‹ Six mois aux États-UnisChapitre 26 sur 74 · MONT TRUMBULL ET TOROWEAP · texte numérisé non relu

MONT TRUMBULL ET TOROWEAP

Une montagne, couverte d'une verdure maigre, cachant des scories, borde cette coulée superbe, noire comme le Styx. Dans le lointain, les gorges ou canons de Kanab, éclairées par les rayons du soleil couchant, forment sur ces hauts plateaux d'immenses crevasses resplendissantes de lumière. Elles font un contraste étonnant avec la teinte noire des laves, et font mieux ressortir encore la silhouette bizarre des cônes volcaniques du mont

Trumbull.

Nous descendons péniblement de toutes ces roches en tenant nos montures par la bride. La plupart des chevaux dans ce pays ne sont pas ferrés, de sorte que les scories blessent leurs pieds et qu'ils ne peuvent marcher qu'avec difficulté.

Nous n'avions pas du reste d'autre route à suivre pour atteindre la vallée sablonneuse de Toroweap auprès des canons. Longue et relativement assez étroite, cette vallée est encadrée par des rochers colossaux de couleurs toujours surprenantes.

Le soir nous n'eûmes pas à nous plaindre de notre campement au pied d'une muraille semblable à une forteresse. Ombragés par un vieux cèdre, nous sommes sur un immense plateau de rochers de grès aux formes arrondies, usées par les neiges des hivers. De nombreuses fleurs et des arbres rabougris ou des agaves qui ont parfois plus de quatre mètres de hauteur, des cactus, nous charment comme des décorations sur ces pierres aux couleurs rougeâtrcs ou dorées ; au delà nos regards se reposent sur des murailles dentelées qui s'étendent à perte de vue et ferment l'ho-

rizon.

Après un peu de repos nous marchons sur les énormes pierres, les escaladant souvent en nous aidant de nos mains ou sautant par-dessus de larges crevasses.

Sous l'impression de la grandeur de ces déserts étranges j'avance avec un indéfinissable sentiment d'étonnement.

La scène change, mais n'est pas moins étourdissante : voici à mes pieds les précipices grandioses de Toroweap, au fond desquels coule le Colorado (PL IV).

C'est un spectacle inouï que ces gouffres d'érosion, profonds

de 600 à 800 mètres, formés de parois à pic ou de gradins gigantesques descendant jusqu'au torrent (fig. 23).

Des bords du plateau supérieur je suis d'un regard émerveillé ces rochers qui forment des promontoires aux courbes les plus bizarres au-dessus des précipices.

Nous avons à faire des détours sans fm, et à chaque instant ce sont des aspects nouveaux de plus en plus admirables.

Dans d'immenses crevasses le géologue peut lire avec facilité toute la série des couches différentes dont sont formés les murs latéraux, et l'imagination reste confondue à la pensée de l'incalculable suite des siècles qui ont dû s'écouler pendant la formation successive de toutes ces merveilles.

Yoici quelques informations, que nous empruntons au livre de M. Powel :

La région du grand canon du Colorado est située, dans sa partie principale, au nord de l'Arizona, avec un prolongement septentrional vers l'Utah. Sa longueur du nord-ouest au sud-est est à peu près de 180 milles, et sa largeur du nord-est au sudouest est d'environ 125 milles. La superlicie peut être évaluée à environ 16,000 milles carrés (elle atteint presque la surface de quatre de nos départements de France, chacun d'eux ayant une moyenne d'environ 6,000 kilomètres carrés).

Le Colorado, ainsi nommé à cause du limon rougeâtre qu'il charrie, traverse le milieu de la contrée, et les vallées qu'il a creusées ont reçu le nom de Canons de Marbre ou Marble Canons et de Grand Canon. La partie nord du pays, la seule bien connue jusqu'ici, se partage en six divisions distinctes.

Ce sont d'abord les Terrasses, immenses plateaux creusés par érosion dans les terrains miocène et éocène inférieur. Viennent ensuite les étages ^QvmiQn, triasique, jurassique et crétacé, admirables dans toute leur beauté. Ils sont brusquement interrompus par de hautes falaises terminées en gradins. Enfm de l'ouest à l'est s'offrent à la vue les plateaux de Shiwits, de l'Uinkaret, de Kanab, de Kaibab et du Paria. Ces plateaux sont séparés, comme les autres, par des failles profondes dirigées du nord au sud. Le

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