LE SAHEL
OMeyerbeer, où étais-tu?
A ce moment, le soleil se levait derrière les cîmes du Sahel, dissipant les teintes vaporeuses de l£t montagne.
Autour de nous, des Arabes couchés en plein air surgissent des rochers ou de dessous les broussailles. Ils vont faire leur première ablution, et comme les
fontaines manquent ici, ils se frottent le visage avec
une pierre.
On commence à lever le campement et à emballer les provisions, et ce n'est pas un mince travail, car il a fallu douze bœufs et deux mulets pour monter au sommet de la colline les dix-huit cents litres de liquide, vin et eau, les deux cents kilos de pain et toutes les victuailles de nos deux repas. Quant au rôti, on a tué un bœuf sur les dalles mêmes du tombeau, et de nombreux chiens mangent les restes de l'animal et ceux de notre table. Les chiens pullulent en Afrique, comme en Orient, par suite de la croyance des Musulmans dans la métempsycose. Ils ont toutes les franchises communales..., ils vivent partout en communistes; quel pieux fils voudrait et oserait refuser quelque chose à son aïeul bien aimé, et vivant encore sous uue forme nouvelle!
Nous partons enfin, descendant la montagne à travers les pistachiers, les lentisques, les romarins, jetant de loin en loin un regard au mausolée encore si monstrueux malgré les dégradations et les pillages réitérés des Vandales, des Arabes, des Turcs et de tant d'autres, qu'un Français, M. P. Jourdan, a pu faire un livre entier sur la flore seule de l'édifice.
Nous rejoignons nos diligences au bas de la route, et, traversant Montebello, centre de création nouvelle, nous atteignons Marengo situé près de TOued-Meurad
et des Beni-Maçer. La forêt de Sidi-Sliman, qui précède ce beau village, ne ressemble en rien à ces maquis fourrés mais peu élevés, généralement qualifiés du nom de forêt en Algérie ; ici, il y a de grands arbres : micocouliers, ormes, frênes; de jolis tamarix aux fleurs roses, des arbousiers chargés de fraises.
A Marengo, tandis que nos chevaux se rafraîchissent près d'un beau bassin creusé au centre de la place, deux Arabes, envoyés par l'administration locale, font marcher à l'aide d'une noria installée à la hâte, un élégant jet d'eau et ne cessent qu'à notre départ.
Plus loin, à Tipaza, autre manière de nous faire la fête. Le maire, M. Trémaux, nous offre une gracieuse hospitalité, sous forme d'un déjeuner servi cette fois avec table et confort, au milieu d'un ravissant parterre, où les massifs, chargés de fleurs, sont décorés de pièces antiques de la plus grande valeur: colonnes, chapiteaux, statues, vases précieux, parmi lesquels une jarre de terre cuite de près de cinq mètres de tour; tombeaux de marbre ornés de hauts-reliefs finement ciselés, et une foule d'autres curiosités provenant des fouilles de la ville éteinte.
Au dessert, un délicieux vin du crû nous fournit l'occasion de porter la santé de nos intelligents et dévoués organisateurs: M. Quirot, président de la section de peinture à la Société des beaux-arts d'Alger; M. O'Mac-Carthy, le savant archéologue, si particuliè : rement sympathique; M. Durando, botaniste éminent; tous charmants, d'une verve intarissable et d'une science profonde.
Tipaza, située au bord de la mer, étend ses ruines sur plusieurs centaines d'hectares; ancienne colonie de vétérans fondée par l'empereur Claude, elle se distingue par une profusion de sarcophages encore intacts