QUELQUES FAITS
Le 8 septembre, à huit heures du soir, la cure de Saint- Louis à la Guillotière est cernée par des gardes nationaux. A un ecclésiastique qui veut sortir, on met la baîonneite sur la poitrine. La consigne n'est levée que le lendemain à midi. .
Le 9 septembre, Mgr Ginoulhiac, archevêque de Lyon, revenant de Fourvière, voit sa voiture arrêtée par une troupe de gardes nationaux, qui forcent Sa Grandeur à descendre de voiture pour fouiller dans les caissons.
Le 13 septembre, les Pères Capucins, domiciliés aux Brotteaux, sont mis en fiacre et conduits à la gare de Genève, avec ordre de quitter la France dans les 48 heures.
Dans la nuit du 13 au 14 septembre, une troupe de douze hommes armés pénètrent dans le couvent des Sœurs Clarisses, rue Sala, et réclament tout l'argent qu'elles possèdent.
Ils menacent une Sœur, qui les guide dans leurs perquisitions, de la fusiller y si elle ne leur découvre pas tout l'or de la maison !
Ils forcent la même Sœur de les conduire à la chapelle, cl, là, ils la contraignent d'ouvrir le tabernacle et d'en retirer le Saint Sacrement pour leur prouver qu'il ne s'y trouve point d'argent caché.
Le 17 septembre, les Pères Carmes sont expulsés de Lyon et... de France.
Chacun de ces Religieux avait reçu, quelques jours auparavant, du Père procureur, 100 fr. pour parer aux éventualités d'un voyage qui pouvait devenir forcé. MM. du Comité sont assez prévoyants pour enlever 80 fr. à chacun
des Pères, ne leur laissant que 20 fr. sous prétexte que la somme est suffisante pour se rendre en Suisse.
La chapelle des Carmes est convertie en caserne. Des gardes nationaux, chargés d'y opérer une perquisition, chantent, dans cette chapelle, la MarseillaUey avec accompagnement de l'harmonium.
Nous nous arrêtons là. Si nous voulions rapporter tous les faits de ce genre qui se succédèrent en quelques jours, il faudrait tout un volume spécial.
C'était une passion, un bonheur, une manie de vexer, d'arrêter, d'emprisonner.
Cette folie ne connaissait plus de bornes, au point que, le 31 septembre, M. Andrieux, procureur de la République, ayant cru devoir obéir k une sommation faite par les frères et amis d'avoir à venir donner des explications sur la mise en liberté de M. Sencier, de M. Delaire, etc., dans une réunion tenue au palais Saint -Pierre, fut mis en demeure de donner sa démission.
M. Andrieux eut le bon esprit de refuser, et, à sa sortie du lieu de la réunion , il ne fallut rien moins que l'intervention de la garde nationale pour le retirer des mains des mêmes « purs » qui, dix-sept jours auparavant, allaient briser ses fers à la prison Saint-Joseph.
M. Andrieux, cette fois, se le tint pour dit, et oncques depuis, on ne le revit dans aucune réunion publique. Aussi M. Andrieux est-il très-mal noté à la Croix-Rousse et à la Guillotière : les mauvaises langues de ces quartiers disent que M. Andrieux a flatté le peuple pour « arriver »
QUELQUES FAITS a3
et que, depuis qu'il est en place, il est devenu « fier. »
Le soir même de cette affaire, nous rencontrions dans la rue deux individus qui voulaient mutuellement s'arrêter et se conduire au poste, et qui finirent, bien entendu, par n'y aller ni l'un ni l'autre.
Une dame de notre connaissance, ayant à expédier en Autriche une certaine quantité de médailles, dut aller à l'Hôtel de Ville pour obtenir un permis ; on lui donna deux gardes nationaux pour l'escorter chez elle, visiter le paquet, surveiller l'emballage, et accompagner processionnellement le colis au chemin de fer !!
L'ENSEIGNEMENT CONGRÉGANISTE ET L'ENSÈIGN EMEN t