PLAINES DE LA MITIDJA
triompher aujourd'hui de la concurrence des Etats- Unis ; il en est de môme de la soie qui, néanmoins, a de l'avenir, car, d'après la tradition, les mauresques pratiquaient autrefois avec succès l'élevage des insectes producteurs.
L'industrie tire des profits très appréciables de la distillation d'une foule de plantes auxquelles le climat de la Mitidja est parfaitement approprié.
Les arbres de la famille des aurantiacéjss fournissent les extraits de bigarade, de cédrat, de citron, de néroli, l'eau de Portugal et celle de. fleurs d'oranger. Le jasmin, la tubéreuse, la violette, la menthe, la verveine, la lavande, le romarin, la sauge, le thym, la marjolaine, l'absinthe saturent les liqueurs et les essences de leurs parfums délicieux. Le géranium-rosa, en particulier, donne un précieux produit qui peut lutter avec avantage coutre l'essence de rose d'un prix beaucoup plus élevé (2,500 fr. le kilog.).
Le ricin, le séné, l'opium, le sorgho, le safran, l'asphodèle, les arachides, le hachich concourent également, par leur exploitation, à augmenter les richesses de la colonie.
Enfin les olives, les arbres fruitiers d'une infinité d'espèces, les légumes verts et secs, les plantes à fruits telles que le fraisier, etc., fournissent une quantité considérable de produits, qui se vendent sur tous les marchés de l'Europe sous le nom de primeurs.
Toutes ces cultures, en se déroulant sous nos yeux, nous présentent un aperçu des ressources de cette belle contrée qu'il est bien permis de nommer terre promise, car, lors de l'enquête faite en 1879, nos députés ont pu goûter ici une grappe de raisin longue de 30 centimètres et pesant 7 kilogrammes !
Nous avançons toujours vers la métropole et nous
trouvons sans cesse, sur la route, un nouveau sujet d'étonnement et d'observation.
Voici le beau domaine de M. le comte de Richemond: il contient 1,500 hectares dont une centaine environ sont plantés en vignes; or, un hectare de vigne produit annuellement jusqu'à 50 hectolitres de vin à 40 fr. Thectolitre ; il est aisé de calculer le rendement total. Certains cépages, môme, tels que le Petit-Bonchet^ donnent 200 hectolitres à 20 fr. chaque par hectare.
La vigne a un grand avenir en Algérie; résistant plus que toute autre plante à la sécheresse, elle croît vigoureusement sur tous les points où l'essai en a été pratiqué. Quelques crûs ont déjà donné des qualités supérieures : les vins blancs de Staoueli, de Kouba, du Chéliff; les rouges de Médéah, de Birmandreis, de Mascara commencentàêtre justementappréciés; comme classement général et sommaire, nous noterons la province d'Oran pour ses vins foncés et alcooliques, ainsi que ses vins blancs et de liqueur; celle d'Alger pour ses vins de coteaux demi-clairs ; celle de Constantine pour ceux demi-foncés, pouvant faire des vins de table propres à la consommation. Les alcools donnent des eaux-de-vie de marc d'une couleur parfaite dans les trois départements, et déjà fort goûtées des connaisseurs.
La colonie possédait, il y a quinze ans, 500 hectares à peine de vignobles : aujourd'hui elle en compte 50,000 produisant plus d'un million d'hectolitres.
Si le gouvernement maintient, avec sévérité, les lois de prohibition dont sont frappés les ceps étrangers, rien ne saurait entraver une culture mise ainsi à l'abri du redoutable phylloxéra, et l'Algérie, après avoir reçu pendant bien des années les subsides de la mère-patrie,