‹ Six semaines en Algérie: par le vicompte de PullignyChapitre 2 sur 88 · LA VILLE D'ORAN · texte numérisé non relu

LA VILLE D'ORAN

ment voilée ; or, les filles maures et arabes étant fiancées à dix ans et mariées à douze, il n'est permis de juger les types féminins que d'après des créatures toutes jeunes, à la physionomie charmante, gentilles il est vrai dans leurs manières, mais aux allures un peu sauvages.

Elles portent avec une grâce enfantine le costume de leurs mères, et les plis harmonieux de ces étoffes flottantes donnent un semblant de noblesse à leur démarche; les plus pauvres même, malgré les lambeaux dont elles sont couvertes, présentent en petit la dignité de la femme, car le drapé exclut toute défaillance dans le vêtement.

Les Européens ne pénètrent dans ces quartiers qu'avec une extrême réserve ; aussi suis-je heureux de pouvoir retracer les impressions causées par la première vue d'une ville complètement arabe, que j'ai été à même de contempler seul et loin de toute espèce de gêneurs.

Les remparts. — Les bains de la Reine. — La mosquée. — Le mouezzin. — Le général Cerez. — Excursion à Misserghin. — Le grand Marabout.

— L'agha d'Oran. — Un Khalifâat. — Le père Abram. — Les écoles des Sœurs.

Le général Cerez, commandant militaire de la province d'Oran, est un homme fort aimable; il m'accueille chaleureusement et me fait, avec beaucoup de bienveillance, les honneurs de son palais, ancienne résidence du bey ; c'est bien la plus pure expression du style mauresque civil, associé au génie stratégique espagnol.

Au dedans, les riches salles, soutenues par des colonnes torses de marbre blanc, sont éclairées par des fenêtres inscrites dans de charmantes ogives ; les murailles, ornées de dessins ciselés avec un art infini, communiquent par de larges portiques à des jardins suspendus, remplis des fleurs les plus rares ; au dehors, de hautes courtines crénelées, des fossés avec glacis à embrasures, présentent un ensemble de défenses redoutables, battant la mer ainsi que les divers quartiers de la ville.

Trois forts superposés : Santa-Cruz, Saint-Gregorio et Lamoune, couvrent la rade de leurs feux. Depuis

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