‹ Six semaines en Algérie: par le vicompte de PullignyChapitre 43 sur 88 · VILLE ANCIENNE DE TIPAZA · texte numérisé non relu

VILLE ANCIENNE DE TIPAZA

pour la plupart, et souvent superposés par couches, comme le seraient des sépultures de famille.

A l'est de cette nécropole, sur le sommet d'une éminence nommée Zarour, on rencontre une ancienne basilique de style byzantin, dont l'abside est restée debout, puis, revenant vers la mer, on découvre des thermes, des étuves, des bassins, des columbaria, un port bien abrité, un amphithéâtre, un temple, des fontaines publiques, des mosaïques émergeant du sol, ou se poursuivant sous des monceaux de moellons et de briques; puis des murailles inclinées, des voûtes renversées tout d'une pièce, tant le ciment en était solide, des crevasses béantes, indiquant l'emplacement des citernes, enfin un aqueduc profilant jusqu'à Marengo les débris de ses assises.

Tout est saccagé, bouleversé de fond en comble, comme si de nombreux tremblements de terre avaient agité convulsivement le sol de la vieille cité des rois de Mauritanie; néanmoins, la ville est si vaste qu'elle est loin d'avoir été complètement explorée; il n'en est pas de même des monuments isolés, car, en Afrique, il n'y a pas un édifice romain de quelque importance, qui n'ait été fouillé jusque dans ses fondements: c'est le cas du Tombeau de la Chrétienne; on y cherchait le trésor. En France aussi, nos vieux dolmens passaient pour renfermer des trésors, mais ils étaient respectés ainsi que leurs légendes, et ils seraient probablement encore intacts, sans le zèle de certains savants de l'école moderne, iconoclastes de profession, qui brisent, non pour éclairer la science, mais pour enrichir leur propre collection de quelques débris de poterie ou de silex dont nos musées regorgent aujourd'hui.

Nous rentrons à Alger par un nouveau train spécial

qui chauffe pour nous depuis longtemps, et nous retrouvons dans la ville, malgré l'heure avancée, un reflet, un lointain rappel de cette agitation parisienne, si caractéristique, si éminemment française.

Mais ces illuminations, ces drapeaux aux fenêtres, ces fêtes de jour et de nuit, ce mouvement inusité, n'est-ce pas à l'occasion du Congrès ? c'est en son honneur. Tous, nous le savons, nous en sommes profondément touchés, et nous ne quitterons pas la métropole, sans en avoir exprimé nos remerciements les plus chaleureux à l'administration ainsi qu'à la population tout entière.

Les Musulmans à la mosquée. — Mosquée de la Marine. — Mosquée de la Pêcherie. — Les chrétiens à l'église. — Cathédrale Saint-Philippe. —Un office de Pâques à Alger. — Son Eminence le Cardinal de La Vigerie. — L'évoque de Constantine. — Gloire et décadence du peuple Arabe. — Les palais de la Djéninâ. — - Départ d'Alger.

Depuis notre arrivée dans la ville d'Alger, le canon ne cesse de se faire entendre; salve de vingt et un coups pour la séance solennelle du Congrès ; saluts des navires et des forts ; signaux d'ouverture et de fermeture du port ; annonce officielle de chaque fête ; enfin , avant-hier, coups de canon toutes les demi-heures, pour rappeler aux populations européennes le grand jour du Vendredi-Saint. Aujourd'hui, jour de Pâques , le canon tonne de nouveau : les chrétiens vont à l'église, les boutiques se ferment tandis que les bazars s'ouvrent; Musulmans et Juifs travaillent; car, chez les Musulmans, le dimanche est le vendredi, et le samedi, chez les Juifs ; il en est de même pour la Semaine-Sainte : ici Rhamadan, là Sabbat. A chacun ses usages : dans l'église, on se découvre, à la mosquée, on se déchausse.

Au moment de la conquête , Alger ne comptait pas

moins de cent soixante-six édifices religieux : Djamâ, Zaouïa on Koubba (grandes et petites mosquées ou chapelles); actuellement, il en subsiste à peine vingt et un.

Le plus ancien de ces monuments est la grande mosquée dite de la marine, Djamâ Kebir ; sa fondation remonte dit-on au x e siècle ; elle occupe une surface de vingt ares (2,000 mètres), et est formée d'une série de travées portées sur de lourds piliers carrés. L'intérieur, fort sombre, manque de décoration ; tout son mobilier se compose de nombreuses lampes et d'épais tapis sur lesquels viennent s'étendre les Musulmans, après les ablutions, quand le Mouezzin a crié du haut du minaret la formule :

Venez à la prière l

Venez à la prière!

Venez à la mosquée)

Venez à la mosquée!

Il n'y a de Dieu que Dieu !

Mahomet est son Prophète.

Dieu est grand !

c'est l'heure sacrée de la prière.

Bientôt le temple se remplit de croyants ; le muphti, les ulémas ou le mahddi montent en chaire ; l'Arabe assis sur les talons écoute, immobile, la lecture du Coran ou les chants religieux. De temps en temps il se prosterne, avec le plus profond recueillement, baise la terre à plusieurs reprises et se relève pour se prosterner de nouveau. Quelques-uns passent toute la journée en prière, les autres se retirent pour revenir au prochain appel

La mosquée de la Pêcherie, Djamâ-Djerid, est construite en forme de croix grecque ; comme la précédente, elle est fort simple au dedans ; seule, la chaire en

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