‹ Six mois aux États-UnisChapitre 56 sur 74 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Colon et ses rues. — La statue de Christophe Colomb. — Les hôpitaux. — Les travaux de dérivation du rio Chagres. — Le canal. — Les fêtes de Panama. — La Culebra, TEmperador et l'Obispo. — Chantiers de la Boca et le matériel actuel du canal.

Notre arrivée à Colon, signalée de Barbados et de Kingston par télégraphe, était attendue^ et la présence de M. de Lesseps sur le Medway avait attiré sur le port une foule considérable. A peine descendus du navire nous sommes entourés et fêtés par les ingénieurs de la Compagnie. Les nègres de la ville poussent des cris d'allégresse avec un enthousiasme des plus pittoresques.

Deux jeunes filles, ornées d'écharpes aux couleurs françaises et colombiennes, viennent saluer M. de Lesseps et lui offrir des bouquets pour fêter sa bienvenue. Le consul de France, M. Boyer, le nouveau directeur de la Compagnie dont nous devions apprendre la mort si affreuse trois mois plus tard, M. Charles de Lesseps, MM. Bonnafous, Bunau Varilla et quelques autres ingénieurs de la Compagnie arrivent aussi. C'est une réception complète et tout à fait cordiale.

On nous installe bientôt dans les nouveaux chalets construits sur le terre-plein Christophe-Colomb. Ce terre-plein occupe une surface de 1,200 hectares environ; il est formé par les terres rapportées qui ont été enlevées pour le creusement du canal. C'est une sorte de presqu'île avançant dans la mer; elle est toute

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sillonnée par les différentes voies du chemin de fer de l'administration et remplie de nombreux ateliers et des chantiers des travaux. La Compagnie du canal a fait construire d'élégantes maisons de bois le long de la mer pour loger ses fonctionnaires ; des avenues de cocotiers sont plantées, ainsi que des jardins, et pourront, dans peu d'années, donner de l'ombre sur les promenades. Une belle statue de Christophe Colomb en fait l'ornement. Elle était placée il y a quelques années sur un piédestal plus important et beaucoup plus près du centre de la ville, mais par suite des travaux nouvellement terminés, on l'a transportée à l'extrémité du terre-plein, comme on le voit sur mon dessin (fig. 68). Christophe Colomb, debout sur son piédestal, et les yeux tournés vers l'entrée du canal futur semble déjà en protéger l'entrée. M. de Lesseps a présidé^ quelques jours après son arrivée dans la ville de Colon, à l'inauguration du monument, au milieu, d'une grande aflluence de monde et des autorités du pays. Bien aéré par la brise de la mer, le terre-plein est agréable et sain, mais malheureusement il fait exception à Colon. C'est, je pense, la cité la plus malpropre du monde.

Il est impossible d'imaginer le degré de saleté des rues et les odeurs fétides qui se dégagent des terrains marécageux sur lesquels les maisons de bois, habitées par les nègres, sont construites. Il n'y a ni égout ni écoulement pour les eaux, qui restent stagnantes sous les pilotis des maisons et qui reçoivent encore par surcroît tous les détritus et les ordures ménagères des habitants. Les grenouilles et les rats immondes vivent dans ces eaux et parmi les boues de la rue. Tout cela forme de hideux cloaques aux plus épouvantables odeurs. Dans certaines saisons, à l'époque des pluies surtout, il n'est pas étonnant que les maladies et la fièvre jaune élisent leur séjour dans de pareils endroits. Le dessin (fig. 69) que j'ai pu prendre d'une des rues principales de Colon indiquera suffisamment le degré d'insalubrité de semblables habitations.

Le gouvernement colombien a plusieurs fois, paraît-il, fait des efforts pour remédier à cet état de choses, mais la mauvaise

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