QUELQUES FAITS
Le 6 septembre, le Père abbé des Trappistes d'Aiguebelle, de passage à Lyon, est arrêté. On le promène de poste en poste, on lui fait subir plusieurs interrogatoires, mille avanies ; enfin on se décide à le mettre en liberté.
Le 8 septembre, Mgr Guillemin, évèque missionnaire en Chine, arrive à Lyon. Il est arrêté à la gare de Perrache et forcé de passer la nuit au poste.
Le 8 septembre, on parle d'arrêter tous les membres de l'administration des hospices et plusieurs anciens juges du tribunal de commerce. On renonce pourtant k ce projet.
Le 8 septembre, à trois heures du soir, une perquisition est opérée dans le pensionnat des Dames Ursulines de Sainte-Foy. Les gardes nationaux chargés de celte besogne ne trouvent que des éloges à donner aux directrices de rétablissement pour la bonne tenue de leur maison.
Le Séminaire des Missions Africaines, situé Grande-Rue
de la Guillotière, 543, est occupé, le 7 septembre, par un détachement de gardes nationaux. Presque au même moment meurt un des jeûnas aspirants destinés à aller porter chez les sauvages de l'Afrique la liberté de l'Évangile.
Le décès constaté, il s'agit de faire la déclaration exigée par la loi ; un des directeurs de l'établissement va remplir cette formalité, escorté de deux fusils !
L'enterrement est fixé au lendemain 8 septembre...
Le cercueil franchissait la porte du Séminaire des Missions Africaines, on l'arrête.
La bière est ouverte, on en sonde les parois, on remue le cadavre, on écarte le linceul, on décroise les mains pieusement armées du crucifix, « pour voir s'il n'y a pas des armes ou de l'argent cachés. »
Et cela se passait au milieu d'un petit groupe de cyniques, qui ricanaient, qui plaisantaient en face du cadavre. Et une voix demanda : « Qui sait s'il ne fait pas le mort pour s'échapper ? »
La fouille terminée, les porteurs ont la liberté de continuer leur marche.
Les directeurs et les condisciples du défont, qui, muets de douleur, avaient assisté à cette hideuse scëne^ se disposent à accompagner leur frère au lieu du repos... Non 1!!
Cette consolation leur est brutalement refusée. Seul, le frère du défunt, à force d'instances, obtient cette faveur. Il suit le cercueil, placé entre deux gardes nationaux qui Tescortent au cimetière et le ramènent, lui laissant à peine le temps d'achever un De profundis sur la tombe béante de son frère !