GLOIRE ET DÉCADENCE DU PEUPLE ARABE
problème social, l'équilibre des droits et des devoirs, vient naturellement à l'esprit, en môme temps que le souvenir de la civilisation si brillante des Arabes dans les siècles passés.
Résumons sommairement les phases dramatiques que ce grand peuple a traversées avant d'être déchu, vaincu, morcelé et chassé de ses plus importantes conquêtes sur le continent.
L'unité de Dieu, révélée à son fondateur, Mahomet, par un saint moine d'Orient, suffit àl'éclairer, à l'unifier à le faire compact, et à l'armer pour combattre les chrétiens corrompus du Bas-Empire et les subjuguer. Si Mahomet n'eût pas été dévoré d'orgueil et ivre de volupté, il eût pu ranger tout son peuple de héros barbares sous l'étendard du Christ, devenir une sorte de Josué nouveau et porter le code chrétien dans les Indes comme dans les Gaules. Mais la passion du mysticisme, si développée, si ardente chez les Orientaux tous poétiques, le porta à se dire prophète. Il se fit à la fois thaumaturge et législateur; son Coran est le seul code civil des Musulmans.
Quel adroit génie ! Il accorde la femme en pâture à ses brutaux soldats, il la leur promet môme pour paradis et se .figure qu'avec un tel mobile, si naturaliste, qu'il appelle divin, il va rendre toute la jeunesse, toutes les armées à jamais victorieuses et conquérantes !
Chef d'un peuple aussi ancien qu'Israël, le voilà qui réclame l'héritage du monde au nom du môme Dieu ! Il conquiert la Syrie, l'Egypte avec une rapidité et une vigueur foudroyantes, comme Samson, armé de sa mâchoire d'âne dérisoire, écrasait les Philistins.
Cet enthousiasme de la foi en un seul Dieu universel, créateur du monde et de l'humanité, est si ardent qu'il fait des prodiges absolument merveilleux.
En effet, l'Arabe, pasteur, enclin à la contemplation des nuits et des astres, devient savant astronome; il invente les chiffres, admirables de simplicité, l'algèbre, procédé synthétique, aussi utile, aussi fécond en résultats. Du style bysantin, il fait un art prodigieux de variété et de richesse, de formes et de détails, où l'arabesque élégante paraphrase le Koran et ses versets, dans les palais qui succèdent aux tentes nomades. Cet art merveilleux, comme les alvéoles des ruches, ravit encore tous les plus savants voyageurs, de Cordoue au Caire et à La Mecque.
Quelle gloire ! Ce peuple, devenu assez grand pour comprendre et admirer le génie et les vertus des héros chrétiens, triomphe de tous les peuples d'ÔccMent confédérés et, vainqueur, entre le cimeterre en main jusque dans le tombeau du Christ !
Il semble que la morale chrétienne soit éphémère et abandonnée du ciel. La superstition, l'ignorance et l'absolutisme régnent en Europe dans les masses populaires. La guerre a tout ruiné : saint Louis fut réduit à recevoir les soins d'un médecin arabe, après sa défaite à Mansourah ! Mais Don Juan à Lèpante et Sobieski sous les murs de Vienne sont suscités par Dieu, pour être les champions de la morale, c'est-à-dire de la civilisation chrétienne.
Les grands rôles publics nationaux changent de camp; la femme à qui Mahomet refuse même une âme, bien qu'enivré de sa beauté, restant esclave et captive des vices dans les harems, n'a pas les mérites et l'honneur de la maternité spirituelle; elle met au . monde des fils robustes, mais elle n'enfante pas des
générations progressives, t L'envahissement des Turcs; les Gen-gis-kan, les Timour-leng sont encore terribles mais repoussants.