MAISON DE LA COMPAGNIE DES INDES
Toute réflexion sur la grande compagnie des ‘ndes serait ici inutile ; tout le monde en parle , out le monde la connaît , ou croit la connaître ; conséquemment je n’entrerai dans aucun détail ur cette immense administration. Néanmoins je eux vous décrire, du grand hôtel de la compagnie
I es Indes, la partie la plus curieuse pour celui qui >3t étranger a leurs grandes spéculations : c’est un magnifique musée. Toute la collection qui s’y trouve
été peu a peu recueillie dans les Grandes-Indes,
I I quoique les objets en soient assez nombreux , il en a moins pourtant qu’on pourrait le supposer ’avance, ce qui fait un peu douter de l’authen-
ticité de certaines collections particulières fabriquées en Europe etqu’on baptise comme asiatiques. Les objets suivans nous ont plus particulièrement occupés :
1° Une belle collection d’ouvrages écrits sur des morceaux d’écorce d’arbre , formant par leur superposition une espèce d’éventail. Dans cette bibliothèque d’un nouveau genre , il y a beaucoup d’exemplaires du Koran , dont je n’ai pu apprécier l’édition.
2° Registre des rêves du sultan Tippo-Saïb. Non seulement il voulaitqu’on enregistrât ses rêves, mais encore il faisait noter scrupuleusement les interprétations qu’il en tirait.
Convenons que les archives de maître Tippo doivent être intéressantes pour la postérité.
3° Collection d’idoles de toutes formes et de tous genres. La plupart sont en marbre noir, et mon ami a trouvé que généralement l’expression de la phy- ; sionomie en est fort bonne.
4° Quelques lignes écrites par Olivier Cromwel a l’administration de la compagnie des Indes. Pour quelqu’un qui ne veut pas juger Cromwel histori-
Ljuement , il est agréable d’examiner l’écriture d’un bomme qui a eu tant d’influence sur son pays.
5° Large pierre de Babylone avec une longue inscription , et quelques pierres , dit-on , de la Fameuse tour de Babel, a l’authenticité desquelles m ne vous force pas de croire.
G0 Selle d’élépliant, construite en cuivre et en mgent, avec des reliefs aussi élégans que bien faits. Foute la selle ne pèse pas moins de 900 livres.
7° Très joli palanquin, d’une forme nouvelle, pi’on dit être fort commode pour ceux qui emdoient ce moyen de transport.
8° .l’avais entendu parler des grandes chauvesmiris qti’on trouve aux ïndes, mais je n’en ai vu u’ici ; elles sont presque aussi grosses qu’un gros <oulet,ot leurs griffes énormes n’ajoutent pas peu iu hideux de leur aspect. Si deux de ces animaux tttaquent un homme endormi , il faut que son sommeil ne soit pas trop dur, sans quoi il est perdu.
9° Un très grand et très beau livre avec les plans e tous les établissemens qu’on trouve aux Indes : es vues de Madras, Calcutta, etc., y sont desnées avec une exactitude, dit-on, admirable.
10° II y a quelques instrumens de musique, entre autres un violon et un systre métallique ; mais leur imperfection, je dirai plus, leur stupidité, ne trahit que trop l’organisation musicale des indigènes de ces contrées péninsulaires.
1 1° Je citerai enfin différens objets qui furent saisis dans le palais de Tippo-Saïb. Il y a sa cuirasse et ses armes , dont la moitié est en bois avec des dents de poisson incrustées. Mais ce qu’il y a surtout de remarquable , c’est l’instrument de distraction avec lequel ce chef aimait a passer ses heures d’oisiveté. Voici en quoi consiste cet instrument : un pauvre Indien est renversé et tenu par un gros tigre qui lui implante ses griffes dans différentes parties du corps, et se dispose a le déchirer en ouvrant sa large gueule. En tournant une manivelle placée a côté de cette machine , on agite un soufflet intérieur qui fait simultanément pousser des cris au pauvre Indien et au tigre, avec la différence que les uns sont de détresse et les autres de férocité. C’est en tournant la manivelle de ce véritable orgue de Barbarie que le fameux Tippo-Saïb entretenait son humeur philantropique.
F.N ANGLETERRE
In faut - Scliool.