VILLE ANCIENNE DE MANSOURA
de battre cette place importante, mais il ne put y réussir après sept ans de siège. Elle avait une superficie de 100 hectares; son enceinte presque intacte se compose d'une courtine crénelée non interrompue, avec tours complètement fermées, espacées à intervalles égaux; les murs, d'un mètre d'épaisseur sur douze d'élévation, ont conservé les nombreuses rangées de trous superposés, dans lesquels passaient les perches destinées à supporter les établis de construction.
Malgré ces ouvertures béantes, traversant les courtines de part en part, celles-ci ont pu résister bien longtemps, non seulement aux balistes et aux catapultes, mais encore aux boulets qui s'y logeaient sans les fêler.
Au centre de la place, et entouré d'une seconde enceinte, s'élevait le palais du roi, construit avec magnificence, puis la mosquée, dont le minaret a encore aujourd'hui 38 mètres de hauteur. Il est fendu du haut en bas : une des portions est écroulée et, comme d'après la tradition, il fut bâti par deux races distinctes, Maures et Arabes prétendent chacun attribuer à leurs aïeux la construction de la partie restée debout.
Je dois noter, en passant, la grande analogie existant entre cette ville et la forteresse de Gisors, en Normandie, remontant au onzième siècle; on retrouve, à l'une comme à l'autre, malgré la différence considérable des surfaces, une série de tours, complètement fermées à la première enceinte, puis au centre de la seconde la demeure du roi, ainsi qu'un donjon fort élevé,
Dans un travail, lu cette année à la Sorbonne, j'ai expliqué, le rôle que jouèrent ces tours dans la défense de Gisors, mais j'hésiterais à tenir le même langage pour la forteresse arabe.
On a transporté au musée de Tlemcen les anciennes
colonnes d'onyx de la mosquée de Mansoura; sorties des carrières d'où proviennent les blocs du nouvel Opéra de Paris, elles figurent auprès de la pierre tumulaire deBoabdil, roi de Grenade, dernier souverain musulman en Espagne.
Ces débris seront plus tard classés au nombre des rares témoins de la lutte suprême entre l'Orient et TOccident : c'est dire tout l'intérêt qui s'attache à leur conservation. D'ailleurs, le minaret de la mosquée a été inscrit parmi les monuments historiques, mais nous faisons des vœux sincères pour que les restaurations futures soient exécutées avec plus de goût et de discernement que ce qui a été fait jusqu'ici.
Les Arabes. — Les Kabyles ou Berbères. — Les Maures.— Les Juifs.— Les M'zabis.— Les Biskris. — Les Nègres. — Origines phéniciennes. — Le baron de Moyecque.
Tout en parcourant ces routes nombreuses qui relient Tlemcen au Maroc et à l'Algérie, nous rencontrons des bandes d'indigènes, les uns à burnous blancs, les autres avec kritous brun en poil de chameau, couvert du manteau noir; ils portent le huit (corde) qui fixe le capuchon à la tête ; Arabes et Bédouins , tribus de pasteurs couchant sous la tente. Leurs costumes rappellent ceux d'Abraham, d'Ismaël, de Jacob. Mon savant guide, Alata, en me faisant remarquer ces deux variétés du même type, veut bien compléter mes observations personnelles sur les natifs de notre colonie africaine.
Nous y trouvons trois races bien distinctes : l'Arabe, le Kabyle et le Maure.
L'Arabe a la physionomie mâle, distinguée, avec des yeux noirs, le teint olivâtre et les attaches très fines. Le Kabyle ou Berbère, plus trappu, vigoureusement charpenté, a la tête plus ronde, rarement le nez aquilin ; son teint est pâle, l'expression de ses traits a quelque chose de sauvage.
Le Maure a la peau moins foncée que l'Arabe, de beaux yeux et des dents très blanches. Son visage est plein, son nez peu saillant; sa physionomie ne respire pas l'énergie des autres races.
On est convenu, par l'abus d'un ancien cliché, de rattacher ces peuples à la môme souche : le rameau • araméen, dont le caractère consiste dans une physionomie expressive avec des yeux et des cheveux noirs ; mais cette théorie ne saurait exclure, la présence des blonds aux yeux bleus qui s'explique par ce fait que les Carthaginois, ayant formé une confédération dans tout l'Occident, comprenant les Gaules, la Bretagne même, ces confédérés, la plupart blonds , ont plusieurs fois repassé le détroit de Gibraltar et sont naturellement revenus à leur métropole, Carthage, rebâtie par César ; de là le mélange de quelques blonds aux bruns du nord de l'Afrique.
Les Arabes, contemporains des Juifs, n'ont pénétré en Afrique qu'au vn e siècle ; ils y ont trouvé les débris des Barbares des Vandales, etc., et ont bientôt conquis tout le littoral, pour y étendre l'islamisme. Ils parlent une langue à flexion, tandis que les Kabyles, d'origine berbère ou lybienne, comme les Touaregs, ont un langage d'agglutination.
Les Arabes, essentiellement pasteurs, mènent la vie nomade au sein des horizons infinis ; ils méprisent le travail et dédaignent de s'enchaîner à une maison. Ils vivent sous la tente isolément, ou forment, en réunissant ces abris de toile grossière, un village mobile nommé douar, au centre duquel ils parquent les animaux pendant la nuit. Quelquefois ils construisent de primitives cabanes, avec des branches ou des roseaux recouverts de feuillage, appelées gourbis, sorte de transition entre la maison et la tente du désert. Ils sont cavaliers