LE HAMMA , JARDIN D'ACCLIMATATION
ses rameaux salutaires, véritables fébrifuges destinés à assainir les contrées infectées de typhus; puis des arbres propres à la construction, au charronnage, à Tébénisterie : les cèdres, les pins d'Alep, les thuyas; les chênes zeen, liège, coccifera, yeuse; le frêne austral; les bois de teinture, le grenadier, le sumac, le caroubier; les arbres â fruits, les oliviers greffés sur ces sauvageons, si communs dans toute l'Algérie; les orangers, rapportant annuellement plus de 2,000 francs par hectare nets de tous frais; le néflier du Japon, le goyavier, la vigne et, en général, tous les fruits cultivés en Europe.
Enfin, les plantes industrielles, textiles ou autres, dont les espèces indigènes sont perfectionnées, les exotiques acclimatées; le tabac, le coton, le chanvre qui produit le hachich; le chinà-gràss* (boehmeria), Thalfah (macrochloa tenacissima), exporté chaque année par les Anglais à des milliers de tonnes, pour les fabrications les plus diverses; le diss (arundo festucoïdes), le henné (laivsonia inermis), si usité par les femmes pour se teindre les ongles, les doigts, les mains, la paume des pieds, et jusqu'aux lèvres et aux gencives; l'asphodèle, l'opium, le séné et. une multitude de fleurs propres à la parfumerie, à la pharmacie, ainsi qu'aux usages les plus variés.
Un lac charmant décore ce joli parc, laissant flotter sur ses eaux transparentes les fleurs roses et lilas du nénuphar du Gange, mêlées aux tiges gracieuses du lotus, du papyrus d'Egypte ou aux larges feuilles du nélombo de l'Inde.
Tel est, en résumé, l'ordonnance de ce beau jardin de l'Hamma, dont on ne peut se lasser d'admirer les cultures; il y a encore l'oasis, le parc des autruches où ces oiseaux, élevés en domesticité, forment aujour-
d'hui de véritables troupeaux. C'est un joli capital, car l'autruche mâle porte à chaque aile vingt belles plumes, qui se vendent annuellement, de cinq à dix francs là pièce, et la femelle pond, en moyenne, soixante œufs
d'une valeur de 25 francs la paire Mais, voici que
mon cocher m'appelle ; il n'y tient plus : maintenant, il
veut relayer son cheval fatigué de se reposer à
m'attendre.
Pauvre cheval ! Pauvre homme !
Vilain homme plutôt! au diable va !
Monsieur Bombonnel.
Depuis trois jours, je cours après Bombonnel sans réussir à le joindre. Ce matin, je l'ai pris au saut du lit : surprise très agréable pour moi, puisqu'elle m'a permis de constater la vigueur des attaches musculaires, chose qui ne se voit généralement pas sous le vêtement.
Voici le résultat de ma visite : Homme très affable, taille médiocre, barbe grisonnante, visage énergique ; un œil légèrement glissé hors de l'orbite, dans la direction de l'oreille, accident survenu, je l'ai dit, à la suite d'un coup de griffe de panthère.
Je lui fis part de mes intentions; malheureusement mon temps était trop limité, lui-même n'était pas disponible à brève échéance, car il avait promis à un certain baron allemand de l'accompagner, et, cette seule excursion, demandait au moins huit à dix jours, bien que la lune fut en ce moment propice. Je lui parlai de Gérard, l'audacieux spahis qui, en onze ans de séjour en Afrique, détruisit tant de lions et fut surnommé par les Arabes le terrible Franc; puis de Chassaing; enfin, et surtout de lui, le célèbre tueur de panthères. Il parut flatté de mes appréciations.