L\ NOUVELLE-ORLEANS
de 200 pieds. Le Delta du Mississipi occupe un territoire immense, ce sont des déserts marécageux jusqu'à perte de vue.
Le fleuve commence bientôt à s'élargir, les roseaux couvrent le rivage, ainsi que les terrains sablonneux peuplés d'oiseaux sauvages, qui s'envolent effrayés par le bruit du navire.
Puis quelques habitations commencent à apparaître, elles sont ombragées par de vieux arbres couverts de lichen qui les envahit peu à peu et finit par les faire mourir. Les gens du pays
Fig. 77. — Coupe d'un bateau à vapeur de la Nouvelle-Orléans, montrant le mode de chargement des balles de coton. (Page 276.)
font d'amples récoltes de ces plantes parasites et les font sécher. Elles sont employées aux mêmes usages que nos varechs.
Un grand nombre de navires sont rencontrés dans ce long parcours ; nous voyons entre autres un petit steamer qui s'approche à grande vitesse : c'est le bateau des lettres et des messageries qui fait le service des postes des campagnes et villages riverains. Il s'approche du rivage, et lance du haut de son pont une sorte de pont-levis. Trois hommes descendent en courant tout en poussant à terre des barils, des paquets ou d'autres objets. Une seconde presque suffit pour cette manœuvre; les
hommes sont déjà rentrés dans le bateau. Le pont-levis est levé et le steamer est reparti ; il semble qu'il a disparu comme par enchantement pour aller déposer lettres et paquets ailleurs.
Les paysages se succèdent, éclairés par les rayons du soleil ; ce sont des tableaux resplendissants de lumière offrant des aspects véritablement féeriques. A mesure que nous nous éloignons de l'embouchure du fleuve, ses bords se garnissent d'une culture luxuriante. Le Mississipi devient superbe.
Pour arriver à la Nouvelle-Orléans, le voyage dure douze heures environ, mais depuis le golfe du Mexique le panorama qui se déroule sous nos yeux est tellement intéressant, avec tous ses aspects variés, que la monotonie ne saurait exister.
Dans ses parties les plus basses, le fleuve a près de 50 mètres de profondeur; le navire approche souvent près du rivage; le chemin qu'il doit prendre varie d'après les saisons, le chenal étant tantôt sur le milieu du Mississipi, tantôt sur les bords, mais la route parcourue est toujours imposante.
Les détours sont nombreux; les champs de cannes à sucre, les plantations de riz remplissent les campagnes ainsi que les grandes cultures d'orangers. Les arbres couverts de fleurs et de fruits embellissent les rives et encadrent d'une façon délicieuse les maisons et les villas des fermiers et des cultivateurs.
Le commerce des oranges est d'ailleurs considérable sur les bords du Mississipi, aux environs de la Nouvelle-Orléans. Un oranger ne commence à produire des fruits, dans ces régions, qu'au bout de six années. Lorsqu'il a atteint l'âge de dix ans, il peut donner jusqu'à 3,000 oranges par an ; un peu plus tard la récolte annuelle peut aller jusqu'à 6^000. On cite même quelques arbres qui ont donné jusqu'à 8^,000 fruits, mais ce sont des faits rares dont on parle dans le pays comme exceptionnels.
L'entretien d'un oranger n'exige que fort peu de travail : 2 fr. 50 donnés par an à un ouvrier suffisent en moyenne. On comprend le rapport énorme qu'un arbre seul peut fournir à son propriétaire, qui n'a pas d'ailleurs à s'occuper de la récolte. Elle est vendue sur pied ; les oranges cueillies sont enlevées et
Fig. 78. — Presse hydraulique employée à la iNouvelle-Orléans pour comprimer et cercler les balles de coton. (Page 278.)
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mises en paniers pour être envoyées dans tous les Etats-Unis.
Au coucher du soleil nous étions en vue de la Nouvelle-Orléans.
La France cédait, le 20 décembre 1803, la Louisiane aux Etats-Unis, et la Nouvelle-Orléans devenait américaine. L'influence du caractère français, malgré quatre-vingt-trois années écoulées, est encore cependant très sensible dans cette grande cité, qui compte aujourd'hui plus de 216,000 habitants, dont 20,000 de nos compatriotes environ. La gaieté et le mouvement qui régnent dans les rues n'ont pas le caractère des autres villes des Etats-Unis; on pourrait presque croire, en certains quartiers, qu'on se trouve en pays français.
Notre langue y est encore fort répandue d'ailleurs, les ordonnances et lois affichées sont aujourd'hui traduites en français et les habitants des bas quartiers de la ville ne pourraient y séjourner commodément sans être familiarisés avec notre langage.
Un grand nombre de rues ont encore des noms français ; il en est de même pour les enseignes de marchands. On voit ainsi que les anciens colons, les représentants de notre pays en cette cité, y ont laissé des souvenirs profonds, mais de jour en jour ces souvenirs disparaissent graduellement et bientôt, sans doute, ils seront détruits pour jamais.
S'il y a au monde un port d'un aspect étrange et pittoresque, c'est bien celui de la Nouvelle-Orléans.
Du mois de septembre au mois de décembre, un monde d'ouvriers, nègres et mulâtres, est employé à faire la récolte du coton dans l'intérieur de la province. Les chemins de fer, et les navires surtout, reçoivent des cargaisons énormes, le mouvement d'affaires devient considérable.
Les navires de commerce, semblables à des forteresses flottantes aux murailles formées de balles de coton, viennent de toute part inonder les quais et les magasins de la quantité des produits récoltés. Dans un seul'chargement, un de ces immenses bateaux peut quelquefois débarquer plus de 5,000 à 8,000 balles de coton.
Celui dont nous donnons l'aspect (fig. 75), le steamer Hennj Frank, a 95 mètres de longueur, et peut contenir 2^600 tonnes.
Sa cargaison se composait de 9,226 balles de coton, 1,213 sacs de graines de coton, 1,224 sacs ài'oile cake ou tourteaux de graines de lin, 500 sacs de grains divers et 27 colis de toutes espèces. Cetensemble peut être évalué au chiffre colossal de 10,226 balles de coton réunies.
A son arrivée à la Nouvelle-Orléans, le 2 avril 1881, ce steamer lit sensation sur les quais de débarquement et son capitaine J.-F. Hicks reçut des ovations. On n'avait jamais vu jusqu'alors un navire de ce genre portant une si forte cargaison.
Une de nos autres gravures (fig. 76) représente un steamer analogue au premier, c'est le steamer E. D. Richardson; il est, comme on voit, débarrassé de toute sa cargaison.
La méthode de chargement est curieuse; un simple croquis au trait (fig. 77) en facilitera l'explication. Le steamer possède, sur presque toute la longueur de son pont, une salle centrale immense pour les voyageurs S; elle est bordée en L et L parles cabines qui peuvent servir à plus de 200 passagers et par les chambres diverses pour le service, etc. Cette salle jîrend jour sur une galerie couverte B qui sert en même temps à la circulation extérieure. Le premier étage est construit de même façon; un deuxième étage enfin couronne ces galeries de charpente assez élégamment ornées. Au niveau du pont, un large plancher X, maintenu seulement de distance en distance par les fermes de fer qui font partie de la construction de la grande salle et des cabines, vient augmenter la surface générale du steamer. Ce plancher forme un bau considérable ; celui du Henry Frank est de 17 mètres de largeur. C'est sur sa surface qu'on commence à disposer les balles de coton qui sont placées peu à peu de manière à cacher entièrement les salles et galeries où se tiennent les voyageurs. Entre les ballots on a soin de conserver des embrasures pour laisser pénétrer l'air et le jour à l'intérieur. Le chargement terminé, les balles de coton remplissent enfin tous les bas côtés du steamer et montent jusqu'à la galerie supérieure, où les voyageurs peuvent circuler.
Le poids de toutes ces balles de coton fait enfoncer le ba-