‹ Six nouvelles (volume 2)Chapitre 13 sur 25 · SO PUR ON IF · texte numérisé non relu

SO PUR ON IF

le demande encore, m'écriai-je , appelez mon âme à vous. —

Comme j'abaissais mes regards , (vous le dirai-je , ô mon amie ! ) j'ai vu dans l'enfoncement du bois ,

j'ai vu Saint-Albe! Le trouble

où me jette ce souvenir fait trembler ma main. C'était sa démarche, ses traits , ses regards ; leur impression seiûti était un signe infaillible de sa présence : c'était lui. Je demeurai sans voix, sans mouvement; et je tâchai de rappeler mes esprits , incertaine si c'était une illusion.

Au même instant (répondait-il donc à ma pensée î) il porta la main sur son cœur , comme pour me dire :

— Oui , c est moi ; et ses bras s etendaientversmoi.Un cri m'échappe; je me sens défaillir. Descombes accourt et me soutient. — Non , non , lui dis je , n'appelez pas , me voilà

remise. — Nous gardions tous deux le silence. — .... L'avez-vous mi , lui dis-je en hésitant? — Quoi , m<:dame? — Là, dans cet endroit obscur, sous ce ( -liène, tout à l'heure.

— A ces mots, il me regarde d'abord avec frayeur, puis avec tristesse. — Jetais tourné de l'autre coté, me dit-il enfin ; qu'a donc vu madame? — Je ne repondais point , trop émue encore pour être confuse, et ne pouvant détourner mes regards de l'endroit où j'avais vu Sainl-Albe.

Je ne l'apercevais plus ; mais le jour ayant baissé tout-à-fait, je crus, dans une ombre plus épaisse et plus avant sous les arbres, le reconnaître encore. Les approches de la nuit ne m'effrayaient point, et pourtant je n'osais m'approcher de l'objet surnaturel qui fixait toutes mes pensées.

— Si madame s'est sentie incorn-

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modée, reprit M. Descombes, je crois qu'elle fera bien de ne pas rester plus long-temps ici. — J'ai pris son bras, et je suis montée en voiture sans lui répondre, et sans savoir ce que je faisais.

Je balance à vous envoyer cette lettre ; vsi ce que j'ai vu n'est pas une erreur de mon imagination , c'est un grand mystère, et peut-être suis-je coupable de le révéler; si ce n'est qu'une erreur, faut-il que je vous découvre ainsi toute la faiblesse de mon cœur, et n'est-ce pas m'exposera vous voir rougir des sentimens du vôtre ?

(Il y avait ici une lettre de madame de Verne uil. )

LETTRE XI, de la mime à lu même»

Le 18 juin.

Je ne lavais que trop prévu, vous avez douté, et vos doutes, le diraije, mont blessée. Je vous avouerai, cependant, qu'il y a des momens où je suis près de les partager.

Je n'ai rien dit à ma sœur; je crois en avoir deviné la raison : (que de l'ois nous sommes obligés de deviner ce qui se passe en nous-mêmes !) je l'ai souvent assurée que jamais je ne serais sensible à l'amour. A-t-elle su lire dans mon cœur? ce qu'il y a de certain, c'est que dans les premiers jours , elle a ménagé ma tristesse, et quelle ne s'occupe aujourd'hui que de la dissiper. Ses soins si tendrez,

si pressans , ont triomphé de ma répugnance à voir toute autre qu'elle.

Si je m'étais toujours refusée à ses instances, il aurait fallu lui en découvrir le motif secret , et cet aveu tardif m'était impossible. Il semble qu'il y ait entre nous une convention tacite. Nous paraissons nous entendre, et pourtant il ne nous est échappé ni à l'une ni à l'autre, un seul mot relatif au secret que je vous ai confié,

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