‹ Six mois de séjour en Angleterre pendant l'année 1836 (volume 2)Chapitre 14 sur 16 · SS · texte numérisé non relu

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dit , des pièces anatomo-pathologiques produites par toutes sortes d’affections et dans tous les principaux organes : emphysème des poumons , ramollissement, tubercules granulés, cavernes, etc.; apoplexie de ce même organe. A ce sujet , nous avons vu une pièce fort remarquable qui a appartenu k un homme qui avait habité long-temps les Indes, employé comme trompette dans un régiment. Depuis quatre ans sa santé était délicate; néanmoins il n’accusa jamais aucune douleur au thorax et continua toujours h souffler dans son instrument. Il succomba presque instantanément et pendant un crachement de sang. A l’autopsie on a trouvé le poumon gauche complètement hépatisé; c’était par conséquent le poumon droit qui avait dû fonctionner tout seul pendant un long laps de temps , et avait fini lui-même par être atteint d’une congestion apoplectique.

Plusieurs pièces pathologiques nous ont fait voir les différentes altérations de la glotte, de la trachée et des bronches dans des cas de croup ; il y a surtout un cas fort intéressant d’œdème de la glotte.

Il y a aussi plusieurs pièces d’ossification arté-

rielles remarquables; une entre autres où l’artère et la veine crurales sont également ossifiées. Pour la première fois , j’ai vu ici l’anévrisme de l’artère coronaire et celle de l’artère de Silvius. Je noterai enfin une altération particulière de l’estomac assez commune dans ce pays, et qui consiste dans un épaississement extraordinaire de ses parois ; il y a un de ces viscères dont la paroi n’a pas moins de douze h quatorze lignes d’épaisseur. La cavité de cet organe est dans ces cas considérablement rétrécie, et, chose remarquable! il est rare que les individus portant cette altération organique en éprouvent d’autres symptômes que de fréquentes indigestions suivies par fois de vomissement.

Troisième section . — Dans la troisième et dernière section je rappellerai les principales altérations organiques que le docteur Mackintosh a trouvées chez les sujets qui succombèrent au choléra. Tout le tube intestinal , depuis son bout supérieur jusqu’à l’inférieur, est le siège d’ecchymoses et injections plus ou moins rouges et plus ou moins foncées , d’après probablement l’intensité de l’affec-

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tion qui attaqua l’organe en vie. Tout le long des gros et petits intestins on voit de petites granulations et des ulcérations plus ou moins profondes.

Plusieurs de ces portions intestinales sont bien distendues et roulées autour d’un cylindre en bois placé aussi dans un bocal également cylindrique, long et étroit ; d’autres portions ont été placées comme un doigt de gant autour d’un tube en verre plongé dans un second bocal; d’autres portions enfin , roulées sur elles-mêmes pour être mieux conservées, sont placées de cette manière dans l’esprit de vin. Je signale ces différens modes de préparation parce qu’ils sont propres à ce cabinet , et pour donner en même temps une idée de la quantité de pièces pathologiques qu’il renferme.

Le cerveau et ses enveloppes présentent également de fortes injections et des ecchymoses ; quelques points fort rares en suppuration. Ces mêmes ecchymoses et ces injections se trouvent en grande quantité dans la moelle épinière ; leur intensité n’est pas pourtant la même partout : tantôt c’est la partie supérieure qui est la plus rouge, et tantôt au contraire c’est l’inférieure.

La trachée-artère , les bronches et les poumons présentent des dispositions analogues. Je ferai remarquer seulement que les poumons offrent, dans presque tous les cas , des traces variées de désorganisation profonde. Le cœur, tout en présentant, ainsi que le péricarde, une couleur rouge pourpre du même genre que les colorations dont nous venons de parler, offre cela de particulier qu’ordinairement les ecchymoses existent à son bord latéral droit , et assez souvent on a trouvé des productions polypeuses dans les ventricules, et par fois aussi dans les oreillettes . Quant aux artères , depuis l’aorte jusqu’aux vasa vasorum , on peut découvrir aisément des pseudo-membranes parsemées par fois de concrétions calcaires.

Telles sont les principales préparations que nous avons trouvées dans le musée du docteur Mackintosh ; mais cela ne suffit pas encore à son zèle infatigable. Il a trouvé moyen de faire dessécher plusieurs pièces renfermées dans de petits cadres et sous verre ; il a lui-même moulé les plus importantes qui semblent posées sur des assiettes en plâtre, et a voulu encore en faire dessiner la plu-

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part à l’état frais, pour que la couleur, la consistance, l’aspect, tout en un mot servît k augmenter le nombre des idées instructives ; passant ainsi des figures en plâtre aux planches , .des planches aux dessications , et de celles-ci à la réalité de la pièce pathologique, a laquelle on peut alors figurer sans peine son aspect primitif.

On ne saurait vraiment ce qu’on doit le plus admirer chez ce professeur, de son talent médical, de ses connaissances anatomiques ou de son imagination d’artiste. Je crois pourtant que par dessus tout il faut louer son talent de praticien; et les quatre éditions de sa Pathologie médicale , jointes aux deux éditions américaines , prouvent suffisamment qu’on lui a rendu justice, et que l’estime et la considération de ses confrères a su le récompenser de ses sacrifices et de ses veilles pour les progrès de la science.

Tout près de la belle institution dont nous venons de parler, il s’en élève une seconde, dite école de chirurgie , tfù l’habile docteur Robertson enseigne la pathologie chirurgicale et les opérations exigées parfois par cette classe de maladies.

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Je crois utile de mentionner l’excellente méthode employée par ce professeur pour mieux apprendre a ses élèves comment se comportent les fragmens osseux après une fracture : il a fait peindre de grands tableaux sur lesquels on voit l’insertion des principaux muscles autour des os des membres dépourvus de toutes les autres parties molles. Je ne sais si cette idée est propre au docteur Robertson, mais il me semble que c’est réellement la meilleure manière de bien connaître l’action des muscles en pareilles circonstances.

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et HApilanx.

Cette ville possède, comme Londres, un collège de médecins et un collège de chirurgiens ; tous les deux ont une bibliothèque assez bien garnie , et celui des chirurgiens a de plus un cabinet ou musée destiné à l’étude de l’histoire naturelle et de l’anatomie pathologique, qui, à en juger par les nombreuses collections de ce genre, est en grand progrès en Angleterre. Ce musée a commencé par une collection ostéologique fort belle , offerte par Barclay , qui fut le premier 'a donner des leçons d’anatomie comparée dans cet établissement. On l’a ensuite beaucoup augmenté en achetant le cabinet pathologique de sir Charles Bell.

Nous avons été un peu étonnés , M. Manni et moi , de trouver encore ici grand nombre de pièces

pathologiques constatant l'affection des troncs artériels avec ossifications, pseudo-membranes, etc.; et le savant professeur Alison , qui nous faisait l’honneur de nous accompagner, nous a dit à ce sujet que l’on comptait dans ce pays un tiers au moins des malades atteints de ces sortes d’affections au système artériel ; affections qui débutent, dans la plupart des cas , par des rhumatismes attaquant, par métastase ou par extension , le principal organe de la circulation.

Il n’y a , à proprement parler, qu’un seul hôpital à Edimbourg ; les autres établissemens de ce genre qu’on y trouve sont autant de dispensaires où les malades reçoivent des consultations et des médicamens gratis , mais ils ne peuvent pas séjourner dans l’hospice même. Parmi ces dispensaires, il y en a deux destinés aux maladies des yeux. Il y a pour chacun d’eux des jours et heures fixes auxquels les malades peuvent se présenter.

Le grand hôpital, ou fnfirmerij-hospitaJ , occupe un des meilleurs quartiers de la vieille ville; il est spacieux et bien aéré, comme tous les hospices en Angleterre, et se divise en deux corps de logis

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communiquant ensemble par un chemin couvert : le premier est destiné aux affections internes ; le second est spécialement affecté aux cas chirurgicaux, et porte le nom AcSurgery-hospital. Les salles de ces deux hôpitaux sont fort belles, mais généralementpetites; elles ne contiennent pas plus de 1 4 à 1 8 lits ; elles sont parquetées tout autour pour que ✓ les pauvres malades ne souffrent pas en descendant de leur couche, et présentent au milieu une réunion de larges pierres carrées rouges et noires, simulant par leur réunion les cases d’un échiquier.

Cet hôpital a un amphithéâtre , destiné à la clinique en même temps qu’aux opérations, qui est bien le plus grand et le mieux disposé que j’aie jamais vu. Chaque élève peut suivre aisément les mouvemens de l’opérateur, et des becs de gaz , pouvant se mouvoir en tout sens , viennent éclairer la salle dans ses moindres réduits lorsque la lumière du jour ne peut suffire. Le hasard avait réuni à cette époque deux grands opérateurs dans cet hôpital, MM. Lisars et Liston. Le premier est un des chirurgiens en chef de Surgery-hospital ; le second

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habite Londres depuis quelques années, et n’étàit ici que de passage. 11 nous suffira de dire qu’ils ne sont pas certainement au dessous de leur renommée ; nous aurons d’ailleurs occasion de revenir plus tard sur M. Liston.

Je citerai brièvement un cas chirurgical que j’ai vu dans cet hôpital , et qui mérite d’autant plus d’être mentionné qu’on n’en possède , je crois , qu’une seule observation qui date de Cheselden.

Un enfant de neuf à dix ans, travaillant dans une manufacture , a eu le bras gauche arraché en totalité par une mécanique mue par la vapeur; le scapulum a été emporté ainsi que la plus grande partie de la clavicule; et, chose étonnante ! il n’y a pas eu d’hémorrhagie ; aucun vaisseau n’a été lié ; la plaie est restée très propre , et on n’a eu qu’a enlever un bout de clavicule. 11 n’y a pas trois semaines encore que l’accident est arrivé , et la cicatrisation est maintenant presque complète.

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Jardin Botanique et Musée «l'Antiquité».

Un magnifique jardin botanique est a deux pas de la ville; il coûta 8,000 livres sterling au gouvernement, et l’on en dépense 1 ,000 par an pour l’entretenir et l’améliorer. Les serres y sont fort belles et très grandes ; une entre autres a à peu près quatre-vingts pieds de hauteur, et son chapiteau est soutenu par huit grandes colonnes en fer: cette serre est destinée aux plantes africaines. Parmi les plantes exotiques , j’en ai vu une dont le nom m’échappe en ce moment, et qui offre une fleur des plus bizarres : imaginez-vous un petit entonnoir long et étroit , destiné a ramasser l’eau du ciel , qu’il verse plus tard sur la plante pour l’arroser. Ce jardin est contigu à celui d’horticulture , où la

société de cenom entreprend toutes ses expériences.

Le dernier établissement scientifique que nous avons visité est le musée d’antiquités, établi dans the royal Society. Ce musée , centre de la société des antiquaires d’Ecosse , contient des pièces assez curieuses, et entre autres plusieurs médailles romaines trouvées en Ecosse même , la chaire qui servit jadis au réformiste Know, et une ancienne guillotine, construite long-temps avant celle dont Guillotin donna l’idée. Le secrétaire de la société , M. Donald-Gregory ( jeune homme d’un grand savoir, et qu’une mort prématurée vient d’enlever h l’affection de ses pareils et à l’estime de ses amis), eut lui-même l’obligeance de nous faire examiner pièce par pièce tout ce qui est contenu dans le trésor dont il était le dépositaire. J’avoue pourtant que je n’ai pu m’extasier devant ce nombre infini de ruines, dont l’histoire n’est jamais bien authentique. La seule réflexion que j’ai faite dans ce cabinet, c’est que puisque les Anglais ont eu depuis long-temps l’idée d’une guillotine , et que , pour mieux se garantir du froid, ils en appliquent continuellement le système aux vitres de leurs croi-

sées (*) , je m’étonne , dis-je , qu’ils continuent a condamner leurs criminels à la pendaison.

Dans ce même établissement de royal Society il y a une petite bibliothèque, quelques objets zoologiques, et il y avait exposition de tableaux à l’époque de notre passage. Parmi ces tableaux nous avons vu quelques bonnes copies. Mais laissons de côté maintenant ce qui constitue l’université d’Edimbourg, et ne considérons cette ville que dans sa position topographique , ou , pour mieux dire , dans sa nature physique.

Les personnes qui ont beaucoup voyagé affirment en général qu’après Constantinople et Naples , la ville d’Edimbourg est celle qui occupe la plus belle position en Europe ; sans avoir vu les deux autres capitales dont il est ici question, je le crois sans peine , car il est bien difficile de trouver réuni un

(4) Il est tare qu’en Angleterre les vitres des croisées soient disposées , comme en France, sur deux moitiés s’ouvrant de dehors en dedans ; on les trouve ordinairement séparées en moitié supérieure et moitié inférieure. La moitié supérieure reste immobile , et l’on fait aisément monter l'inférieure en tirant un petit cordon, lorsqu’on veut se mettre à la croisée.

aussi grand nombre de vues toutes plus pittoresques les unes que les autres. Cette ville, peuplée de 180,000 habitans, est partagée en deux grandes moitiés par une seule rue très large et très droite , dite P rince’ s Street , qui a a peu près deux milles de longueur; à gauche c’est la nouvelle ville, et k droite les vieux quartiers. Ceux-ci, dont la partie la plus élevée est le Cas lie , d’où l’on domine aisément la ville et ses environs, paraissent avoir été bâtis sur une suite de collines qui vont en diminuant du sud-ouest au nord-est. Cette partie de la ville, qui contient l’université et les hôpitaux , n’est pas la plus belle , mais elle n’est pas non plus la moins originale. Figurez-vous qu’on a bâti tout autour du pied de ces collines , de sorte que pour réunir une colline k l’autre et mettre ainsi en rapport les maisons supérieures entre elles , on a dû construire des ponts qui passent sur les maisons basses. La première fois que je passai par le Nortk Bridge , je m’attendais a voir couler au dessous une paisible rivière ; mais au lieu de cela j’aperçus une foule d’individus circulant en tous sens dans les rues qui se croisent en dessous du pont.

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En général, les vieux quartiers présentent des maisons de neuf et dix étages ; mais les rues sont étroites , montueuses et d’un aspect peu agréable. L’autre moitié de la ville, au contraire, formée par les nouveaux quartiers, est tout ce qu’on peut voir de plus beau. Nulle part je n’ai vu des rues aussi larges ; on les prendrait pour autant de places dont chaque côté, du reste, est tiré au cordeau ; Georget- Street surtout mérite d’être mentionnée. Cette rue présente à ses extrémités deux monumens fort beaux, dont l’un est l’église de Saint-Georges, et l’autre une colonne surmontée par la statue de lord Mclleville ; l’église et la colonne occupent chacune une place fort jolie. A égale distance des deux extrémités de Georges-S treel , on trouve deux piédestauxsurmontés parles statues enbronze de Georges IV et de Pitt. Ces statues se trouvent placées vis-à-vis deux larges rues qui viennent traverser, a angle droit , la rue principale dont il est ici question , et dont on ne trouve pas une semblable même à Londres.

Les squares , cirons ,etc. , se trouvent ici en grand nombre , et toutes les maisons qui les entourent

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