MONT TRUMBULL ET TOROWEAP
Kaibab est le plus élevé d'entre tous ; le moins haut est le Paria. Ce sont là des rég-ions presque encore ignorées, et que M. Powell m'avait conseillé d'aller visiter. On voit sur les hauts plateaux des séries de murailles verticales placées les unes devant les autres et s'élevant étage par étage. Elles sont entrecoupées souvent de pentes en talus sur lesquelles apparaissent en hautes saillies les bords effrités des couches géologiques. Les phases successives de stratification y sont nettement relevées. Le dessin général est d'une g-randeur inimaginable : c'est un spectacle solennel, d'un aspect architectural extraordinaire, surtout à cause de la netteté des silhouettes et de la précision des lignes. Il forme un contraste frappant avec les scènes de montagnes et de roches des autres pays.
Nous ne pouvions camper longtemps sur ce plateau de Toroweap, car l'eau commençait à nous manquer. Nathan et son fils avaient découvert un peu d'eau de neige fondue dans un creux de rocher, mais nos chevaux seuls ont pu en boire.
Nous revenons à Kanab par le même chemin pour organiser une excursion au plateau de Kaibab. En arrivant au village, nous apprenons que les Indiens qui campent souvent aux environs, et parmi lesquels je comptais trouver un guide, sont partis depuis peu pour aller faire la chasse aux daims dans les forêts de Kaibab : on ne les reverra pas avant un mois, me disait-on.
Je ne pouvais attendre aussi longtemps, et je commençais à craindre de ne pouvoir continuer mon voyage. Nathan connaît bien le pays, mais il ne veut pas prendre la responsabilité de me conduire seul dans ces solitudes ; il me dit :
« Il faut un Indien avec moi ; il n'y a qu'eux qui sachent s'orienter dans les forêts vierges. »
Les Mormons me conseillent d'aller droit au campement des Indiens; ilsdevaient être établis auprès d'une source située aune grande journée de Kanab. Une fois là, Nathan, qui sait quelques mots de la langue ute, pourrait certainement trouver le guide qu'il jugerait nécessaire.
Je m'empresse de suivre cet avis et nous partons aussitôt.
Le soir même, au coucher du soleil, à travers les détours des déserts et de pittoresques bois de cyprès, nous arrivons à Mangum Spring, où se trouve en effet le campement que m'ont indiqué les Mormons de Kanab. C'est une installation provisoire de huit à neuf tentes dans une clairière. Une vingtaine d'Indiens y vivent avec leurs femmes et quelques enfants. Ils ont choisi la place la plus exposée au soleil. Leurs tentes sont faites de quelques branches coupées aux arbres voisins et rapprochées en faisceau. Une mauvaise étoffe ou une peau de bête recouvre ces simples abris.
La figure 24 donne l'aspect d'une de ces installations d'Indiens nomades du Colorado.
M. Powell s'étend longuement dans son livre sur ces tribus barbares et misérables, aux mœurs primitives mais douces.
Les explorateurs américains n'ont jamais eu, paraît-il, à se plaindre des rapports qu'ils ont contractés avec eux.
Nous décidons de camper auprès des Indiens pour profiter aussi de la source.
Quant à nos chevaux, ils fraternisent dès leur arrivée avec ceux des sauvages et disparaissent sous les taillis.
A côté de nous, sous les pins, sont deux cabanes d'Américains; ils ont là quelque bétail et, comme les Indiens, ils habitent la forêt avec leurs femmes et leurs enfants ; toutefois leur installation est moins primitive.
Après notre repas du soir, les Indiens viennent me rendre visite et se chauffer auprès de mon feu. Je leur donne un peu de pain fabriqué par Nathan et quelques gouttes de café. Deux enfants presque nus s'approchent de moi. Ils sont tout ébouriffés et ils me regardent avec des airs de petites bêtes sauvages. Quelques grains de sucre en poudre que je mets dans ma main et que je leur offre doucement ont suffi tout de suite pour les apprivoiser : ils se chauffent âmes côtés.
Plusieurs de ces Indiens sont jeunes etbien faits. Deux ou trois ont la figure peinte. Toute leur peau est colorée d'ocre jaune, sauf un peu de j^ermillon sous les sourcils et sur les paupières,
et deux ronds de même teinte, grands comme des pièces de 5 francs, posés sur les joues. Ils me rappelaient les clowns des cirques de nos contrées.
Le type de ces sauvages est assez caractéristique. Leur figure est légèrement plate, avec des pommettes largement accusées; ■leurs yeux sont grands. Ils ont la peau foncée, d'une teinte jaune doré pareille à celle des vieux bronzes florentins. Des cheveux magnifiques d'un noir corbeau, tombant sur leurs épaules et nattés par devant, forment de longues tresses entremêlées de fils de coton rouge, à la manière des anciens Gaulois. Autour de leur cou brillent quelques rangs de perle de verre. Leurs habillements, en mauvais état, la plupart même en haillons, sont taillés à l'européenne et se composent uniquement d'un pantalon et d'une sorte de chemise d'indienne à ramages; ils portent sur leur tête une petite toque rouge de forme orientale.
Nathan explique aux Indiens, tant bien que mal, ma présence dans leur forêt et le but de mon voyage.
Les Américains nos voisins viennent à leur tour auprès de nous. Ils me demandent les dernières nouvelles de Kanab : on cause, et nous avons ainsi en pleine forêt une soirée avec l'eau d'une source et du café comme rafraîchissements (fig. 23).
Notre feu éteint, on se retire, et chacun va se coucher sur l'herbe qu'il préfère et se rouler dans ses couvertures.
Le lendemain malin j'ai été rendre aux Indiens leur visite de la veille et j'ai vu leurs femmes, qui malheureusement ne sont guère jolies. Les cheveux toutefois sont superbes, et leurs yeux ont des étincelles qui étonnent; mais leur figure est fanée, flétrie, et il serait difficile de deviner leur âge exact. Chargées des plus pénibles travaux, surtout de ceux du campement, ces pauvres femmes sont usées et vieilles avant d'avoir vingt ans.
L'une d'elles portait sur son dos, dans une sorte de hotte en osier, son bébé, dont la figure était aussi teintée par l'ocre jaune. Pauvre petit être ! quel aspect ridicule il avait ainsi ! Son corps, emmailloté, était enfoui debout dans la hotte; sa tête, seule visible, était maintenue à la hauteur du front par une bandelette
d'osier qui sert à atténuer sans cloute les secousses de la marche de sa mère.
Nathan me dit que l'Indienne s'asseoit ordinairement avec son bébé derrière son dos, ou bien qu'elle l'accroche aux branches d'un arbre. Un long ruban passé dans la hotte et qu'elle pose sur son front l'aide à le porter.
Je voulais dessiner l'enfant, mais la maman s'y est opposée. Je lui aurais jeté, paraît-il, un mauvais sort. Les Indiens m'ont laissé cependant prendre le croquis de leur campement; et en définitive j'ai la hotte et l'enfant croqués en cachette.
Ces sauvages étaient très occupés pendant ma visite. Ils dépeçaient, aidés de leurs femmes^ un bœuf, et étalaient soigneusement les morceaux coupés sur un rocher pour les faire sécher au soleil. Quelques-uns d'entre eux tressaient des paniers pour leur usage. Les femmes, vêtues de longs et grands manteaux fabriqués avec de nombreuses peaux de lièvre [Jack rahhit) cousues ensemble, allumaient des feux près de leur tente; elles appelaient d'un air inquiet ceux de leurs enfants qui venaient près de moi pour regarder ce que je faisais sur mon papier avec mon crayon.
Pendant ce temps Nathan s'était informé d'un guide.
Sur ses instances, un jeune Indien, occupé sous sa tente à faire sa toilette, se décide à nous accompagner ; il s'appelle John Panichkos (je ne saurais garantir l'orthographe du nom). Sa figure est peinte. Je ne pouvais rêver un plus joli guide. Il demande 6 fr. 25 par jour pour lui et son cheval: c'est accordé surle-champ, et nous voilà partis.
Le lendemain matin mon guide mormon me dit que John est contrarié ; la peinture de sa figure s'est presque effacée et il n'a pas les onguents nécessaires pour refaire ses ornements de la veille. J'ai bien ri de ce petit malheur en revoyant mon jeune Indien, fort embelli pour moi, avec sa peau au naturel, ses dents blanches et ses yeux superbes.
Ma seconde excursion a duré treize jours. Nous avons vécu dans la forêt vierge de Kaibab. Rien ne saurait être plus grand et plus intéressant.
Naturellement il n'y a point de routes tracées dans ces bois et, comme on l'a souvent observé, les Indiens doivent avoir un sens de plus que nous pour s'y reconnaître, quelque faculté analogue à celle des pigeons voyageurs. Il me fallut traverser des montées et des descentes perpétuelles à travers des pins séculaires et
Fig. 25. — Soirée daas la forêt do Kaibab avec les indiens Utes, d'après nature (page 91).
d'épais taillis, puis passer par-dessus des troncs d'arbres morts^ couchés sur la mousse. Quelquefois il faisait tellement sombre sous le feuillage, que c'était à me demander si la nuit n'était point survenue tout à coup ; en certains endroits les taillis étaient si épais que je ne pouvais pas voir mes compagnons à quelques pas de distance.
De temps à autre nous rencontrions des squelettes de cerfs ou de biches.
Des parties de forêts ont été brûlées par les Indiens.
Ils choisissent toujours, pour se chauffer pendant la nuit et pour cuire leur maigre repas, le plus gros pin de la forêt et ils y mettent le feu. L'arbre brûle aisément grâce à la résine dont il est rempli et communique souvent l'incendie aux branches du voisinage jusqu'à produire, s'il y adu vent, de véritables désastres dans ces immenses forêts. Les Indiens ne pensent guère à cela, ils vont camper ailleurs, brûlant de nouveaux arbres sans songer jamais à prendre quelques précautions.
Les arbres tombés sont autant d'obstacles pour nos pauvres chevaux. A tous moments ils sont obligés de sauter pardessus les troncs de pins étendus à terre ou de faire des détours lorsqu'ils sont trop gros. Nous-mêmes, forcés de nous faire jour au travers des branches, nous n'avons pas pu éviter bien des égratignures à nos mains et des déchirures à nos habits.
En haut d'une montée d'arbres superbes, John pousse tout à coup un cri et me montre avec l'index un panorama merveilleux. Voilà les grands canons, le Scotingat (PI. V). C'est le nom que mon guide indien m'a donné; je n'ai pas pu en avoir l'orthographe exacte, cela va sans dire, mais il m'a fait comprendre que ces gorges immenses étaient nommées ainsi par eux à cause des plantes qui poussent dans les roches et qui les recouvrent en bien des endroits.
Je m'arrête comme ébloui et fasciné devant un entassement sans pareil de murailles bâties les unes sur les autres, d'amphithéâtres gigantesques, de palais de fées, de tours, de forteresses comme en auraient construit des Titans.
En contemplant de pareils tableaux, on peut ne plus se croire vraiment sur terre ; c'est le pays des apothéoses. Les forces de l'imagination sont impuissantes devant l'immensité de ces scènes prodigieuses, de ces énormes murailles, de ces plateaux fantastiques qui les dominent et se succèdent avec des couleurs tou-
A. TissANDiER. SIX MOIS AUX ÉTATS-UNIS. Plancl.o V, p. 94.
SCOTINGAÏ CANON VU DU l' L A l' K A U DE KAlllAll (aIUZONa) ((i'apiès nalUI'e).
jours différentes en ne s'atténuant qu'à une distance infinie dans le bleu lointain du ciel.
Je rêvais, je ne pensais plus. Pendant plusieurs journées j'ai éprouvé le même sentiment d'admiration.
Dans l'endroit connu sous le nom de Thompson Sprïngs, des troupeaux considérables de moutons paissaient une herbe peu touffue en cette saison. Il est curieux de les voir marcher par bandes vers de gros blocs de sel que les Mormons ont soin de placer çà et là pour eux dans les ranchos. Ils viennent lécher le sel, à tour de rôle, et semblent très friands de ce mets que les éleveurs des provinces d'Utah et d'Arizona considèrent comme très bienfaisant.
Nous arrivons au Sublime Point. C'est un des points les plus élevés du plateau de Kaibab ; il est situé à 2,600 mètres au-dessus du niveau de la mer. A cette hauteur les rochers forment une sorte de cap d'où l'on découvre tout le pays des canons de l'Arizona, les murailles nommées Amphithéâtre indou et les hauteurs de Kivagunt Valley^ le Temple de Siva, etc.
De tous les plateaux de l'Arizona c'est celui de Kaibab qui offre le plus d'intérêt parce qu'il est couvert de forêts jusqu'à ses cimes les plus hautes. Les autres plateaux qu'on découvre de Sublime Point sont au contraire dénudés, donnant jusqu'à perte de vue l'aspect de déserts arides et effroyables. C'est un spectacle véritablement sublime et émouvant tout à la fois.
Entre des fissures colossales je vois de temps à autre le Colorado rouler ses eaux dans les précipices et se perdre par des détours fantastiques à 1,800 mètres au-dessous de moi.
Une des choses les plus frappantes de Kaibab, c'est l'absence absolue de cours d'eau.
Cependant le climat y est fort humide. Les pluies sont fréquentes en été et la couche de neige est épaisse en hiver. L'eau stationne dans les creux des terrains et forme ainsi de nombreux lagoons entourés d'une végétation si luxuriante qu'on a dans ces endroits l'illusion d'un parc délicieux.
Voulant visiter à loisir toutes ces merveilles^ j'ai campé trois
jours sur les bords d'un délicieux marais, le Forest Lagoon, entouré de légers peupliers blancs et de vieux pins. De là Je pouvais facilement rayonner et jouir de tous les principaux points de vue.
Des oiseaux au brillant plumage, le Pijranga hidoviciana au corps jaune, à la tête rouge et aux ailes noires, de nombreux oiseaux-mouches annonçant leur présence parle léger bruissement de leurs ailes, volaient parmi les fleurs, les cèdres et les arbousiers, et n'étaient pas le moindre attrait de ce charmant endroit.
J'ai eu le plaisir d'en voir un de fort près auprès d'un petit cèdre. Ses ailes allaient si vite qu'il était presque impossible de les voir, mais il s'est reposé enfin pour aller se percher sur son nid délicieusement construit. Il y a deux œufs dedans, ils sont de la grosseur d'un petit haricot. L'oiseau voletait à tous moments et ne semblait pas inquiet de ma présence, il se posait sur son nid qu'il arrangeait ensuite coquettement avec son long bec, puis s'envolait encore. Je ne pouvais rien voir de plus charmant que tout ce petit manège de l'oiseau aux couleurs éclatantes. Il avait la poitrine de teinte gris perle et le dessus des ailes et la tête colorés de vert aux reflets d'émeraude.
Notre Indien, pendant les heures où je dessinais, allait à la chasse aux daims, armé d'un fusil à pierre datant de je ne sais quelle époque. Il en tua quelques-uns. Il les dépouillait en un clin d'œil pour ne conserver que la peau, qu'il ira vendre dans les villages mormons. Nous avons eu, grâce à lui, quelques repas moins mauvais que d'habitude.
Après nos promenades au clair de lune au milieu des rochers féeriques, nous nous endormions auprès du feu. John chantait des chansons indiennes tout en défaisant les longues nattes de ses cheveux noirs.
Au sortir de Forest Lagoon, il nous fallut descendre, au travers de forêts inextricables, dans la Pagurtip Valley.
Là deux jeunes Américains, installés dans une petite cabane, élèvent des chevaux et du bétail depuis deux ans; ils vivent seuls dans ces déserts avec un covo boy. Nous fumes pour eux une
LES MâRBLE canons.
distraction. Un Indien, un Mormon, un Français et quatre chevaux, apparaissant tout à coup au milieu du silence de leur vallée, ne pouvaient manquer de les intéresser : ils accoururent pour nous voir, bien heureux de causer avec des mortels descendant, comme par enchantement, des forêts de Kaibab situées à 500 ou 600 mètres au-dessus de leurs cabanes.
Nathan me présente; c'est, leur dit-il, un Parisien qui vient chez nous dessiner les cafions del'Arizona. Je montre ma collec-
^iFig. 26. — White Cliffs (Utah), (d'après nature) (page 101).
tion de croquis, et à cette vue MM. Gibsonet Gillett se prennent d'enthousiasme. « Restez avec nous, me disent- ils, nous avons un trésor à vous montrer. Vos chevaux sont usés de fatigue : nous vous en prêterons d'autres, tandis qu'ils se reposeront. » Cette vive amabilité me charma.
Le trésor de ces messieurs consistait dans la vue de canons immenses que Nathan ne connaissait point : les Marhle Canons. J'acceptai leur proposition.
AlD. TlSSANDlER. 7
Jolin^ voyant que nous pouvions dès lors rentrer à Kanab sans son assistance, disparut dans la forêt avec son cheval sans nous dire adieu et sans se préoccuper de l'argent qui lui était dû. Nathan lui avait dit qu'on le payerait à Kanab quand il aurait l'occasion d'y passer ; cela lui suffisait : il avait confiance.
Il faut une grande journée pour aller de Pagump Valley aux Marble Canons et les visiter. Ce fut en effet une des plus belles excursions de mon voyage. Ces canons n'ont point le même aspect que les autres gorges de Kaibab. L'aridité est plus grande qu'ailleurs sur ces amphithéâtres immenses : on a sous les yeux la désolation dans ce qu'elle peut avoir de plus grandiose.
Le soir, grâce en partie à nos provisions, nous avons eu la récréation d'un grand dîner dans la hutte de troncs d'arbres de ces messieurs.
Le lendemain nos hôtes désirèrent nous montrer leurs troupeaux de 1,800 vaches et bœufs et de 80 chevaux qui sont dans les ranchos.
(( En cette saison nous avons eu du bonheur, m'a dit M. Gibson : il nous est né cinq cents veaux; si cela continue, encore quelques autres années de notre vie solitaire et sauvage, et nous aurons assez de dollars pour aller vous rendre votre visite à Paris, puis pourfmir notre existence dans quelqu'une des grandes cités américaines. »
Nos adieux furent très affectueux.
Au retour, environ au tiers de notre route vers Kanab, nous avons campé à Kane Sprîng.
Un matin, il était quatre heures, et je faisais ma toilette, près d'une source encadrée de beaux rochers roses et dorés. Tout à coup j'entends des cris et des hennissements. Une centaine de chevaux en liberté, menés par un cow boy, se ruaient au grand galop vers le lieu solitaire où je venais de passer la nuit. Ils étaient attirés par la source. Après avoir apaisé leur soif, ils retournèrent au même galop brouter au loin l'herbe des déserts.
L'effet avait été saisissant. Cette troupe ardente, emportée.