‹ Six mois de séjour en Angleterre pendant l'année 1836Chapitre 20 sur 23 · ÉCOLE POUR LES ENFANS · texte numérisé non relu

ÉCOLE POUR LES ENFANS

Depuis long- temps il a été presque partout lopté , pour l’éducation des enfans , ce nouveau ode d’enseignement , dit enseignement mutuel, •es établissemens de ce genre sont très multipliés i France, et sous tous les rapports ils laissent peu désirer. Pourtant nous venons de visiter une école emfans de la paroisse de Saint-Georges, ffanoverunre , oimous avons trouvé un certain nombre pratiques particulières , constituant autant de riétés dans le fond de la méthode , qui est ici la 'me qu’en France. La salle est en forme de croisât, et sur les bancs tout autour nous avons compté •eu près 1 50 enfans , depuis Page de quatre ans

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jusqu’à huit environ. Les jeunes filles occupent les places plus rapprochées du centre, et les garçons sont en dehors.

Deux maîtres et une maîtresse se partagent les soins généraux, et ils m’ont paru avoir tous trois beaucoup de patience. Au commandement monosyllabique d’un des maîtres, tous les enfans se lèvent ou s’asseoient, et commencent à débiter leur leçon en sautant et en chantant. Ceci paraîtra d’abord singulier, et pourtant rien n’est plus vrai. Chaque idée principale est accompagnée d’un geste particulier des bras ou des jambes; et comme tous ces gestes , exécutés en même temps par tous , se succèdent aussi promptement que les idées que le maître leur fait exprimer, figurez-vous la quantité de mouvemens qu’ils doivent exécuter. Parle-t-on du haut , toutes les mains se dirigent vers le ciel ; parle-t-on du bas, tous les élèves montrent la terre. Des gestes analogues indiquent ce qui est devant eux, derrière eux , a l’est , à l’ouest , etc. , de sorte que ces jeunes enfans finissent par avoir des idées aussi exactes que possible. Veut-on ensuite leur donner une idée de ce que c’est qu’un angle droit, un angle

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btus ou un angle aigu ; veut-on leur apprendre ce ne c’est qu’une ligne droite, une ligne courbe ou eux parallèles : des boules de différentes couleurs, assées h travers plusieurs fils de fer fixés a un ïdre, leur représentent parfaitement bien l’idée u maître en relief. C’est avec ces mêmes boules u’on leur apprend a compter les unités , les ixaines , centaines, etc., ainsi que les nombres [imposés de plusieurs chiffres; et, qui plus est, on s fait comptera haute voix et tout en chantant ne chanson dont les paroles ne se composent îe de noms de nombre, depuis un , deux, trois, îatre, etc., jusqu’aux plus composés.

En résumé, on cherche, pour ainsi dire, à pernnifier pour les enfans les choses dont on leur rie. L'exemple suit l’idée, et pour qu’ils ne s’en- ; lient pas en restant assis huit ou dix heures de la i îrnée, ce qui certainement nuirait a leur santé, les exerce a chanter et a jouer avec leurs peLils unbres, et avec une régularité parfaite; parvent ainsi a leur donner en même temps l’idée de l'dre et un commencement d’instruction solide i leur sert toujours plus tard. Pour eux , appren-

dre par celle méthode , c’est jouer ; et ne croyez pas qu’ils soient pour cela moins instruits, bien loin de la : ils lisent d’abord très vite , et je me suis assuré que quelques-uns de ces enfans connaissent les principes de la géographie, par exemple, beaucoup mieux qu’on ne pourrait le croire. Quant a ceux qui n’ont que trois ou quatre ans, ils apprennent toujours comme des singes , c’est-à-dire par imitation. Rien de plus drôle que de voir ces petits marmots répéter, avec une grande attention , tous les mouvemens et les moindres syllabes prononcées par ceux qui sont plus avancés en âge.

Chaque paroisse, a peu près, a son école; et comme les riches paroissiens s’imposent une contribution volontaire destinée a l’instruction de la classe la plus pauvre, les parens de ces jeunes enfans ne sont tenus de payer que la modique somme d’un penny , c’est-à-dire deux sous par semaine pour chaque individu. Une excellente règle veut d’ailleurs qu’aucun enfant ne soit admis à l’école s’il n’a pas été vacciné, ou s’il n’a pas eu déjà la petite vérole.

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Tour <lc liOiulrofi.

C’est aujourd’hui seulement que j’ai pu visiter la >ur, ce vieux témoin de tant de scènes tragiques, levée au bord de la Tamise et sur sa rive gauche y a environ sept siècles , plusieurs têtes couronnes ont contribué a la fortifier et a la rajeunir; ais une plus grande quantité encore de têtes collées dans son enceinte sont allées augmenter nombre des victimes de l’ambition , servie par la mauté et par la barbarie. Jadis tout le bâtiment rrvit de résidence royale ; plus tard il fut changé lieu d’exécution secrète ; maintenant il n’est ms ses trois quarts qu’une réminiscence historie , réminiscence qui ne rappelle que sang et assaslals. Mais n’anticipons point.

La tour de Londres se composait jadis de plusieurs tours séparées les unes des autres, et concourant , par leur ensemble , à la formation d’une forteresse , pour ainsi dire , gothique , surmontée de plusieurs flèches inégales et entourée d’une muraille d’une épaisseur démesurée. Chacune de ces tours portait des noms différens , tels que M^hite tower , ou tour blanche , Bell toiver (beffroi , Jeivel or Martin toiver (joyaux), Beaachamp or Cobham tower (prison d’état), JVakefield tower , Bloody toiver (tour sanglante) .

La plupart de ces tours servirent de prisons d’état, et dans l’emplacement de quelques-unes on ne trouve maintenant que des maisons assez jolies, habitées par des employés de l’établissement; cette destination, certes, vaut bien l’autre. Enfin, dans l’intérieur de la tour on trouve encore l’arsenal d’artillerie, ainsi que différentes salles d’anciennes armures. Nous allons passer en revue ces différens objets, en suivant l’ordre que le garde lui-même nous a tracé dans ses démonstrations souvent trop concises.

Pour entrer dans la tour, il faut passer sous deux

>rtes étroites et basses, et deux ponts-levis qui parent la forteresse de la terrasse. Quelques solits , placés à diverses distances, font respecter défendent les avenues de cette ci-devant fortesse ; enfin , c’est après la seconde porte qu’on ouve les gardes. Ceux-ci , costumés d’une manière ute bizarre, s’emparent d’une longue épée qu’ils ît soin de ne pas dégainer, dès qu’un étranger se •ésente pour visiter la tour; et c’est avec cette -ée , en guise de baguette , qu’ils montrent les fférens objets dignes de remarque. Leur veste uge a large ceinture et galonnée, leur petit chaau de velours entouré de rubans rouges et mes, et leur longue épée, font de ces gardes le emier objet de curiosité.

'On nous a conduits d’abord a l’arsenal espagnol , Spanish armory , où l’on trouve un grand nom- ■* d’anciennes armures, javelots et lances, dont {plupart paraissent avoir été prises sur les Espaids. Parmi les objets que j’ai remarquésdans celte le, je dois mentionner différentes armes infer- I les qui prouvent aux moins clairvoyans que l’inition de la poudre h canon ne doit certainement

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pas avoir augmenté la mortalité des gens de guerre.

Je citerai encore une vieille bannière dite invincible , prise sur la flotte espagnole de la envencible armada. Un objet très curieux aussi est la canne de Henri VIII ; cette canne n’a pas moins de trois canons de pistolet pour pommeau , et son poids total n’est pas au dessous de trente livres. C’est avec une semblable badine que Henri VIII allait se promener dans les rues de sa cité , pour s’assurer personnellement si chaque officier de police faisait son devoir. Qu’arrivait-il a ceux qu’il trouvait en défaut? jugez-en par le moyen correctif dont le roi avait soin de se pourvoir. Nous allions quitter la salle assez contens de ce que nous y avions trouvé, lorsque tout-a-coup le malencontreux garde nous présente une vieille hache d’un poids effrayant, et dont les taches de sang du tranchant n’ont pu encore être effacées par la rouille. Cette hache trancha la tête a la trop belle et trop malheureuse Anne de Boleyn. Le manche de cette hache est maintenant brisé au milieu , et mon seul regret est que le temps n’en ait pas fait plus Lot justice.

À côté de cette hache il y a un collier de ter * )

gros clous intérieurs , et un autre instrument en fer destiné a retenir les pieds, les mains et la tête ilu torturé dans une position à demi fléchie , quoique le corps reste toujours supporté par les extrémités inférieures. Ces derniers objets philantropiques appartenaient jadis à la grande armada. Puisqu’ils sont exposés aux regards des curieux , on ne peut s’empêcher de les regarder. Je crois pourtant que comme Lucifer seul a pu les imaginer, il vaudrait mieux les renvoyer à son auteur.

En sortant de l’arsenal espagnol , nous sommes 3ntrés dans la salle des armures ( Armortj-Hoase ). Cette salle contient une vingtaine d’armures comolètes des rois d’Angleterre, disposées de manière i les représenter à cheval et armés de toutes pièces, dus loin, dans une armoire on voit plusieurs objets qui ont été donnés par le duc d’York et qui appartenaient à Tippo-Saïb ; entre autres choses , il y a le >éret qui couvrait ce fameux sultan lorsqu’il était ussis sur son trône.

Ce qui a le plus excité notre attention dans :ette salle, c’est le modèle de la machine inventée I >ar sir Thomas Loombe pour faire de l’organsin.

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II n’y entre pas moins de 26,586 roues; ce grand système de rouage exécute 97,746 mouvemens, qui tressent 93,726 aunes de fil de soie a chaque tour de roue ; et comme la roue principale fait trois révolutions par minute, il s’ensuit que la machine de Loombe peut faire 281,178 aunes d’organsin par minute. Amusez-vous maintenant a compter combien elle peut en faire par jour.

Nous sommes allés ensuite dans le grand magasin ( Great Store Hoir.se ) que je préférerais appeler grand arsenal. Au rez de chaussée on voit d’abord plusieurs armes fort curieuses , telle , par exemple ,

qu’une lance h plusieurs tranchans portée par

deux larges roues en fer. A côté il y a deux canons

pris aux Indes en 1769, qui ont sept pas de longueur, ce qui ne fait pas moins de 21 pieds (*). Plus loin on voit un trophée naval avec la proue d’un vaisseau qui a capturé dans les guerres beaucoup de batimens. Enfin, a côté de ce trophée il

(1) A propos de ces canons , je rappellerai ici que dans le muséum d’antiquités d’Edimbourg j’ai vu un petit canon fondu dans cette ville, et qu’on a trouve au siège d’une ville indienne sans qu’on puisse savoir comment il y fut porté.

y a une vieille carriole supportant deux timballes qui servaient jadis au tambour- maître qui marquait le pas aux rois ou aux reines allant clôturer le parlement.

Ap rès avoir visité le rez de chaussée, nous sommes montés, par un magnifique escalier , a la salle des fusils et autres armes , parmi lesquelles nous avons vu un très joli canon pris a Malte, orné de reliefs magnifiques. La salle des fusils a environ 345 pieds de long, 22 pieds de hauteur et 30 a peu près de largeur; elle contient, en tout, 350,000 fusils d’une propreté éblouissante et rangés avec autant d’ordre que des livres dans unebibliothèque.

Quant aux ornemens de celle salle, comme de toutes celles dont nous venons de parler et qui contiennent des armures , tous ces ornemens , dis-je , sont faits avec des baguettes de fusil , des baïoni îettes , des sabres, etc. De grandes colonnes sont psntourées de pistolets, formant une magnifique spirale. Les reliefs, les étoiles, les croix-de-malte , ^ont formés avec ce9 baguettes et ces sabres. 'Quant aux baïonnettes, elles servent à un ornei ment particulier imitant presque une portion de

saule pleureur, suspendu au plafond. 11 y a encore trois ou quatre mauvais fusils arrangés en trophée avec des armes du temps de Marlborough , et au dessous duquel on a écrit en lettres cubitales le mot : Waterloo.

Tout près de l’arsenal est la tour aux joyaux. On entre dans une petite chambre éclairée a demi et séparée en deux moitiés par une grille en fer très solidement construite : une partie renferme les bijous de la couronne , et l’autre partie est destinée aux visiteurs , dont la curiosité trop pressante est modifiée par les barreaux de fer. Parmi ces bijous , nous avons remarqué la grande salière en or, modèle de White toiver ; la belle baguette d’ivoire que porta jadis la reine Anne, la couronne d’Edouard-le-Confesseur , la petite couronne des reines et différens autres objets, tels que les sceptres des rois , le globe qu’ils tiennent dans leurs mains lors du couronnement, le bassin baptismal, etc.

Mais la pièce la plus importante par sa richesse est la couronne moderne , entièrement refaite sur un nouveau modèle lors du couronnement de

Georges IV en 1821 . Le bonnet de cette couronne est en velours cramoisi , doublé d’hermine; au dessus et au milieu il y a une grosse boule en diamans, surmontée d’une belle croix en diamans aussi , portant trois perles d’une très forte dimension. Quatre rubans d’or massif vont se réunir a une bande circulaire placée au dessus de l’hermine. En avant et en arrière il y a deux grosses croix portant , la première, le plus beau saphir que l’on connaisse, et l’autre un rubis d’une grosseur remarquable. À l’extrémité des deux bandes latérales il y a deux autres petites croix en pierres précieuses également fort jolies; enfin, dans l’intervalle des bandes verticales il y a quatre superbes fleursde-lis en diamans. La valeur de ces joyaux s’élève a peu près h deux millions de livres sterling, ce qui se traduit par 50 millions de francs.

En revenant de la tour aux joyaux , j’étais préoccupé de cette richesse accumulée si inutilement dans une mauvaise chambre au rez de chaussée , ressemblant a la loge d’un portier, et j’examinais en passant un gros dragon terrassé par saint Georges, le tout exécuté avec des pointes de sabre, lors-

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que notre guide nous a arrêtés pour nous faire voir une fenêtre grillée qui servit de prison a Anne Boleyn et a Jane Grey ; presque en même temps il a baissé la tête, et nous montrant le sol que nous foulions , il nous a fait remarquer un carré de pierres noires sur lequel s’éleva jadis la table ou les

deux jeunes prisonnières furent décapitées Ne

voulant pas trop m’y arrêter, je pris les devanset je parvins près des ruines d’une tour que nous n’avions pas encore visitée; et avant même que le guide eût pu nous rejoindre , je me mis h examiner une porte , sous un vieil arc , aboutissant a un escalier a moitié démoli qui communique avec une chambre au premier. Cette chambre, restaurée depuis peu , est habitée maintenant par des personnes qui , pour y parvenir, n’ont plus besoin de passer par l’escalier sus-indiqué. Mais le guide nous rejoignant aussitôt nous prévint, très laconiquement selon son usage , que par cet escalier montèrent les malheureux enfans d’Edouard , et c’est dans cetle chambre même que l’exécrable Richard les fit étouffer. Je n’ai pas voulu m’arrêter plus long-temps devant cette tour, justement appelée

sanglante; et sans regarder en arrière, passant enfin devant cette troisième porte secrète qui de la rivière mène a la tour et par laquelle, sous le nom général de traîtres , on fit passer tant d’innocens pour les immoler, soit a la jalousie , soit a l’ambition , soit a la soif du sang humain , porte par laquelle celui qui entra dut perdre tout espoiT d’en sortir; passant, dis-je, devant cette soi-disant traitor’s gâte, nous avons quitté la fameuse tour de Londres, et, pleins de tristes souvenirs , nous avons rejoint notre modeste habitation , priant le ciel avec ferveur que désormais les pervers ne puissent renouveler les scènes d’horreur dont le moyen-age offre tant d’exemples dans ce vieux mo-

nument.

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llritisli and Forelgn Scliool-Soclety.

Cet établissement remarquable est situé dans Borough-Road , au sud de la ville et du fleuve, et quoique sa construction soit assez simple pour que son extérieur n’offre rien de remarquable , il faut convenir que ce qui s’y trouve contenu constitue une institution des plus utiles et des plus parfaites qu’on puisse trouver. Tout l’établissement se partage en deux ailes , droite et gauche ; nous avons visité d’abord le coté droit.

Une salle très grande et bien disposée est ici la pièce principale , et j’y ai compté plus de 500 enfans , dont les plus âgés ne dépassent pas 1 2 ans. Tous ces enfans, sous la direction d’un chef, sont instruits en même temps et sur différentes matières par de jeunes maîtres, qui sont par fois

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noins âgés que leurs écoliers; et c’est, la plupart du emps, en s’amusant que cette jeune génération s’éoigne a jamais de l’état d’ignorance si pernicieux lour l’homme, quel que soit le métier qu’il veuille ntreprendre. Au moment de notre visite , ils se rouvaient tous divisés en différens groupes de six u huit, avec un jeune master au centre; et ces ;roupes concouraient a former une espèce de fer-aheval , dont nous examinerons successivement les ranches , le point de jonction et le centre. Comme ous allez le voir, cette division est nécessaire pour ien comprendre la distribution des études.

Branches. — Le jeune maître tient h la main n tableau portant plusieurs caractères imprimés n lettres de moyenne grosseur. Tous ces caractères orment des syllabes détachées les unes des autres mur le groupe des plus jeunes commençans , iais réunis ensuite deux a deux, trois a trois et uatre a quatre dans les groupes suivans ; de >rte que les enfans qui commencent n’apprennent lire que des monosyllabes, et, a mesure qu’ils reviennent plus forts , ils passent successivement un groupe a l’autre , où on leur fait lire des

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mots de deux, puis de trois et de quatre syllabes, ainsi de suite. Quant a la manière de leur apprendre la prononciation, le petit master crie d’abord, par exemple , j , u, b , puis jub. Tous les petits enfans répètent la même chose , et puis sont appelés a indiquer un b un a ou un j avec leur petit doigt sur le tableau. Tel* est l’alphabet qu’on emploie dans cette école ; on n’en connaît pas d’autre. Voila donc nos jeunes enfans qui, lorsqu’ils sont partis de l’extrémité du fer- à-cheval que nous avons supposé , ne connaissaient pas les lettres ; et quand ils arrivent au haut des branches , c’est-àdire à l’autre extrémité de la salle, ils peuvent lire et prononcer les mots les plus longs et les plus compliqués. Leur petit voyage scientifique est fait d’ailleurs en peu de jours, car, je vous le répète , les trois quarts du temps c’est un jeu pour eux. Et rien de plus drôle que de voir les jeunes masters , avec les mains en l’air, se démener dans leur petit cercle et s’agiter en tous sens pour faire apprendre les lettres et les syllabes à tous les élèves à la fois. Ils ont l’air d’autant de Chinois dansant devant leur seigneur. Convenons néanmoins qu’ils sont

us très intelligens , et de grands garçons, ainsi ic nous le verrons bientôt , sont obligés de faire ur apprentissage de master sous ces petits prosseurs.

TVÏais arrivons au fond de la salle , a celte pèce d’arc qui forme un point de jonction itre les deux branches latérales. C’est l'a que trouve l’aristocratie du savoir. Figurez-vous abord un jeune cercle oii l’on étudie l’histoire Angleterre sur des tableaux portant le nom et le >rtrait des rois passés. A côté il y a deux ou trois très cercles qui , placés devant des cartes géoaphiques, étudient les noms des villes, fleuves , :., en môme temps qu’ils apprennent leurs posions respectives. Plus loin on apprend par cœur rxcellens principes de morale , et tout a côté on ulie l’histoire naturelle, du moins les principes • cessaires au genre d’éducation que doivent avoir 'i enfans. Ce qu’il y a de mieux en cela c’est que dessin sert a la fois d’étude, d’amusement et moyen d’instruction pour apprendre l’histoire iturelle des oiseaux , des animaux domestiques, . Ces petits élèves , en effet , sont occupés a

dessiner des pigeons, des paons, etc. ; et, ce qui est bien plus utile encore , ils copient de beaux modèles de machines de toute espèce , se familiarisant ainsi de bonne heure avec la forme d’objets qui plus tard peuvent être la source de leur fortune et de leur bonheur.

Vient enfin le centre de la salle , occupé par une longue table recouverte de morceaux d’ardoise. Douze ou quinze enfans, toujours sous la direction de jeunes masters , s’y exercent a l’arithmétique et a la géométrie. Je les ai vus faire la division des angles et manier le compas et la règle avec plus de vitesse et d’aplomb qu’un gros gourmand ne manie sa fourchette et son couteau. Quelques autres cercles encore se trouvent en avant de cette table , et la on est occupé à étudier les principes de la grammaire anglaise et a recevoir des leçons d’écriture. On passe ensuite a un grand tableau pour y recevoir quelques notions de physique et de chimie.

Telle est la disposition de ce laboratoire scientifique. Ce mode d’enseignement, est appelé à la Lancaster , du nom de son inventeur ; et le portrait

a bon Joseph Lancaster est suspendu au fond e la salle , avec ces mots si expressifs prononcés ar Georges III : It is ivished that every poorchildin \e kingdom , shoidd be taught to read the bible (*). depuis la fondation de cette magnifique école, on appliqué ce mode d’enseignement a un grand ombre d’institutions analogues en Angleterre. On ous a même dit que Lancaster a été appelé aux

tats-Unis pour y appliquer sa méthode, employée

British and Foreign School de Londres depuis plus

2 trente ans.

Ce qu’il y a de remarquable encore , c’est que

3 grands jeunes gens de vingt a vingt-cinq ans sont ivoyés ici en apprentissage pour étudier ce mode enseignement; et rien de plus curieux que de «s voir examiner attentivement la manière de faire *s petits masters de 8 a 10 ans, dont eux, malgré iur âge avancé, ne deviennent que les adjoints , isn heureux de pouvoir les imiter au bout de uelques mois. Quant au master in chiej , M. Cro-

1) Il est à désirer que chaque pauvre enfant dans le royaume renne à lire la bible.

seley, homme de beaucoup de talent , dans celte partie surtout, et d’autant plus capable qu’il est le principal élève de Lancaster lui-même ; M. Croseley, dis-je , se promène d’un bout de la salle a l’autre, surveillant tous les cercles et faisant a son tour des démonstrations générales. C’est avec lui que nous avons visité l’autre partie de l’établissement, celle qui est destinée aux jeunes filles.

Ici encore il y a une très belle salle , contenant environ 300 jeunes filles, dont les plus âgées, qui se trouvent assises sur les premiers bancs , ont a peu près 12 â 14 ans. Elles sont toutes assises sur des bancs parallèles faisant face à un pont ou galerie, sur lequel se rend la directrice, soit pour faire quelques démonstrations , soit pour inspecter aisément tout ce qui se passe dans la salle. On y applique toujours les mêmes principes que dans la salle des garçons ; passant par conséquent du simple au composé , avec la différence pourtant que la principale occupation est pour elles de bien apprendre a manier l’aiguille pour toutes sortes d’ouvrages.

Les plus jeunes filles, placées sur les bancs au

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nul de la salle , apprennent a plier des ourlets ien égaux sur des morceaux de papier; les autres coté apprennent a tenir l’aiguille et a faire, tant 'en que mal, quelques points sur du gros linge, ur le banc qui suit, on commence déjà a mieux jgulariser ces memes points, en meme temps u’on travaille a de gros bas. Enfin , on voit sur •s bancs antérieurs travailler successivement a des rviettes, à des mouchoirs, a des chemises, a arquer le linge, et enfin a la broderie.

Deux jeunes sous-maîtresses , placées debout sur 1 tabouret et tout-a-fait en vue de toutes les élès, leur crient de se tenir droites lorsque queltes-unes s’avisent de laisser tomber leur télé sur poitrine; et quelques tableaux suspendus auar de la salle leur rappellent a chaque instant •s principes qu’on ne devrait jamais oublier : s , par exemple, que d’aimer ses parens, de leur éir toujours, ainsi qu’a ses maîtres; de dire la rité en toute occasion ; d’étre constamment proes , et surtout d’aimer Dieu et d’observer les éceptes qu’il fait enseigner par ses ministres. 'Nous avons quitté ce bel établissement en bénis-

sant mille lois, et le sage fondateur, et les aines généreuses qui, par une souscription volontaire, fournissent les fonds nécessaires k l’instruction de ces pauvres enfans , dont les parens sont tenus de payer seulement la modique somme de deux pe?ice.

Asile pour les pauvres Orphelines.

Encore un établissement de bienfaisance, et ce ’est pas le dernier cependant dont nous aurons a arler. Cet asile a été fondé en 1758 par Fielding , ont le portrait est conservé dans la salle du comité, i contient environ 1 GO jeunes filles qui ont perdu 3urs parens. Il y en a pourtant un très petit nomre qui conservent encore leur mère. Un comité, dus le patronage et la présidence du duc et de la uchesse de Cambridge, se réunit pour régler Administration de l’établissement et pour choir , quand il y a des places vacantes , les personnes ui ont le plus besoin de venir recevoir dans cet file les bienfaits d’une philantropie si bien appliuée.

Ces pauvres en fans portent un uniforme très

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simple et très propre; elles sont placées sous les ordres immédiats d’une directrice qui les fait lire, écrire et travailler a l’aiguille. Je noterai en passant que leur écriture est, en général , très belle. Elles restent dans l’établissement jusqu’à ce qu’elles atteignent leur quinzième année. A cette époque, celles que la nature a préservées de toute infirmité entrent dans quelques maisons particulières, où elles demeurent en apprentissage pendant cinq ans ; chacune d’elles apprend alors le métier pour lequel elle a le plus de vocation. Après ces cinq ans , celles qui se sont bien conduites reçoivent du trésorier du comité une bourse avec cinq livres, qui leur servent a s’établir pour leur propre compte. Quant aux malheureuses qui n’ont pas été suffisamment favorisées de la nature pour être réclamées au dehors , quand elles ont atteint leur quinzième année, elles restent dans l’établissement, où elles peuvent devenir institutrices de leurs jeunes compagnes.

L’établissement en lui- même ne laisse rien à désirer, ni pour la propreté , ni pour la distribution des appartenions, etc. En effet, situé dans un

quartier très sain , au sud de la ville , près de IVeslminster-Road , il est a la fois élégant et spacieux. Sa jolie façade , précédée d’un petit parterre couvert de gazon, est surmontée par la statue de la Charité , image de ce qui se passe au dedans. Une belle salle de récréation pour l’hiver et une large cour pour l’été sont destinées a l’exercice physique des jeunes filles. Les dortoirs , au nombre de deux, sont fort beaux et spacieux; tous les lits sont en fer , avec de beau linge et de bonnes couvertures de laine. Il y a , au reste , près de chaque dortoir, une chambre destinée a une des maîtresses, qui doit être prête a maintenir le bon ordre, ainsi qu’a soigner celles de ces pauvres enfans qui pourraient se trouver mal. A côté des dortoirs est une chambre de bains , où douze enfans par semaine , en commençant toujours par les plus petites , prennent un bain général.

Leur cuisine et leur réfectoire sont également très propres , et leur nourriture à la fois saine et appropriée a leur sexe. Par exception, par exemple, elles ne prennent, dans l’intervalle des repas, que du lait coupé avec de l’eau. Ce n’est que dans

des cas exceptionnels que la directrice les régale d’une tasse de thé. Au reste, elles sont toutes fraîches et bien portantes ; et leur infirmerie, séparée de rétablissement, est vide. Une seule petite fille, parmi les 1 (50 , était un peu enrhumée.

Une très jolie chapelle réunit tous les dimanches un grand concours de personnes aisées, qui en entrant déposent une offrande dans les bassins tenus par les membres du comité. Cette somme forme une petite rente à l’établissement de ces pauvres orphelines , qui , placées dans des tribunes près de l’orgue , élèvent leur voix vers le ciel pour remercier la providence et prier Dieu de bénir leurs bienfaiteurs (*).

La jolie portière qui nous avait ouvert la grille, et qui change tous les jours, est venue nous accompagner en sortant; et tout en rougissant des remercîmens que nous lui faisions , elle a refermé sa grille et s’en est retournée avec son gros paquet de clés.

(4) Chaque enfant coûte environ 20 livres sterling par an.

Manu facture do machines à vapeur pour les paquebots.

Celte superbe manufacture , appartenant à MM. 'Maudsley Sons et Field, située dans la partie de la ville qu’on nomme Lambeth, est une des plus remarquables qui existent a Londres, et je dirai même en Angleterre. On y admet rarement les étrangers; mais ici encore une recommandation du docteur Hodgkin a fait ouvrir les portes, etnous passerons succinctement en revue les principaux objets que nous y avons rencontrés.

Tout d’abord , et en entrant, j’ai trouvé un modèle nouveau pour faire essuyer les parapluies ; et quoique la chose soit peu importante, comparativement a tout ce qu’on trouve dans cette manufac-

turc, je veux pourtant en parler, car il me paraît fort utile et bien raisonné. Lorsque vous entrez clans un magasin ou ailleurs, n’importe où, si le temps est a la pluie, vous trouvez en dedans de la porte une petite baguette en fer, fixée sur une espèce de cuvette inférieurement : et portant supérieurement plusieurs anneaux assez larges , dans lesquels on passe le parapluie fermé. Eli bien , ceci a un grand inconvénient : c’est que non seulement il est fâcheux de perdre du temps ( pour un Anglais surtout) pour faire bien pénétrer le parapluie a travers l’anneau , mais encore il y a un peu trop de frottement de la soie contre le fer, ce qui doit nécessairement nuire a la durée du parapluie. Voici comment on a obvié a cet inconvénient chez Maudsley : l’anneau est ouvert , et il n’en existe que les 2/3 de la circonférence; de cette manière on jette, pour ainsi dire, le parapluie, qui va se placer tout seul dans le cercle ouvert pour le recevoir; et comme il y a beaucoup moins de frottement , puisque la soie n’appuie que sur quelques points, on peut espérer d’obtenir pour le parapluie quelques mois de plus d’existence ; chose qui

n’est pas a dédaigner dans un pays où il vaut mieux oublier son mouchoir que son parapluie. Mais assez d’un accessoire, passons au principal.

Un des objets les plus intéressans de cette manufacture, le premier que nous ayons vu, est la manière avec laquelle on parvient a égaliser deux cotés de deux planches en fer, au point que, lorsqu’on les réunit , la jonction devient linéaire , et on ne sait plus où trouver la ligne de réunion. Il me serait difficile d’expliquer comment la chose se fait, et je me contenterai de dire qu’une forte chaîne a rotation continue entraîne , sur un plan horizontal, une de ces planches en fer, épaisse parfois de deux ou trois pouces et large de plus de six, et la force a passer sous une espèce de filière où un fort scalpel la rabote plus aisément et plus exactement qu’on ne pourrait égaliser la surface d’une planche de bois.

Dans celte manufacture , avons-nous dit , on ne fait que les machines propres aux paquebots ; et chaque partie constituant le tout de la machine est fabriquée dans un département spécial. Dans chaque machine il y a la chaudière et le brasier, le

cylindre , le piston , le balancier, les leviers qui tournent les roues, et enfin une grande charpente extérieure en fer, ressemblant au dehors d’une maisonnette gothique et destinée a soutenir toutes les pièces que nous venons de nommer. Nous ajouterons a cela une foule d’autres accessoires , tels que vis de toutes grosseurs, pommeaux, charnières, soupapes, etc. Ces derniers objets sont particulièrement remarquables par toute l’exactitude mathématique employée a leur construction. Je suis sûr, par exemple , que d’une dent a l’autre , des grosses comme des petites vis , vous trouveriez difficilement un millième de ligne de différence.

Les chaudières sont plus ou moins grandes, et faites avec des plaques de fer carrées et très épaisses ; toutes ces pièces sont réunies et cousues ensemble avec de gros clous a large tête bien rebattue en dehors et en dedans. Rien de plus bizarre a ce sujet que de voir un homme , dans ces chambres de fer, faire contrecoup avec son marteau, pendant que quatre autres frappent en dehors avec de gros marteaux et a tour de bras. L’intérieur des chaudières est souvent garni avec des espèces de canons

de fusil destinés a mieux répandre la chaleur dans le liquide.

Les cylindres sont de différentes dimensions , selon la force que doit avoir la machine, et sont roulés de la même manière que la charpente dont nous allons bientôt parler. Mais ce n’est pas l'a le plus difficile : l’intérieur du cylindre doit être extrêmement poli pour que le piston puisse y jouer avec facilité, et lorsqu’il vient d’être fondu, il est tellement raboteux qu’on le croirait rouillé depuis olusieurs siècles ; toute la difficulté était donc a polir la surface interne de ce cylindre , et c’est précisément chez MM. Maudslay qu’on a fait peut-être, i ce sujet, les premières tentatives qui aient complètement réussi. Le gros cylindre est suspendu pomme une petite pièce sur le banc d’un tourneur, pt une grosse roue mise en mouvement par une i nachine a vapeur fait tourner lentement ce cylinlre autour d’un axe fixe, portant un instrument pn acier d’une très forte trempe ; celui-ci est desl ;iné a racler les moindres aspérités , et laisse la surface interne du cylindre aussi propre et aussi mie qu’une glace. La fonte du piston n’offre rien

de remarquable, et je n’en parlerai pas; il n’cn est pas de meme pour la charpente.

La charpente est destinée a soutenir toutes les pièces de la machine ; ses nombreuses colonnes et ses ouvertures ont plus ou moins la forme gothique; les dessins en sont, au reste, fort jolis, mais aussi on est tenu à (différentes opérations préliminaires. On commence donc , sur les dessins de l’architecte, a construire toutes les pièces de la charpente en bois; dès que ce modèle est fini, on le porte dans une chambre ou tout le pavé n’est qu’une superposition de plusieurs couches de terre noire et fine qu’on trouve a dix milles de Londres ( ' field-s and ). On couche les modèles en bois sur cette terre, et on les retire après une pression convenable ; tout le modèle en entier reste empreint dans la terre ; on n’a plus ensuite qu’a polir le dessin et achever les petits détails; après quoi on coule lentement dans cette terre le fer en fusion , qui , par le refroidissement , prend et conserve la forme des dessins excavés dans la terre. On retire alors un morceau de fer parfaitement semblable au modèle en bois.

Le matériel employé dans cette manufacture est

calculable ; il suffira de dire que cinq cents immes y travaillent journellement, outre l’ouage fait par deux machines a vapeur. Parmi les âges auxquels sont destinées ces deux machines, m est deux surtout qui me paraissent remarquais : le premier est de couper les plaques de fer de »is lignes et plus d épaisseur; le second est pour re de belles boutonnières rondes à des morceaux fer de trois quarts de pouce d’épaisseur; Pun est cheau et I autre un poinçon , mis en mouvent Pun et l’autre par un fort levier. Plaisanlea part , représentez-vous un élève en pharmafaisant des pastilles : lorsque la pâte est étendue, n enlèNe les petits disques avec un instrument ichant cylindrique; eh bien ! notre pharmacien [pénètre pas plus facilement dans la pâte que ivrier de la manufacture avec son poinçon pénèdans un gros morceau de fer. Il n’y a pas la ndi e secousse ; 1 élément le plus dur vous paraît s tendre que la pâte de guimauve, e terminerai en disant que dans la manufacture Maudslay il n’y a pas lieu de craindre le feu, ndu que portes, escaliers , toits, tout est en fer.

Scliool for tlie InilSgent BUnd».

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