‹ Six semaines en Algérie: par le vicompte de PullignyChapitre 24 sur 88 · CULTURES DU TELL · texte numérisé non relu

CULTURES DU TELL

serait en mesure à son tour de lui venir en aide en réparant les désastres causés à son industrie vinicole par le terrible fléau.

Nous ne saurions terminer ce chapitre sans rendre ici un public hommage à M. Aymé, l'intelligent organisateur de la section algérienne à l'exposition régionale de Rouen (juin 1884), membre du Conseil supérieur de l'Algérie, conseiller général et président du syndicat de la vallée du Saf-Saf-Négrier. M. Augustin Aymé, dans une propriété de 900 hectares aux environs de Tlemcen, pratique sur une grande échelle l'élevage, la culture des céréales, des orangers, des arbres fruitiers et de la vigne. Il a su grouper dans sa section les produits de 1,200 exposants des trois provinces, et les monceaux d'échantillons de vins en bouteilles accumulés sur les étagères , après avoir été appréciés par les ministres venus à Rouen pour l'inauguration, démontreront aux plus sceptiques tout ce que l'avenir réserve aux infatigables viticulteurs de notre belle colonie nord africaine.

Cependant, il ne faut pas se le dissimuler, bien des colons ont besoin de conseils.

Quantité de propriétaires, égarés par de faux savants, croient encore que le mouillage et le plâtrage sont des moyens efficaces ; erreurs qui mènent aux plus mauvais résultats, font piquer et tourner les vins et les condamnent à la chaudière.

Les caves ouvertes, les coups de vent intempestifs et mille autres causes amènent Yacétification par la formation sur le chapeau à l'air libre du mycoderma aceti. lien est de même des cuvaisons trop prolongées, de la négligence apportée à Youillage des fûts, puis des vendanges trop hâtives ou trop retardées. Un excès d'alcool ou de sucre serait aisément évité par l'emploi du glucomètre, réglé à 10 ou 12 degrés.

Enfin une étude approfondie du terrain à mettre en vignes et un soin judicieux dans le choix des cépages pourraient seuls mettre un terme à la période des tâtonnements pendant laquelle l'Espagne et l'Italie, profitant de notre inexpérience, envoient en Angleterre et jusqu'en Amérique leurs vins logés en barriques, portant pour étiquette les noms de nos propres crus français.

Les colons. — Le gouvernement colonial. — Comparaison entre colonies françaises et colonies anglaises. —Le Trans-Saharien.— La Mer Intérieure. — Le Trans-Continental Nord- Afrique.

Quand on considère que la colonie africaine occupe une surface de soixante millions d'hectares, dont quatorze millions attribuables au Tell, région essentiellement fertile, on se demande pourquoi nos populations pauvres ne se déplacent pas en masse pour occuper cette terre privilégiée.

Le Français, si intelligent, est, il faut en convenir, absolument maladroit quand il s'agit de s'expatrier ; il ira partout excepté à l'endroit propice. Il parcourra des milliers de lieues ; il se dirigera vers le Sud-Amérique, le Far- West ou quelque lointain territoire, lorsqu'il trouverait, à quarante-huit heures à peine du sol natal, des terres tout aussi fertiles, offrant une sécurité et une salubrité incontestables, et de plus régies par les lois de son propre pays. Cette erreur ne peut se comprendre.

N'y aurait-il pas eu quelque sujet de plainte, quelque faute commise par les différents régimes qui se sont succédé depuis quarante ans ?

On me citait des colons nantis de concessions et dont, néanmoins, la position n'était pas régularisée après plus d'une année d'attente ; l'argent destiné à l'achat du matériel était dépensé, pendant ce temps, pour l'entretien de la famille, et le malheureux obligé de retourner dans son village complètement ruiné.

Il peut, dira-t-on, recourir aux usuriers, et ces sortes d'instrustriels ne manquent pas en Algérie. Mais alors qu'arrive-t-il? Au lieu du taux légal, dix pour cent déjà fort élevé, le Juif, voyant un colon sans garantie, avance l'argent à trente, et souvent cinquante et soixante. pour cent; et le pauvre homme est presque toujours réduit à abandonner le nantissement, la concession même entre les mains du prêteur.

Autre observation : Sur une population de trois millions d'âmes, la France figure à peine pour un vingtième et ce nombre augmente tout au plus de cinq à six mille par année, quand les musulmans s'accroissent de cent mille pendant la même période? Or l'Arabe n'est pas assimilable, puisque, si nous ouvrons au hasard une statistique (1879 par exemple) nous y trouvons sur un total de 2.687 mariages, 1,249 entre français, 996 entre étrangers, 436 entre français et étrangers et 6 seulement entre Européens et Musulmans! Que devient donc l'avenir de notre colonie, en présence des chiffres cidessus ?

A part la plaine de la Mitidja contenant deux cent mille hectares, celles du haut et bas Chéliff, plus considérables, et quelques autres points du Tell , le sol de l'Algérie est à peu près resté en friche. Sur soixante millions d'hectares, trois millions seulement sont en culture, c'est-à-dire un hectare par habitant.

Les Arabes, il est vrai, continuent à gratter avec l'araire, les clairières semées çà et là parmi les palmiers

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