‹ Six semaines en Algérie: par le vicompte de PullignyChapitre 46 sur 88 · LE CARDINAL DE LA VIGERIE · texte numérisé non relu

LE CARDINAL DE LA VIGERIE

Je souhaite à Son Eminence de rester longtemps en Afrique, et surtout à Carthage, car, avec sa nouvelle position, le cardinal ne peut manquer de trouver l'appui et les fonds qu'il réclame, pour nous assurer la possession des richesses enfouies sous le vieux sol punique, dont l'antique forteresse voit, depuis plus de cinquante ans, flotter le drapeau de la France.

Au moment où je quittais l'archevêque d'Alger, je rencontrai l'évêque de Constantine et j'acceptai , avec empressement, l'offre toute gracieuse de Monseigneur, de me faire visiter le palais mauresque, remarquable par ses distributions et surtout par l'ornementation des murailles intérieures ; puis, après m'être confondu en remerciements, je sortis dans la ville, encore sous l'impression de cet imposant office de Pâques.

Le culte et tous les arts qui s'y rattachent sont, il faut bien le reconnaître, indispensables à toutereligion, en ce qu'ils donnent un corps aux idées, des symboles commémoratifs aux principes, et même remplacent l'enseignement supérieur qui dépasse les aptitudes de la plus grande masse à comprendre et s'assimiler toutes les vérités fondamentales.

La conscience honnête et pure, en ce cas, supplée à la science , trop souvent sceptique , parce qu'elle est orgueilleuse. La majorité des fidèles, qui est humble de cœur, peut servir Dieu, dans son ignorance relative, involontaire, et remplir toutes les obligations de la loi morale et religieuse; les exercices du culte traditionnel nourrissent ainsi la piété la plus tendre, celle qui dérive des exemples paternels et maternels. Bien plus, le peuple musulman en a donné la preuve, lui-même, aussi bien que les Croisés : la piété entretenue par les pratiques du culte crée l'unité du peuple qui dérive surtout

de la même foi, plutôt que des mêmes lois et des mêmes institutions, souvent variables.

Les chants religieux ou patriotiques exaltent et unissent tous les cœurs ; la marche en commun et les danses même, comme dans les panathénées, font un seul homme, un seul corps de toute une nation.

C'est la foi, poussée malheureusement jusqu'au fanatisme, qui donna la victoire aux Musulmans. Tout voyageur en Algérie, comme en Orient, est encore profondément ému de voir avec quel soin le Musulman de toutes les classes observe les prescriptions de son culte, les ablutions répétées, même avec le sable, faute d'eau ; la prière, qui, trois fois par jour, coupe ses travaux et ses loisirs, en lui rappelant le but suprême et constant de la vie.

Toutes ces prescriptions, souvent multiples, des cultes, ne sont assurément pas nécessaires, mais elles maintiennent parfaitement la discipline du peuple entier qui s'en fait un point d'honneur. Ce qu'on nomme si singulièrement le respect humain, en France, sotte honte qui empêche tant de caractères faibles de se montrer religieux, est un sentiment inconnu en pays musulman ; et il est fort édifiant de voir avec quel scrupule, même dans les grandes villes, comme à Constantinople ou à Alger, les jeûnes du Rhamadan (carême des Musulmans) sont observés.

Les considérations relatives à la Pâque, en Algérie, et au culte Chrétien comparé au culte Musulman, touchent aussi aux brûlantes questions de l'Eglise et de l'Etat, qui occupent aujourd'hui tous les hommes d'Etat, et toutes les Assemblées.

Dans ces villes complexes de l'Algérie, où la mosquée est voisine de l'église ou chapelle chrétienne, comme dans toutes les Échelles du Levant, ce grand et éternel

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