LES MUSULMANS A LA MOSQUÉE
marbre blanc présente quelque valeur; toutes deux se distinguent au dehors par des coupoles en forme de demi-sphère.
Une autre mosquée , beaucoup plus belle, celle des Ketchaoua, existait à l'époque où fut fondé l'évêché d'Alger, dont le premier titulaire, Monseigneur Dupuch, rendit tant de services, en facilitant les rapports entre les Français et les Arabes. On eût pu la conserver, en l'appropriant au culte catholique; on préféra la démolir pour élever sur son emplacement la cathédrale Saint- Philippe.
La nouvelle église ne manque pas de caractère ; sa voûte, couverte d'arabesques ; ses arcades, reposant sur les colonnes de marbre de la mosquée, et sa chaire, l'ancien Mimbar, faite en mosaïques, méritent d'être signalées.
Aux jours de fête, surtout, cet édifice somptueused^coré présente un ensemble des plus harmonieux ; c'est lé cas aujourd'hui, et, puisque je suis dans l'église, le lecteur me saura gré, je le suppose, de lui donner en peu de mots un aperçu de la cérémonie : un office de Pâques à la cathédrale d'Alger produit une grande impression , autant par l'affluence des fidèles qui se pressent dans le sanctuaire que par les pompes de l'église d'Orient.
A l'extrémité d'une nef ruisselant de lumières, s'élèvent deux trônes entourés de riches tentures, surmontés de dais empanachés, l'un à la gauche du chœur pour l'archevêque, l'autre à la droite pour le suflfragant, évêquede Constantine. Chaque prélat en cape est revêtu, soit de l'aube, de Tétole, de la chape, de la mitre ordinaire; soit de la tunique, de la chasuble, de la capa magna, de la mitre précieuse^ des gants avec l'anneau au doigt; sur les marches du trône, se tiennent les
acolytes porte-insignes ; le livre, le bougeoir, la crosse et la mitre , précédés des chapelains porte : croix : celle à deux branches, en forme de croix de Lorraine, devant la métropolitain, faisant face & la croix latine du suffragant. A la suite, on remarque les hauts dignitaires, les membres du chapitre, les ministres sacrés ; les diacres assistants ou chanoines-diacres; les diacres d'honneur; les chanoines parés ; les uns ayant le rochet garni de dentelles, de guipures, de broderies; les autres, de riches dalmatiques de brocard et de drap d'or sur lesquelles s'étale le grand cordon écarlate, terminé par la croix pastorale en émail, insigne de leur dignité.
Puis, viennent les prêtres, les sous-diacres, en tunique sur le surplis ; les familiers à la crédence, en soutane sans surplis, en nombre égal aux ornements déposés sur l'autel ; les ministres chargés de présenter les ornements : l'eau parfumée pour l'ablution des mains, l'aiguière et le bassin ; les maîtres de cérémonie ; les chapiers faisant fonctions de chantres ; le porte-grémial, clerc en surplis; le porte-burettes, acolyte à la crédence ; le thuriféraire à l'ordinaire.
Presque tout cet immense personnel porte la barbe longue et est précédé d'enfants de chœur, au nombre de plus de quatre-vingts : moitié en camail violet et robes bordées d'hermine, moitié en mosettes et robes rouges, également garnies, entourant une riche bannière si haute qu'elle atteint la voûte de l'église. A ses côtés brûlent deux falots de métal ciselé, maintenus aussi élevés que la bannière.
Au milieu du plus profond recueillement, l'office commence par les chants lithurgiques, sous l'habile direction des cérémoniaires ; les orgues placées ici près de l'autel accompagnent les voix de la maîtrise, alternant avec des chœurs et des soli soutenus par une