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So SOPHRONIE.
qu'il arrivât, me défendre des doutes de mon esprit , ou des préventions de mon cœur. Comme je craignais de rencontrer du monde , nous avons passé par une allée presque solitaire. Un mouvement d'horreur me saisit en entrant dans ce bois fatal, en foulant cette terre baignée d'un sang qui m'était si cher. Tous les détails de l'affreux combat se retracèrent à mon esprit. Je ne me repentais pourtant pas d'être venue.
Je sais qu'il est des cœurs qui fuient le souvenir de leurs peines , qui n'en pourraient supporter l'atteinte ; mais il en est d'autres qui goûtent un funeste plaisir à s'enfoncer dans le chagrin. Rien ne peut adoucir les regrets d'une perte y que rien ne peut réparer ! O Saint-Albe ! cet enchantement qui me cachait le néant* de la vie , ce charme qui remplissait mon
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imagination av. ml nx'ine que j«t'eusse connu, parce que je tav.iis pressenti, il a disparu asee Lot. I.i nature a perdu ses couleurs ; le ciel , son éclat. Je ne sens plus la vie qui me reste que pour regretter celle qui m est ravie. Soplironie ne te survit pas.
Le ciel était orageux ,lair pesant:
mais les arbres avaient achevé de se couvrir de leur verdure. Les fleurs, oiseaux* le mjstère des bois, tout parlait de bonheur, et j'avais la mort dans le sein. Ah ! que j'aimerais mieux ces derniers jours de L'automne, qui redoublent la solitude des forêts ! Les feuilles décolorées, et n'attendant, pour tomber , que le premier orage , ressemblent aux tristes irutans qui me restent ; d'autre* feuilles jonchent la terre ; au murmure des ren{l qui les 1
tent , je crois entendre des sons plaintifs retentir à mon l'oreille ; mon cœur y répond : je dis aux arbres attristés ; me voilà comme vous.
En arrivant près deLongchamps, je descendis de voiture , et je priai M. Descombes de me donner le bras. Nous nous promenions du côté de l'église , sans dire un seul mot. Mes regards demeuraient attachés sur l'enceinte fatale.... De temps en temps je faisais une courte prière, et vous en devinez le motif. Fatiguée de marcher , je voulus m'asseoir au pied des murs. Un saint effroi remplissait mon coeur , et cependant , je ne sais quelle curieuse impatience l'agitait. M. Dcscombes me devenait importun ; je désirais qu'il fût là , mais non pas avec moi. Après quelques paroles
insignifiantes, je lui demandai mes Heures, et dès qu'il me les eut apportées, il alla s'asseoir à quelques pas de moi. L'orage, cependant, s'élevait de plus en plus; je voyais frémir la cime des arbres ; le murmure des feuilles s'approchait avec le souffle qui venait les agiter. Ma main tenait encore le livre des prières , mais j'avais élevé mes regards au-dessus del'horizon. A traverslesnuages sombres qui semblaient s'appesantir .^ur ma tète, mon œil , dans le lointain, cherchait un ciel plus pur, et mon âme s'élançait vers ces plaines immortelles , digne séjour de lame qu'elle adorait. Je tremblais, je sentais dans mes veines une fièvre brûlante, mais sans douleurs. Des larmes plus douces ruisselaient sur mon visage, etsoulageaient mon cœur oppressé. — O mon Dieu ! je VOUS