‹ Six nouvelles (volume 2)Chapitre 16 sur 25 · I .hère sœur! elle avait bien de I · texte numérisé non relu

I .hère sœur! elle avait bien de I

peine à se remettre; et pou/iaot, lorsqu'elle me vit pleurer du chagrin

que je lui causais, elle s'efforça de paraître plus tranquille. D'Àrmoville ne disait plus rien. Je m'aperçus que ma sœur le priait tout bas de nous laisser seules.

Dès qu'il fut parti, elle prit mes mains dans les siennes. Je voyais dans ses yeux le désir qu'elle avait de connaître le secret dont j'étais oppressée ; j'éprouvais moi - même le besoin d'ouvrir mon cœur à l'amitié ; c'est sur elle que le malheur cherche à s'appuyer ; et pourtant, le mot qui eut amené cet épanchement si doux , s'arrêta sur mes lèvres comme sur les siennes. Onze heures sonnaient , elle me quitta, après m'avoir plusieurs fois embrassée avec plus de tendresse encore que de coutume.

TSous avions le cœur serré. Restée seule, je regardais autour de moi, d'un œil égaré; j'étais sur le point de

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rappeler ma sœur. Un autre sentiment s cliva (Lins mon àme , et je îctrouvai plus de courage. Je voulus dissiper mes incertitudes. Je me jette à genoux, et je m'écrie c — (> toi que j'aimai m tendrement , toi que j'aime au delà du tombeau, pourquoi tourmenter ton amie? Esprit du Ciel, tu vois mon cœur. Qu'ai- je fait, que te chérir, te regretter et te pleurer?

Toi seul es mon souvenir , mon espérance , ma pensée de tous les moment. Tant (pie tu vivais, ma vie était à toi; tu n'es plus, et je demande la mort qui doit nous réunir.

Non, ce n'est pas pour m'effraver, que par un prodige divin tu es descendu sur la terre. Je doute encore si mes yeux ont vu celui qui n'a cessé dY-tre présent à mou cœur, et ce doute est pour moi aussi crud que ta perte même.. Si je ne me suis

pas abusée , viens ! tu me vois suppliante. J'ai vaincu toutes mes terreurs. Eh ! pourquoi les ai-je ressenties? tu ne peux me haïr; et cet objet sorti du tombeau , cet être céleste, n'est-ce pas cette âme, la moitié de la mienne? — Je ne pouvais plus parler. Je suis restée quelque temps le visage appuyé sur mes mains, et sans savoir si j'étais sur la terre , ou dans la tombe , ou dans le Ciel.

Je me relève enfin , et je le vois encore devant moi; incliné vers la terre ; il n'osait approcher. — Saint- Albe, me suis-je écriée ! Grand Dieu, qui me l'as rendu , puis-je assez te bénir! — C'est moi, Sophronie! c'est ton amant ! ne doute plus de sa présence. Le Ciel a permis que l'âme, dont les sentimens purs n'ont été altérés ni par les douleurs , ni par les vaines frayeurs de la mort, et qu'une

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volupté terrestre n'enchaîne point encore au séjour des hommes , puisse, même après le trépas , revenir près de ce qu'elle aime. Oserai-je

vous l'avouer j <'> ma Sophronie! Il Faut aussi que ces êtres, appelés à une nature plus parfaite, à des deslins moins fragiles, lisent dans le cœur de ceux qu'ils ont laissés sur la terre, de véritables regrets, un amour au-dessus de cette épreuve terrible ; enfin tout ce (pie j'ai lu dans votre cœur. — O que sa voix a troublé mes sens ! Je l'aurais reconnue, et cependant elle ressemblait aux sons d'une musîquecélcste , à ces accens doux et mélodieux , que pendant une nuit d'été les zéphirs font entendre au loin dans les airs. — Sophronie, relevez-vous, at-il ajouté , c'est devant moi que vous êtes. — Je me suis relevée. —

Me voilà sans effroi, lui ai-je dit. — ■ Mais à peine mes yeux étaient-ils accoutumés au prodige, que j'ai ressenti quelque crainte de me voir, au milieu de la nuit, seule avec celui que j'aimais. — Sophronie, s'est-il hâté de me dire, vous oubliez la barrière qui nous sépare ; j'ai franchi la mort, et vous vivez! Mais dans quel temps avez-vous dû trembler? Celui qui fut aimé de Sophronie, celui même qui l'aima, pourrait-il trahir sa confiance? Ange de candeur et de pureté , vous ignorez encore quel était l'amour que vous m'inspiriez. —

Tandis qu'il me parlait, je l'observais, éperdue de surprise et d'amour. Quelles images dans la nature, quelles expressions dans la langue des hommes pourraient peindre un objet si supérieur à l'homme, si su-

péricur à la nulurc! Vous avez mi lès rayons du soleil pénétrée dans un endroit obscur, < (. se détacher de l'air qui les entoure. Eh bien, c'est d'une lumière plus brillante, nuanc< e des plus douces couleurs, qu'est Pêvétue la forme de cet être aérien.

A l'amour qui remplissait encore mon cœur , se joignait je ne sais quelle admiration religieuse qui nelait pas exempte de frayent. — Bannissez ridée de la moit, me dit-il, <'t ne me regrettez plus, quand vous me voyez devant vos yeux. Je vis encore dans votre âme... La pudeur peut rn écouter sans rougir ; cette pudeur, rayon divin de la vertu, serait une méfiance injurieuse. Pour nous, les félicités, les fautes, les repentirs du monde ne sont que

• dns n<»ms. AK! partage sans crainte

• e bonheur que mes regards vont

puiser dans les tiens, et laisse pénétrer dans ton âme une étincelle du feu qui remplit la mienne, de ce feu qui ne peut plus s'éteindre! Oui, femme chérie, ma félicité, bien différente des plaisirs passagers de la terre, s'augmente encore du sentiment de son immortelle durée. Tel est mon sort, tel est le tien, si ton cœur ne change point pendant les jours qui te sont comptés. Si tu pouvais ressentir un nouvel amour, c'est mon malheur qui serait éternel :

mais ton cœur est ouvert à mes yeux ; je ne crains rien.

En me parlant ainsi, Saint-Albe avait pris ma main ; étreinte aussi merveilleuse que tout ce dont mes sens étaient frappés! Ma main, pressée par la sienne, ressentait comme un souffle doux et brûlant à la fois, pareil au souffle du printemps qui

vient ranimer la nature. Dans mon étonnement, dans mon émotion, je ne répondais rien ; sans désirs , sans réflexion, je voyais s'écouler des instans pleins de délices entre le bonheur d'être aimée et le bonheur de voir celui que j'aime. O mon amie !

je croyais partager la pureté de son essence éthérée ! Heureuse illusion!

momcns trop rapides î bientôt nous avons soupiré tous les deux. — La nuit avance, ma-t-il dit enfin ; je ne veux pas vous ôter le sommeil , ai nécessaire à tout ce qui respire.

Adieu, mes regards ne vous quitteront pas, et vous me reverrez dè^> que vous en formerez le souhait. — A ces mots, il cessa d'être présent à mes yeux. Je restais immobile, et me rappelant cet entretien , mon étonnement redoublait. Je me demandai mille lois si ce n'était point

ioo SOPHRONIE.

un songe; et bientôt, succombant à la fatigue de tant dimpressious vives, je me jetai sur mon lit, sans me déshabiller.

Je dormis, pendant quelques heures, d'un sommeil agité. En me réveillant, je me suis rendue à l'église ; et là, prosternée devant l'autel de celui qui nous voit et qui nous jugera, je suis descendue dans mon cœur. Je ne sais si ma passion m'aveugle ; je ne sais si je suis sans reproche ; mais je suis sans remords.

Ma sœur me parait inquiète; elle dit que j'ai de la fièvre ; je ne souffre cependant point.

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