‹ Six nouvelles (volume 3)Chapitre 6 sur 9 · SOI S 1 LLE IV · texte numérisé non relu

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[Vlartial , fronçant le sourcil, lui demande '!»• a expliquer ; et doute elle eût bien fait de le prémunie contre toute insinuation malicieuse, en lui racontant ce qui s'était passé; mais en le voyant si tendre et si heureux de la retrouver, comment aurait-elle pu lui déclarer qu'on ravaît surprise dans le lit d'un autre homme? Comment lui prouver, au même instant , qu'elle l'ignorait , et que sa n sistance, secondée il M'ai, par un hasard heureux > avait triomphé des plus détestables projets? La parole lui manqua pour entrer dans de semblables détails.

Souvent l'innocence se lait , quand elle ne peut se justifier qu'en accusant. — Mon ami, dit Catherine , au jeune soldat, lu me connais dès mon enfance : quand on t<- dira <lu mal de moi, songe aux années que r. n. 16

iS2 CATHERINE.

nous avons passées ensemble. Celle qui t'a toujours aimé si tendrement, pourrait - elle changer ? — A ces mots, une douce tranquillité se rétablit dans le cœur de Martial, et son visage semblait serein comme les rayons de l'aurore éclairant de vertes campagnes après une nuit d'orage.

Satisfait, il s'éloigna; mais sa sécurité ne devait pas être de longue durée; Michel, en revoyant un fils que la guerre eût pu lui ravir, au lieu de se livrer à la joie d'un père, l'assaillit de plaintes et de récits calomnieux. Comme Martial semblait d'abord n'y pas prendre garde, le perfide métayer s'en alla le soir même consulter son maître. Celui-ci vint quelques jours après, comme pour s'informer des affaires d'Espagne. — Il faudra tâcher d'obtenir votre con-

MHYf ! I.ï IV. iS5

"c, dit-il ensuite à Martial. Votre

efl EBOÎ nous avons en vue un

mariage très-aï tntageux pour vous.

Il serait Oléme à jMDjM.s .jiir VOUS

fissiez connaissance avec la jeune

fille Monsieur, vous ayez plus de

bontés que je ne lé mérite. Mais, si vous me permettez de vous parler arec (banchiae, j'ai d'autres vues,

dont rien De peut me détourner* — Oui, quelque amourette que vous prenez au sérieux*... En vérité; mon

pauvre Martial, on ne dirait jamais que vous revenez de l'armée. Comment, vos camarades n'ont pas encore eu l'esprit de vous déniaiser !

I n soldat français s'amuse des filles et les oublie : il ne va pas soupirer pendant dix ans pour une ^ardeuse de moutons , qui est étourdie comme un militaire.- In soldat lïaneais Ûtnt M parole.- Monsieur, iuterium-

pit Michel, vous ne voudriez pas le croire si je ne vous le disais pas : il prétend épouser noire ancienne servante, Catherine, que vous connaissez aussi-bien que lui. — Et beaucoup mieux; car il ne se contente pas de l'aimer, je gagerais qu'il la respecte; oui, sur mon honneur.

Aussi, pour peu que cela dure encore quelque temps , il n'y aura que lui dans le pays à qui sa maîtresse soit étrangère. — Hé bien, monsieur, dites-lui donc ce que vous en savez ; dites-lui tout: qu'est-ce que cela vous fait? Vous n'êtes pas à cela près d'une petite aventure comme celle-là : vous avez trop de mérite.

— Ma foi, je n'en disconviens pas ; j'aime les filles tout comme un autre. J'écoute des plaideurs toute la journée. Avec des occupations si sérieuses , il faut des délassemcns

SOI s 1 LL1 1 \.

un j . i< me suis aperçu que

< netu ait à s*enm

Sylvain, ton domestique* Je ne suifl pas aussi discret que M. Martial; moi ; j<' n'ai pas voulu att< n qu'elle cessai d'être jeune, el que , tout en gardant ses moutons, elle eût reçu L'hommage de toute la pa-

. Je n'attente jamais à J inno-

e : mais enfui , quand je me trome bien pla< é pour cela, je D aime pas que mou tour vienne des

Uots il raconta l'aventure de Catlierine dans sa maison ? en insinuant que la jeune fille lui avait rendu ses caresses avec trop de vipour ne |»as s'être apei on d< guisement : < I que s'il avait du ree el des vingt-cinq louis (jn«: Les voleurs Lui avait

. .n [ ouvait avoir <j" aol au com-

,86 .CATliliKINE.

mencement de cette nuit-là — Un méchant vous dirait qu'elle s'entendait avec les voleurs, et qu'ils avaient eu leur part de ce rare trésor avant que de s'emparer de l'autre ; toute la paroisse le dit, et je ne veux seulement pas le répéter : loin de moi l'idée de nuire à personne. Bien au contraire, je crois obliger la jeune fille autant que vous, en vous guérissant de ce respect qui doit l'ennuyer beaucoup. Elle est dans ce moment chez un veuf qui la traite fort bien, et qui a ses raisons. Je suis fâché de voir qu'un joli garçon comme vous ne soit pas aussi leste que M. Bernard. Continuez donc, mon ami, attendez que Catherine ait reçu son dernier soupir : alors demandez-lui sa main. Je vous assure que vous l'obtiendrez • car elle ne trouvera plus que vous à qui elle

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puisse offî u le charme de la noureaut<4< ~~ Monsieur, répondit M -

liai mL de honte et de dou-

leur, tout le respect que je vous porte ne saurait m empêcher de vous

dire que vous vous trompez — •

Il eût été bien aise d'avoir une querelle avec Rapineau ; mais ce petit Lovelace de campagne s'éloigna promptenient , lui disant : — Si vous ne nie croyez pas ^ d'autres rit mieux peut-èlre à vous persuader.

Il n'alla voir sa maîtresse que deus jours après. Nous n'avons pas in de dire qu il fut triste et contraint. La jeune fille sentit bien quelle n'avait pu L'emporter >ur ses ennemis. Elle passait les nuits et les jours .1 pleurer | mais «(nanti elle était i )fartial,clle b\ ffor< ait de i acher l'accusaient

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à tel point, et son cœur était si excellent, qu'elle pardonnait à son ami ses injustes soupçons. Elle n'osait lui demander le motif de sa tristesse.

L'amour se retrouvait encore dans leurs entretiens : mais il y manquait d'un côté l'estime, et de tous deux la confiance.

Par l'ordre de Rapineau , Miche ne parlait plus à son fils de Catherine. Le dimanche seulement , lorsque le jeune homme parut devant l'église , il entendit quelques plaisanteries dirigées contre l'honneur même de sa maîtresse. — S'il eût été ici avec son grand sabre, disait une commère du village, Rapineau n'eût pas osé lui enlever sa maîtresse. — Vous ne pariez pas bien, ma chère, lui répondait une autre; on n'enlève une femme qu'au dernier qui la possède. — Il en aurait peut-être en-

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tendu davantage à la sortie de Pé-

, si le maire ne (Vit pas monte sur une grande pierre pour faire une ire si longue , que chacun se r< tira chez soi après qu'elle Fut achetée.

Mais les deux mots que Martial venait d'entendre ne faisaient que trop d'impression sur son esprit. Ni Ja logique de r\apineau,ni ses sarcasmes n'avaient produit autant d'effet. Rien n'es! plus odieux pour un homme, que le rôle de dupe ; et celui que l'on raille parce qu'il semble trop bon , souvent est bien près de devenir méchant. Aussi le jeune homme finit-il par prendre un parti qui ne s'accordait guère avec la délicatesse qu'il avait montrée jusqu'alors. — Comment , se disait-il à luiméme, j'aurai fait quatre cents lit ues pour venir passer deux mois û i, el

Sgg CATHERINE.

n'y faire autre chose que d'apprendre ces agréables nouvelles! — Le dépit fut remplacé par un peu d'insouciance, ou plutôt il ne put cesser d'aimer Catherine , mais il oublia également la haute opinion qu'il avait eue de sa vertu, et le projet de l'épouser. Il se proposait très-franchement d'imiter la conduite de ses camarades qui laissaient dans leurs garnisons beaucoup de veuves et peu de contrats de mariage. Cette intention fut pénétrée , comme nous allons le voir.

Bernard n'étant pas éloigné du bourg , le pasteur ne restait jamais fort long - temps sans l'aller voir.

Quand il avait quelque malheureux à secourir, et que ses propres ressources étaient épuisées, il avait recours au bon paysan et à quelques autres particuliers fort riches et très-

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charitables* Courant il venait de s'entretenir avei B raard sur se iujetj i! Ini demanda s'il était toujouft également content de la jeune servante qu'il lui avait amenée. Ou ne saurait l'être davantage, lui dit le

an ; son intelligence el vite' surpassent tout ce que je pourvous en dire. Quant à sa douceur, je ne l'ai point éprouvée par i-méme ; car , en vérité , je n'ai jamais eu de réprimanda «i lui faire; mais la manière dont elle se conduit envers mes enfans, ne peut me laisle doute sur la bonté de son cœur.

SonUits malades, c'est elle qui leur donne des soins avec autant de pae que d'adresse. Elle emmène toujours aux champs les plus petits; <:ommc elle sait un peu lire, elle l aux garçons à connaître lettres, et aux petites SU

iga CATHERINE.

coudre et à tricoter. Quand elle nous aide à labourer, ou dans quelque autre occupation, elle les place contre un buisson, et trouve presque toujours le moyen de ne pas les perdre de vue.

Ce qui parait lui être le plus agréable , c'est de soigner les pauvres et les malades. Elle nous a laissé entendre plusieurs fois que si elle n aimait pas son cousin , elle ne désirerait rien tant que d'être sœur de ]a charité. Mais ce cousin est ici , elle-même m'a prévenu qu'il venait la voir quelque fois , et pourtant il ne parle point de se marier. Une semblable liaison m'inquiète pour cette pauvre enfant, monsieur le curé, et d'autant plus, que les bruits répandus par Michel auront sûrement détourné son fils de ce mariage.— J'avais la même idée, ré-

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pondit le pasteur. — Je ne vous cacherai pas que , de temps en teinp* , je prends mon fusil comme pour aller à la chasse, reprit Bernard , et qu'au lieu de cela je vais, sans être tu , roder autour de mou troupeau; mais je ne suis pas toujours la : lé diable est plus fin que moi. Il ne faut <(irun moment, et ce gran<l drôle il i'.nr leste. — Faites ce que vous pourrez : moi je prierai Dieu de l'as-

r dans ce danger. Mais, d<- plus, si ce jeune homme ne retourne pas fort promptemenl à Tannée, il faudra que la jeune fille lui demande de l'épouser ou de ne la venir plus voir. — Elle ne pourrait jamais lui dire cela; mais avec son consentement, moi, je m'en chargerai.

I aime l>ien à me faire des amis :

■ , morbleu , je sais me faire nu ■un» mi quand il le faut. — Ils s.

parèrent après ce conseil dans lequel on n'avait rien résolu, comme il arrive parfois.

Celui de Rapineau n'avait pas été long. Il avait dit à Martial : — Rappelle-toi bien qu'un soldat français ne s'amuse point à faire un siège qui ne finit pas : il emporte la place d'assaut. Une fille qui veut qu'on l'épouse se défend bien , cette foislà ; ainsi , du courage ! Catherine avait été bien aise que son cousin eût retrouvé sa gaieté ; mais elle voyait avec peine que ses manières devenaient beaucoup plus libres, et que pourtant il ne lui parlait jamais de mariage. Elle songeait à ce qu'elle pourrait lui dire pour lui inspirer un peu plus de réserve ; car dans l'état différent de leurs fortunes, elle était bien résolue de ne jamais lui rappe-

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h promesse* Tell était sa peu- , lorsqu'elle le 1 it paraître.

Le lecteur aura peut être remarqué que si quelquefois nos réflexions nous fortifient, il arrive quelquefois aussi précisément le contraire. -V s forces , ('puisées contre un objet absent, ne se retrouvent plus quand il vient à paraître. Parmi ses gr

. ts,( Catherine avait pensé qu'elle pourrait bien perdre son amant : elle fut ravie de le voir à côté délie: <■ al il s y était mis aussitôt. Ses veux brillaient d'un feu plus vif, et ils avaient bien leurs raisons : Michel s'étant douté de quelque chose, parce que son fils avait dit qu'il s'absenterail , 11 avait pas manqué de lui verser quelques verres de vin \\\\ peu fort, pour le lui faire goûter. En effet , il avait dit à M. EVapineau. —Je lui ferai m bien goûter de ce mu là ,

j96 CATHERINE,

qu'il voudra goûler d'autre chose.

— Il prit la main de Catherine dans les siennes , il se mit à lui rappeler le commencement de leurs amours , qui , à vrai dire , était le commencement de leur vie. — Te rappelletu des petites cabanes, des châtaignes grillées , de la musette et de ces jeux où tu perdais toujours ? Ah , Catherine , quand je songe à la constance de. mon amour, il me semble que tu- devrais ta aimer d'avantage! Je ne sais comment d'autres peuvent le plaire , mais ce n'est pas sûrement en t'aimant plus que moi» — Aussi , je n'aimerai jamais que toi : c'a été ma première parole : ce sera la dernière, —r Vous voilà bien : vous vous contentez de me dire des choses douces, et vous en accordez à des gens... qui sont bien loin de vous oimer comme moi. — Pour vous,

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