DEUXIÈME RETOUR A LONDRES
au te me r^efour a
Pour la deuxième fois de retour dans la capitale, us allons y recommencer nos excursions , car ftte ville est un livre dont on ne trouve jamais la : rnière page ; mais avant tout je vais consigner ici elques remarques sur les moyens de transport autres particularités avec lesquelles le voyageur it se familiariser dans ces contrées.
1° La voiture, a moins de profiter des quatre ces de l’intérieur, est, quoique élégante, fort
incommode , ainsi que nous l’avons déjà et souvent dit ; mais pourtant on gagne en vitesse ce qu’on perd en commodité, et l’on finit par s’habituer à rester suspendu en l’air et assis sur une mauvaise planche pour marcher vite , au risque même de se casser le cou. Il faut se contenter de faire des voyages partiels de douze heures de marche tout au plus, et alors, grâce a la belle campagne qu’on parcourt, moyennant l’absence complète de cahotage, et grâce surtout aux douze milles que l’on fait par heure, on ne sent plus la fatigue — ni la barre de fer qui vous coupe les reins.
Les voitures ne sont pas très chères; néanmoins je préférerais payer quelques shellings de plus et qu’a chaque changement de coachman on ne vînt pas tourmenter les voyageurs. H y a toujours deux cochers , un qui conduit les chevaux , gros joufflu, bien nourri, que vous prendriez pour un grand seigneur ; et un autre qui se place derrière et qui est destiné a garder les bagages. Le premier change toutes les trois , quatre ou cinq heures de marche , et cela se conçoit en voyant combien il faut de soins et je dirai même de tension d’esprit pour
induire quatre chevaux si endiablés. Quant au ;cond cocher, espèce de laquais, il ne change que irsqu’on change de voiture. L’un et l’autre, au ste, sont fort polis, et c’est toujours avec respect soumission qu’ils viennent vous demander votre lelling.
Celui qui est placé derrière la voiture est ordidrement armé d’un long tuyau, en fer-blanc ou i cuivre, de la longueur de trois a quatre pieds , ms lequel il souffle comme un sourd, soit pour ertir la poste voisine de préparer le relais, soit )ur faire ranger sur les côtés de la route les voires ou charrettes que l’on veut dépasser. Ce bruit t des plus désagréables et m’a rappelé le jour •s Rois en Espagne , où les enfans font avec des irnets de terre un tapage infernal. Cependant je iis dire que dans plusieurs voitures j’ai trouvé •s hommes qui, au lieu de ce mauvais tuyau, aient une excellente trompette a clé, dont ils jaient pour la plupart fort bien. Celui, entre 'très, qui nous a conduits a Oxford dans la voire qui va de Londres a Birmingham, avait une ihouchure délicieuse, et je souhaitais toujours
le nouveau relais , autant pour l’entendre jouer <jue pour m’approcher du lieu d’arrivée. Au reste, la trompette a clé et le cornet a piston sont les instrumens qu’on cultive en Angleterre avec le plus de succès.
2° Lorsqu’on arrive a sa destination , on a toujours l’agrément de trouver d’excellens hôtels , où rien ne manque de tout ce qui est confortable. Tous les escaliers et toutes les chambres, depuis le rez de chaussée jusqu’au grenier, sont recouverts de tapis magnifiques très épais et même doublés; les chambres n’ont pas précisément des meubles élégans, mais ils sont tous très propres et de la forme la plus commode que possible. Quant aux lits, ils ont pour la plupart un matelas de duvet pour l’hiver et un en crin pour l’été ; ils sont d’ailleurs très larges, mais généralement un peu courts. On a, en outre, la mauvaise habitude de plier les draps très haut, de sorte qu’ils n’arrivent jamais à dépasser inférieurement le matelas ; il est aisé d’en comprendre les conséquences. J’ajouterai que la plupart des rideaux de ces lits sont en étoffe très \ belle et capable de résister non seulement aux
/ents coulis, mais au itiistral le plus décidé. Toutes es chambres sont chauffées avec le charbon de erre ; néanmoins il n’y a jamais ni odeur ni funée , et Ton souffre certainement moins du froid qu’avec nos feux ordinaires de bois.
3° Les domestiques (femmes pour la plupart, ar le maître ne paie d’impôts que pour les homnes ) sont très respectueux. Ils semblent n’être ccupés que pour vous, et n’osent jamais vous di •esser la parole, à moins que vous ne soyez les remiers a leur parler. Au surplus, il faut leur ommander a l’anglaise, c’est-a-dire d’un ton sec, ar ils sont ainsi accoutumés, et votre politesse leur égard serait jugée a votre désavantage, iiien n’est plus comique vraiment que lorsqu’ils ennent vous adresser une demande forcée : ils approchent de vous lentement sur la pointe des ieds et vous adressent la parole a voix très basse , Ssolument comme s’il s’agissait du secret le plus «portant. C’est surtout a Dublin , dans Greshem- 'tel ( un des plus beaux que j’aie vus) que cette i ibitude est poussée très loin. Lorsque nous étions table, on venait toujours avec ce grand mystère
SIX MOIS L)E SEJOUR
pour nous demander simplement si nous voulions d’un mets plutôt que d’un autre.
4° Généralement les prix sont les mêmes par toute l’Angleterre, et ils ne sont pas très bas pour ceux qui prennent du vin. Quant a la cuisine, c’est presque toujours de la viande rôtie ou du poisson, mais les trois quarts du temps sans sauce , ce qui est un grand avantage dans un pays oii les sauces ne sont pas fameuses. Les portions sont copieuses, et avec ce qu’on donne a deux personnes , quatre et même six pourraient aisément se nourrir. Sous ce rapport l’abondance remplace la variété.
Il est rare de trouver en Angleterre des hôtels français ou italiens , il n’y en a qu’a Londres ; du moins nous n’en avons pas vu ailleurs. Quant 'a ceux de Londres, je les crois peu utiles a un étranger quand il se propose de faire un certain séjour dans la capitale. 11 vaut infiniment mieux se loger dans une maison particulière (*) , où l’on prend un
(J) Nous avons été fort heureux de trouver à Leicester-Squarc, n° tS ( un des meilleurs quartiers de Londres, d’ailleurs le plus central), une très bonne maison meublée, tenue par un Marseillais, M. Deneulain. Habitant Londres depuis longues années, ayant voyage dans
logement pour quinze ou vingt jours; ou , ce qui est mieux encore, dans une maison meublée où l’on prend des appartenons a la semaine.
5° Quant aux bateaux a vapeur, ils sont tous administrés d’une manière admirable : propreté générale et service aussi élégant et aussi exact que dans les meilleurs hôtels. Leur marche , au reste , n’est jamais contrariée par le temps , à moins qu’il n’y ait une forte tempête. Mais le plus souvent on va droit a son but malgré le vent ; ce qui prouve non seulement la supériorité des machines , mais encore le talent de ceux qui les dirigent. Convenons toutefois que le voyageur exotique n’est pas toujours sur ces bateaux dans
tous les coins de l’Europe , il parle assez bien , outre sa langue maternelle , l’espagnol , l’italien , le grec , l’arabe , l’allemand et l’anglais ; ce qui prouve , diront les phrénologistes , qu’il a la bosse des langues. Il est doué d’ailleurs d’une activité peu commune. Pour un prix très modéré relativement au pays, nous y avions un bon logement et un excellent dîner à la française, ayant nous-mêmes la faculté de demander le matin ce que nous désirions pour le soir. Ce faible souvenir de notre part a été bien mérité par son excessive obli-
geance.
une parfaite sécurité. Par cela même que la régularité dans le départ et l’exactitude dans l’arrivée paraissent être la devise de ces bateaux, il arrive par fois que l’on n’a pas consulté Eole, et . alors le voyageur est spectateur intéressé d’une lutte qui s’engage entre la vapeur d’un côté et les vents contraires de l’autre. Dans une de nos traversées sur le canal de Saint-Georges , le vent se déchaîna avec violence , et , partant précisément du point où nous devions arriver, il semblait vouloir briser tout ce qu’il rencontrait sur son passage. Croyez-vous que cela ait fait dévier notre capitaine de sa route? Pas du tout : inébranlable a son tour, il s’est contenté de corroborer son estomac ainsi que celui de ses marins , et doublez le feu ! a été le seul ordre qu’il ait donné a ceux qui étaient destinés a approvisionner le paquebot de vapeur. Le bâtiment , retenu par le vent , semblait se coucher-tantôt a gauche, tantôt a droite , et les roues tournaient en l’air ou ne tournaient qu’a demi. Pour peu que cette lutte eut duré, les choses se seraient mal terminées. Heureusement la machine était solide et les vents se lassèrent.
À ce sujet, on voudra bien me permettre une courte réflexion sur certains esprits qui , pour mieux décrire la nature , veulent la surprendre dans tout ce que ses phénomènes offrent de plus exagéré , sans savoir si en pareilles circonstances on a assez de force morale et de sang-froid pour examiner attentivement des tableaux de ce genre. On prétend donc que la mer en fureur est une
source de grandes idées Oui, sans doute pour
celui qui est en sûreté; mais quand le pauvre voyageur se trouve ainsi placé sur une terre incertaine prête sans cesse a s’ouvrir pour l’engloutir, il oublie tous les rêves passés et présens ; et s’il conserve encore assez de calme au milieu de la tempête qui l’entoure , ce ne peut être que pour concentrer son esprit sur sa conscience et penser si , par le peu de bien qu’il peut avoir fait, sa mémoire, après lui , sera exempte de reproches et sa vie future plus heureuse.
Hôpitaux (i).
M’étant proposé de traiter ailleurs , et d’une manière spéciale, de tout ce qui se rattache aux hôpitaux et hospices du Royaume-Uni , je n’en parlerai pas longuement ici. Toutefois je dois dire, dès à présent, qu’ils sont fort nombreux et généralement bien administrés. On pourrait seulement souhaiter qu’on y visât un peu plus à l’économie , ce qui permettrait d’y recueillir un plus grand nombre d’individus. Les frais surtout de nourriture
(l)Je dois de vifs remercîmens à M. le docteur Bureau-Riofrey, qui a bien voulu me servir de guide dans les hospices de la capitale. Ce jeune médecin français , doué d’une belle intelligence et d’une grande activité , s’est établi à Londres depuis quelques années et y exerce son art avec succès , honorant à la fois et sa famille et le» écoles de son pays.
montent h des sommes énormes , et cela grâce a la crainte maniaque qu’on a de voir les malades mourir de faim. Qu’on soit affecté d’une maladie sthénique ou asthénique ( c’est-a-dire par excès de force ou de faiblesse ) , les malades veulent bien manger et mieux boire; et ce qu’il y a de plus étonnant , c’est qu’on se rend avec docilité à leurs désirs. Il est aisé de concevoir les résultats de cet abus.
Chaque hôpital a une administration particulière , et c’est presque toujours a cette meme administration qu’appartient la nomination des médecins et des chirurgiens. Au reste, on a ordinairement lieu d’applaudir aux choix que l’on y fait ; et la meilleure preuve de cela , c’est qu’on trouve un Liston et unEllioston a l’hôpital du Nord, Lawrence a Saint-Barthélemy, Brodie h Saint- Georges, Copeland a Middlesex , Gregory a celui des varioleux , etc.
Quant a l’hôpital de Guy, dont j’ai déjà dit quelques mots , ce n’est pas le moins bien partagé en fait de chirurgiens; et tout en rendant justice au talent du docteur Key, nous citerons particulièrement sir Astley Cooper, qui est le chirurgien en
chef consultant de cet hôpital. Après la mort de Dupuytren et de Scarpa , l’Europe médicale vénère en lui le premier chirurgien existant. Grand , frais, robuste et à larges épaules , il a une de ces heureuses constitutions qui peuvent aisément résister a tous les travaux dictés par un génie peu commun. Cet homme remarquable est d’une douceur et d’une amabilité extrêmes.
Les travaux de sir Astley Cooper sont connus de tous ; ses recherches sur les fractures, sur les anévrismes , sur les hernies et sur tant d’autres points chirurgicaux et physiologiques , ont fait faire a la science des pas gigantesques, et sa gloire n’a plus rien a ambitionner. Disons pourtant que si ses beaux travaux sont connus , ses préparations ne le sont guère; beaucoup de personnes en parlent, et il en est peu qui aient pu se procurer le plaisir de les voir. Nous avons été assez heureux pour appartenir a la minorité , et il sera longuement question ailleurs des magnifiques préparations que nous avons trouvées dans ce cabinet. Je citerai seulement ici une pièce assez curieuse, capable de dérouter leplus habile anatomiste.
11 s’agit d’une transposition complète d’organes ?liez une femme de soixante-sept ans, et qui jouit jourtant jusqu’à cet âge d’une bonne santé : le cœur ;st a droite, le foie a gauche , l’estomac, a droite , linsi que la rate , l’aorte abdominale et le pancréas ; e cæcum est a gauche, etc.
Sir Astley, qui vient de publier un mémoire fort ntéressant sur la ligature et la compression des trtères vertébrales et carotides , a eu l’extrême >onté de repéter devant nous ses expériences ur un lapin ; et peu de minutes après qu’il comprimait, avec les pouces, les artères vertébrales du nalheureux animal , la respiration a en effet cessé omplétement, et le lapin serait indubitablement lort, si l’on n’avait pas cessé assez tôt lacompreson des artères.
Il a bien voulu ensuite nous entretenir quelque ■mps de ses recherches sur la structure et sur les onctions du thymus, dont il s’occupe en ce molent (*); et je rappelle cette circonstance pour ter textuellement une réponse de sir Astley qui
(1) Voyez son mémoire publié avec King.
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prouve admirablement bien toute la lionne foi qu’il met a ses recherches et à ses expériences. Pendant qu’il nous faisait voir, par une préparation des plus délicates, les deux membranes qu’il a trouvées dans ce qu’il nomme les réservoirs du Lhymus, je lui dis : Tous said , and it is. No! me répondit-il aussitôt , it is and I said. Le caractère scientifique du grand chirurgien de l’Angleterre respire dans cette réponse. La bonne foi en toute chose est toujours une belle vertu , mais on doit la trouver surtout inappréciable lorsqu’elle accompagne un génie vaste et investigateur.
tfomerset-IIouse.
L’édifice situé dans le Strand et connu sous le 10m de Somerset- House est un des plus élégans *t des plus vastes de Londres ; sa façade sur la Tanise , ornée d’une belle terrasse ; sa grande cour >resque carrée , et dont chaque coté n’a pas moins le deux h trois cents pieds de long ; ses beaux poriques, ses belles arcades, tout l’ensemble, en un not, plaît au visiteur et peut l’intéresser. Il a été, lit-on , dans son origine , bâti par Jean de Padoue n 1549, par ordre du duc de Somerset, Edouard •leymour. Mais ce monument , originairement de tyle grec et gothique, fut démoli en 1775 et re- ♦âti d’après les plans de sir William Chambers. Ce alais fut jadis habité par plusieurs reines douaiières; mais maintenant il n’est occupé que par
différentes administrations et divers établi ssemens particuliers , dont le seul qui puisse nous intéresser est le collège royal.
Ce collège a été fondé peu de temps après qu’on a créé l’université de Londres , et l’on donne différentes interprétations aux intentions qui ont présidé a la fondation de cet établissement. Quoi qu’il en soit, son objet est d’assurer a la jeunesse de Londres et de ses environs les bienfaits d’une éducation économique , scientifique et religieuse. Ce collège est patronisé par les dignitaires de l’église et par un grand nombre de personnes de la haute noblesse. Il est divisé en deux branches , l’une pour les classes des jeunes élèves, l’autre pour l’éducation des jeunes gens qui ont déjà pris leurs premiers grades. Plusieurs branches de la science médicale y sont enseignées par d’habiles professeurs ; nous citerons avec plaisir celui de jurisprudence médicale , M. Fergus, qui promet un brillant avenir (M.
(I) Ce jeune professeur, aussi modeste qu’instruit, est mort dernièrement, vivement regretté de ses nombreux amis et de tous ceux qui l’ont connu.
J’ai trouvé dans cet établissement un joli musée anatomique et pathologique et une bibliothèque donnée au collège par Marsden , peu volumineuse, mais fort originale. On a réuni des livres de tous les pays et de tous les idiomes , dans l’intention de aire des cours de littérature polyglotte.
En sortant du collège royal nous avons été surpris par un fog (brouillard) des plus épais, sorte de fumée jaunâtre qui enlève aux hommes la lumière et les empêche en meme temps de respirer. V midi on n’apercevait déjà plus le soleil , et on ne mouvait y voir a deux pas devant soi : à plusieurs ’eprises nous avons été obligés avec mon ami de nous tenir par le pan de l’habit. Toute la cité i été immédiatement éclairée, et malgré cela les nombreuses voitures, omnibus et charrettes qui ârculent dans ces quartiers, s’entre-choquaient les unes avec les autres, comme deux troupeaux de moutons qui se croisent sur une grande route. 11 nst beaucoup moins dangereux en pareille circonsance de marcher a pied sur les trottoirs. Cette •elle nuit au milieu du jour a duré jusqu’à cinq neures environ, et il ne faudrait pas souvent de
pareils fogs pour que l’étonnement de la nouveauté se changeât, chez les continentaux , en inquiétude et impatience insupportables ; car on se figurerait difficilement, entre autres choses, quels picotemens sont déterminés sur toutes les membranes muqueuses par ces épais brouillards. Et il faut encore ajouter à ces brouillards toute la fumée des manufactures , retenue dans l’atmosphère et retombant avec le fog sur le nez des passans , dont l’aspect blême se change bientôt en figure de charbonnier.
F. N ANGLETERRE
H'ark - Boute.
(MAISON Ut T R ATA IL.)
Dans toutes les villes où les richesses sont accunulées sur une petite minorité , il y a beaucoup i’indigens; et ce nombre doit être bien plus grand encore dans une ville capitale où l’on ne compte >as moins de deux millions d’habitans. Il y a donc beaucoup de pauvres a Londres, plus peut-être pi’ailleurs , quoique, vu la rigueur des lois sur ce joint , on n’en rencontre pas dans les rues. En evanche on va les chercher dans leur lit de misère :t on les place dans une maison de travail , où on cur fournit tout ce qui leur est nécessaire. De leur :oté, ils travaillent, quand ils en ont la force , a
différens objets destinés a l’établissement même, ou a être livrés au dehors.
Il y a a Londres plusieurs établissemens de ce genre , et l’un des principaux est celui de Maryle-Bon, que nous venons de visiter. Cette maison de travail contient environ 13,000 personnes, hommes, femmes et enfans des deux sexes. Les uns et les autres sont choisis dans chaque paroisse par un comité formé d’un certain nombre d’habitans de la paroisse même , destiné a examiner quels sont ceux qui réellement manquent des moyens nécessaires pour suffire a leur existence. Reçus dans cet établissement, les infirmes sont envoyés à l’infirmerie contiguë à la maison; et ceux qui peuvent travailler, hommes et femmes, sont placés dans des chambres particulières , où on les occupe selon leur savoir-faire. J’ai vu des femmes employées a faire cette espèce de charpie appelée tint. L’instrument consiste en une espèce de râpe , tombant en travers sur du vieux linge ; cette râpe est continuellement relevée par un ressort qui la retient en l’air, et une corde qui aboutit aux pieds de celle qui travaille ramène à chaque instant , et
à des intervalles réguliers, la râpe sur le linge. Quant aux enfans, dès qu’ils ont atteint un certain âge , on sépare les garçons des filles , et chacun d’eux est occupé a un ouvrage spécial.
Il y a une chambre pour les jeunes tailleurs, une autre pour les cordonniers, etc. Les petites filles cousent ou filent , ou sont employées a d’autres occupations propres a leur sexe. En outre, on leur enseigne à tous a lire et a écrire dans deux écoles spéciales, afin que plus tard, lorsqu’ils sortent de l’établissement , ils puissent cultiver ; le métier qu’on leur a appris avec succès ; et , de plus , on leur fait faire un exercice gymnastique qui est vraiment remarquable. Imaginez-vous deux cents enfans environ rangés sur quatre rangs dans une large cour, et placés a la distance de la longueur du bras droit , que chacun appuie sur l’épaule gauche de son voisin. Un jeune colonel de 12 ans, placé lui-même sous les ordres du grand directeur, maître de l’école, commande cette jeune troupe, et deux ou trois champions rangés devant le premier rang fournissent un modèle de l’exécution des différens commandemens , transmis à
haute voix par le colonel. Ces exercices consistent en autant de mouvemcns réguliers de tout le corps et des membres surtout, tendant tous au développement des muscles de cette belle jeunesse. On les fait ensuite courir en sautant tantôt sur une jambe et tantôt sur l’autre ; et tous ces mouvemens sont exécutés avec une régularité et un ensemble étonnans. Ces exercices ont été terminés par ceux du mât et de la corde. Ces jeunes enfans grimpaient sur l’un et sur l’autre avec autant et plus de facilité qu’un singe, et avec un courage inimitable. Etonnez-vous, après cela, qu’ils deviennent bons marins.
Tous les habitans de cet établissement, grands et petits, sont assez bien nourris, quoique chaque individu ne coûte que 3 pence Vi par jour quand il est bien portant , et 5 pence environ quand il est malade. Il faut évidemment déduire de la dépense générale et totale ce qui est gagné journellement par ceux qui, en état de travailler, font toujours de l’ouvrage au profit de la maison. Je dois ajouter meme que les petites filles qui travaillent reçoivent 6 pence par semaine; j’ignore si cette mesure est
KM ANGLETERRE
également applicable aux adultes. Pourtant je crois pi'en général ceux qui, jeunes encore, travaillent 3tsont en état de sortir plus tard de rétablissement, reçoivent toutes les semaines une légère récom- Dense proportionnée a l’ouvrage qu’ils font.
Généralement les dortoirs de l’établissement sont arges et bien aérés. Les lits , tous en fer, ont de )eaux draps, un bon matelas et surtout de bonnes •ouvertures de laine. Disons cependant qu’il y a lans l’établissement quelques chambres de travail [ont la malpropreté égale la misère. L’odeur y est nfecte , et je doute que le système respiratoire e ceux qui y passent une grande partie de la ournée ne souffre beaucoup de l’insalubrité de es taudis.
Je ne quitterai pas cet établissement sans parler u bon pain qu’on y fait, et de la disposition de la i lisine, contenant trois ou quatre cuves en pierre oublées en fer jusqu’au rebord , qui est garni une couche de plomb. Une de ces cuves est desnée au thé pour tous lesliabitans de JVark-House . e robinet est une vraie fontaine; et on est encore us disposé a lui donner ce nom , quand on en voit
sortir cette eau jaunâtre qu’on veut bien , par pure convention , appeler infusion de thé : c’est tout au plus , en vérité , si on y trouve l’odeur de la plante chinoise.
Intlla -Ilouse.