‹ Six mois aux États-UnisChapitre 61 sur 74 · MATÉRIEL DU CANAL · texte numérisé non relu

MATÉRIEL DU CANAL

(les forges sont établis, et un grand nombre de dragues sont préparées pour donner un élan nouveau au travail.

Le canal occupe actuellement, sur son parcours de 70 kilomètres, 18 à 20,000 ouvriers environ. Lorsque tous les chantiers de l'Emperador et de Gamboa, ceux de la Culebra et de la Boca auront complété leurs installations nouvelles, qu'on aura donné enfin au travail général le vigoureux effort nécessaire pour tout terminer, 50,000 ouvriers seront alors employés.

A cette armée de travailleurs correspond un outillage formidable : plus de 40 dragues sont en travail ou prêtes à être mises en œuvre; 125 excavateurs représentant près de 10,000 chevaux de force travaillent aux déblais, plusieurs milliers de chevauxvapeur sont répartis en diverses autres machines, sans parler du matériel de transport qui se chiffre, ou doit se chiffrer, par plus de 250 locomotives dont 170 actuellement en service et 8,000 wagons. Le matériel de voie en usage sur les chantiers représente plus de 500 kilomètres, non compris les voies Decauville, qui sont innombrables; il devra être presque doublé : cest la ligne de Paris à Lyon à double voie. Le matériel flottant compte en bateaux de toutes sortes '.remorqueurs, chalands, etc., plus de 200 engins de transports maritimes, dont le cinquième muni de machines à vapeur ; 500 pompes d'épuisement terminent cette énumération formidable d'un outillage inouï (1) accumulé pour le percement de cette étroite langue de terre que le train du Panama Rail-Road franchit en une heure et demie sur un terrain d'apparence presque plane et sans ouvrages d'art.

C'est cette traversée facile et rapide de l'isthme, c'est cette communication si prompte entre les deux Océans avec la voie ferrée, qui laissent, plus vivement que tous autres souvenirs de la visitp des travaux, l'impression de la praticabilité du travail et de la grandeur de l'œuvre, quand, les yeux fixés sur la carte, on

[{) L'état du matériel a été établi dans le plus grand détail par le rapport remarquable des délégués des chambres de Commerce de France, présenté par M. Jules-Gh. Roux, délégué de la chambre de Commerce de Marseille.

se rend compte des bienfaits de cette nouvelle route maritime de jonction entre les mondes.

Sur tout le parcours, le canal a déjà son sillon creusé plus ou moins profond et notre imagination d'aréonaute nous permet de dire que si l'on traversait l'isthme en ballon, le canal pourrait sembler presque creusé ; à distance du vol des grands oiseaux.

Mais nous n'allons pas jusqu'à proposer cette concurrence au Panama Rail-Road, le railway américain qui côtoie le canal aujourd'hui comme un tuteur bienfaisant et indispensable pour reprendre un rôle plus modeste le jour à perspective prochaine où nos grands paquebots transatlantiques porteront dans leurs flancs en un seul voyage et en quelques heures le trafic de trente ou quarante trains de ce Panama Rail-Road, qui offre déjà le spectacle de nos lignes européennes les plus chargées.

Évidemment, là seulement où passait le chemin de fer, le tracé du canal était possible : c'est l'artère nourricière de cette grande armée de travailleurs ; elle a coûté la vie, dit-on, à bien des officiers et des soldats, mais cela a été très exagéré comme tout ce qui se dit des choses lointaines en général et des choses de l'isthme en particulier.

Au canal de Panama comme partout, la période d'installation a été la plus meurtrière et aussi la plus coûteuse ; si l'efTort et la dépense d'origine ont produit un résultat relativement moindre, riieure est venue des grands résultats. Aussi est-ce avec confiance que nous saluons, avant de quitter les chantiers, cette armée de travailleurs. Elle comptera, comme dans les batailles, des victimes mortes au champ d'honneur pour une œuvre plus glorieuse pour notre pays et moins coûteuse assurément que les conquêtes les plus retentissantes.

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