PIPE SPRING ET LES DÉSERTS
cinq heures : Nathan met le couvert sur l'herbe. Nous avons du lard, du saumon conservé, de l'eau, et du pain qu'il fabrique lui-
Fig. 23. — Grand canon, vue prise à l'est de Toroweap (page 89),
même trois fois parjour pour chaque repas ; ce pain consiste en des espèces de galettes cuites dans une poêle devant un feu de branches desséchées, presque touj ours faciles àtrouver dans ces déserts.
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Les chevaux, laissés chaque soir en liberté, cherchent où ils peuvent leur nourriture. Par précaution seulement, afin qu'ils ne puissent aller trop loin pendant la nuit, on leur attache les jambes de devant avec des sortes de bracelets en cuir que réunit une forte et assez courte courroie.
Ces pauvres bêtes, très fatig-uées, n'ont souvent à manger que de maigres herbes et quelquefois n'ont point d'eau. Elles sont habituées à ce régime. Il faut cependant qu'elles aient du courage, car elles marchent en certaines journées douze ou quinze heures : ce sont de rudes étapes.
Chaque matin, l'objet principal de la conversation de Nathan et de son fils était, après avoir couru après les chevaux pour les ramener, de chercher où nous pourrions faire une prochaine halte auprès de quelque source afin de remplir nos gourdes et d'abreuver nos montures.
Quelquefois nous avons passé la journée entière sans avoir d'eau potable. La chaleur ardente des sables faisait que l'eau conservée devenait trop difficilement buvable ; il fallait alors se contenter de boire un peu de café.
Quant aux chevaux, heureux s'ils trouvaient dans quelque trou de rocher un reste d'eau de neige de l'hiver ou d'un orage récent.
On se reposait dans l'après-midi. Le soir, vers sept heures, nous étendions nos couvertures sur les sables des déserts ou dans les forêts, et nous nous endormions sous les étoiles.
C'est ainsi que les Mormons voyagent dans l'Arizona. Il est bien permis à un touriste parisien de s'étonner un peu le premier jour, mais l'originalité et la splendeur des paysages rachètent largement ce manque complet de confort; on s'habitue vite à ces petites misères.
En quittant Kanab, il fallut revenir à Pipe Sprhig, l'un des rares endroits où se trouve une source fraîche. Ses aimables habitants m'avaient déjà donné l'hospitalité; cette fois je fus reçu avec un empressement cordial par la maîtresse du logis et ses filles. Si j'avais été étonné àCedarCity de l'accueil et de l'installa-