LE PONT DE BISMARCK
Si le vent s'élève, ces feux deviennent autant d'incendies alimentés aisément par les couches de lignites qui abondent dans ces parages. Ils brûlent alors les sables et mettent en fusion les roches qui y sont mêlées.
Ce nom de mauvaises terres donné autrefois par les premiers Français qui ont exploré le pays ne leur a été donné que parce que le voyage y était difficile, fort pénible même, mais il ne veut pas dire que tout y est inculte. Nous passons au contraire dans de grandes régions de prairies nues et assez désolées d'aspect, il est vrai ; néanmoins des troupeaux peuvent y vivre. L'absence absolue des arbres y rend la vie dure et difficile. Le vent n'est arrêté nulle part et dessèche souvent tout sur son passage.
La compagnie du chemin de fer cherche à encourager les habitants ou les fermiers de ces contrées à faire mettre des arbres. Elle a fait faire elle-même, pour donner l'exemple, des plantations importantes. On en voit déjà les effets à Tappan où plus de deux cent mille arbres et boutures ont été plantés, ainsi qu'à Steele. Dans quelques années, il faut espérer que tous ces efforts seront récompensés et que les jeunes arbres seront assez développés pour former une barrière capable de briser la force du vent.
Les habitations que l'on voit dans ces tristes campagnes ont un caractère particulier. Construites en bois, elles seraient certainement renversées ou ruinées par les ouragans, aussi sontelles entourées complètement par des talus de terre. Des embrasures y sont pratiquées pour donner du jour aux fenêtres, et pour donner accès à la porte d'entrée. Les habitants sèment du gazon sur ces sortes de barricades qui protègent leurs maisons et des fleurs en été pour les rendre plus gracieuses d'aspect.
Les stations se multiplient dans ces prairies dénuées d'arbres et nous passons ainsi en revue bien des petites cités naissantes. Elles datent presque toutes de trois ou quatre années environ, c'est le chemin de fer qui les a fait naître.
La ville de Bismarck, la plus ancienne du Dakota, la capitale de
celte province, date de dix à douze années environ; elle compte 3500 habitants, dont le nombre s'accroît de jom* en jour. Cette cité est célèbre aujourd'hui par son pont de fer construit sur des piles de granit, et qui traverse le Missouri. Ce beau travail a déjà occasionné une dépense de cinq millions ; il est encore inachevé. Un viaduc provisoire en bois relie la partie terminée à l'autre rive du fleuve ; c'est ainsi que nous entrons dans le pays des grandes fermes.
Cette contrée est vraiment extraordinaire à parcourir. Du haut de la plate-forme de notre wagon, nous avons devant les yeux une surface aussi grandiose et aussi unie que celle de l'Océan luimême par un temps calme. C'est une mer de verdure luxuriante, composée de riches cultures de blé et d'avoine. Le spectacle est monotone, sans doute, mais il est curieux à contempler. Que de richesses sont semées sur ces terres du Dakota!
Je m'arrête à la station de Fargo, devenu l'un des principaux centres des fermes de la province, pour aller visiter les terres de M. Dalrymple, le célèbre fermier. Je dois ici le remercier de son cordial accueil. Reçu avec bienveillance dans sa maison, il a bien voulu me montrer lui-même les parties les plus intéressantes de son immense propriété.
Le territoire occupé par M. Dalrymple est d'une contenance de 75,000 acres. C'est un des plus considérables de la contrée, mais il n'est pas cependant d'un seul tenant. Une partie, connue sous le nom de Grandin farm, composée de 20,000 acres, se trouve dans le Trail Coimty, aux environs de Casselton, à vingt milles ouest de Fargo.
Pour cultiver d'aussi immenses territoires, les méthodes européennes seraient loin d'être suffisantes, aussi au Dakota le système est-il tout différent. Il consiste à diviser les terres par sections d'une surface de 640 acres ou 2,589,440 mètres carrés chacune ; ces sections sont divisées elles-mêmes en fermes de 200 acres. Un intendant général doit commander trois fermes. Il est logé dans de grands bâtiments où se tient aussi son administration. Autour de ceux-ci sont construits des greniers, des écu-
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Alb. Tissandier.