LETTRE VII
De madame de Thémines, a madame de Verneuil.
( On supprime deux lettres qui ne contiennent d'autres faits que ceux rapportés dans les précédentes. )
Le 27 mai au soir.
Plus de doutes, plus d'espérance!
j'ai tout appris. Le jour du combat est fixé. C'est demain, demain! Ah malheureuse ! Que faire, quel parti prendre? le temps s'écoule, et nulles ressources ne s'offrent à mon esprit.
Ma sœur n'est pas ici , vous êtes loin de moi, tout m'abandonne. Pour-
NOUVELLE V. 6t
quoi ne lui ai-je pas ouvert mon cœur? pourquoi n'ai-je pas tout dit à vous, à ma sœur, à Mtlfort?... Je n'obtiendrais rien de Saint-Albe : il m'a trompée. Il y a une heure qu'il était ici. Je ne savais rien encore , et son air m'a fait trembler. A travers sa douleur et son amour, je voyais dans ses regards quelque chose de fier et d'inflexible. Il ne sait pas combien il m'est cher. Si j'allais supplier son adversaire, me jeter à ses pieds... — L honneur le veut, dira-t-il. — Mais il verra mes larmes. D'affreux succès n'ont-ils pas déjà fait connaître son courage ? son adresse même peut lui servir de prétexte, le justifier à tous les yeux, et sa conduite semblerait dictée par le véritable honneur. Mais, moi, qui me justifiera?... Qu'importe! n'hésitons plus. Je pourrais sacrifier mon t. ni. 6
bonheur à d'odieuses bienséances;
mais la vie de Saint-Albe!....
A minuit.
Il n'était pas chez lui, il ne doit rentrer que demain à dix heures. Ses ordres étaient donnés pour cette heure-là : O Lucie ! vous qui m'aimez si tendrement, je meurs, et vous êtes loin de moi , et vous ne pouvez me secourir ! Mon sort va se décider , O mon Dieu ! je n'ai que vous à qui m'adresser. Prenez pitié de mon égarement; donnez-moi la force d'attendre votre volonté.