COURSES DE CHEVAUX. — MILITARY
banques, de la ville d'Alger, du Crédit lyonnais, puis le grand prix du gouverneur général, et pour terminer deux military (course de haies), avec chevaux d'armes, l'un pour les officiers, l'autre pour les sous-officiers.
Mais la grande attraction de la journée était là course des goums : la, fantasia, à laquelle on avait convié les chefs d'une quantité de tribus des plus belliqueuses.
Il y avait là trois cents Arabes, appartenant par leur naissance à la plus ancienne et la plus haute aristocratie, tous vêtus de riches costumes : longues bottes plissées de cuir rouge armées d'éperons semblables à des lames de poignards , culottes flottantes, caftans de couleurs éclatantes, brodés de soie, ou lamés d'or, haïks roulés en écharpe et burnous au vent; les uns, coiffés du capuchon fixé à la tête par le hnitt, les autres de turbans de toutes formes ou de vastes chapeaux, artistement tressés et empanachés de plumes d'autruche. A leur cou et sur leur poitrine, brillaient les insignes de commandeurs et d'officiers de la Légion d'honneur, car ils avaient vaillamment combattu pour la France.
Ils montaient des chevaux de pur sang, superbement harnachés, avec selles à dossiers de velours violet, bleu, vert, brodées de délicates arabesques; mors et étriers .damasquinés; riches caparaçons, rehaussés d'une profusion d'ornements en acier poli, en cuivre, en argent, en or massif, et terminés sur le poitrail par le sachet précieux où est cousue la généalogie du coursier, accompagné du hamsah (main protectrice) et de colliers d'amulettes.
La robe de ces magnifiques bêtes variait du blanc de neige au noir d'ébène, en passant par une infinité de tons intermédiaires absolument inconnus en Europe; elles rappelaient, sous leurs housses de soie cramoisie,
de damas broché ou de brocard d'or, les splendides mises en scène de nos tournois du moyen âge, copiées sur les joutes de l'Orient au retour des croisades.
Tout d'abord, les brillants cavaliers, formés en colonnes profondes, défilèrent par tribus avec drapeau au centre, dans l'ordre le plus parfait.
Après quelques savantes manœuvres simulant une attaque, les goums accélèrent leur allure, puis, enlevant leurs chevaux, partent tout-à-coup à fond de train, exécutant des charges furieuses ou s'arrôtant subitement; retournant en arrière ou reprenant leur course; faisant voler dans l'air, puis resaisissant leurs longs fusils, incrustés de nacre, brillant au soleil comme des pierres précieuses; chargeant ou déchargeant leurs armes au triple galop.
Couchés sur leurs selles, ou debout sur les étriers, serrés en file ou isolés , disparaissant dans un nuage de poussière puis revenant à bride abattue; merveilleux de tenue et de souplesse, ils excitent notre admiration et provoquent des tonnerres d'applaudissements dans les tribunes où sont réunis les hauts fonctionnaires de ioutes armes, les notabilités de la ville et de la province, des femmes en toilettes élégantes, les membres du congrès, les touristes, en un mot, cette société d'élite que nous avions eu le plaisir de rencontrer dans les salons du gouverneur.
Ce spectacle, unique en son genre, se prolongea jusqu'à la nuit, et bien longtemps après la fin de la fantasia, Ton entendait encore, dans les rues delà ville, de nombreuses détonations, car les Arabes, enivrés par l'odeur de la poudre, ne pouvaient se résigner à terminer cette fête.
- Pendant la soirée, dans les cafés et sur les places, on parlait beaucoup des épisodes de la journée. Les étran-