‹ Six nouvelles (volume 3)Chapitre 8 sur 9 · M»T\ I I.I.K IV. 1J · texte numérisé non relu

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soins. Bientôt elle se reprocha d'avoir pu distrahv son esprit de ce spectacle de douleurs* En cet instant même, elle entendit, dans te lit lé plus rapproché d'elle, une voix qui disait : — Je vais comparaître. . . . le Ciel doit me punir. ... — Et cette >ix , qui ne lui semblait pas inconnue, fit tressaillir la pauvre sœur, comme si ces paroles étaient sorties d'une tombe. Elle avait cru que les

I malades étaient Espagnols; elle reconnaissait la voix d'un Français , agité par le délire de la fièvre. Mais quelle fut sa terreur, lorsqu'elle en« tendit la même voix s'écrier : — Catherine! .... Catherine! Encore, si tu étais -là pour me fermer les yeux! — Je suis près de toi, répond*

I — Et saisissant la lampe, et!

Rapproche , elle écarte , en trenibl inl , le rideau... ce sont les traits

p4o CATHERINE.

même de Martial , mais déjà près de se couvrir des ombres de la mort, et tels que nul autre n'aurait pu les reconnaître. — C'est moi , dit-elle encore, moi qui suis près de vous , qui n'aspire qu'a vous sauver î — Le soldat s'aperçut bien qu'on lui parlait ; il ne reconnut pourtant , ni les traits , ni la voix de Catberine ; il ne comprit pas non plus ce qu'elle venait de lui dire. Il la regarda fixement, et ce regard frappa l'hospitalière d'un nouvel effroi : il lui sembla que Martial n'existait plus. En effet, il ne reconnaissait plus son amie. Oh î combien les secours qu'elle était chargée de donner à ces malheureux , lui semblèrent pour lors impuissans! Mais comment faire plus , et par quels moyens sauver cette vie, qu'elle brûle de racheter au prix de tout son sang ?

C'est alors surtout, c'est lorsqu'il

faut >auvt r un objet uniquement aifart invente par Illumine , pour soulager son semblable, parait insuffisant, incertain. — Que ne suisse inspirée par le Tout-Puissant !

Que ses ailles ne viennent-ils à mon aide , s'écriait la pauvre bergère ,

tue , par excès de faveur, des

■es de L'humilité ! — Et tout ce

qu'elle put faire, ce fut d'oiiiir en-

à son amant , le breuvage «pi il devait partager avec tant d'infortunés. Insensible et les yeux égares , il était sourd aux plus touchantes prières. Loin de se rebuter,elle baise .ses mains, qu'elle arrose d'un torrent de larmes ; elle se précipite au pied du lit de douleurs ; elle s'écrie : et tant devehémencedétermine ou plu*

ntraine le malheureux* Suhjugué par un pouvoir inconnu , il finit

r. il. 21

s** CATHERINE.

par ne plus refuser rien de ce que lui présente une main qui lui fut si chère.

Cependant la jeune sœur se reprocherait les soins qu'elle prodigue à l'objet de toute sa tendresse , si les étrangers n'en recevaient de semblables, car elle ne saurait faire plus. Ses devoirs remplis, elle se place devant le lit du soldat français; elle épie ses moindres mouvemens, ses regards 9 ses soupirs. Elle l'avait cru mort ; elle le retrouvait expirant.

Que de sentimens confus se pressent dans son cœur! L'espoir y pouvaitil renaître, lorsqu'il était combattu par des craintes si cruelles et si fondées ?

Mais il restai;, peu d'instans à toutes ces Hverses pensées. Tantôt elle attisait le feu qui devait réchauffer l'air, tantôt elle entrouvrait un car-

pour le rcnouvc!* r. De inu- ' en moi t , elle i Mer,

■ de brai

\ jj.( ur lante -y ou bi< n, ouvrait ui I >nl \<-s éma-

itaires combattaient la vapeur j estilenlielle* Ges pcécau^ q m mandées à sou zèle, laiat partie du traitement prescrit ■ . I .< reste de la nuit récoula dans de semblables occupations; et le matin , lorsque la d Nivelle &up< rîeure et la mère Saint- François visitèrent leurs malades, - lurent Satisfaites des soins de niic. Quel que fut le zèle des œurs . Le médecin de g< lle*< i I peu satisfait encore. Ce n-e< t pas qu'il donnât les moiudr.

i a sur le sort de £< s infortunés :

leur état n'avait pu s'améliorer si vite : celait beaucoup qu'ils n'eussent point succombés.

La jeune sœur y ne se contenta pas d'écouter attentivement îe médecin ; elle osa lui faire quelques questions sur la manière de gouverner ses malades. Son langage ? qui était toujours celui d'une simple paysanne., et la sagacité qu'elle avait montrée dans ce qu'elle venait de dire y étonnèrent également le médecin. 11 regarda Catherine avec quelque attention ; et puis il soupira, comme s'il eût dit : — Quand on est si jeune et si belle, quel dommage de se dévouer à une mort certaine et infructueuse ? — Le sacrifice que la jeune sœur eût fait sans balancer pour obéir à ses devoirs ?

seuls j elle le faisait alors avec joie.

Virre pour celui qu'elle aimait , ou

bien mourir pour lui ; tels étaient les uniques veaux de son cœur.

Pendant tout le jour, elle fut occupée des mêmes soins, en proie aux mêmes douleurs. Elle était r< duite à désirer que son ami revint à lui, du moins pour quelques ins- ! ris , qu'il la reconnût , et qu'elle jtùt recevoir un dernier adieu de cette bouche , qui lui promit tant de fois un amour éternel. Faut-il ife encore ? La boute divine , pour soutenir l'homme contre tant de maux, a mis dans son cœur tant d'espérance , que la jeune hospitalière ne doutait pas que Martial n'éprouvât quelque soulagement , lorsqu il était secouru par 1 amie de son enfance.

Comme elle venait de lui faire prendre quelque boisson pourapai-

ser l'ardeur qui consumait son Sang, elle hasarda de lui dire : — Vous ne reconnaissez pas Catherine; vous ne l'aimez donc plus ? — Je connaissais une jeune fille qui porlait ce nom là : je l'aimais plus que ma vie ; mais elle m'a trahi.

Oui , j'aimais Catherine , mais ils me l'ont enlevée. Pc: sonne ne m'aime plus. — Elle avait conservé , sous ses habits d'hospitalière , une petite croix d'or que son cousin lui avait donnée : elle la lui montra , et puis la baisant avec transport : — cette croix vient de Martial , lui dit-elle : c'est un présent qu'il fit à Catherine , quand il l'aimait. — Le soldat prit cette petite croix , et la baisa aussi , sans paraître se souvenir de rien.

La lampe ? triste compagne de ces nuits de douleur ? venait d'être allumée , lorsqu'on envoya près de

la j. \r util' paui re fetni

.Le lit cette malheureuse h ^ « si , pour

un modique salaire. Sa profession était de passer tes ntmé pires des mourans ou [>rès des morts. Elle avait acquis quelque expérience ou plutôt quelque premier instinct sur > malades ronfles à ses soins . Elle examina froidement tous ceux-ci ; puis elle dit rtHerine : les deux Espagnols périront , mais cm des Français échappera peut-être. Je n'en voug pas repondre , au moins ; mais choses si étonnante s !

— C'est ainsi queecttepa mhi -

prononçait sur le -sort des vaincjuéurs es Vaincus , égaux deVant-elle comme «levant la mort.

. i U lui

mander lequel des trois Français pouvait échapper à la mort ; et cependant elle tremblait de l'apprendre.

A peine eut-elle parlé : — Comment, vous ne voyez pas que c'est ce grand blond qui est si jaune ?

dit-elle en montrant Martial ? Pour une hospitalière, vous êtes bien habile! Allez , allez ;°quand je voudrai perdre F goût du pain , vous aurez ma pratique. C'est toujours bien de ne pas savoir grand'chose : c'a fait gue vous ne vous fatiguez pas le portion poure-Tdire.

Malgré la grossièreté de cette îi mrne , la jeune sœur fit un mouvement pour l'embrasser ; mais elle se retint de peur de trahir son secret. — Si vous voulez prendre quelque repos , lui dit elle, vous pouvez vous asseoir dans ce fauteuil : moi, je n'ai pas la moindre envie de dor-

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