‹ Six semaines en Algérie: par le vicompte de PullignyChapitre 9 sur 88 · MOSQUÉE DE SIDI-BOU-MÉDINE · texte numérisé non relu

MOSQUÉE DE SIDI-BOU-MÉDINE

C'est ici que les différentes tribus viennent chercher leurs étendars lorsqu'elles partent pour la guerre.

Mais si ces monuments sont remarquables par leur ornementation intérieure, au dehors, les couvertures de tuiles vernissées rappellent par leurs mille nuances aux reflets métalliques, ces féeriques toitures persanes que le voyageur, à son arrivée à Ispahan, voit briller de loin au soleil, comme de vastes champs d'émaux cloisonnés.

Un escalier de quatre-vingt-dix marches conduit à la terrasse du minaret, d'où nous pouvons jouir d'un panorama très étendu. A l'est, la route de Sidi-Bel- Abbès; au nord, l'embouchure delà Tafna; puis vers le sud, Sebdou et les hauts plateaux bordant le Sahara. Au loin, les montages dès Béni-Snassen, et, en avant, la plaine où eût lieu la bataille d'Isly, avec la grande route de Fez débouchant sur la gauche.

On se rend en pèlerinage à Sidi-Bou-Médine de tous les points de la contrée et môme des extrémitées du Maroc. Ce monument fut longtemps un repaire de brigands fanatiques, qui venaient s'y inspirer pour assassiner ensuite les chrétiens.

Depuis plusieurs années, l'édifice est classé.

En quittant la Ville Sainte, on découvre dans les rochers les cités troglodytiques, habitées par des tribus vivant dans des grottes, de temps immémorial. Il y aurait grand intérêt à étudier ces indigènes au point de vue ethnique et surtout anthropologique ; il serait très possible qu'il y eût ici transmission de coutumes des populations quaternaires; fait positif, on a recueilli dans ces cavernes des instruments et objets remontant aux différentes périodes des âges de la pierre.

Plus loin, nous passons Agadir, l'antique Pomaria, près le marabout des femmes stériles. Elles s'y rendent

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pieusement et, afin d'obtenir la réalisation de leurs souhaits, elles sacrifient une poule qu'elles plument sur place après l'avoir purifiée sur un réchaud où brûle l'encens (le poulet a joué de tout temps un grand rôle dans les cérémonies arabes) : cette coutume superstitieuse se rencontre jusqu'aux confins de l'Asie.

Il existait encore, il y a peu d'années à Canton, un temple dédié à Bouddah, où l'idole, apportée probablement de l'Inde, reposait couchée sur un vrai lit avec rideaux et courtines, entourée d'un nombreux personnel brûlant des parfums, récitant des prières, préparant même le thé pour le Dieu, supposé malade.

Dans le but de se le rendre propice, les femmes stériles allaient déposer sur son corps une couverture qu'elles plaçaient ensuite sur leur propre lit pendant plusieurs nuits consécutives. Les Chinois de Canton, toujours très friands d'émeutes, brûlèrent un jour le temple, sous prétexte que les miracles accomplis dans ce saint lieu pouvaient bien être attribués à une intervention moins divine que celle du puissant Dieu Bouddah.

Les acres senteurs des holocaustes mauresques nous poursuivent jusqu'à Mansoura.

Mansoura signifie champ de la victoire et, quoiqu'il n'y ait rien de commun entre cette ville et Mansourah de la basse Egypte, où saint Louis fut fait prisonnier, il faut reconnaître qu'il n'existe pas un point de l'Algérie où les luttes aient été plus vives et plus sanglantes. Et cependant, cette cité, si redoutable autrefois, ne fut construite qu'en pisé, c'est-à-dire en terre mélangée de quelques cailloux, maçonnés à bain d'un ciment inconnu qui a rendu les murailles inaltérables.

La ville de Mansoura fut élevée au xii e siècle devant Tlemcen, par le Sultan Noir, souverain du Maroc, afin

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