MINNEÂPOLIS ET SES MOULINS
matière est portée à l'étage supérieur du moulin par une courroie sans fm de plus de 60 mètres de développement et envoyée ainsi dans un cylindre horizontal recouvert de toile métallique.
Ce cylindre fait 28 tours à la minute ; il conduit par ce mouvement continu la matière déjà broyée au travers de sa toile; elle tombe à l'extrémité du cylindre, d'une hauteur de 7 étages, dans un purificateur et subit une deuxième réduction. Broyée encore plus menue, elle est remontée par une autre courroie sans fm à godets, et ainsi de suite, jusqu'à la septième et dernière opération. Toutes les matières nutritives ont pu être recueillies alors et envoyées au purificateur, il ne reste plus absolument que du son.
L'action du purificateur ne suffit pas encore pour dégager entièrement la farine d'avec certains germes du blé de nature grasse qui ayant la même densité s'y trouvent encore mêlés. On lui fait subir de nouvelles opérations d'écrasement, en la faisant passer entre d'autres cylindres broyeurs ; puis enfin elle est soumise aux effets du criblage et du blutage.
La matière nutritive semble enfin bien dégagée de toute impureté, elle passe cependant encore au tamisage dans les mailles serrées d'une soie fine ; la farine est alors parfaite.
Le débit de chaque jour est de 6000 barils employant 27,000 boisseaux de blé. On en envoie dans tous les pays d'Europe.
Dans le sous-sol du Pillsbiiry mill, à 10 mètres de profondeur, on voit les roues à eau ; deux turbines de 56 pouces de diamètre sont constamment alimentées par une épaisse nappe d'eau fournie par le Mississipi. Elles peuvent donner une force égale à 2700 chevaux-vapeur.
Les gelées de l'hiver arrêtent les petites rivières tributaires du fleuve elles eaux diminuent. Une machine Corliss de 1400 chevaux-vapeur vient alors en aide au travail de l'usine qui est jour et nuit occupée.
La lumière électrique y est installée. 40 lampes Brush, 200 lampes à incandescence Weston et 200 lampes Edison illuminent le moulin. Les propriétaires de cet établissement admirable, les quatre membres de la même famille Pillsbury, ont fait une dé-
pense de plus de cinq millions de francs pour le porter à l'état de perfection et de prospérité oii il se trouve aujourd'hui. M. John Jones, l'un des ingénieurs, qui a hien voulu me diriger dans toutes les intéressantes parties du moulin, me disait avec joie que ses patrons donnaient aux employés, depuis deux ans, outre leurs appointements fixes, des intérêts sur les bénéfices qui ont produit la somme importante de 250,000 francs. Quelques-uns d'entre eux ont pu recevoir annuellement jusqu'à 900 dollars (4500 francs) pour leur part, outre leurs appointements.
« Notre reconnaissance est grande pour votre beau pays de France, m'a dit M. Jones en me quittant; vous voyez ici le purificateur Lacroix, le purificateur français! Sans lui, nous étions des meuniers fort ordinaires, notre farine était noirâtre, souvent mauvaise et personne ne s'en souciait sur les marchés. C'est grâce à l'introduction de cet appareil en Amérique que nous sommes redevables de la prospérité extraordinaire dont nous jouissons aujourd'hui. L'effet produit a été magique, la transformation des moulins a eu lieu : Minneapolis, insignihant village des provinces de l'Ouest, il y a quelques années, sera bientôt la rivale de Chicago. »
Entre les deux villes de Saint-Paul et de Minneapolis qui se touchent presque, il y a une rivalité assez curieuse. Saint-Paul est la cité la plus ancienne, elle semble jalouse de sa jeune rivale. A chaque recensement il y a une lutte acharnée entre elles, la victoire est souvent changeante, le nombre de leurs habitants étant presque le même. Il atteint des deux côtés près de -100,000 âmes. Si l'une des cités accuse quelques centaines de têtes déplus que l'autre, sa rivale prétend qu'il y a eu des tricheries affreuses ; les discussions viennent ensuite sans cependant détruire le bon accord qui existe toujours entre elles. Les journaux des deux localités profitent de ces légères disputes pour faire des plaisanteries qui servent alors d'amusement aux personnes désintéressées des villes voisines.
S'il fallait choisir entre les deux cités, on serait fort embarrassé sans doute. L'une, Saint-Paul, est admirablement située sur le
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Mississipi; étant sur la hauteur, elle possède des vues splendides du fleuve. Minneapolis, la jeune cité, est peut-être plus élégante d'aspect, mais elle est moins pittoresque quoique également baignée par le Mississipi. Plusieurs beaux lacs se trouvent dans ses environs. Les arbres les encadrent de leurs frais ombrages et les plantes aquatiques de toutes sortes voilent leurs eaux limpides. Les parties de pêche et les déjeuners sur l'herbe y ont toujours grand succès dans la belle saison. Les dames de Minneapolis aiment- à orner leur corsage des plus jolies fleurs de ces lacs azurés, les nénuphars blancs, et les petites filles s'en font des couronnes pour les poser sur leurs cheveux blonds. Je ne saurais pour ma part à quelle des deux villes donner la palme.