‹ Six mois aux États-UnisChapitre 25 sur 74 · PIPE SPRING ET LES DESERTS · texte numérisé non relu

PIPE SPRING ET LES DESERTS

tion dubishop, je le fus plus encore à Pipe Spring. Je veux être sincère; ces i)a/72e5 mormonnes sont distinguées, instruites, quoique ce ne soient en réalité que des paysannes vivant dans des lieux sauvages, abandonnés. Au fond de nos campagnes de France, dans les coins les plus ignorés de nos provinces, nos concitoyennes des cliamps sont assurément dans des milieux beaucoup moins déserts que ceux de l'Utah ou de FArizona, et cependant je dois reconnaître qu'elles sont le plus souvent moins civilisées.

Tout autour de Pipe Spinng paissent de grands troupeaux surveillés par les cow hoijs, jeunes gens hardis et habitués aux privations. Isolés, vivant toujours dans ces immenses ranchos, éloignés de toute société, ces bergers mormons mènent toutefois une existence active et qui n'est pas sans intérêt. Ils ont pour distraction la chasse, la contemplation de la grandiose nature de ces déserts; puis, toujours à cheval, courant après leur bétail ou le ramenant souvent de fort loin dans des endroits divers des ranchos, le travail est rude et pénible.

Ils ont à veiller à la reproduction des animaux. Leur état complètement sauvage rend souvent cette occupation difficile et même dangereuse quelquefois, puis ils ont, entre autres devoirs, celui de marquer au feu les nouveau-nés. Chaque propriétaire a son cachet spécial, qu'on imprime sur les flancs du petit animal; sans cette précaution il lui serait impossible de reconnaître son bien. Aux États-Unis, les éleveurs de bestiaux ont des livres où ils peuvent aisément consulter les noms et les marques des divers propriétaires de troupeaux.

On me dit que, il y a une quinzaine d'années, le bétail était plus nombreux qu'il ne l'est aujourd'hui dans les environs de Pipe Spring; la cause en est que les animaux, en mangeant l'herbe, arrachent les racines, qui ne tiennent guère dans ces terres sablonneuses; par suite les graines se dessèchent avant d'avoir pu germer, la prairie ne se ressème plus et le désert gagne du terrain. Sur les chemins de nombreux squelettes d'animaux attestent cette décadence des ranchos.

D'autre part, les antilopes, les chevaux sauvages, qui abon-

daient autrefois, s'éloignent de plus en plus ou meurent dans les sables.

Je dis adieu à mes gracieuses hôtesses de Pipe Spring. Quelques cow boys me souhaitent bonne santé et « de l'eau fraîche à boire » pendant mon excursion, tout en m'aidant à seller mon cheval.

Nous laissons les hauts escarpements des Vermilion Cliffs pour entrer bientôt dans le vrai désert à l'aspect désolé.

Les chevaux marchent péniblement dans ces sables mous et et poussiéreux.

Le moindre souffle d'air soulève au loin de petits tourbillons de sable.

Et cependant, sous nos pas, de nombreuses fleurs poussent en touffes espacées et forment des bouquets. Mais on est au mois de juin. Un peu plus tard tout sera brûlé par le soleil, et sur la terre il n'y aura plus rien qu'une aride et triste sécheresse.

Chevauchant toujours, qous rencontrons quelques antilopes; plus loin, une troupe de chevaux sauvages au nombre de cinquante environ, suivis par leurs jeunes poulains, galopent, tout effarouchés, devant nous.

A la fm du jour nous sortons des régions sablonneuses pour nous approcher du mont TrumbuU.

De nombreuses scories qui recouvrent la terre attestent les désordres et les désastres des siècles passés. Le volcan est depuis longtemps éteint ; presque tous ses cratères sont couverts de forêts de pins séculaires; il inondait jadis les plateaux de VUinkaret à.G> ses immenses coulées de laves, sur lesquelles nous passons aujourd'hui.

La forêt témoigne aussi de ces révolutions d'autrefois. Sous les racines et les plantes de toutes sortes on découvre des bancs entiers de roches basaltiques brisées par le temps.

Plus loin le paysage change d'aspect et on peut voir à découvert une sorte de mer de laves, coulée relativement plus récente et qui n'a pas pu encore être envahie par la végétation. Quelques chênes seulement, à peine développés, y poussent péniblement.

A. Ti

;i\ MOIS MA' i;T\'rsrMs i'i,M,.i,r iv. ,,. s;;

CANON DE TORCl

Page 1