FÊTE CHEZ LE GOUVERNEUR
flambeaux, pavoisement des navires, fête à Mustapha- Supérieur, résidence d'été du gouverneur général.
Ici, on se croirait à une scène des Mille et une nuits^ et jamais réception officielle ne m'a paru plus féerique. Je ne parlerai pas du palais : chacun connaît la magnificence de cet édifice d'un style mauresque savamment approprié à sa destination.
Je ne décrirai pas les effets de ces innombrables foyers, inondant de lumière les escaliers superposés, les salles entrecoupées de boudoirs; les galeries supportées par des colonnes de marbre; je ne dépeindrai pas ces jardins enchanteurs où les feux électriques de diverses nuances, habilement dissimulés sous le feuillage, éclairent de lueurs fantastiques une foule aux costumes les plus variés; robes à longue traîne, fracs, uniformes militaires, burnous, refluant des différents étages et confondant dans le même ensemble tout ce que la colonie réunit de notabilités civiles et militaires, tout ce qu'elle renferme de plus distingué parmi les chefs ralliés à notre cause; en un mot, la fusion de l'Occident et de l'Orient.
Ces sortes de fêtes se voient mais ne se racontent pas; et quand, la tête alourdie par les senteurs embaumées des salons et les mélodieux accents des orchestres conduisant les danses, je me retirai à une heure avancée, je revis, longtemps encore, mille gracieuses silhouettes tourbillonner dans l'air, puis s'évanouir et disparaître noyées dans le néant.
C'était le rêve.
Il se faisait tard quand je quittai ma chambre le lendemain, et les diverses sections du Congrès avaient commencé depuis longtemps leurs travaux.
La science ne connaît pas toujours le plaisir.
Dura lex sed lex.
La Rue du Sphynx. — Les Aïssaouas d'Alger. — M. Brongniard. — r Les Charmeurs marocains. — La Danse des serpents. — Le Céraste cornu.
La secte des Aïssaouas consacre, comme les Mauresques, un jour particulier de la semaine à l'exercice de ses pratiques religieuses, et les étrangers doivent se renseigner à l'avance, s'ils ne veulent courir le risque de manquer ces diverses cérémonies. Cependant, grâce à l'obligeance du maire d'Alger, j'ai pu obtenir une séance extraordinaire pour les membres du Congrès, à qui le fait a été immédiatement communiqué par la voie de notre presse.
Dès neuf heures du soir, nous escaladons en foule les ruelles escarpées de la ville arabe, accompagnés par plusieurs guides interprètes. Des nuées d'indigènes, accourus au bruit de notre expédition nocturne, se rangent avec respect pour nous laisser passer. A les voir, immobiles le long des murailles, drapés fièrement dans leurs burnous blancs, on dirait une armée de grands fantômes.
Nous nous arrêtons à une maison de la rue du Sphynx; évidemment, pour le plus grand nombre, c'était une énigme.