PHILADELPHIE. 2J
que le caissier central a reçu l'argent envoyé, il donne la monnaie, acquitte la note et met le tout clans la même boule. Il la lance sur le plan incliné inférieur. La boule arrive à destination,
Fig. 7. — La boule payante des grands magasins de nouveauté (d'après nature).
l'employé n'a plus qu'à tirer à lui le filet E (Voir détail n''2), ouvrir la petite boîte et remettre le contenu à l'acheteur qui a pu attendre à sa place sans être inquiété. L'opération tout entière n'a pas duré plus de deux minutes.
Si les magasins sont remplis d'une foule élégante, dans les usines de la ville, des armées d'ouvriers sont à leur intéressante besogne.
Les immenses ateliers Baldwin, entre autres, sont extraordinaires en leur genre. C'est la plus grande fabrique de locomotives et de wagons-réservoirs à pétrole des États-Unis.
A l'entrée de ce palais du travail, grâce à la recommandation d'un de mes bons amis de la ville, on me remet obligeamment un laissez-passer pour visiter tous les ateliers.
J'entre d'abord dans l'immense pavillon où s'achève le montage des locomotives et des wagons-réservoirs à pétrole. Le mouvement y est extraordinaire. On s'y fait cependant, on admire alors l'entrain des ouvriers et le soin qu'ils mettent à terminer et perfectionner leur œuvre ; on pénètre ensuite dans un autre pavillon de même grandeur. Là se trouvent les machines à vapeur destinées à percer ou à tailler les pièces de tôle et de fonte ; puis toutes les fonderies, les marteaux-pilons en marche, les salles où la fonte liquide coule dans les moules, les nombreux ateliers où l'on fait les pièces de moindre importance pour les machines, telles que vis de toutes sortes, objets de cuivre ou d'acier, etc., les salles de dessins pour les modèles, etc. ; on sort de là ébloui. Le bruit assourdissant des travaux vous fatigue dans ces forges de Yulcain où le mutisme absolu chez les ouvriers est commandé. Il est absolument défendu de causer ou de questionner les travailleurs, enveloppés de flammes et de fumée, qui sont occupés dans l'usine, où l'application et l'intelligence régnent en maîtresses.
De Philadelphie à Washington le trajet est court, mais grâce à toutes les facilités que les chemins de fer américains vous procurent, les voyages sont toujours aisés à faire. A l'hôtel même j'avais fait prendre mon billet, et mes bagages ont été enlevés de ma chambre sans que je m'en sois occupé pour ainsi dire.
On entre dans le wagon à l'heure dite, puis, pendant le trajet, un employé vient vous demander dans quel hôtel vos bagages doivent être portés à votre arrivée dans la ville. A l'hôtel, presque
on même temps que vous, ils sont portés exactement. Pour tout cela, il n'y a eu que quelques mots à dire à des agents polis et intelligents; il n'y arien de plus pratique.
Lorsqu'on vient de quitter Philadelphie et New-York, Washington semble monotone, presque triste. On ne voit point dans ses larges avenues le grand mouvement d'affaires qui règne dans les autres cités des Etats-Unis.
Les monuments publics sont les curiosités principales. Le Capitole domine tout par son grand aspect. Son dôme est immense, ainsi que les bas-côtés tout encombrés de colonnes. Les salles intérieures sont luxueusement décorées, mais tout cela n'a aucune valeur artistique. Le seul point vraiment intéressant consiste dans le vaste panorama de la ville que l'on découvre, sur les terrasses qui entourent ce grand monument de marbre blanc, et du haut de son dôme.
Là évidemment Washington est superbe. Les belles campagnes, les eaux brillantes du Potomac, lui servent de cadre ; ce spectacle vaut à lui seul plus que tous les monuments de la cité.
On venait de terminer cette année le grand obélisque construit en l'honneur de Washington. C'est le plus haut monument du monde, disent fièrement les Américains; cela, je le crois sans peine, puisque les chiffres sont là pour le prouver (fig. 8) ; mais il est loin d'être le plus beau en tout cas. Cette grande aiguille n'offre d'intérêt que par la difficulté de sa construction. J'ai pensé qu'il serait curieux d'en signaler les principaux détails.
Le monument de Washington fut commencé en 1848 par une Société particulière.
Le projet, dressé par M. Robert Mills, comprenait un obélisque de 600 pieds de hauteur, soit 180 mètres environ. Cet obélisque devait être entouré d'une colonnade à la base.
Ce projet fut bientôt modifié. On renonça à la colonnade, et l'on réduisit la hauteur de l'obélisque à 152°", 39. C'est dans ces conditions qu'il a été construit, mais en le surmontant d'un pvramidion de 16°", 77, ce qui porte la hauteur totale à 169"", 10.
La fondation, telle qu'elle avait d'abord été établie par la
Compag-nie, se composait d'un massif de maçonnerie en gros blocs de gneiss. Ce massif, dont la partie supérieure était à 2°", 30 au-dessous du niveau du sol, avait la forme d'un tronc de pyramide quadrangulaire, de 7 mètres de hauteur, la base inférieure ayant 24 mètres de côté et la base supérieure 17°", 55 de côté.
Cette fondation a été notablement renforcée plus tard, comme nous le verrons.
rig. 8. — Hauteur de l'obélisque de Washington comparée avec celle des plus hauts monumeuts du monde (page 23).
L'obélisque a 16™, 90 de côté à la base. Chaque face a, en cet endroit, 4°", 50 d'épaisseur, ce qui laisse un vide intérieur carré, de 7'°, 90 de côté. Ces faces sont en maçonnerie et moellons de gneiss, avec revêtement de marbre blanc. Les blocs de marbre ont 0™,60 de hauteur d'assise, avec 0™,45 à 0™,38 de longueur en queue.
En 1854, on était arrivé à la hauteur de 45™, 60. En 1856, on ajouta 1™,20 environ.
Les travaux furent alors abandonnés jusqu'en 1877.
Le 19 janvier 1877, la Compagnie transmit tous ses droits au gouvernement des États-Unis, et les travaux reprirent en 1878, sous la direction de M. Thomas Lincoln Casey.
Fig. 9. — Monument de Washington (page 26).
On commença par renforcer la fondation. Pour cela, on coula, sous l'ancien massif de gneiss, une couche de béton de 4™, 05 d'épaisseur, sauf dans la partie centrale, où l'on conserva un noyau en terre de 13°", 20 de côté. La couche de béton fut prolongée au delà du massif, de manière à donner
à la nouvelle fondation une base carrée de 37°", 93 de côté.
Pour bien répartir la pression sur la nouvelle fondation, on démolit en partie le massif de gneiss, sous la base de l'obélisque, à peu près jusqu'à moitié de l'épaisseur des faces, et l'on remplaça la partie démolie par un massif de béton rejoignant la couche générale de 4"", 05 dont nous avons parlé.
Ces nouveaux travaux de fondation en sous-œuvre furent achevés le 29 mai 1880.
Comme nous l'avons dit, l'obélisque, au moment oii les travaux avaient été abandonnés, atteignait la hauteur de 46°", 80 environ. On démolit les dernières assises de manière à ramener la hauteur à 45 mètres, et l'on acheva la construction, en suivant le même système, jusqu'à 150 mètres. A cette hauteur, le côté de la pyramide, qui a 16°", 90 à la base, a 10°", 33. L'épaisseur des faces est de 0°',45.
A partir de 135°", 60 jusqu'à 150 mètres, les faces sont entièrement en marbre (fig 9).
Le pyramidion se compose de plaques de revêtement en marbre, de 0°',18 d'épaisseur, reposant sur douze espèces d'arbalétriers, trois pour chaque face, composés de voussoirs de marbre. Les naissances des arbalétriers sont au niveau de 141 mètres, c'est-àdire à 9 mètres au-dessous de la base du pyramidion. Sur cette hauteur de 9 mètres, ces arbalétriers ne sont que des nervures en saillie sur l'intérieur des faces de l'obélisque. Dans l'intérieur du monument, on a disposé une ossature métallique qui sert de support à une cage d'escalier et, en même temps, à un élévateur.
Le poids total de la construction est de 81,120 tonnes de 1,015 kilogrammes, et est ainsi réparti :
Poids de la fondation et de la terre qui la recouvre. 36,912 tonnes. Poids des 45 premiers mètres de l'obélisque (partie
anciennement construite) 22,373 —
Poids de la partie nouvellement construile 21,260 —
Poids du pyramidion 300 —
Poids de l'ossature métallique 275 —