‹ Six mois aux États-UnisChapitre 55 sur 74 · KINGSTON · texte numérisé non relu

KINGSTON

survécu. Actuellemont elle occupe une surface de 2 milles carrés. Les Anglais font quelques efTorts pour l'embellir. Depuis 1877, Kingston est éclairé au gaz, il possède un jardin central et quelques églises, mais il y aurait bien des travaux à faire encore pour la mettre au rang d'une véritable cité.

Malgré ces imperfections nombreuses, il est curieux cependant de citer le fait, sans doute peu connu, que le cliemin de fer de Kingston à Spanishtown est un des premiers qui aient été construits dans le monde. Il date de plus de cinquante ans.

Quelques promenades intéressantes dans les montagnes environnantes ont pu nous donner une idée générale sur la belle végétation tropicale du pays et les principales productions, qui consistent dans la culture du coton, du tabac et du café. La Jamaïque exporte environ de 800 000 à 900 000 livres de café par année; ce trafic assez considérable, joint à celui des autres produits, et le commerce des bestiaux, fort nombreux dans les montagnes, expliquent l'accroissement notable des liabitants du pays. En 1GG2, File était peuplée seulement par 3 650 blancs et 550 noirs ; le recensement de 1871 donnait 506 154 habitants dont 100 346 mulâtres, 13101 blancs et 392 707 noirs. Actuellement la population est plus grande encore.

Madame de S., qui était restée toute la journée à bord du Medway, paraissait vouloir visiter quelques moments la ville, avant le départ du navire, fixé au lendemain. Elle a bien voulu m'accepter comme guide. Nous sommes entrés dans deux des principales églises de Kingston et cette visite a été fort curieuse.

Il y avait foule dans ces temples éclairés d'une quantité de lumières, mais tous les fidèles, pour ainsi dire, étaient noirs. Les femmes, en grande toilette de couleur des plus éclatante, ornées de chapeaux à plumes et de colliers de corail paraissaient d'ailleurs fort recueillies. Sur une estrade placée dans les galeries du premier étage de l'église, d'autres dames noires, encore plus parées, s'il est possible, plus étincelantes sous leurs mille rubans colorés ont chanté des cantiques pour terminer la

cérémonie. Elles nous ont olTerl, sans s'en doulor un spectacle (le couleur locale, vérilablement bien étrange.

Notre court séjour à Kingston marquait presque en même temps la fin de notre voyage sur mer; nous arrivions à Colon le 17 février, après vingt jours de traversée.

L'amiral Carpenter et le colonel Talbot nous ont suivis avec une valise, en laissant leurs bagages à la Jamaïque, absolument comme les touristes quittent Lucerne pour monter au Righi.

L'expédition se complète à Colon de l'amiral américain envoyé au-devant de M. de Lesseps, avec les officiers de son vaisseau, de M. Biguelow, ancien ambassadeur à Paris, délégué des Etats- Unis, et de sa charmante fille, de M. Constant Andrée, de la Nouvelle-Orléans, du marquis de Teano, grand explorateur italien.

Deux jours après notre arrivée à Colon, nous sommes rejoints par le duc de Sutlierland qui, ayant rencontré à la Jamaïque son ami M. de Lesseps, le suit à Colon avec son yacht, et fait avec nous, accompagné d'une gracieuse dame anglaise, la tournée sur les travaux.

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