SAINT-LOUIS
pentes de fer du pont; le deuxième étage sert au passage des voitures et des piétons.
Afin de laisser la navigation libre, les arcs métalliques sont à 17 mètres environ au-dessus du niveau du Mississipi, et par suite les tabliers sont fort élevés au-dessus du même niveau : il a donc fallu établir des ouvrages aux abords pour faciliter l'ac-
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ces du pont. Sur la rive gauche (Illinois), du côté d'East-Saint- Louis, des rampes ont été établies avec des inclinaisons de 1 et demi pour 100 et de 4 pour 100 suivant qu'il s'agissait des voies de chemins de fer ou des routes carrossables, et l'on a pu facilement atteindre le niveau moyen du sol. Sur la rive droite, la question était moins facile, parce que la ville de Saint-Louis s'étend jusqu'au bord du fleuve : mais comme nous l'avons dit.
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le sol s'abaisse notablement du côté du rivage. Le pont fut établi dans le prolongement de « Washington avenue », une des voies les plus belles et les plus fréquentées de Saint-Louis, voie qui descend par une pente assez notable jusqu'aux quais. Il a suffi dès lors d'établir à la suite du pont un viaduc pour atteindre à une certaine distance le niveau de cette avenue, et assurer la circulation des piétons et des voitures; les rues qui aboutissent à Washington avenue passent maintenant sous le viaduc qui ne trouble en rien le mouvement des voitures. Quant aux voies ferrées, à la sortie du pont elles s'engagent dans un tunnel de grandes dimensions, qui passe sous une partie de la ville et qui, après un parcours de 1,600 mètres environ, amène ces voies au niveau des lignes déjà existantes.
Les dépenses de ce grand ouvrage sont évaluées aujourd'hui à une somme égale à 10 millions de dollars. H y a peut-être un peu d'exagération dans cette estimation, mais le pont n'en est pas moins une œuvre grandiose, presque aussi belle en son genre que celle du pont de Brooklyn à New-York. Il relie les deux rives du Mississipi et établit ainsi la communication entre la cité ancienne, qui a près de 400,000 habitants aujourd'hui, et le Saint-Louis nouveau, le Saint-Louis de l'Est. — Du haut du pont, sur le tablier supérieur réservé au public, on a le panorama complet des deux villes.
Le Mississipi enfin, The father of waters, pareil à un bras de mer^ roule ses eaux majestueuses au milieu des campagnes vertes et va se perdre jusque dans les brumes de Thorizon, tandis que les rapides du fleuve disparaissent à vos pieds sous les arches du pont. -
Il y a encore d'autres travaux intéressants à visiter : ce sont les Water works, pompes à vapeur pour amener les eaux du Mississipi dans la ville. — Ces machines passent pour être les plus importantes en leur genre dans les Etats-Unis. Elles sont énormes en effet et vont être encore augmentées. Les eaux sont d'abord amenées dans de vastes bassins situés près du fleuve, puis enfin conduites dans les hauts réservoirs où tous les tuyaux de la ville viennent se raccorder. Dans un grand bâti-
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mont construit au bord du Mississipi on voit les trois machines à pomper les eaux. Deux d'entre elles marchent constamment jour et nuit. La troisième, la plus forte, donne une force de 1,200 chevaux-vapeur, les autres sont de 1,000 chevaux. — Lorsque les travaux seront achevés (ils doivent l'être actuellement), on pourra amener dans les bassins inférieurs 100 millions de gallons d'eau par jour, et les réservoirs supérieurs^en recevront 85 millions.
La grande tourelle élévatoire construite à l'entrée de la ville pour ces nouveaux services doit avoir 05 mètres de hauteur; elle a dû être terminée en décembre 1885.
Il faut après Saint-Louis visiter Kansas citij, la jeune capitale du Kansas. Celle-ci date de quarante-cinq années à peine. Vers 1839, c'était un hameau; en 1857, elle devient une petite cité de 5,000 habitants; en 1867, elle possède un chemin de fer, et la voilà devenue une ville de 15,000 âmes en 1869.
Elle augmente encore jusqu'à l'invraisemblance : en 1872, les habitants sont au nombre de 42,000; en 1885 enfin, Kansas est une grande cité de 120,000 habitants. x'Vprès cela, comment la ville ne serait-elle pas dans un désarroi constant? Ses rues, ses maisons subissent des changements extraordinaires. Dans les premiers temps, les habitants bâtissaient leurs maisons sur les terrains naturels de la localité ; il y a de nombreuses collines sur les bords du Missouri et de Kansas river, les maisons de bois se construisaient sur les pentes et les rues montaient et descendaient suivant les besoins. A présent cet état de choses devient impossible : les Américains de Kansas city découpent leurs collines pour abaisser tous ces niveaux de fantaisie. Un monde d'ouvriers est occupé à ce gigantesque travail d'aplanissement.
Une nouvelle percée est à peine tracée, que déjà des rails sont posés provisoirement. Les tramways circulent remplis d'une foule aiïairée. On ne prend pas garde à la poussière ou à la boue; les charrettes pleines de terres enlevées, les poutres qui soutiennent les maisons de bois perchées encore sur les collines
non démolies, les ouvriers au travail, rien ne saurait être un obstacle, le tramway passe. A coté d'énormes blocs de terre à déblayer, une boutique luxueuse s'installe déjà. Des villas élégantes sont construites sur les nouveaux alignements à peine terminés. Tout auprès, on voit de petits escaliers de bois, posés pour le service des anciennes maisons perchées encore sur les talus qu'il faudra détruire. La ville s'étale dans les campagnes, grandissant toujours. C'est une fourmilière envahissante, qui donne au voyageur nn exemple plein d'enseignement pour l'avenir. Quel sang bouillonnant, quelle force vitale il y a dans ce grand pays des Etats-Unis !
Les habitants de la ville de Kansas jouissent avec raison de cette prospérité étonnante. Leurs abattoirs rivalisent déjà avec ceux de Chicago et de Cincinnati, leurs usines de toutes sortes se multiplient. « Dans quelques années, disent-ils, notre ville sera la plus grande d'Amérique. »
Cela ne nous parait pas impossible.
Ces quelques grandes villes des Etats-Unis une fois visitées, il y a pour continuer son voyage vers l'Ouest une sorte d'intermède que le voyageur doit accepter. Intermède étrange, qui repose singulièrement les esprits après le spectacle mouvementé dont on vient d'être le témoin. — On monte en chemin de fer. Il vous mène à Denver, en plein Colorado, mais pendant près de vingt-quatre heures durant on traverse une grande partie des immenses prairies des provinces du Kansas, de Nebraska et de Colorado.
Cette fois il faut s'installer dans les Pullman cat', pour passer une nuit bien complète, car dans les autres voitures, les premières classes, il n'y en a point d'autres d'ailleurs, on serait horriblement installé. Sur des banquettes non capitonnées, n'ayant point la possibilité d'appuyer sa tête nulle part, il serait impossible de dormir. Il y a de la sauvagerie, réellement, à traiter les voyageurs ainsi. Le supplément qu'il faut payer pour se reposer la nuit n'est pas très considérable, il est vrai, mais tout le monde ne peut ajouter ce luxe à son voyage; on doit être alors bien
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malheureux. Puis ces premières classes sont souvent remplies complètement ; on est mal assis, mais en outre il y a un mélange de personnes de toutes sortes dont le voisinage n'est pas toujours agréable ; à mesure qu'on s'avance dans l'ouest cela devient particulièrement affreux. Les Américains ont la fâcheuse habitude de mâcher du tabac ; cela nécessite dans les wagons la présence de nombreux crachoirs. Je n'insisterai pas sur les dé-
Fig. 20. — Vue intérieure d'un wagon de Pullman car (page 62).
tails. Le va-et-vient constant de chacun, dans le couloir du milieu, tantôt pour aller boire de l'eau glacée à la fontaine toujours installée dans le wagon, tantôt pour aller s'occuper ailleurs, est un ennui affreux pour celui qui désire se reposer. Dans le jour le mouvement est encore plus grand ; à chaque minute ce sont des employés qui viennent vous offrir des journaux, des livres, des fruits ou des sucreries, etc., on n'a pas un moment de tran-
quillité. On se prend alors à regretter presque nos premières classes françaises, auxquelles pourtant il manque bien des choses. Dans les wagons de Pullman, la différence est grande, il faut l'avouer; on y est assez confortablement. — H y a place pour vingt lits; ils sont superposés en deux étages. Ceux qui sont placés en dessus doivent monter dans leur compartiment avec l'aide d'un escabeau, ou bien en faisant une manœuvre de gymnastique, d'ailleurs fort aisée pour les messieurs. Les dames doivent prendre la première manière, cela va sans dire. Un nègre est toujours de service dans le sleeping. Il fait les lits et vous aide, il brosse vos habits le matin, et vous rend tous les services, suivant vos désirs, avec la plus extrême obligeance et politesse. A chaque bout du wagon se trouvent les cabinets de toilette pour les dames et les messieurs. Il est certain que tout cela est commode et pratique. Le jour arrive, le nègre alors commence à relever les lits, on fait sa toilette. Pendant ce temps l'intérieur du wagon est transformé. Au lieu d'un dortoir, dont chaque lit était abrité par un ample rideau de tapisserie, on retrouve des bancs garnis de velours (lig. 20). On s'asseoit pour regarder le spectacle monotone des prairies qui s'en vont à perte de vue, et le nègre vous donne un oreiller pour pouvoir reposer votre tête si vous le voulez, car les dossiers des banquettes ne sont qu'à mihauteur, comme dans les premières classes. On peut encore circuler dans le couloir central du wagon pour aller respirer l'air sur la plate-forme, ou passer dans d'autres compartiments de voyageurs qui, plus économes que vous, n'ont pas voulu payer le supplément nécessaire pour passer la nuit dans le Pullman car. Les remarques que l'on peut faire sur l'installation éphémère offerte dans les Pullman une fois terminées, on revient encore à la contemplation du paysage. C'est un véritable désert composé d'herbes vertes et de plaines mamelonnées parfois de dunes de sable couvertes d'un gazon maigre. De temps à autre on voit quelques maisons de bois et des troupeaux, mais tout cela est perdu dans ces immenses territoires. Le panorama continue à se dérouler devant vos yeux. Toujours les mêmes prairies,