‹ Six mois aux États-UnisChapitre 37 sur 74 · DALLES ET SES ROCHES BASALTIQUES · texte numérisé non relu

DALLES ET SES ROCHES BASALTIQUES

curieux, surtout dans le quartier qui se trouve sur le haut de la colline. Il est tout entier construit sur les roches basaltiques et souvent ses petites maisons de bois sont abritées contre ces colonnes aux faces nettement découpées qui ont quelquefois 7 à 8 mètres de hauteur.

Les rues montent ou descendent suivant les hasards des for-

Fig. 46. — "Volcan de boue près du lac de Yellovvsione (VVyoming) (d'après nature)

(page 174).

mations basaltiques, dont les différences de niveau sont atténuées par des escaliers de bois.

Toute la vallée de Dalles est remplie de ces roches basaltiques ; elles encaissent Columhia river comme le ferait un quai construit par d'habiles ingénieurs, elles émergent partout du sol à des hauteurs différentes, dans les endroits où la culture ne les a pas détruites; puis le mont Hood, enfm, apparaît à l'horizon,

semblable à une immense pyramide couverte de neige, il domine ce pays intéressant.

Après une nuit passée en chemin de fer, me voici transporté dans la matinée sur les bords féeriques du lac Pend' d'oreille. Un viaduc construit sur pilotis le traverse tout entier.

Quelques Indiens campés sur les bords du lac ajoutent encore au pittoresque tableau que nous ne voyons pas assez longtemps, malheureusement; puis voici Sand Point oii de nombreux Indiens viennent nous voir passer. Encore un viaduc et un autre aperçu du lac, puis nous entrons dans les interminables forêts des provinces de ridaho en suivant les bords du Clarks river et celles des provinces de Montana. Ces régions sont encore à peine exploitées, le chemin de fer n'étant fini que depuis quatre années à peine, et nous nous arrêtons à des stations tout à fait curieuses. Aussitôt fondées, elles ont donné naissance à de minuscules cités qui deviendront peut-être dans l'avenir de grandes villes peuplées comme Chicago ou New-York. La plus étonnante dans son genre est Trout Creek. Une simple rangée de cinq cabanes de bois et de deux tentes abritées par les grands pins de la forêt sont alignées et reliées entre elles par un trottoir de planches ; voilà toute la ville. La station est tout auprès. L'herbe et les fleurs poussent de tous côtés. L'une des cabanes porte une grande inscription peinte : le mot Saloon se détache en noir sur le bois de sapin. C'est là, dans cet abri sans doute, que les quarante pionniers environ qui habitent Trout Creek vont causer des affaires du jour et de leurs projets futurs. La station de White pine est encore moins importante que cette dernière ; je voyais ces petites villes de l'avenir avec le plus grand intérêt; le chemin de fer est loin d'aller à grande vitesse sur ce parcours.

N'ayant qu'une seule voie, il doit s'arrêter quelquefois assez longtemps sur un embranchement afin de laisser passer un autre train. Les voyageurs descendent pendant ce temps et se promènent sous les arbres. Le machiniste sonne enfin sa grosse cloche, tous remontent à l'instant dans les wagons pour continuer le voyage. Puis dans un endroit quelconque de la route, où une

station n'a pas encore été reconnue nécessaire, le chemin de fer s'arrête encore; cette fois c'est un pionnier qui descend en pleine forêt pour rentrer dans sa cabane rustique.

Les forêts sont traversées enfin, et maintenant c'est un nouveau changement. Les prairies sans fin de la province de Montana apparaissent à la vue toutes peuplées de chevaux et de bestiaux, puis en dernier lieu nous longeons les rivages du Missouri.

On est transporté à la vue de tous ces paysages intéressants. C'est l'étonnement à perpétuité. Nous arrivons ainsi à la station de Livingston. Un changement de train pour Cimiabar, un énorme char à bancs attelé de six chevaux ensuite, et nous voilà enfin au cœur de Yellowstone Park, à Mammoth hot springs.

C'est, comme on sait, à la suite d'expéditions scientifiques conduites par l'éminent géologue, le professeur Hayden, avec MM. Doane et Langfort, en 1870 et 1871, qu'il a été donné au public de connaître ces régions merveilleuses de la province du Wyoming. Le gouvernement américain à voulu mettre à jamais à l'abri du vandalisme de si hautes curiosités naturelles que des spéculateurs auraient sans doute tenté de transformer au profit de l'industrie.

Le 1" mars 1872, le congrès des États-Unis signait un décret déclarant propriété nationale les régions découvertes et décrites par le professeur Hayden, en les désignant sous le nom de Yellowstone national park.

Le parc de Yellowstone occupe, dans la province du Wyoming, une surface de 3,575 mille carrés, y compris celle de son grand lac, qui est de 330 milles carrés (5,752,175 mètres carrés). Des montagnes couronnées de neiges éternelles, les Teton's range ou les Titans, ont des sommets qui atteignent 3,500 et 4,000 mètres au-dessus du niveau de la mer, le parc lui-même dans ses parties les plus basses est à 2,000 mètres. Les montagnes et le sol de Yellowstone sont d'origine volcanique, mais les siècles ont passé et nous voyons à présent les vestiges extraordinaires de tous les changements opérés par les caprices de la nature.

Un voyage à Yellowstone était, il y a cinq ans, assez pénible ;

aujourd'hui, si le trajet est long, il n'offre plus de difficultés. L'hôtel construit est considérable, c'est comme un grand caravansérail situé à l'un des plus curieux endroits du parc. On y trouve les guides, les chevaux et les provisions nécessaires pour faire les excursions intéressantes. Il faut camper dans les forêts, et dormir à la belle étoile, un peu comme dans le plateau de Kaibab (Arizona) ; mais tout y est plus facile, on a de l'eau partout, et aux endroits les plus célèbres, des commencements d'hôtel 011 l'on peut se ravitailler et loger même si l'on veut. Encore deux ou trois ans, les Américains pourront aller là aussi confortablement qu'au mont Blanc ou dans les Pyrénées.

Le parc de Yellowstone, ou plutôt cet immense territoire, aussi grand qu'un département de France, est conservé par le gouvernement et classé, pour ainsi dire, par lui comme nos monuments historiques. On lui a donné un gardien chef et neuf gardiens en sous-ordre. Pour les travaux importants, tels que routes, ponts, etc., ce sont les soldats de l'armée qui sont réquisitionnés. Ils vont camper dans le point du parc désigné et achèvent toutes choses. La chasse y est expressément défendue, les oiseaux, le gibier peuvent y vivre en paix. La pêche seule y est tolérée, aussi c'est le rendez-vous des amateurs américains, pêcheurs à la ligne émérites, qui viennent y faire d'abondantes récoltes de truites.

On parle toujours des merveilles de Yellowstone park. Cela est vrai si on entend par là les sources d'eau chaude, le canon de Yellowstone river, les solfatares, les geysers, les volcans de boue, etc. Ce sont des choses uniques, je pense, dans le monde entier ; elles forment un ensemble absolument inouï, extraordinaire, qu'on ne saurait voir que là, tout au complet. Mais les paysages de la forêt qu'il faut parcourir pour aller d'un point à un autre, les torrents et les cascades sont loin d'égaler ceux des Alpes ou des Pyrénées.

Lors de mon passage à Philadelphie j'ai pu rendre visite à M. le professeur Ilayden, qui a été assez aimable pour me donner de précieux conseils sur l'excursion à Yellowstone. Je ne

saurais trop le remercier ici de son obligeance extrême ainsi que M. Hag-ues, du Geological survey de Washington, qui m'a donné tant de bonnes recommandations.

Pour bien voir les curiosités, connues maintenant, douze à treize journées d'exploration suffisent.

La première étape se compose de la visite aux Toiver falls,

Fig. 47. — Source d'eau bouillante au bord du lac Yellowstone (Wyoning) (page 175).

jolies cascades qui s'échappent de hauts rochers volcaniques bizarrement découpés, pour aller se jeter dans Yelloivstone river déjà fort curieux en cet endroit. Des falaises composées de roches basaltiques l'encaissent d'un côté, de l'autre c'est la forêt où nous campons.

Non loin de là se trouve le mont Wasburn, dont il faut faire la facile ascension (3,433 mètres au-dessus du niveau de la mer).

Ce ne sont que pentes de gazon presque jusqu'à la cime, et les chevaux peuvent monter aisément.

La vue y est fort belle, on y découvre le lac de Yellowstone ainsi que la belle chaîne des Titans qui ferme l'horizon.

Les gorges ou canons de Yellowstone river sont ensuite les principales beautés à visiter. On campe tout auprès des rapides de Yellowstone, au milieu des pins. Les eaux s'écoulent en deux chutes superbes au travers de l'étroit couloir creusé par elles, et sont encaissées dans des murailles de 300 mètres de hauteur.

Ces murailles sont remarquables, les rochers qui les composent, calcinés par l'action volcanique, ont pris des teintes extraordinaires. Le jaune de soufre, les couleurs ferrugineuses, verdâtres, violacées, noires, ou d'une blancheur de neige, sont semées dans toute la hauteur du précipice de la manière la plus heurtée et sont d'un éclat incomparable, surtout lorsque le soleil brille. Les eaux d'émeraude de Yellowstone roulent au fond de ces gouffres étranges et la forêt de pins sombre et épaisse couronne tous les rochers.

On remonte, en suivant les bords de Yellowstone river, à la source même, c'est-à-dire au lac de Yellowstone, situé à 2,475 mètres au-dessus du niveau de la mer, avec la chaîne de montagnes des Titans et les forêts dans le lointain.

Sur les bords du lac et dans le chemin qu'on suit pour y arriver, on remarque de nombreuses sources d'eau chaude, des solfatares et des volcans de boue. Le premier dont j'ai pris le croquis est tout auprès de la rivière (fig. 46). Une boue épaisse et bouillante est au fond du cratère qui peut avoir un diamètre de 10 à 12 mètres. De noires vapeurs s'échappent et rejettent sur les parois latérales de nombreuses gouttes de boue de couleur grise qui prennent en séchant les formes délicates de légères stalagmites dentelées. Les vapeurs, en s'élevant, laissent tomber aux alentours de fines poussières toutes blanches et siliceuses. Elles recouvrent le sol et les arbres voisins. La végétation meurt alors dans le voisinage des sources pour reprendre un peu plus loin tous ses droits. Il semblerait parfois que le sol est caché

SOUS la neige, tant le dépôt siliceux est éclatant. Auprès du lac aux eaux glacées, on voit les sources bouillonnantes (fig. 47); leurs teintes d'émeraude ou d'azur sont admirables. Une truite pêchée dans le lac peut être bouillie à l'instant dans la source, à la grande satisfaction du touriste. Les eaux chaudes s'écoulent dans le lac en laissant sur le sol des traces d'oxvde de fer et de

Fig. 48. — Cratères des geysers près de Fire hole river, parc de Yellovvstone, d'après une photographie (page 176).

soufre de teintes diverses, qui témoignent des différentes couches des terrains avec lesquelles elles ont été en contact dans les profondeurs de la terre.

On traverse assez longtemps les forêts pour aller du lac Yellowstone au bassin supérieur des geysers. Ce sont d'assez longues étapes paraissant quelquefois un peu monotones. Il y a des régions entières de forêts brûlées ou mortes, puis les bords du

lac Shoshone. Enfin des bois fort épais de pins, presque tous de même grosseur. Ils paraissent avoir le même âge. Les beaux arbres, grands et séculaires, sont rares dans la forêt. Sous tous ces feuillages épais et sombres, au bout de quelques heures de marche très pittoresque cependant, on se laisse aller malgré soi à une certaine tristesse. Les montées et les descentes se multiplient à travers les arbres. Mon guide me montre enfin de hautes vapeurs s'élevant dans le ciel : nous voici dans la région des geysers (fîg. 48).

Aussitôt notre arrivée dans Upper Geijser Basin, nous voyons le Old Faithful ou le Vieux Fidèle. Il veut fêter notre venue sans doute. Des grondements souterrains se font entendre. Presque aussitôt une énorme colonne d'eau bouillante s'élève jusqu'à 50 mètres de hauteur et retombe sur le sol en minces gouttelettes. Les vapeurs formées s'élèvent dans le ciel en colonne épaisse jusqu'à 200 mètres et plus encore, lorsque le temps est calme : c'est un spectacle solennel, presque émouvant. J'en ai conservé une impression que je ne pourrai oublier.

Nous restons deux jours entiers dans ce vaste territoire des grands geysers. Quelques touristes campent comme nous sous les pins ou au bord de Fire hole river. Ses eaux rapides sont chaudes dans leur passage sur les terres siliceuses des geysers. aucun poisson n'y saurait vivre ; pour eux, c'est la mort que ces eaux empoisonnées par les dépôts sulfureux et les dépôts volcaniques de toute nature que les sources d'eau bouillante lui envoient. Nous nous y baignons avec plaisir cependant, et sous les pins nous trouvons quelques sources d'eau fraîche et réconfortante.

Le bassin supérieur des geysers est le plus important ; dans une journée on est presque sûr de voir quelques-uns de ces jets d'eau naturels, mais l'heure de leur jaillissement est variable, et ne saurait être indiquée à l'avance. Le Vieux Fidèle est exact : toutes les soixante-trois minutes il est possible de l'admirer. Le grand geyser son voisin ne part environ que toutes les vingtquatre heures. Nous l'avons attendu en compagnie, avec des

Alb. Tissandier,

dames et des touristes, tous assis sur le tapis blanc du sol siliceux. Presque en plein soleil, car on ne peut compter le maigre ombrage de quelques pins rabougris, nous avons guetté près de deux heures le moment d'éruption comme on attend un feu d'artifice. Les jeunes dames commençaient à s'impatienter, tapant le sol du bout de leur ombrelle ; enfin les eaux se sont élevées, montant jusqu'à 60 mètres do hauteur, pendant dix minutes environ. L'enthousiasme devient général, on pousse des cris de joie et d'admiration. Peu d'instants après, à quelques centaines de

Fig. 50. — Ci-atère du Old Faitliful après l'éruption, d'après nature (p. 180).

mètres de distance, voilà le Splendid Geyser qui nous attire. On monte vite à cheval, il faut traverser le Fire Jiole et courir au bon endroit, il est encore temps! Le Splendid nous offre quelques minutes de contemplation grandiose. L'élévation de ses eaux bouillantes atteint presque celle des tours Notre-Dame de Paris; les vapeurs immenses colorées par des arcs-en-ciel à l'heure du coucher du soleil ont un aspect merveilleux, elles montent jusqu'aux nues. Dix à quinze minutes se passent, tout est redevenu

calme. Les eaux lancées se sont écoulées en ruisseaux, le cratère du g-eyser est vide, quelques murmures souterrains encore, puis silence complet : en voilà pour quatre ou cinq heures, et ce sera un nouveau spectacle.

La journée se passe ainsi à courir d'un geyser à l'autre; le Vieux Fidèle a le plus de succès. Nous le revoyons au clair de lune et au lever du jour. Les touristes oublient de dormir dans ces parages. Le croquis que je représente montre le Vieux Fidèle pendant son beau moment. C'est malheureusement donner une faible idée de la grandeur des forêts de pins qui encadrent ce geyser et des plateaux à l'aspect neigeux qui lui servent de base. On voit aussi sur le dessin un coin de Fire hole river et, au milieu des arbres, un hôtel nouvellement construit qui sert à ceux qui ne veulent point camper en plein air dans la forêt (fig. 49).

La figure 50 représente le bassin du grand geyser le Vieux Fidèle après l'éruption. Il a formé peu à peu un cratère qui s'élève à 7 mètres environ de hauteur, dont la base est entourée de concrétions siliceuses d'une blancheur éclatante, ressemblant à des dépôts madréporiques ou à des coraux aux formes spongieuses. Les bords de ce cratère sont de couleur jaunâtre aux teintes de soufre donnant l'aspect de délicates broderies.

Le lendemain matin, il nous était réservé un bonheur assez rare : le plus beau geyser, le Géant, a jailli devant nous ; il ne part guère que tous les quatre jours. Il est très irrégulier, mais si la hauteur de ses eaux bouillantes n'est pas plus considérable que celle du Splendid, le spectacle donné est beaucoup plus beau puisqu'il dure plus d'une heure et demie, quelquefois trois heures, paraît-il. Un des croquis ci-contre (fig. 51) donne un des aspects de cette merveille. Les vapeurs qui s'élèvent à plus de 300 mètres dans le ciel obscurcissent parfois le soleil; son cratère admirable, tout sculpté par les dépôts siliceux, disparait dans la masse énorme des eaux lancées. On peut s'approcher cependant en allant du côté du vent. On évite ainsi une pluie de gouttes bouillantes formant sur le sol un torrent d'eau et de vapeur qui vont se perdre dans le Fire hole.

Nous remontons à cheval pour quitter le bassin supérieur des geysers ; mon guide me fait passer bientôt auprès de VExcelsior geijser qui se trouve non loin de la route tracée, sur le bord même de la rivière de Fire hole. D'après les observations des géologues et les récits des voyageurs, l'Excelsior serait le plus grand de tous ceux que l'on a vus jusqu'à présent dans le

Fig. 51. — Le geyser le Géant. Parc de Yellovvstone, d'après nature (p. 180).

monde. Son cratère est réellement énorme, il s'ouvre du côté de la rivière. Le Fire hole reçoit ses eaux bouillantes qui coulent en cascades jusque dans son lit, tout en formant de magnifiques dépôts siliceux. En 1871, lors de sa découverte, les géologues croyaient se trouver seulement devant une source chaude plus grande que toutes les autres connues déjà dans le parc, mais neuf années plus tard le D' Pearle put observer mieux

cette merveille. Il y vit l'eau chaude bouillonner; elle avait une température de 175° Fahrenheit à ce moment, et souvent d'immenses vapeurs s'élevaient du cratère. Il terminait son rapport en disant : « Il est possible que ce soit un geyser dont les éruptions rares doivent avoir lieu à des époques que je ne puis déterminer. »

Une année après ces observations, l'Excelsior donnait raison au D"" Pearle. Le colonel Norris assure avoir entendu les grondements produits par le geyser à une distance de plus de six milles ; il arriva trop tard sur les lieux pour voir l'éruption, mais il put en constater les effets formidables sur les bords de la rivière du Fire liole. En 1880 enfm, au mois de février et le 1" juillet pendant la nuit, les éruptions purent être observées dans toute leur beauté. Le colonel Norris et d'autres savants, alors en excursion à Yellowstone, ont affirmé que les eaux s'élevaient de 30 mètres jusqu'à 100 mètres de hauteur et qu'elles avaient produit dans les environs une véritable inondation. Le petit Fire liole était devenu un torrent immense d'une largeur effrayante, charriant des rochers entraînés par la force des eaux bouillantes. Depuis, l'Excelsior semblait se ralentir, il ne lançait plus ses eaux à de si grandes hauteurs et ses éruptions étaient irrégulières.

Je n'ai pas eu le bonheur de le voir dans sa splendeur, lors de mon passage, et n'ai visité que son immense cratère en traversant à gué le lit du Fire hole. Un léger pont de planches y est construit pour en faciliter l'accès aux piétons.

Les nouvelles effrayantes envoyées depuis peu des États-Unis sur les tremblements de terre de Gharleston , Cincinnati , Pittsburg, Chicago, etc., en août et septembre 1886, vont donner une réputation plus grande encore à l'Excelsior de Yellowstone.

Ses eaux s'élèvent, paraît-il, avec une nouvelle furie depuis ces derniers événements.

Nous rentrons à Maminoth hôtel springs après avoir passé par le bassin inférieur des Geysers et les Gibbon ou Norris Geysers. Ceux-là sont moins importants que les précédents, mais les sol-

fatares y sont nombreux; ils sont mêlés à des som-ces bouillantes et forment ainsi une sorte de vallée avec des lacs azurés et des collines fumantes d'un aspect fantastique. Nous passons aussi dans la région des painted pots ou sources aux bords colorés. Quelques volcans de boue y sont remarquables. L'un d'eux, de couleur gris perle, lance à tous moments de grosses gouttes de

Fig. 52. — Volcan de boue jaillissante, d'après nature.

boue à 3 ou 4 mètres de hauteur environ (fig. 52) ; tout à côté un autre volcan forme de petits mamelons siliceux d'un blanc éclatant, en forme de cloches; elles éclatent et se fondent en crème épaisse dans toute la largeur du cratère.

Plus loin enfin, le long de la route qui mène à Mammoth hôtel, on remarque de hautes murailles d'obsidienne. Ces Obsidian Cliffs, soutenues par des colonnes basaltiques de même nature.

ont un aspect intéressant. Dans le parc de Yellowstone il y a beaucoup de ces formations volcaniques, mais ces murailles élevées sont les plus curieux spécimens qu'on puisse voir.

Le grand hôtel est au centre même des immenses sources bouillantes ou Mamraothhot springs. Ces sources très puissantes ont formé depuis des siècles des dépôts de silice et de calcaire qui, en s'accumulant couche par couche, ont produit des collines. L'eau bouillante s'échappant toujours des entrailles de la terre s'écoule le long des parois de ces monticules artificiels et retombe en cascades, puis en ruisseaux dans Gardiner river. C'est ainsi qu'on admire les formes variées et les couleurs merveilleuses des stalactites, vasques sculptées et broderies sans pareilles, construites par des cascades bouillantes. Les Piilpit Terrace (fig. 53) donnent un exemple frappant de l'aspect de ces sources. Malheureusement, elles sont changeantes, et cet endroit, le plus beau entre tous, tombera bientôt en ruines. Les dépôts siliceux, lorsqu'ils sont entretenus par les légères cascades d'eau bouillante, sont durs et se conservent aisément, mais si la source cesse d'être abondante, ils deviennent friables et se détruisent à l'action des pluies et de la neige. Pulpit Terrace est dans ces conditions; la source meurt et les formations admirables, sculptées par le dépôt continuel des eaux, tombent peu à peu en poussière.

Tout auprès de Mammoth hôtel springs on peut descendre dans l'intérieur d'une de ces sources, tarie depuis longtemps. L'entrée est étroite d'abord, elle a 2 mètres environ de diamètre. A l'aide de deux échelles on arrive à une vingtaine de mètres de profondeur, au-dessus d'un orifice où l'on peut encore pénétrer en s'attachant à une corde. Arrivé à 50 mètres environ dans ces noirs abîmes, il faut s'arrêter. Les odeurs sulfureuses vous suffoquent. Mon guide m'a donné ces détails, car je n'y suis point descendu. L'intérieur de cette source est intéressant (fig. 54); on voit distinctement les couches de calcaires siliceux qui se sont superposées avec la suite des années; l'humidité et quelques mousses vertes qui les recouvrent détruisent peu à peu leur forme. Malgré la réputation àprésentuniverselleduparcde}e//oi^5/o;i^,

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