LE CANAL ET SES TRAVAUX
qui viennent s'y mêler passent encore, en bien des endroits, dans le lit du canal actuel et dans ses tracés. Son parcours entier doit être complètement dégagé. Les parties qui le traversent aujourd'hui seront comblées, le canal passera alors entre deux rivières dont les détours naturels auront été réunis de chaque côté de ses rives par les canaux de dérivation. Le canal lui-même ne sera plus alimenté que par les eaux des deux mers^ l'océan Pacifique
Fig. 71. — Bohio Soldado et le bac provisoire sur le rlo Chagres, d'après nature
(page 248).
et la mer des Antilles. (Voir la carte des travaux du canal interocéanique de Panama.)
Le rio Chagres, que nous avons vu si calme et si riant, avec ses rives verdoyantes remplies des fleurs brillantes des tropiques, est perfide en certains moments. Des crues subites, de 8 à 9 mètres de hauteur, arrivent après des pluies ou des orages violents, produisant des inondations efl'royables qui enlèvent tout sur leur passage. C'est ainsi qu'à Bohio Soldado, en décembre dernier.
un pont (le cliarpento, solidement établi pour relier les deux rives du fleuve afin de faciliter les travaux, a été complètement détruit. Lors de notre visite à ce chantier nous dûmes passer le Chagres dans un bac installé provisoirement. (Voir fig. 71.)
Après cette première excursion aux travaux de dérivation, nous continuons les jours suivants nos pérégrinations dans des travaux qui excitent encore plus notre intérêt.
On traverse la baie de Limon pour entrer dans le canal ; une grande drague, le count de Lesseps, travaille en ce moment (fig. 72), à son élargissement. Les 40 mètres actuels devront atteindre la largeur de 500 mètres pour former un bassin d'entrée long de 2,500 mètres.
Nous suivons ce parcours en bateau à vapeur, tout en nous arrêtant pour visiter des dragues placées de distance en distance dans le canal. L'une d'elles est actionnée par une machine à vapeur de la force de 200 chevaux. Elle peut enlever en 10 heures 12 à 15,000 mètres cubes de terre. Composés de débris madréporiques ou de sable légèrement glaiseux, les terrains sont faciles à enlever dans ces parages.
Notre bateau nous mène ainsi dans le lit du futur canal pendant près de 6 kilomètres. Nous voici près du rio Mindi. Un monticule non creusé nous oblige à débarquer. On nous fait monter sur de petits wagonnets sur rails, disposés pour nous recevoir, et des nègres nous poussent vers le chantier au travers des forêts vierges. Trois cents ouvriers sont là, creusant et enlevant les terres. Ils sont campés sous des huttes de feuillage, c'est une sorte de colonie dans les arbres et les fleurs. On voit les wagonnets remplis de terre remonter les talus à Taide d'un câble mù par une machine à vapeur. Les décombres sont rejetés dans la forêt même, sur l'autre côté des rives déjà faites.
Nous remontons dans d'autres bateaux à vapeur pour suivre encore le canal et parcourir les 2 kilomètres de la dérivation achevée sur la rive droite du Chagres pour arriver à Gatun, situé à 10 kilomètres de Colon.
L'année prochaine les bateaux à vapeur de la Compagnie