PORTLAND
tourée de belles forêts et traversée par la rivière Willamette.
Deux cônes superbes, couverts de neige, les monts Hood et Sainte-Hélène qui s'élèvent dans le lointain sur l'un des côtés de la ville, en font le plus bel ornement.
Le mouvement d'affaires dans la ville est considérable. La rivière est pleine de navires de commerce pour les bois ; de légers bateaux de pêche la sillonnent dans tous les sens. Ils offrent ainsi aux yeux un spectacle plein d'animation et des plus pittoresques. Dans la soirée, j'eus une distraction nouvelle assez originale.
Un jeune acrobate tout habillé de belles paillettes brillantes se disposait à faire des exercices sur la corde raide à 12 mètres de hauteur environ au-dessus de la third street ; c'est une des rues les plus élégantes de la ville.
Les propriétaires des maisons avaient autorisé cet homme à attacher sa corde sur leur toit. Dès le coucher du soleil, dans la ville, la plupart des magasins sont fermés, de sorte que le mouvement du public dans les rues a complètement disparu et des spectacles de ce genre deviennent possibles.
Cet homme en maillot a fait un speach à la foule pour que l'ordre de la rue ne soit pas moins conservé malgré l'affluence de monde qui venait pour le voir. En effet, les spectateurs nombreux se rangeaient obligeamment pour laisser circuler les tramways, et tout se passait dans l'ordre le plus parfait. Le public fort mélangé était curieux à observer, il y avait une quantité de Chinois venus du voisinage ; le spectacle donné étant fort près de leur China town, quartier analogue à celui de San-Francisco, quoique cependant beaucoup moins important.
Tout en faisant ses exercices, le saltimbanque prévenait quelquefois les spectateurs de prendre garde à une voiture ou à l'arrivée d'un nouveau tramway. Il descendit ensuite dans la rue pour faire une quête fort lucrative, sans doute, car son succès était grand. Remonté sur sa corde, il nous annonce que pour remercier la foule il va continuer à faire ses exhibitions. Son habileté et sa grâce étaient d'ailleurs extraordinaires; le public sifflait à outrance, c'est la manière d'applaudir en Amérique. Dans les
petits théâtres des cités des Etats-Unis, c'est souvent un bruit à ne pas s'entendre pendant plusieurs minutes, d'autant plus que les sifflets sont encore accompagnés souvent de cris sauvages efl'royables qui expriment l'enthousiasme général.
A sept heures du matin, il fallait quitter Portland, mais cette fois une partie du voyage se fait en bateau à vapeur.
La machine est chauffée au bois. On voit à l'avant du steamer une immense provision de bûches qui diminue à vue d'œil par suite des processions perpétuelles de deux ouvriers chinois qui apportent péniblement près du foyer des machines les gros morceaux de troncs de pins coupés.
La journée entière se passe d'une façon délicieuse en longeant les rives de la Willamette et de Columbia river. Les rivages ont un aspect particulier : ils sont bordés en maints endroits de roches volcaniques énormes, elles forment quelquefois des falaises hautes de 60 et 80 mètres qui viennent à pic sur les eaux du fleuve. On voit à leur base des traces de roches basaltiques, puis à leur sommet un deuxième gradin volcanique s'élève, tout rempli de plantes et d'arbres divers.
Le Cap Horn rock, le Roster et le Castle-rock sont les points les plus remarquables. De charmantes chutes d'eau s'échappent aussi de temps à autre du haut de ces roches volcaniques ; les Mullonomah falls, entre autres, sont réellement magnifiques. Elles viennent tomber dans Columbia river en formant deux cascades superposées qui descendent du haut de la montagne.
La pêche du saumon est l'une des industries les plus considérables de ce fleuve. Ce sont les Chinois surtout qui s'occupent de ce travail. Ils vont ensuite porter les poissons aux quelques usines qui longent Columbia river, à Warandale par exemple, où notre steamer s'arrête. On y fabrique les boites en fer-blanc nécessaires pour conserver le saumon découpé en menus morceaux, et les boîtes en bois dans lesquelles elles seront placées pour être envoyées dans tous les Etats-Unis.
Nous arrivons à la fin du jour à la petite ville de Dalles, où il faut reprendre le chemin de fer. Cette cité a un aspect des plus