‹ Six semaines en Algérie: par le vicompte de PullignyChapitre 25 sur 88 · LES COLONS · texte numérisé non relu

LES COLONS

nains et les lentisques ; ils y jettent quelques poignées d'orge, mais ce n'est pas sérieux.

Ne conviendrait-il pas de substituer au système actuel de concessions gratuites sous promesse de propriété, une donation pure et simple? Le colon prendrait un plus grand intérêt à cultiver une terre lui appartenant irrévocablement.

Sous le régime en vigueur, le fisc ne peut que perdre, puisque les transactions sont entravées par un état constituant les immeubles biens de mainmorte, et les mettant, par le fait, hors du commerce. Pourquoi ne pas délivrer de titres définitifs ?

D'autre part- ne serait-il pas opportum d'établir le principe de la propriété individuelle ? l'indigène, ainsi rattaché au sol, pourrait aliéner au profit des colons, la plus grande partie d'un territoire qu'il ne cherche môme pas à cultiver, tant il est vaste.

Quant à l'administration coloniale, dont on s'est beaucoup occupé depuis quelques années, on est loin d'être d'accord sur le système le plus convenable à adopter.

Les uns voudraient une adjonction complète à la métropole, avec soumission absolue à son régime et à ses lois ; d'autres réclament un ministère spécial de l'Algérie ayant la direction et la centralisation de toutes les affaires. Ceux-ci rêvent autonomie ; ils ne sont pas séparatistes, disent-ils, mais simplement décentralisateurs ; unie à la France au point de vue politique, l'Algérie serait libre de s'octroyer un régime spécial, élaboré par un conseil supérieur ou même un parlement essentiellement algérien, juge suprême de l'opportunité de telle ou telle loi, et de ses différents modes d'application, selon la diversité des territoires.

Beaucoup regrettent, tout bas, le régime militaire, exempt d'indécision, de tâtonnements, de compétitions,

mais ils ne veulent pas se l'avouer. Quelques-uns, enfin, prennent pour type de leur idéal l'Angleterre, si remarquable par l'intelligente administration et la prospérité toujours croissante de ses colonies.

Sans entrer ici dans des développements en dehors de notre cadre, il nous semble difficile d'établir un point de comparaison exact entre les possessions anglaises et les nôtres.

Prendrons-nous pour exemple l'Australie, où le système adopté est presque l'autonomie? Mais il n'existe pas d'indigènes sur ce continent, par conséquent pas de nécessité d'entretenir une armée; chaque province possède, il est vrai, son parlement; toutefois le gouverneur est nommé par la reine et relève de la couronne.

Au contraire, il n'y a que des indigènes aux Indes, et un nombre insignifiant d'européens. Pas d'autonomie ; point de parlement ; un simple conseil consultatif s'occupe des affaires locales, sous la direction d'un viceroi, tenant les pouvoirs de la métropole.

Au Canada, où il reste fort peu de sauvages, la situation est identique à celle de l'Australie.

Seule la Nouvelle-Zélande se rapproche de l'Afrique française ; il s'y trouve, en effet, un grand nombre d'indigènes détenteurs de la propriété foncière, motivant, par le fait, l'entretien d'une armée ; mais, là où le régime diffère complètement du nôtre, c'est que, tout en conservant sa suprématie, l'Angleterre donne aux naturels des droits politiques et les admet môme dans le parlement local.

Que l'Algérie proclame le principe de l'autonomie absolue, où trouvera-t-elle des troupes pour protéger son territoire ? Et dans le cas même où conservant ses attaches politiques à la mère-patrie, elle en recevrait l'armée destinée à la défendre, où seprocurera-t-elle des

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