COLON
administration du pays et le désordre ont tout empêché. L'argent a disparu, aucun travail n'a été fait.
Si Colon est malpropre au delà de toute expression, Panama, sans l'être autant, est également malsain. L'eau manque dans la ville, et les rues ne sont nullement entretenues. Les ordonnances de police n'existent pas pour ainsi dire au sujet des fosses dans les maisons et des règlements de la voirie, de sorte que tout est
Fig. G9. — Une rue de la ville de Colon (d'après nature).
à faire encore dans cette ville de 20,000 âmes, déjà cependant ancienne dans l'isthme.
Aux heures de marée basse surtout, la mer découvre, aux pieds des vieux remparts de Panama, une terre vaseuse et pleine d'immondices jetées par les habitants. Une odeur fétide se dégage alors de cette bourbe épaisse et va se répandre dans les différentes rues du voisinage. Les urubus, oiseaux au sinistre plumage, poussés par leur voracité, sont les seuls nettoyeurs de la
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ville. On les voit voltiger au-dessus de toutes les immondices, mais ils ne sont pas encore assez nombreux pour tout faire disparaître (fig. 70).
En voyant Panama fortifiée avec de vrais remparts du côté de la mer comme du côté de la terre, en admirant Télégante façade de la cathédrale et d'autres vestiges grandioses, comment ne pas rendre hommage à la puissance créatrice et civilisatrice de cette grande race espagnole qui laissait, il y a deux cents ans, de tels souvenirs. Elle accomplissait des miracles de persévérance et de volonté sous le même ciel brûlant, aussi peu clément qu'aujourd'hui, sans avoir la ressource des noirs, cette providence actuelle du travail tropical. On doit donc croire au succès de l'œuvre française entreprise par M. de Lesseps, si colossale qu'elle soit, quand on songe aux progrès de toute nature accomplis par l'industrie humaine depuis l'époque où les Espagnols ont fait la conquête de l'Amérique centrale.
M. de Lesseps nous a assuré, lors d'une grande réunion avec les notabilités de Panama, qu'il y aurait très prochainement des arrangements nouveaux avec la Compagnie du chemin de fer et le gouvernement colombien. On fera des travaux pour assainir Colon et Panama. La besogne sera, certes, difficile; il faudra exproprier bien des anciennes maisons et des rues entières pour changer les conditions actuelles, mais tous les sacrifices seront faits cependant, la santé générale des habitants de l'isthme en dépend.
Les premières visites que M. de Lesseps a faites ont été, à Colon comme à Panama, pour les hôpitaux. Celui de Colon peut contenir cent cinquante lits. Il se compose de quelques pavillons construits sur des piles de maçonnerie fondées sur le rivage de la mer. Aérés constamment sur toutes les faces, ces bâtiments de bois, peints et blanchis fréquemment, sont d'une propreté irréprochable.
Nous avons pu voir quelques malades atteints de fièvres paludéennes et intermittentes, puis on nous a fait entrer dans des salles 011 les ouvriers blessés ou contusionnés dans les travaux