INTRODUCTION
Cel.v qui n'ont vu de paysans que dans les environs des grandes villes , Jes connaissent à peu près comme ceux qui les entendent chantera la manière italienne, et parler d'amour dans les pièces de Marivaux., sur le théâtre de l'Opéra- Comique. C'est une nature de convention , et les anciennes copies, quoiqu'elles fussenl peu ressemblantes., ont servi de m • is à toutes les autres. Il i
6o CATHERINE.
ces figures comme de celles qui sont empreintes sur les monnaies. On n'y reconnaît pas le souverain, mais il suffit qu'elles en portent le nom , et que leur cours soit établi.
Comme il y a des peintres médiocres dont les portraits sont pleius de vérité , on peut nous pardonner des remarques qui annoncent peutêtre trop de confiance. Cette confiance ne se fonde que sur un long séjour, parmi les laboureurs et les bergers. Tels sont nos titres littéraires , et il n'y a pas là de quoi se glorifier beaucoup.
Tous nos lecteurs savent sûrement qu'une grande partie de la France est cultivée par des métayers , et que l'on nomme ainsi des gens qui sont chargés de tous les travaux , et reçoivent pour salaire la moitié de tous les produits. Dans
U province qui porte le nom de la Vienne , et que Ton appelait jadis le Limousin] ces produits sont des grains de toute sorte, le chanvre < t le lin aux fleurs d'azur, des noix, «les châtaignes , un vin aigrelet et léger, la laine des troupeaux, et ee qqi est fort considérable en ce pays , le prix des bœufs que fon vend chaque année. Pour peu que le bien suit étendu et la famille nombreuse , il s y trouve toujours un homme qui fabrique la toile et le drap ; un autre qui creuse les sabots ou les pelles et sait réparer les tonneaux ; tandis que d'autres sont plus habiles à gouverner les bestiaux, à préparer les terres, et répandre également les semences diverses; enfin, à tailler la vigne, ou façonner les ustensiles du labourage.
* >n peut dire que ces bonn< s gens M suffisent à eux-mêmes, puisqu'ils
n'achètent absolument que du fer et des chapeaux. Si les récoltes sont variées, les occupations le sont aussi , et le retour des anciennes fêtes en est le signal ; la plupart de ces travaux se trouvant sous la protection de quelque saint. — Nous voici à la veille de la Saint- Jean , disent les bergers dans tout le pays ; il faut laver les brebis ; et le soir même, les troupeaux nouvellement tondus, et souillés encore de la fange de l'hiver, sont plongés à demi dans les ruisseaux les plus clairs. Dès que leur toilette est achevée, on les voit étaler leur blancheur nouvelle sur une nouvelle verdure. Le même jour , le monceau de fumier est bien symmétriquementcouvertde branches pour le défendre du hâle , et Ton plante au milieu une baguette , surmontée d'un bouquet. Il est reçu dans le pays
TOI V] LUE i\. $
que si , la r cille de la Saint-Jean, quelqu'un emportait un peu de ce fumier , et le jetait sur son terrein , il emporterait en même temps toute la fertilité des terres de son voisin.
Aussi , le cultivateur jaloux , armé de son Fusil , fait-il plus d une ronde autour deson terreau , pendant cette nuit critique. Nous pourrions faire connaître une infinité d'autres coutumes superstitieuses établies dans différenfi cantons de la France. Elles .sont bien généralement ignorées; il suffit que toutes ces enoses se passent autour de nous, pour que nous ny prenions aucun intérêt. Mais si Ton mettait toutes ces pratiques singulières sur le compte des insulaires de la mer du Sud , on en lirait peutêtre le récit avec quelque curiosité. Leurs idées ne sont pas plus extraordinaires que celles de nos pasteurs.
Ne méprisons cependant pas ces bonnes gens; songeons que dans les siècles passés , les plus grands génies n'ont pu se défendre ,des erreurs les plus absurdes, tandis qu'aujourd'hui les plus petits esprits pensent quelquefois se mettre au-dessus des vérités les plus sacrées. Les opinions appartiennent au temps ; les grands sentimens , les nobles conceptions appartiennent aux âmes.
Il y avait , sur les bords de la Gardempe, auprès d'un village appelé le Pont-Saint- Martin , deux familles de cultivateurs, réunies dans la même métairie , comme cela se voit souvent , lorsque l'étendue des biens le demande. Les familles , qui ont presque toujours des rapports de parenté , partagent tous les travaux ; mais comme nous tendons
\m'\ ELLE I\ <7»
loua a la domination , l'un des chefs
presque toujours subordonné a
l'autre, et n'a point une égale pari
daril ce qui peut rester a la fin de
l'année , ■ après que chacun a été nourri et habillé. Tels riaient Michel et Renaud. Le premier riche , le second indigent cl malheureux, Aussi , disait-on dans toute la par<»isvC ? (j,, im 80rt avait i !<'• jeté sur ce pauvre homme ; et lui-même le croyait ainsi. Il était triste, mais il ne se plaignait jamais; et dans son malheur, il semblait plus soumis que les médians favorisés de la fortune.
11 avait perdu sa femme et presque tous ses enfaus. — llelus, disait- il souvent, je prierais le bon Dieu de me prendre aussi , sans ma pauvre Catherine qui a besoin de moi. — Sa fille, en effel , n'avait pas d'autre lUÎ sur la terre. Elle < lait trop
jolie pour un si mauvais sort ; trop jolie pour être exposée chaque jour aux ardeurs de l'été , ou bien aux longues pluies de l'automne, et au froid rigoureux des hivers. A treize ans , elle était déjà forcée de prendre part aux plus rudes travaux , comme de battre les blés, de charger et de conduire la litière et les engrais.
Un jour que Michel était absent , et que son fils Martial était à la maison , Renaud l'appela près de son lit; car ils demeuraient tous dans la même chambre. — Mon ami, lui dit-il, je sens que je n'ai pas bien long-temps à vivre. . . — Tous les jours je demande à Dieu de vous conserver : il nous exaucera. Espérez comme nous ! — Mon ami , Dieu est juste : puisqu'il laisse mourir les bons comme les méchans ,
MH \ l l .1.1 IV G7
il leur réserve sûrement quelque récompense là haut, pour tout le mal qu'ils ont endure sur la terre.
Je ne me plains pas, mais j'en ai bien eu ma part. Encore ne puis- je pas mourir tranquille , laissant m l pauvre fille sans appui. Elle n'a personne , ajouta-il en pleurant, personne qui s'embarrasse d'elle. On ne demandera jamais plus si elle vit ou elle meurt, pas plus que d'un poulet, et moins , peut-être! Cependant c'est une bonne enfant , qui aime bien son père, et qui aimait bien sa mère, itou, et qui craint Dieu. Mon bon ami, faut-il que je vous le dise : ici, je ne considère que vous , parce que vous êtes brave.
Quoique vous ne soyez pas mon lils , et que je ne sois pas votre père , I .ù eu bien soin de vous dans rotr< •. roue \ ous • d rappelea bien.
n'est-ce pas? Ayez donc pitié de moi et de ma pauvre enfant, qui est la dernière de la famille. Ne souffrez pas qu'on la maltraite jusqu'à temps quelle soit grande. Elle vous aimera comme elle m'a aimé.... et comme je vous aime, mon cher ami. Mais moi, je ne suis pas louis d'or, tout le monde ne m'aime pas.... Hélas!
je n'ai que vous à qui m'adresser pour que l'on me fasse un service après mon décès. Je n'ai point demandé de médecin , vous le savez :
ce service et mon enterrement seront les seules dépenses occasionnées par ma maladie , et j'en ai bien du regret : d'autant plus que la vigne ne sera pas taillée à temps cette année ; et encore , Dieu sait comment elle le sera!
Le jeune Martial fut touché de 3a confiance de son parent : il
NOI VI III IV. ôij,
lui serra la main , et laissa tomber quelques larmes. Udé «Je la petite erine , il lui rendait tous les soins possibles en pareille situation ; et c'estbien peu dire. Quelques verres de vin sont l'unique secours offert aux paysans malades. Quand on leur parle daller chercher un médecin , ils répondent : — mie ni-' i« ra-t-ilV — El tous font la même réponse, comme lea oiseaux , qui . tous dans un danger semblable, poussent tou-
9 un semblable cri.
Cependant le maître, qui s'appelait Bapineau et qui possédait depuis peu ce domaine, étant venu par-
r la laine, s'informa de la santé de Renaud : comme il demandait
i à Michel , comment il viendrait .' ln»nt de tout son ouvrage , 1»' mou ranl put entendre cette réponse : — Ah, mon Dieu! nous prendrons un
ro CATHERINE,
valet et une chambrière : ils feront plus d'ouvrage que n'en faisait toute cette famille , et ils ne mangeront pas tant. —
Voilà comme le pauvre sort de ce monde. La petite Catherine était assise au chevet du lit de son père et ne leva seulement pas les yeux sur M. Rapineau. Elle appuya son visage sur la tète du vieux paysan , et tout en sanglotant, le pressa dans ses bras , dune étreinte qui semblait lui dire : — Si les médians vous méconnaissent et vous oublient , votre fille du moins vous aime bien ! —
Martial voulut rester près du malade. Tout le monde était aux champs : Renaud, se voyant assisté par ce jeune couple à son dernier moment , avait la parole sur les lèvres pour les engager à s'unir l'un à Vautre. Il les regardait tour à tour,
S0UYELL1 i\.
oupirant, ( !ommc Martial et. ut riche et Catherine pauvre, il n'usa riant pas faire connaître son désir : mais cette prière qu'il n'osait a tresser à un simple laboureur , il osa l'adresser au Roi du ciel , confident des peines du féible et son refuge quaiul il est nebuté sur la terra. Les arbres, humectes dune douce pluie, brillaient aux rayons du soleil ant, et le calme de l'air laissait entendre en ce lieu solitaire le chant «les oiseaux et le bruit sourd des K de la Gardempe , qui , près de là , tombait du haut dira rocher.
— J'ai peine à respirer, dit Renaud ; mes bons amis, tâchez de me soutenir jusqu'à la porte de votre maison : je verrai encore un rayon de soleil.— Martial et Catherine firent i mandait. Comme il *< iseoii , il prome
regards mourans sur les coteaux ombragés. En cherchant à distinguer ]a croix du clocher , couvert de lattes brunes , en forme d'écaillés , on entendit de loin le bruit d'une petite cloche. — Ah ! le voilà, dit Renaud : Il était temps ! — Catherine s'efforçait de retenir ses pleurs, mais ils s'échappèrent avec effort et se répandirent comme la pluie d'orage.
— Que vais-je faire au monde, disait-elle ! Mon Dieu , me laisserezvous souffrir bien long-temps ? — Le bruit de la cloche augmentant toujours , on vit paraître , sous Fallée des cerisiers, le pasteur qui s'avançait les yeux baissés. Une triste expérience lui faisait toujours connaître le moment où il fallait remplir ses pénibles devoirs. L'écho de la solitude répétales prières qui consolent les mourans , et le dernier rayon
du soleil venait de briller sur la monae lointaine, lorsque Renaud ouvrit les yeux pour la dernière fois.
La campagne retrouva pendant un moment tout son silence , et ce si* lencefut imposant : C'était celui de la mort.
Catherine versait un torrent de pleurs; et, parmi ses sanglots, elle ne pouvait trouver «le vont pour se plaindre. En effet , elle semblait n'avoir reçu d'yeux que pour pleurer. A treize ans, elle avait perdu sa mère , son père et ses sœurs ; die restait au pouvoir île maîtres durs, qui semblaient lui savoir mauvais gré des justes droits qu'elle avait sur une portion de leurs biens; mais L'enfant ignorait ces droits , ou ne songeait guère à les faire valoir.
Maiti.il tmait ses deux main s , et
i iv. lit de calmer sa douleur. — i. ii. 7
J'ai tout perdu , dit- elle enfin ! — Martial lui dit vivement : — Il te re^te un frère, et c'est moi ! — Le bon pasteur, assis dans la maison , les regardait avec intérêt. Michel revint des champs à la tête des domestiques, des femmes , des enfans.
Il avait toujours été maître ; il l'était plus que jamais , et semblait s'en trouver bien. Quand il aperçut Renaud étendu devant la porte , il dit seulement : — Ah , ah ! — Vous avez perdu votre parent, lui dit le pasteur. — Je le vois bien , M. le curé. Ah , ah ! il ne pouvait pas toujours vivre. —
A cela près de la douleur de Martial et de Catherine , tout se passa dans la maison comme de coutume.
Un homme tient si peu de place dans le monde! On étendit le défunt sur son lit , au pied duquel on
NOI \ I i LE IV. ?5
alluma une chandelle»; et les deux [eûmes gène le veillèrent toute la
nuit. De temps en temps, ils récitaient ensemble quelques prières
qu'ils savaient ; d'ailleurs, ils ne se parlèrent point. Hélas ! ils étaient bien loin de songer à L'attrait que pouvaient avoir Tune pour l'autre deux personnes de leur âge : mais la communauté* de douleurs est une source damour, et d'amour plus pro- E 0 I '1N<' * ( W *\ul naît a" milieu des j I h sirs. Martial était ému de la pitié qifil éprouvait, et qu'il éprouvait seul pour l'orpheline éplorée : et Catherine n'était pas moins touchée de la seule protection qui lui restât sur la terre. Quand elle regardait Martial , ses pleurs coulaient avec plus d abondance , mais avec moins d'amertume. Dès que la nuit lut passée , on eut soin de jeter l'eau ,
et surtout le lait qui pouvaient se trouver dans la maison (1). Car c'est un point de croyance parmi ces bonnes gens , que l'âme d'un mort, en s'échappant de ce monde ? va pendant la nuit se laver de ses péchés clans quelque vase plein de lait ou même d'eau claire.
Une année s'était passée depuis la mort de Renaud ? et Catherine embellissait chaque jour. Cependant elle travaillait beaucoup et ne mangeait guère. Elle voyait combien Michel et sa femme étaient intéressés : elle s'était dit : — Je leur rendrai tant de services , qu'ils seront peut-être forcés de m'aimer; car il est certain qu'ils aiment leurs bœufs.
(i) C'était aussi l'opinion des Juifs. Les paysans disent que pendant toute la nuit on entend l'âme qui barbotte.
— Oui , dis. lit la servante, mais ï brebis leur sont bien utiles aussi , <*t pourtant ils ne les aiment point. — En effet , la pauvre Catherine était a peu près ass< sort dos brebis, et c'était elle qui les conduisait, lorsque le métayer n'avait pas de travaux pressans. Cependant Martial , qui était d'un naturel franc et hardi , ne craignait point de prendre sa défense contre l'avide famille, et son ascendant était tel, que son père n'osait pas toujours lui résister. Dans tous les pâturages où Catherine gardait ses troupeaux, il lui avait construit de petites cabanes avec de la fougère au dedans et des ajoncs au .dehors. En hiver , il avait soin de porter auprès des cabanes quelques branches de bois S< < \ poux allumer du ïcu. Et, comme il ut (jue l'orpheline osait à peinti
manger , il lui portait aussi des paniers remplis de châtaignes : car c'est la coutume des bergères, d'allumer ainsi , au pied des buissons , un petit feu, devant lequel on les voit tout le jour. Agenouillées et assises sur leurs talons , elles filent , elles font griller des châtaignes, cassentdesnoisettes, parlentà leur chien, et chantent des cantiques ou plutôt de rustiques romances. Lorsqu'il y a plusieurs troupeaux dans le même canton , les bergères franchissent les buissons, et se réunissent pour conter des histoires de sorciers , de îoups-garous , de fées, et bien d'autres merveilles qui font partie de leur croyance. Les dimanches et les fêtes, seulement, d'autres jeunes filles et quelques jeunes gens viennent les voir. L'ombrage des coudriers est le lieu d'assemblée , et il arrive sou-
NOl \ ELLI IV. 79
.. i,t que Tony danse , ^<<it en chantant des rondes , soit à la bourdonnante mélodie d'une musette.
-Mais Catherine ne songeait guère à tous ses plaisirs : soi) pauvre cœur était encore trop affligé. Le (ils du laboureur allait la voie , tous les jours de tète, dans les pâtura où elle menait ses brebis; et c'était l.i seulement qu'il pouvait lui parler avec quelque liberté : tout indifférent est de trop avec les cœurs qui s'aiment. Lorsqu'il venait à tomber de la pluie , Catherine faisait entrer son cousin dans la cabane : cabane si petite , qu'ils se trouvaient alors Lien près l'un de l'autre ; mais l'un était sans artifice et l'autre sans méfiance. — Martial disait à Catherine :
— Si nous avions seulement ce champ , cette cabane , ces brebw
8e CATHERINE.
et si nous pouvions nous voir autant que nous le voudrions , — nous voir toujours , — ne serions-nous pas bienheureux ? — Oh, oui, bienheureux ! — Mais nous ne le sommes pas. — Ce n'est pas ma faute , - — ni la mienne ; car je ne crois pas qu'on puisse aimer davantage. — Yois donc comme ton chien nous caresse ! On dirait qu'il est bien aise de nous voir ensemble. — Ah ! le bon chien , comme il m'aime ï — Je t'aime beaucoup davantage , et tu ne me traites pas si bien que lui. — Eh , mon bon ami , que veux-tu donc que je te fasse ? Tu sais que je n'ai rien. Si j'avais quelque chose à te donner , tu l'aurais tout de suite !
— Martial ne répondit que par un soupir. —
Tels étaient à peu près leurs entretiens, souvent interrompus par
NOUVELLE IV. Si
des caressa s innoi entes comme amour. Heureux âge, heureux in.s- ! En s'aira int arec toute l'ardeur Je la jeunesse, ils codm rvai< ni encore toute la simplicité de l'enfance.
On voyait déjà paraître les premières fleurs du printemps, tites marguerites ros< 9 et b et les primevères étalant partout leurs bouqu s. Il y avait dix-
huit mois que Catherine regrettait son père. In jour de Pâques, Martial , qui était aimé de tout le monde, conduisit auprès de la cabane de Catherine un paysan qui jouait de la musette, avec cinq ou six jeunes filles et autant de jeunes hommes.
Il avait porté des pommes, des raisins secs, et de la piquette, dans deux grandes coloquintes. On choisit une place bien unie sou- de gl Mlds
châtaigniers sans feuilles, et chacun dan-a de tout son cœur à la clarté d'un beau soleil couchant. Quelques autres bergers accoururent aux sons de la musette , sans avoir besoin d'elle invités; et il se trouva que Martial avait donné une petite fête à sa cousine. Une de ces danses est assez gracieuse, quoique peu variée.
Elle s'exécute en rond : les deux danseurs semblent se poursuivre, et tout en se poursuivant ils font, de temps en temps, un tour sur euxmêmes. Toute la troupe se frappait dans les mains à de certains momens, avec des cris, ou plutôt des sons chantés dune façon particulière à cette contrée. Ces cris ne se font jamais entendre que depuis les approches de l'hiver jusqu'au commencement du printemps, parce que c'est à la fin de l'hiver qu'on se ma-
rie. i )baque fois que l« s <',t s- urs élevaient la \<»i\, on v rt;jx>ndàit de lotis les cotes, rie bien loin, et même de l'autre bord de la Gardempe. I n effet, lorsqu'un homme chemine seul et qu'il pousse un tel tri p< -n se désennuyer, toujours quelqu'un lui répond, et il ne se trouve |>lus au^si seuL Catherine était bien peu accoutumée au plaisir , et celui quelle goûtait alors était d'autant ytlus vit' qu'elle le devait à ton ami* Pour fui, il était aussi heureux de la voir danser que de danser avec elle.
Les paysans restent sérieux quand ils sont regardés par des spectateurs d'une autre classe, et l'on ne se doute pas de L'emportement de leur joie. Le plaisir des gens oisifs a toujours l'air d'être une fatigue pour i -u\ ; mais on sent que le plaisil
g) CATHERINE.
aussi un délassement pour les pauvres laboureurs.
Les moutons firent ce qu'ils voulurent ce soir là : on parvint cependant à les rassembler tous, et la troupe revint en poussant quelquefois de ces cris sans lesquels il n'y a point de fête. Les deux amans , car nous pouvons les appeler ainsi quoiqu'ils ne se fussent jamais parlé d'amour, se tenaient la main tous deux, et marchaient au milieu de leur cortège. Pendant quelque temps, ils travaillèrent auprès l'un de l'autre. Comme c'était la saison de sarcler les blés et qu'il y faut beaucoup de monde, Michel fit garder les moutons par deux petits enfants , et Catherine aida les autres laboureurs.
Elle était accoutumée à vivre seule; et si elle n'avait eu Martial à ses
s, elle eût regretté sa solitude , ses ajoutons et ses caban
Martial, qui la voyait presque toujours inondée de sueur , lui disait cuvent : — Ne te fatigue pas; tu ne peux faire autant d'ouvrage qu'un tomme : tu sais bien que tu me fais de la peine. — Un jour Michel I '< u- Lendit, et re repi il av< c s< cberessi , lui disant: — Pourquoi lui parlez j ainsi 7 \ ous savez qu'elle n'a que siée deux bra?, et vous ne voulez | • lie apprenne à s'en servir?
Vous ne songez pas qu'elle sera servante toute sa vie : vous la traitez comme une daine: baillez lui des rentes, au lieu de lui porter des noibôuqueU» Rêgardefc-ïa , .si elle ne vous a pas une ussi blanche, et des sabots faits <[ue si elle ét«