvé leurs parents.

Toutes les familles alliées à celle de ces femmes ne tuent jamais une caille. Il est remarquable de constater avec quel respect les Malgaches se soumettent aux vœux, même les plus absurdes, formés par leur père et leurs ancêtres, d

ESQUISSES D ENTOMOLOGIE — SCARABEES, LEPIDOPTERES ET CETOINES — SÉRICICULTURE — LA SOIE LANDY — FAUNE MALGACHE — ANI- MAUX DÉCOUVERTS OU DÉCRITS PAR GRANDIDIER — L'AYE-AYE — LE SIMÉPOUNE ET LE BABACOUTE — POULPES ET CAÏMANS — LES

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