‹ Six mois aux États-UnisChapitre 53 sur 74 · LE MEDWAY · texte numérisé non relu

LE MEDWAY

atteints, et les cabines ont été témoin de bien des soullVances cachées. Ces journées néfastes ont été oubliées rapidement par les passagers, le beau temps une fois revenu n'a plus cessé durant presque toute la traversée. L'immense panorama de la mer se déroule devant nous avec une vitesse de 310 milles en moyenne en 24 heures. Rien n'est plus charmant que de naviguer ainsi, paresseusement assis sur le pont, n'ayant d'autres occupations que de contempler les nuages aux couleurs merveilleuses et le grandiose Océan.

Sur le ]) ont du Me dwciT/ les causeries sont continues, intéressantes : cent cinquante passagers prennent place cinq fois par jour autour des tables du salon. M. de Lesseps, deux officiers généraux de l'armée anglaise : l'amiral Carpenler et son frère le colonel Talbot, nous donnent la note de la courtoisie anglaise : ils vont à la Jamaïque ; mais arrivés à leur destination, entraînés par les séductions du voyage avec M. de Lesseps, ils nous accompagnent à Colon et visitent l'Isthme avec nous. M. de Molinari, économiste distingué envoyé par le journal des Débats; M. Peschek, délégué de l'iMlemagne, les délégués des chambres de commerce françaises, MM. J.-Ch. Roux (de Marseille), Jules Ferry (de Rouen), Méresse (de Saint-Nazaire), Bichon (de Bordeaux), M. Mottet, administrateur, M. Coltu, commissaire censeur de la Compagnie de Panama, ^L Yillard, M. Lillaz, leur nombreux personnel d'ingénieurs et d'employés, et notre compagnon et ami le docteur Nicolas, dont le rôle grandit à mesure que l'on approche du pays des coups de soleil ; puis enfin trente dames et jeunes lilles qui, par leur présence sur le navire, en ont rendu le séjour tout à fait charmant.

Parmi elles, c'est madame de S..., Belge d'origine, mais Française de cœur, qui aie plus contribué au charme de notre voyage. Par son esprit bienveillant et son gracieux enjouement elle avait hansfoimé le pont du Medway en un salon agréable devenu le centre de toutes les conversations. Quoiqu'à peine arrivée au commencement de l'automne de sa vie, elle est femme d'expérience, ayant fait déjà plus de trente fois la traversée de l'Océan, ot elle

connaît ristlimc de Panama mieux que personne. Son mari a été attaché aux travaux du canal pendant plusieurs années, mais la fièvre jaune Ta emporté, et elle venait une dernière fois à Panama pour terminer ditlerentes aiïaires.

M. de Lesseps a bien voulu, pour nous distraire tous, faire quelques causeries dans les après-midi sur les commencements de sa carrière diplomatique, puis sur les travaux du canal de Suez et ceux de Panama. Quel charmant causeur que M. de Lesseps i sa physionomie si mobile semble s'éclairer lorsqu'il parle ; il est plein de gaieté et de bonhomie, et il nous a tous bien intéressés avec les curieuses anecdotes qu'il nous a dites. Sa mémoire est merveilleuse, puis dans sa longue carrière il a tant vu de choses que les récits et les souvenirs précieux forment pour lui une mine inépuisable de causeries que l'on voudrait retenir et que plusieurs voyageurs cherchent à sténographier.

Pour lui le temps est toujours serein, la mer toujours favorable soit qu'il écarte le voile du passé, soit qu'il déchire celui de l'avenir, c'est avec la sérénité et la conhance des grands prophètes ses prédécesseurs.

Le docteur Nicolas a fait aussi une conférence sur les précautions sanitaires à prendre lorsque nous serions arrivés à Colon. Le docteur a passé cinq années de sa vie dans les parages du Mexique, c'est-à-dire au milieu des fièvres jaunes, putrides et autres qui se trouvent aussi dans l'isthme. Il parait avoir une grande expérienc(; sur ces questions terribles et ses conseils étaient fort écoutés, surtout par quelques jeunes femmes mariées à des employés de la Compagnie. Se haut à leur bonne étoile, elles accompagnaient bravement leur mari pour rester bien des mois dans les travaux du canal.

Nous avions sur le Medway quelques curieux types d'Anglais. Une famille entre autres excitait l'étonnement de tous. Elle se composait du père, de la mère et de cinq enfants. Ils ont toujours vécu en voyage, allant dans les Indes, en Afrique, en Américpie, ailleurs encore s'il est jiossihle. Deux des jeunes enfants sont nés sur un navire, les autres onl vu le jour dans des

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