LETTRE XVII
De madame de Marsilly, a madame de Verneuil.
Le premier juillet.
J e sais tout, ou plutôt je sais quelles funestes illusions troublent l'esprit de votre malheureuse amie, la dégoûtent de l'existence., et détruisent chaque jour sa santé. Des illusions ! mais puis-je l'affirmer? Dans toute sa conduite elle est si loin des symptômes qui marquent le dérangement des idées ; sa raison est si saine d'ailleurs, que la mienne s'en étonne , et quelquefois même , reste confondue. Quelquefois , (jugez démon embarras ! en essayant de la détromper , de la guérir, la parole tout à coup me manque. Mais je n'es-
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père plus la ramener : oaalgré son
extrême douceur , le » foute l'irrite, et, docile sur tout le rèetç , ceUe
seule contradiction semble aigrir ae* jH'iiu.s. Elle B€ M refuse pas à mes soins, et dans les premiers jours elle a consenti à me suivre aux promenades. Vous sentez que je me suis bien gardée de la conduire dans ce bois fatal , témoin de son malheur. Elle est trop faible à présent pour sortir. Oh ! que ne pouvez* vous l.i voir, et pourquoi faut-il que je rassemble des détails si inquiéians j »our moi î Quelquefois elle est d'une pâleur extrême ; mais dans K\s momens où elle est le plus tranquille , ( et je vois qu'elle s'efforce toujours de !e paraître ) , ses yeux conservent un i frayant. Elle n'avait pu
cons nlii encore à consulter un mélb. J ai pris sur moi de mander
u4 SOPHRONIE.
M. Malouet. Quand on est venu noua . ■ avertir de son arrivée , Sophronie ' a rougi ; elle n'a pu cacher son em- '• barras, ni retenir quelques larmes.
— Ma sœur, m'a-t-elle dit, avec un accent et un regard qui m'ont percez le cœur , que de chose vous exigé de moi ! — C'est sa première plainte.
M. Malouet, en lui touchant le pouls j n'a pas été le maître d'un mouvement de surprise ; mais il Ta bientôt réprimé. Il n'a ordonné que des boissons adoucissantes. Voici le billet qu'il m'a écrit ce matin.
Madame,
La crainte de causer quelque inquiétude à madame votre sœur, ne m'a pas permis de vous entretenir en particulier. Si les symptômes ne m'abusent pas, madame de Thé-
mines souffre moins des maux du corps que de ceux de lame. Je n'.ii pourtant découvert, en elle, aucun indice de désespoir. Les conseils d'un ami parfaitement instruit de tout ce qui l'intéresse , seraient peut-être plus nécessaires que ceux des médecins souvent abusés par les apparences. Je ferai tout ce qui dépendra de moi pour soulager cette femme si vertueuse. Mais je ne dois pas vous cacher que son état n'est pas sans quelque danger.
Que ferai-je ? Je ne sais où j'en suis. Une curiosité peut-être condamnable, et dictée pourtant parla seule amitié , m'avait fait désirer d'entendre les entretiens de ma sœur avec l'objet réel ou fantastique de son malheureux amour ; mais pendant une moitié de la journée , elle be retire dans le cabinet le plus
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reculé de son appartement , et ferme toutes les portes par lesquelles on pourrait en approcher. Encore ? si elle était mère ! elle se conserverait pour ses enfans ! Ne sent- elle donc pas combien elle est nécessaire à votre bonheur et au mien , ou , dans ce déplorable égarement, ne comptet-elle plus pour rien l'amitié ?
(On verra par la lettre suivante, qu'après celle-ci , madame de Verneuil est venue, pour quelques jours, auprès de son amie. )